DISCOURS DE M. T. S. BROWN
Monsieur le Président, Messieurs,
On peut se demander comment il se fait que moi, Anglais, je me trouve réuni à cette noble assemblée de Canadiens- ” français. Je dois donner quelques explications à ce sujet. Bien que né’sujet anglais, dans la province du Nouveau- Brunswick, je me trouvais dans l'Etat du Vermont, au moment de la guerre de 1812, alors que la population améri- .caine jouissait de la plénitude de ses libertés. En revenant au Canada, en 1818, je m'occupais déjà de politique, bien qu'âgé de quinze ans seulement, et j'y trouvais un état de choses bien différent de celui que j'avais constaté aux Etats- Unis. La population était-sous le contrôle de l'étranger et se “trouvait privée de toute initiative. Cette injustice me révolta.
Devenu homme, je pris fait et cause pour les Canadiens, je me joignis à leurs luttes, considérant que le droit et la justice étaient de leur côté et je me séparai des Anglais qui me traitaient d’insensé. Je leur disais alors que leurs enfants penseraient autrement et j'en ai eu la preuve lorsqu’aujourd’hui, seul entre tous les Anglais, j’ai obtenu une place d’honneur dans votre procession et j'ai parcouru triomphalement les rues où ils avaient voulu me tuer il y a quarante-sept ans,
De 1832 à 1837, j'ai toujours été à l'avant-garde. J'ai travaillé avec de grands hommes, que j'avais l’honneur de compter pour amis, à la plus noble des causes : celle de la conquête -d’une liberté que la tyrannie nous refusait.
Les courageux Canadiens qui ont lutté pour la liberté, de 1818 à 1837, étaient véritablement de grands hommes qui peuvent soutenir la comparaison avec les plus nobles figures -de l’histoire. Il n’existait peut-être pas à cette époque dans
le monde entier un plus grand homme que Papineau. Son indomptable énergie, son patriotisme ardent, ses éminentes qualités de chef de parti, ont permis à ses compatriotes de maintenir leurs prétentions et de faire triompher leur cause,
. Puisque ces hommes se sont montrés si grands, on peut se demander où sont leurs statues, où sont les monuments élevés à leur honneur ? Mais quoiqu'il en soit, que leur nom soit inscrit sur le marbre ou sur l’airain, qu'il figure dans les livres ou soit chanté par les poètes, il n’en restera pas moins gravé -dans tous les cœurs vraiment canadiens.
Je crois que la détonation d’un seul des petits fusils qui ont servi aux patriotes à St-Denis, à St-Charles et à St-Eustache, a fait plus pour décider l'Angleterre à reconnaître nos droits que toutes les remontrances qui lui avaient été adressées par Ja population dans le cours des années précédentes.
Je ne puis terminer sans consacrer quelques paroles à la mémoire de feu Ludger Duvernay, le fondateur de la Saint- Jean-Baptiste ; ila eu durant ces fêtes le plus brillant apothéose. Il a défendu la cause nationale non seulement dans Za Minerve dont il est le fondateur, mais encore il a payé de sa personne dans toutes les occasions, et quand on jui faisait des remontrancessur son courage qu’il poussait jusqu’à la témérité, il répondait : ‘ Te n’ai qu’une vie, elle appartient à la patrie.” Son fils est assis à mes côtés, il a bien voulu être mon guide pendant ces fêtes et me faire oublier que j'ai perdu la vue ; «en honorant le père n'oublions pas le fils (applaudissements).
MONS. LOUIS ALLARD, Président du Comité du Banquet,
Louis Allard, le Président du Comité du Banquet, naquit à St. Thomas de Pierreville, Comté de Yamaska, le 30 août 1834, et est le fils de feu M. François Allard, cultivateur.
Il est le frère de la Révérende Sœur Thomas Cursini, du Couvent de la Providence de cette ville.
M. Allard reçut une éducation élémentaire à l’école de son village, et à l’âge de 16 ans il entra comme commis chez M. Louis Manseau, marchand de la Baie du Febvre ; mais ne sesentant pas d’aptitudes pour le commerce, il quitta bientôt cet emploi pour entrer en apprentissage comme constructeur de bâtisses avec M. Alexis Bélisle, le célèbre constructeur de: bâtisses publiques des districts de Québec, Trois-Rivières et. St. François.
En 1855 il quittait le Canada pour les Etats de l’Ouest, où: il résida jusqu’en 1861, mais à cette époque la guerre de sécession éclata, et fut cause d’une suspension presque complète de toutes affaires. Alors il revint au pays, et se mit en société avec son frère, Thomas Allard, comme constructeur d’églises, et pendant la durée de cette société ils construisirent, en tout ou en partie, plusieurs des plus belles églises du pays, entr’autres les églises de St. Guillaume d’Upton, St. Germain de Grantham, St. Grégoire d’Iberville, etc., etc.
En 1867 il épousa Mademoiselle Marie-Edwidge Bourgeau, de Montréal.
En 1869 il vint s'établir à Montréal comme constructeur de bâtisses, et se plaça de suite à la tête des hommes de son: état.
En sus d’un très grand nombre de résidences privées de: première classe, il a construit un grand nombre de nos plus. beaux et plus solides monuments publics, tel que marchés,
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stations de police, stations de pompes, maisons d’école,. églises et chapelles, et notre bureau de poste actuel qui est sans contredit l’une des plus belles bâtisses publiques du pays.
M. Allard est un se/fmade man, doué de talents remarquables et d’une probité hors ligne.
Par son honorabilité en affaires il a su non-seulement se créer une belle foriune, mais il s’est aussi assuré la confiance de tout le monde.
Il est aujourd’hui l’un des estimateurs du Gouvernement Fédéral pour Montréal, ayant succédé à ce poste à feu M. Narcisse Valois à sa mort.
Il est aussi l’architecte du Gouvernement de Québec pour le district de Montréal.
Depuis sa fondation, le Crédit Foncier Franco-Canadien l’'emploie comme inspecteur-en-chef pour la division de: Montréal,
M. Allard n’est pas toujours resté indifférent à la politique qu’il a beaucoup étudiée, et aux élections municipales de 1879, le quartier St. Jacques, qu’il habite, l’élisait échevin pour le: Conseil de cette ville, où il sut, en très peu de temps, prendre l’une des premières places comme æebafer et comme homme pratique et d'initiative. (C’est à son énergique caractère et à son habileté que Montréal doit aujourd’hui d’avoir les plus. beaux abattoirs publics de l’ Amérique du Nord sans qu'il en. ait coûté un seul sou aux contribuables.
Le Gouvernement de Québ:c le nomma Juge de Paix l’année dernière.
M. Allard est un patriote éprouvé, et ne souffre jamais que: l’on parle légèrement du Canada ou des Canadiens-Français.
Il a beaucoup voyagé, et il se plait à dire qu’il ne connait pas de pays aussi beau que le Canada, ni de peuple aussi intelligent, honnête et religieux que le peuple canadien-français.
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