DISCOURS DE M. LE JUGE SICOTTE
Monsieur le Président,
Tous les peuples ont consacré des temples particuliers pour la glorification de la patrie.
Dans ces jours, il n’y a plus de partis. La nation est une, sous un même drapeau, pour affirmer sa place au soleil, ses droits à la participation des biens matériels et des splendeurs de la civilisation, Elle regarde en arrière, pour compter ses fastes ; elle interroge l’avenir pour diriger ses aspirations.
Il n’y a pas de chose plus importante, plus propre à grandir la pensée, à donner à tous les éléments de la société, la force et la permanence, que le spectacle de tout un peuple, assemblé pour la célébration des grands anniversaires de sa vie. C’est la pensée de ceux qui fondèrent en 1834, la Saint-Jean- Baptiste, comme la fête nationale des Canadiens.
La jeunesse qui composait la société ‘‘ aide-toi, le ciel t'aidera,” partait de sa devise pour justifier leur initiative et requérir l'assistance de leurs devanciers dans la carrière, pour organiser la manifestation de la nationalité.
Après so ans, nous ne comptons plus que quelques-uns ; notre estimable et bon président, Ludger Duvernay, n’est plus, pour donner la main à tout ce qui était national. Celui qui fut un de nos grands citoyens, sir George Cartier n’est plus pour redire ‘‘* Mon pays, mes amours.”
Le judicieux sir Hypolite LaFontaine, qui débutait alors dans la carrière parlementaire, dont il fut une des gloires les plus pures, protégea notre action par sa présence et sa sagesse.
(*) Les deux discours qui suivent, ceux de l’hon. Juge Sicotte et M T.8S. Brown, devaient prendre place immédiatement après celui de l’hon. M. Chapleau. Une omission irréparable nous a forcé de les renwoyer à la fin de notre compte rendu du banquet national.
Jacques Viger, un savant chercheur de choses historiques, honora la présidence du banquet, de son prestige littéraire.
Tous les, groupes de la race française se sont ralliés autour de ce drapeau sous l'égide de Saint-Jean-Baptiste, que le Christ a proclamé le plus grand d’entre les hommes. La force, la vitalité, la puissance du sentiment national se démontre par l’immense foule, qui, venue de toutes parts, se presse depuis quelques jours dans les réjouissances et les grandeurs de l'anniversaire que nous célébrons.
Quelle est la cause de cette force ? Quel sera le développement de cette puissance ?
Ces idées ont été agitées, discutées, dès la première organisation de la fête nationale. Aujourd’hui, elles commandent encore davantage l'examen, pour se rendre compte de l’avenir par le passé ! Car, Montaigne, que les troubles de son temps avaient assailli, disait ‘* L’espérance usurpe l'éternité.”
Les hommes vont leur course dans le monde, comme les astres de la nature. ‘Tout procède par des lois universelles, La nature suit les règles de la matière ; l’âme suit les lois de son essence. Un poète persan, dit avec justesse : Malheur à qui se laisse vaincre par la fatalité ”? car au fonds des choses, la fatalité implique le progrès.
Quoique l’on puisse dire, la question des temps se résume dans la question pratique des lois de la vie. Toute chose pousse, ou est poussée. Le monde est mathématique, au moral, comme au physique.
La violation de la loi constitutionnelle, pendant près d’un demi siècle, dans la colonie, avait abouti à l'insurrection de 1837. Les mauvais temps de cette époque n’ont pas abouti à l'indépendance ; mais ils ont eu pour résultat de faire connaître à l’Angleterre, comment le droit constitutionnel de J'empire, avait été zauninistré dans le Canada.
Lord Sydenham fut envoyé pour inaugurer le retour au système représentatif, d’après la constitution, telle que réglée par la révolution de 1688. Brisé aux affaires parlementaires, homme du peuple plutôt que des castes, il força les partis d'entrer dans la voie constitutionnelle. Les gouvernements durent se constituer d’après les majorités, et non d’après les minorités, comme autrefois.
Depuis 1841, nos fautes ont été nos erreurs, et non celles de la métropole. Cette idée de l'Angleterre de faire de ses coJonies de grands états, est généreuse comme la liberté, sage comme sa constitution, féconde comme l’indépendance.
Les agglomérations d'hommes, à mesure qu’elles grandissent en nombre, en richesses, ont des aspirations plus grandes. Elles ont besoin, comme les individus, d’une vie à part et par elles seules, pour donner à ces aspirations la lumière qui leur est propre. Cette condition est la pente naturelle de l’homme dans ses diverses transformations, de l'individu à la famiile, de la famille à la tribu, des tribus à la nation.
Il faut une patrie, un ordre national qui soit chose spéciale à l’homme dans toutes situations.
L’Angleterre, € ont les établissements embrassent toutes les parties du monde ne les compte plus comme des exploitations industrielles. Mais, suivant les belles paroles que j’ai entendues de lord Salisbury : “ la gloire de l’Angieterre, dans l’histoire, ne sera pas d’avoir jeté ses populations partout, mais d’avoir fondé des empires nombreux pour continuer la civilisation et la liberté.”
Les sociétés, comme les individus ont leur majorité. Eiles vont à la considération, à l'importance ou à la déchéance à la nullité, suivant qu’elles se placent en dedans ou en dehors des règles que Dieu a promulguées pour l'humanité.
Il y a trois issues pour cette terre qui fut la Nouvelle- France :
10 L'indépendance par l'union complète et entière avec l’empire, avec les mêmes droits, les mêmes devoirs.
20 L'indépendance, par elle-même, par elle-seule.
30 L'indépendance par l’annexion avec la société qui s'appelle ‘ Les Etats-Unis.”
Il semble admis que la distance qui sépare la colonie de la métropole, est trop grande pour leur fusion dans un seul et même corps politiques, vivant de la même vie.
Cette distance est de nature à créer trop souvent des obstacles à l’exercice des droits comme à l’accomplissement des devoirs, Il y aurait un hiatus continuel quelque part.
Les provinces étaient romaines, mais elles n'étaient pas Rome.
Toute société a son sol de pousse primitive, sa couche naturelle, son assiette géographique, ses rivières, ses lacs, ses “nontagnes et les divers incidents qui font ses mœurs, son caractère. Les nationalités les plus vivaces sont celles qui s'appuient sur les incidents qui leur font une vie distincte, propre à elles seules ; sur les faits qui constituent sa croissance d’après son développement social, historique ; ses qualités, ses différences ; sa mission dans les sociétés; son nom dans le monde des nations ; son parfum de terroir: choses qui font une individualité, une existence propre et particulière.
Le Canada s’est fait, s’est agrandi, dans ces actualités multiples, dans cette atmospère de neige et de chaleur, avec leurs diversités de jouissances et de besoins. Ses populations ont vécu de cette vie, avec ses difficultés et ses charmes, pendant deux siècles, et ont appris à se comprendre eï à se respecter. Ces populations ont un nom homogène pour tout l’immense trrritoire sur lequel elles sont dispersées. Ce nom est familier à toutes les langues, il a conquis par le temps, par la production de sa richesse, sa place au foyer des nations.
Leur patrie est le Canada.
L’annexion aux Etats-Unis ne serait pas cette individualité. Nous changerions de nom, de patrie, pour adopter un autre nom, une autre patrie.
Evidemment cette issue n’est pas celle que dicte le sentiment vrai de l'indépendance. Il y a de la déchéance dans cette abnégation de tout ce qui nous est propre, pour se donner à plus fort, parce qu’il est plus fort.
Il n’y aurait qu’une société, si cela était le destin providentiel. Le Christianisme, après le cataclysme romain, a refait les nations, les puissances, avec des distinctions, des limites, et constaté par cet enseignement, que cette diversité était l’ordre et la protection des uns et des autres.
Avec un territoire assez vaste pour être un grand empire ; avec un littoral sur les deux océans, avec des lacs et des rivières qui offrent la route la plus facile pour tous les produits, avec des ressources égales à celles d’aucune terre, avec une population forte et vigou.-1se, après un point de départ commun, une condition sociale et économique semblable, le Canada possède tout ce qui constitue la nationalité et la patrie.
Notre saiut, notre considération ont eu pour cause, la conception large et compréhensive de ce qui est bien et bon pour tous, sans distinction de race et de religion.
L'idée, l'intelligence, sont les deux plus grandes forces dans les choses humaines. Leur drapeau abrite tout ce qui est grand, tout ce qui est juste, tout ce qui donne la puissance.
En se plaçant dans ces conditions de grandeur intellectuelle et de valeur morale, on sera plus ou moins dans la voie providentielle, C’est le regard dans le passé, c’est la pensée dans l'avenir que nous aurons la guidance d’aujourd’hui.
Un penseur a dit: ‘ L’avenir s'écoule dans le passé.” C'est des grandes divisions des sociétés européennes que sont sortis les peuples qui habitent l’ Amérique. Elles sont assises
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un peu pêle mêle; ou quelquefois placées sur des terres séparées par de grandes distances.
La race saxonne occupe ia partie la plus favorable de cette nouvelle patrie.
La population des Etats-Unis, défalquant les Indiens et les noirs, est de trente-cinq millions. Déjà, plus de la moitié de cette population est irlandaise, allemande, française.
L’Irlandais est encore moins Américain que l'Américain est Anglais. L'Allemand s'enrichit, mais il est moins Américain que l’Irlandais. Sa famille est sa patrie, plus que la terre qu’il travaille,
Le Français s’éparpille un peu partout, mais en coudoyant toutes les races, apprenant toutes les langues, il reste toujours Français.
Toute cette société, qui n’est pas saxonne, va s’augmentant par une émigration incessante, comme par sa propre fécondité.
La portion qui est saxonne s’efface par ses désordres, et comme la société payenne, cherche les plaisirs stériles.
Dans vingt ans l’élément Saxon ne comptera pas le quart de la population.
La branche celtique de la race latine, n’est considérable et placée en masse compacte que dans le Canadaet la Louisiane. Elle a des jalons sur bien des points, mais nulle part ailleurs, elle n’est organisée en gouvernement particulier.
Le burin de lä Providence a tracé dans des pages que nous pouvons lire à ciel ouvert, la carrière des hommes et des nations. Ce qui parait inexplicable dans le temps s’apprécie par les éventualités subséquentes. Tout s'arrange pour développer à son époque l’ordre éternel.
La Nouvelle-France, berceau de l'élément français en Amérique, est ce qui constitue aujourd’hui le Canada. Cette terre revient à son organisation primitive,
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L’Acadien est revenu s'asseoir aux foyers d’où il fut chassé, en obéissance à cette loi immuable, qui est la justice.
Il y avait une prévoyance presque providentielle dans les arrangements et la distribution des forces sociales de la’ Nouvelle-France. Les désordres de la mère patrie en ont arrêté les conséquences ; mais les jalons sont restés pour marquer la route. D’autres prêtres, d’autres colons ont obéi à l'impulsion qui commandait la continuation de ce développement civilisateur. Laissant les rivages du St-Laurent, ils sont allés planter la croix, et fonder des sociétés dans le Saguenay, le Saint-Maurice et l’Ottawa, le Manitoba.
La distance qui séparait les terres françaises des terres espagnoles, se rapproche graduellement,
Durant plus de deux siècles, Dieu a séquestré les sociétés espagnoles éparses dans le Nouveau-Monde, de la civilisation de l’Europe, comme pour leur donner le temps d’accaparet presque la moitié d’un continent.
Il y a un champ presque sans limites dans l'exploitation des richesses es terres que les races latines habitent dans l’Amé rique du Sud. Dés climats inhabitables pour les hommes du Nord leur sont favorables, et semblent leur appartenir comme par destination spéciale,
Dans les Indes, l'Anglais n’est pas Indien, et ne peut l'être. Au Mexique, au Brésil, au Chili, au Pérou, l'Espagnol est Mexicain, Brésilien, Chilien, ou Péruvien. Il est du sol sous un soleil qui brûle en fécondant.
Ces faits examinés dans leur ensemble, ont un cachet tout providentiel. Les temps sont lents, parce qu’ils ont la durée pour faire leurs évolutions ; mais leur généalogie procède de règles immuables, quoiqu’elles échappent souvent à notre appréciation, par insouciance, ou par les influences de l’égoisme.
En 1763. la France cédait à l'Angleterre la Nouvelle France.
En 1776, l'Angleterre cédait l'indépendance des colonies qui sont aujourd’hui les Etats-Unis.
La terre française est restée sous la dépendance de l’Angleterre, loyalement, en luttant courageusement, contre Îles intrigues et les agressions de ses anciens sujets. Par sa résistance dans deux circonstances mémorables, elle a conservé à l'Angleterre la plus importante de ses colonies.
Ce passé porte l’enseignement de l’avenir. Cette volonté, qui refusait l'indépendance, par la fusion dans d’autres tenlances, dans d’autres intérêts, dans d’autres sociétés, n'était pas un accident ni la conséquence de l’inertie, ou de l’ignorance des choses ; mais une détermination dictée par l’intelligence de ce qui nous était propre, découlant de ce que nous avions été et de ce que nous étions appelés à devenir.
Nous avons commencé notre carrière dans la vie des nations par des actes qui honoreut notre intelligence et notre probité nationale. Il y avait l'indépendance dans les suites de ces actes.
Le fait le plus direct et le plus affirmatif dans la voie de la nationalité, et de la patrie est la confédération, faite sous les auspices et la direction de l'Angleterre, qui voulait nous donner le temps et l’opportunité de nous préparer par l’administration et le gouvernement d'intérêts plus graves, de choses plus grandes, à l'exercice entier et complet de la souveraineté,
le but est grand, comme la souveraineté même. Pour réussir il faut nous placer dans la condition si bien décrite par Montesquieu. Il faut chercher la force par la suite dans les desseins, par l'unité, par la concentration des volontés, des énergies, vers la grandeur, vers le même but.
La confédération étudiée dans ses causes et dans ses conséquences logiques et naturelles, a sa base principale, ses assises fondamentales dans la grandeur de la patrie. C'est le seul
lien qui puisse tenir debout cette grande chose, et assurer la persévérance d’une organisation aussi vaste. (C'est la seule idée assez grande, assez forte, assez compréhensive pourarrêter les courants d’isolement, qui minent le sol fédéral sur tous les points.
On ne peut faire mouvoir les sociétés comme ces machines compliquées, où les divers rouages se poussent, s'arrêtent, se contrepoisent et s’équilibrent jusqu’à telle limite, et pas audelà, ni autrement.
La simplicité du fonctionnement de toute machine est dans sa complication même, qui réduit le travail à l’effort le moins grand possible. Mais là, une seule volonté a tout réglé, tout arrangé, tout prévu, en combinant des forces sans volonté, pour une fin unique. Il n’y a pas d’antagonisme possible dans cette unité de mouvement et de volonté.
L'homme n'arrive à l’ordre que par l’unité, mais dans sa courte sagesse, l’unité qu’il arrange est soudée à des égoïsmes, liée par des intérêts; choses qui tendent sans cesse à se désagréger.
Il n’y a que Dieu qui fait l’ordre dans les différences, l'unité dans les multiplicités.
Contre ces tiraillements et ces divergences la sagesse humaine n’a qu’un remède; c’est la grandeur de la patrie, qui donne les hautes aspirations de la puissance, les conceptions des grandes choses. La fédération débarrassée des obstacles qui entravent son action normale, qui rapetissent son horizon peut nous donner cette patrie. L’isolement ne donnera que des tribus vivant à l’ombre de leurs clochers. Le sauvage emportant sa patrie dans ses bras, avec les cendres de ses pères, pour rester sauvage et de sa tribu, avec ses coutumes primitives peut mériter la pitié, mais il ne représente ni la force, ni la civilxation.
Notre grandeur future dépendra de notre suite, de notre
application des règles de la vérité, de notre intelligence des forces sociales et de leur but. Comme le disait Bossuet : ‘“ Dieu qui fait bien tout ce qu'il fait, a donné à chaque peuple des destinées suivant ses actions ; suivant qu'il s’est agité dans le cercle de la pensée providentielle, qu’il s’est poussé par les moyens mis à sa disposition.’ — Emerson, le grand penseur américain appelait ces moyens ‘‘ les lois de la vie.”?
Dans aucune société, il ne peut y avoir plusieurs patries. Dans la France du moyen-âge, il y avait autant de patries que de provinces. Les Bretons, les Normands, les Angevins se battaient contre l'autorité centrale pour leurs institutions particulières, et les uns contre les autres pour des différends surgis de leur voisinage. La loi variait autant que les. coutumes et les idiomes. De là les guerres civiles jusqu’à l'absorption de tous ces pouvoirs par la royauté sous Louis XIV. Cette unification de la patrie, nonobstant les fautes, fit de la France la grande puissance qu’elle a été depuis.
La sagesse humaine n’a qu’un remède contre tous ces tiraillements : c’est l’unité nationale ; c’est la grandeur de la patrie. Cette unité, cette grandeur réunissent toutes les ambitions, toutes les tendances dans une même ambition, dans une seule tendance ; pour une seule chose, et la même chose. Le sentiment national absorbe toutes les rivalités et les dissidences. On est de sa patrie, contre les divisions, contre: les démembrements.
C'est dans cette unité, dans cette énergie du sentiment national que la république des Etats-Unis a trouvé sa force ét sa courageuse persévérance, contre la guerre de 1861. La patrie a sauvé la société et sa puissance.
Messieurs, en 1834, la patrie s’affirmait par l’organisation de sa fête patronale. Après 50 ans, elle interroge et compte ses fastes olympiques,
Il y a deux manières de parler ; les paroles que le vent emporte ; les choses qui restent. Voyons les faits qui attestent son mouvement et ses tendances : les choses qui restent.
Nous avons débarrassé le sol de l’esclavage ; nous avons libéré le colon de la servitude seigneuriale.
Sur tous les points, nous avons des colléges, des couvents pour l'éducation ; des universités ; des hôpitaux, des hospices pour les infirmes et les indigents.
Nous avons couvert le pays de belles églises ; nous avons consacré dans nos mœurs, de la manière la plus universelle, la bienveillante civilisation de la célébration dv. dimanche.
Nous avons organisé un régime municipal porr les intérêts matériels et les fins de l'instruction primaire.
Nous avons sauvegardé sur la terre américaine, les tronçons de notre race, par nos prêtres, par nos religieuses ; pour les garder dans la foi et dans la ‘amille canadienne.
. Nous avons fait une codification qui nous est particulière ; basée sur l'expérience de la France et de l'Angleterre.
Nous avons relié par une grande voie ferrée, toute la Nouvelle-France des premiers temps. Nous avons prolongé ce lien de fer jusqu’à l'Océan Pacifique. Le chemin du Pacifique sera le grand défricheur de ces vastes plaines du Nord- Ouest. C'est un lien qui fait un tout continu d’un monde, qui s'étend de j’Atlantique au Pacifique.
Ces deux faits ont le cachet d’une politique grande comme le territoire que cette route de fer sillonne et parcourt.
Nous avons placé des jalons pour occuper les vallées du Saguenay, du St-Maurice et de l’Ottawa, et pour les remplir. Nous étions les premiers à Manitoba, jusqu’au Pacifique, avec nos missionnaires, nos évêques, nos religieuses, nos églises et nos populations, côte à côt: avec les sauvages. Nous sommes un peu partout, dans ce grand Nord-Ouest. Nous serons bientôt à la Baie d'Hudson.
Nous avons fait la Confédération pour asseoir la patrie dans des conditions de grandeur morale et matérielle égales à celles des sociétés les plus favorisées.
Notre patrie est un immense territoire. Il faut le temps pour placer partout, la vie et des hommes, sur ces terres, plus grandes que la vieille Europe. Une sage lenteur est la garan-
tie du progrès et de la permanence.
Partout, en toutes choses, nous avons déterminé une carrière propre et personnelle. Nous avons constitué sur cout le sol canadien, une société, vivant de son initiative propre et individuelle. Nous sommes entrés dans le mouvement découlant de notre condition économique, religieuse et sociale, par nous-mêmes et par nous seuls.
Nous avons donné la main à tous les hommes, sans distinction de races et de croyances, gardant la main ouverte à tous.
L’assimilation se fait, et vient de ce que nous allons aux autres sans regarder s’ils viennent à nous. Nous les aimons parce qu’il sont hommes.
Messieurs, voilà des paroles qui restent. Elles sont l’expression des phases de notre force, de notre expansion et de notre civilisation.
Nous étions, il y a à peine un siècle, 7o mille ; aujourd’hui, nous comptons près de deux millions.
C’est à nous de continuer la solution de la théorie des. ternps, d’après les lois de la vie.