LE CONGRES NATIONAL
Le Congrès National qui avait été convoqué pour discuter les grandes questions nationales qui peuvent affecter les intérêts des Canadiens-français tint sa première séance dans la salle académique du Collége Ste-Marie, le 24 juin, à 8 heures du soir.
L'Hon. M. Chauveau ouvrit les séances du Congrès National par le discours qui suit :
Messeigneurs, Mesdames et Messieurs,
‘« Le patriotisme, a dit un écrivain contemporain, le patriotisme est plus qu’une passion, plus qu’une vertu, c'est l’âme même d’un peuple.
‘ Lorsque cette âme est en vitalité pleine les peuples grandissent. Souffre-t-elle ou s’étiole-t-elle, ils sont frappés. C'est la mort qui vient, on pourrait prédire l’heure.?”
Tout ce qui s’est passé dans notre pays depuis son établissement prouve glorieusement qu'il n’y a jamais eu chez les premiers colons ni chez leurs descendants, l’absence, ni méme aucune sérieuse défaillance de cette force vitale des peuples.
Une telle force agit de deux manières différentes ; c’est-à-
-dire d’un côté par un travail constant et plus ou moins latent ; -c'est la vie intime du patriotisme que je comparerais volontiers au fonctionnement inconscient de l'organisme humain ; l’autre manière c'est la lutte, et à défaut de la lutte, l’affirma-
tion pacifique mais éclatante de la foi nationale,
Le second de ces modes d’action qui n’est pas constam ment essentiel est cependant nécessaire et indispensable à: certaines époques Il encourage, soutient, active la vie nationale ; il la sauve des défaillances qu’elle pourrait éprouver.
Au nombre de ces affirmations paisibles qui ont remplacé les luttes du passé se trouvent les réunions solennelles comme celle à laquelle il nous est donné de prendre part.
Ayant en 1880, l'honneur de présider à la convention tenue à Québec, je rappelai la série des manifestations qui ont contribué à nous relever à nos propres yeux et aux yeux des autres populations de ce continent.
‘ Rappelons, disais-je, parmi les plus solennelles, les trois. commémorations de la bataille de Sainte: Foye: translations. des ossements, pose de la première pierre et couronnement du monument en y plaçant la statue donnée par le prince : Napoléon ; célébration successive par l’Université Laval de plusieurs grands événements historiques: arrivée de Mgr. de Laval, fondation du séminaire de Québec, découverte du Mississipi— noces d’or de Pie IX ; puis en 1874 grande réunion convoquée par la société St-Jean-Baptiste de Montréal, de toutes les associations canadiennes-françaises de l’Amé. rique, et la même année célébration du deuxième centenaire de l'établissement du diocèse de Québec ; le 31 décembre 1875 commémoration par la société littéraire et historique de Québec, et par l’Institut Canadien, de la défense de cette ville contre les armes d’Arnold et de Montgomery ; en 1877 première convention des littérateurs canadiens à l’occasion del'inauguration de l'édifice destiné à l’Institut Canadien d'Ottawa; puis enfin en 1878, translation solennelle des cendres de Mgr. de Laval de la basilique à la chapelle du. séminaire de Québec.”
Depuis cette célébration de 1880, il y a à noter la réunion des Acädiens et des Canadiens à Memramcook, l’inauguration:
de la statue du héros de Chateauguay à Chambly, enfin la réunion des Canadiens-Français à Windsor, dans la Province d'Ontario.
Dans toutes ces heureuses circonstances, la plus grande harmonie n’a cessé de régner entre les enfants de la famille franco-américaine, et le retentissement de ces fêtes patriotiques s’est prolongé de l’une à l’autre jusqu’à celle que nous célébrons aujourd’hui avec tant d'enthousiasme.
Je ne mentionne point les nombreuses conventions tenues dans différentes parties des Etats-Unis par nos frères émigrés. Elles sont devenues pour eux une institution particulière, réglée et dirigée avec un esprit tout à fait pratique et méthodique. Ce sont ces assemblées des Canadiens-Français des divers états de l’Union qui ont inspiré l’idée de ces trois grandes fêtes de 1874, de 1880 et de 1884, dans lesquelles on a voulu réunir comme dans un faisceau tous les jalons que notre race a plantés sur les divers points de l'Amérique.
Les deux anciennes cités de Québec et de Montréal riva: lisent ainsi dans cette noble tâche de rappeler au berceau de la nationalité, ne fut-ce que pour un seul jour, les représentants des différentes colonies canadiennes.
Ces deux villes ont bien tous les titres à l'amour et à la vénération de tous ceux qui connaissent notre histoire.
Si en 1834 Montréal a célébré la première fête nationale organisée par M. Duvernay et présidée par M. Jacques Viger, quelques années plus tard en 1842, grâce au patriotisme du Dr. Bardy et de quelques amis, dont deux, M. Aubin «et M. Rhéaume, sont en ce moment dans cette ville, Québec faisait la première célébration après les graves évenements de 1837 et de 1838. Ici la naissance ; là la résurrection! Il y avait quelque mérite à relever le drapeau national, et il n’était point surprenant que Québec, qui avait moins souffert, eût
pris les devants. Du reste, la société St-Jean-Baptiste de Montréal se reconstituait l’année suivante.
Les deux villes ont les mêmes souvenirs historiques, leurs noms rappellent les mêmes ombres glorieuses, les mêmes luttes, le même courage, la même série alternative de succès. et de revers.
Dans l’une comme dans l’autre, sur le fier promontoire témoin de cent batailles, couvert de nos plus vieilles églises, de nos plus vieux monastères et des grands édifices qui portent si haut le nom de Laval, tout comme au pied de la montagne où Maisonneuve planta la croix, l’y ayant portée lui-même sur ses épaules comme premier soldat du Christ, montagne dont un des sommets est maintenant couronné par l’un des. plus nobles édifices religieux de ce continent, les Canadiens- Français retrouvent la vieille patrie dans tout ce qu’elle a de plus touchant et de plus imposant.
Du. reste, Messieurs, pour quiconque a vécu de longues années dans la cité de Champlain et dans celle de Maisonneuve, et ça été mon sort, pour quiconque y a pris une part active à la vie publique, et au jour de l'épreuve a laissé dans chacune d'elles des pérsonnes chéries—une partie de lui-même—il est bien difficile de dire où se trouve la plus grande somme de courage civique, de charité et de sympathie, de foi religieuse et patriotique.
Il n’est donc pas surprenant que nos compatriotes de toutes. les parties de notre Confédération et ceux des Etats-Unis répondent tour à tour avec le même empressement à l'appel de l’une et de l’autre cité, et que cette démonstration ait un. aussi grand succès que celles de 1874 et de 1880.
Ai-je besoin, Messieurs, de vous prouver ce succès? IT . parle par lui-même avec un accent superbe que ma faible voix ne saurait égaler. Cette foule immense qui envahit notreville, ces gens venus de si loin, et qui, cependant, tant ils:
nt
nous ressemblent, tant ils ont l’air de nous connaître et de nous aimer, paraissent venir de si près, ces drapeaux, ces arcs de triomphe qui relèvent la beauté de nos rues et de nos monuments, toutes ces grandes choses qui se font et qui se préparent, et surtout cette messe au pied du Mont Royal, qui rappelle si bien celle des plaines d’Abraham, toutes ces choses parlent bien haut. Elles parlent, comme l’a dit si éloquem. ment l’orateur sacré du jour,elles parlent des deux choses que l’homme estime le plus au monde, la religion et la patrie.
C'est de ces deux mêmes sujets, sous diverses formes et avec plus de détails, que nous devrons nous entretenir dans ce congrès.
Mais avant d'indiquer sommairement ce qui doit se faire ici, laissez-moi féliciter l'honorable et savant président de 13 société Saint-Jean-Baptiste, et tous ses zélés coopérateurs sur le résultat de leurs nobles efforts, et laissez-moi aussi vous signaler un trait de cette célébration, qui n’est point nouveau, mais qui est seulement plus accentué dans cette occasion que dans quelques autres.
Déjà nous avoys pu, dans d’autres circonstances, citer avec joie les bienveillantes paroles des représentants de Sa Majesté, au sujet de notre nationalité. Le point sur lequel je vais insister n’a pas moins d'importance. C’est le concours empressé et généreux non seulement de beaucoup de ceux qui ne parlent point notre langue, maïs encore de ceux qui ne partagent point nos croyances religieuses, concours qui nous fait bien augurer de l'avenir.
Et pour mieux indiquer ce qu'il y a de charmant et de spontané dans ces adhésions, je citerai quelques phrases empruntées aux articles en langue anglaise dans le numéro illustré du Journal du Dimanche. Ce sont quelques paroles que je recueille et réunis comme en un bouquet patriotique,
car citer tout ce que ces écrivains ont d’aimablé à notre adresse serait trop long. Parlant de la situation de Montréal M. Dawson s’expriine ainsi: ‘* Montréal est situé non seule. ment au confluent des fleuves, mais aussi au confluent des races, et là doivent se trouver les plus généreuses sympathies ; aussi s’y rencontrent-elles. Nous, Canadiens d'origine anglaise, nous croyons pouvoir revendiquer une partie de la gloire des hommes qui ont illustré notre pays; ne sommesnous pas les enfants du même sol ?”?
Après un brillant exposé de notre situation et des traits caractéristiques du peuple canadien-français qu'Andrew Stuart appela autrefois un peuple de gentilshommes, M. John Reade écrit ce qui suit :
Je considère cet esprit chevaleresque comme un élément essentiel de l'existence nationale. Ce n’est que lorsqu'on voit les tristes conséquences qu'entraîne l’absence de cet élément que l’on peut bien juger de sa valeur, et si l’on me demandait quelle est, à mon avis, la mission des Canadiens- Français sur ce continent, livré à la démocratie, je dirais qu'elle consiste surtout à conserver au milieu des luttes politiques les plus violentes, au milieu des conditions quelque peu rudes et vulgaires de la vie américaine, ces traditions de respect, de civilité, d'amabilité, l’héritage le plus précieux que le monde moderne ait reçu des âges de foi aux mœurs chevaleresques.’”
Enfin, M. John Lespérance, que j'ai gardé pour la bonne bouche, non pas parce qu'il est un compatriote d’origine et un co-religionaire, mais parce qu’il nous révèle une chose des plus consolantes, M. John Lespérance nous adresse ses félicitations au nom des Américains de toutes les origines, mais spécialement au nom de ceux qui, comme lui, étant descendants d'émigrés canadiens aux Etats-Unis, quoi qu'ayant eu une autre langue pour langue maternelle, ont conservé l'amour
de la vieille patrie, le .ouvenir de ses gloires et de ses malheurs, et ne demandent pas mieux que d'apprendre et de parler la be!le langue de leurs ancêtres.
‘€ Je représente plus spécialement, dit-il, cette classe nombreuse d’Américains, qui, originaires du Canada, ont cependant la langue anglaise pour langue maternelle, sont surtout versés dans la littérature anglaise, pensent et sentent en anglais, mais retiennent, en dépit de tout, au fond de leur cœur,un coin plus tendre pour le vieux berceau français: Nous sommes des enfants perdus, des épaves, mais quelquesuns de nous ont pu flotter encore sur le noble Saint-Laurent, et retrouver, er s’icdentifiant avec elle, la vieille patrie.”
Le congrès de Québec a entendu M. Edmond Mallet, qui occupe une haute position à Washington, et qui s’est exprimé dans le même sens.
C’est au reste un des résultats des nombreuses conventions qui se tiennent aux Etats Unis; mon seulement elles empêchent que la lingue française n’y perde du terrain, mais elles contribuent à lui en faire regagner.
Une des séances de notre congrès est entièrement consacrée à discuter les intérêts des porulations francologues établies en dehors de la province de Québec. Acadiens, Canadiens- Français des Etats-Unis, Canadiens-Français du Haut-Canada, de Manitoba et du Nord Ouest, y auront leurs coudées franches. Elle ne sera pas la moins intéressante, car elle touchera à des problèmes nouveaux, ou du moins qui nous sont peu familiers, j’oserai dir: à des questions dont on n'aurait point soupçonné la raison d’être il Ye seulement quelques années.
La seconde séance sera consacrée aux intérêts nationaux et sociaux, la troisième aux Acadiens et aux Canadiens émigrés, la quatrième à la colonisation, à l'émigration, au
rapatriement, à l’agriculture ; enfin la dernière aux intérêts. littéraires et artistiques.
La présente séance est, comme vous ne l’ignorez pas, dédiée: aux intérêts religieux et moraux.
Des voix bien autrement autorisées que la mienne vont traiter ces grandes questions.
Religion et morale! Le temps n’est plus, hélas, où l'on. pouvait dire à celui qui se serait proposé de démontrer la nécessité de ces deux pilliers de l'existence d’un peuple : Qui‘dit le contraire ? de même que l’on répondit au rhéteur qui annonçait l’éloge d'Hercule: Quis vituperavit ? Grâce aux bizarreries de l’esprit humain, grâce aux ténèbres volon taires qui ont envahi une partie de la société, tout est à démontrer.
Mais ce n’est point dans notre pays qu’une telle démonstration est nécessaire. Notre histoire serait la meilleure s’il en. fallait une. Nous somines la preuve vivante, irréfutable, de la nécessité de‘la morale pour l'existence et le dévelopement même numérique des peuples, et nous sommes également la preuve de la nécessité du sentiment religieux pour la conservation de la morale et de cette force vitale qui s’appelle le patriotisme.
Depuis les premiers missionnaires, les récollets, les jésuites, les prêtres de Saint-Sulpice, denuis Mgr. de Laval et ses auxiliaires venus de France, un nombreux clergé séculier a renversé tous les obstacles pour conserver les traditions du passé, affermir les bases de notre avenir, suppléer aux ordres. religieux supprimés après la conquête.
La science elnpruntant à la religion ses infaillibles lumières s'est conservée dans ces deux grands foyers du Séminaire de Québec et du Séminaire de Montréal: elle a permis à notrenationalité de vivre, car bien trop véritable est la réponsed’Aristote à celui qui lui demandait quelle différence il y avait.
entre le savant et l’ignorant: la même, dit-il, qu'entre le vivant et le mort,
La route est donc toute tracée ; jamais elle n’a été réellement fermée ni obstruée. Les touchantes paroles de Mgr. de Pontbriand, dans son mandement publié de suite après la reddition de Québec, dans lequel il demande, à la fois, des prières pour le salut de l’église et de la patrie et pour les âmes de Montcalm et de ses compagnons d'armes, sont, pour bien dire, le testament de l’ancien épiscopat au nouveau, c'est le trait d'union entre Mgr. de Laval et Mgr. Briand et ses successeurs ; c’est l’anneau de la chaîne qui relie les premières luttes aux nouvelles ; Laval, Talon, Frontenac, à Plessis, Bédard, Papineau et Lafontaine.
Aujourd'hui que notre histoire est connue de tous, grâces aux travaux des Garneau, des Ferland et des Faillon ; aujour. d’hui que les noms de nos héros, de nos héroïnes, de nos martyrs, de nos défenseurs politiques sont sur les lèvres de l'enfant aussi bien que dans la mémoire du vieillard ; aujourd’hui que nos libertés politiques et notre liberté religieuse: sont assurées ; aujourd’hui, plus que jamais, sous l’œil de Dieu et de notre conscience, notre sort est entre nos mains !
De notre sagesse, de notre fermeté, de notre modération, de l’union intime de l’épiscopat, du clergé et du peupledependent surtout ces grands intérêts de la religion et de la: morale, qui vont nous occuper ce soir.
Rappelons-nous que la religion et le patriotisme sont faits. surtout d'amour, que le nom antique de la religion indiquait’ l’idée d’un lien étroit, unissant les âmes les unes aux autres, que chez nous bien plus encore que chez aucun autre peuple, cette vérité est d’une application urgénte et incessante, quenfin l’amour exige le respect et la confiance mutuels de: tous ceux qui, prêtres ou laïques, ont la grande responsabilité de conserver et de développer tout ce que nous avons acquis, :
de fonder et de protéger tout ce qui peut nous manquer encore.
Ah ! messieurs, lorsqu'on compare le passé et le présent, lorsqu'on voit à la place des quelques pauvres écoles qui aidaient à nos deux séminaires et à nos quelques couvents à conserver les rudiments des lettres humaines, lorsqu'on voit, dis-je, cette grande université, ces nombreux colléges, ces écoles de tous les degrés, depuis la simple école primaire jusqu’à l’école normale et aux écoles spéciales, lorsqu'on voit ces nombreux ordres religieux d'hommes et de femmes qui sont venus travailler à la moisson trop abondante, ordres religieux parmi lesquels se trouvent les successeurs des Brebeuf et des Lallemand, les émules de Ravignan et de Félix, et les enfants de saint Dominique, émules de Lacordaire et de Montsabré ; lorsque notre commerce, notre industrie, notre littérature attirent l’attention des autres pays, lorsque la petite population qui se trouvait resserrée sur une étroite lisière aux bords du Saint-Laurent, tandis qu’on lui prédisait l’affaissement dans l'ignorance, la dégénérescence dans l’immobilité, lorsque cette population a brisé tous les obstacles, a rompu toutes les digues en s’élevant rapidement dans toutes les carrières que la Providence a ouvertes au génie de l’homme ; lorsqu'on la voit se multiplier si prodigieusement, se répandre au loin,s’y grouper et s’y maintenir ; on se demande si c’est un rêve ou si c’est la réalité, et dans tous les cas, rêve ou réalité, si cela n’est pas trop beau pour pouvoir durer |
Mais cela durera parce que cela est dans l’ordre de la Providence, parce que nous avons une mission aujourd’hui reconnue de tous et qu’ainsi que nos devanciers, nous mêmes et nos descendants, nous y serons fidèles.
A vous messeigneurs et messieurs, qui nous avez fait l’honneur de consentir à prendre a parole dans ce congrès, à vous
de développer les moyens les plus sûrs pour remplir cette noble mission.
A vous d’abord, Monseigneur de Montréal, évêque de ce vaste diocèse, qui est situé non-seulement au confluent des flenves et des races, comme on l’a dit tantôt, mais aussi au confluent des idées et des passions, à vous de nous parler des intérêts moraux et sociaux de notre pays.
Vous êtes né au milieu de nous : vous avez vu grandir bien des choses qui font notre force et notre gloire ; vous continuez vaillamment l’œuvre de vos pieux devanciers ; si vous n’étiez point évêque, et si cette qualité ne primait toutes les autres, j’oserais vous dire : fils de patriote, vous ne sauriez ne pas être patriote vous-même, à tous les titres, je ne fais que remplir le vœu de cet auditoire en vous invitant respectueusement à prendre la parole.
Après le discours de M. le Président du Congrès, l’'Hon. juge Loranger, président de la société Saint-Jean-Baptiste, lut une très remarquable lettre de M. Claudio Jannet, dans laquelle il remercie la société de son invitation et regrette de ne pouvoir être présent au Congrès.
Paris, 38 rue de Varennes, 7 juin 1884.
Cher Monsieur, 6
Je reçois seulement aujourd'hui votre invitation en date du 15 mai, à assister à la convention canadienne à Montréal,
Je regrette vivement d'être retenu par des occupations qui ne mepermett“nt pas de m'y rendre, car je conserve un excellent souvenir del'accueil que m’a fait en 1880 la Société St-Jean-Baptiste de Montréal, et j'eus été très heureux de me retrouver cette année au milieu de ses. membres.
De toutes les institutions que j'ai admirées, au Canada, la Société St- Jean Baptiste est celle qui m’a le plus frappé. Après votre clergé si: instruit et si patriote, c’est certainement à elle que le peuple canadien-français doit d'avoir si énergiquement développé sa nationalité et ses. remarquables aptitudes. Elle remplit un rôle éminemment utile, en. groupant, sur le terrain commun de la défense de la nationalité, les:
hommes que séparent les divisions de partis inévitables dans un gouvernement libre, La Société St-Jean-Baptiste, avec ses réunions, où l'âme même de la patrie semble passer pour vous animer tous d'un souffle généreux, tempère toutes ces dissensions, et les empêche de devenir préjudiciables à l'avenir du pays.
Vous donnez un grand exemple au monde en plaçant en tête de votre programme comme base de votre nationalité, la reconnaissance des principes catholiques, Vous reprenez ainsi le grand rôle que la Providence avait assigné à votre mère-patrie. Tant que la France y a été fidèle, elle a crû en grandeur morale et en puissante matérielle, L'éc'ipse momentanée, je l'espère, que subissent ses destinées cest dû précisément à la déviation que des causes funestes ont imposée à son génie et qui l'ont éloignée de ses traditions,
Honneur à vous, vrais fils de la France, qui continuez ces traditions et reprenez si noblement l'héritage de cette destinée !
Le large sentiment populaire, qui inspire vos hommes publics et qui se manifeste si bien dans les réunions de la Société Saint-Jean-Baptiste, a parfaitement saisi les deux grands objectifs qui s'imposent à votre activité :
Occuper fortement le sol du Canada, rallier et grouper en un faisceau tous les groupes de Canadiens dispersés sur le continent nord américain !
Mon éminent ami, M. Rameau, a démontré, dans des ouvrages placés au premier rang dans la science, la supériorité dont avaient fait preuve les Canadiens-Français dans la colonisation de leur territoire, Cette supériorité vous assurer1 le succès définitif, j'en ai la conviction. et c est toujours avec le plus vif intérêt que je suis la marche de vos sociétés de colonisation. C'est 1à l’objet le plus digne d'appeler l'attention de vos hommes d'Etat et de vos législatures,
Quant à grouper les Canadiens dispersés aux Etats-Unis, c’est là l’œuvre propre de la Société St-Jean-Baptiste s'appliquant, comme vous le dites si bien dans votre programme, à maintenir l'union entre le clergé et le peuple, et secondant les efforts de ces prêtres missionnaires, dont j'ai constaté le zèle vraiment apostolique aux Etats-Unis, de ces maîtres d'écoles si dévoués à leur religion et à leur nationalité, de ces religieuses hospitalières, qui sont l’auréole resplendissante de la civilisation chrétienne et qui se multiplient avec une si merveilleuse fécondité dans vos fuyers chrétiens.
Avec des populations canadiennes compactes dans toutes les provinces de la Puissance, et jouissant du plein développement de l'autonomie politique, vous exercerez une attraction de plus en plus puissante sur les Canadiens des Etats-Unis Vos excellents colléges catholiques, vos établissements si remarquables d'enseignement supérieur, attireront, je l'espère, de plus en plus leurs enfants, et leur assureront cette formation compiète de l'intelligence et des facultés de l'âme, qui ne peut être obtenue sürement que dans un milieu complètement chrétien, comme l’est toujours, grâce à Dieu, la province de Québec avec ses deux nobles cités : la ville de Champiainet la ville Marie.
La Providence réserve de hautes destinées au peuple canadien-français, <t il sera récompensé sûrement d’avoir pris cette belle devise: ‘‘ Aitue
Dieu et va ton chemin!” Dans votre vaste nouveau, monde, j'espère que les conflits sanglants de la guerre seront inconnus, et que c'est uniquement sur le terrain pacifique des luttes économiques et de l'émulation des différentes races qne vous aurez à combattre,
Les hautes vertus de la famille canadienne, la sclide base que vous donnez à votre constitution nationale, en la liant indissolublement ‘u Catholicisme, doivent assurer à votre race des succès définitifs. Elie recouvrira et dominera pacifiquement les autres races plus nombreuses et plus riches au début, mais qui, ayant moins de vertus morales, ont par là même moins de force de conservation et d'expansion. Déjà, l'importance croissante qui est reconnue à l'élément canadien-français dans la république américaine, est du plus heureux présage.
J'ai donc l'espérance que ce vingtième siècle, à l'aurore duquel un certain n’ombre d’entre nous assisteront, verra de grandes choses accomplies par la race française dans le nouveau monde, et d'avance je salue la France américaine des âges à venir.
Parfois, en faisant des rêves, 1 on en fait à tout âge, —je m'imagine que je finirai un jour sur les rives du St-Laurent, dans votre belle et hospitalière cité, et que je donnerai un fils aux grandes œuvres qui sont en préparation au milieu de vous. Mais, en attendant, la date de la St-Jean- Baptiste ramène toujours à mon foyer une fête de famille, Nous cueillons les rameaux d'érable et aimons à chanter ‘* Vive la Canadienne.”
Saluez pour moi tous les membres de la Société St-Jean-Baptiste de Montréal. Rappelez-moi tout particulièrement au souvenir de l’honorable M. Chauveau et du juge Loranger qui, il y a quatre ans, présidaient des fêtes semblables, et croyez toujours vous-même, cher Monsieur, à mes sentiments de bien affectueuse estime,
CLAUDIO JANNEI,
Paris, 8 juin 1884.
A Monsieur Gustave Lamothe, Secrétaire du Comité d’Invitation de T Association St-Fean-Baptiste, à Montréal :
Monsieur,
Je suis très touché, et je vous remercie cordialement de l'invitation que vous m'avez fait l'honneur de m’adresser pour la grande convention que les Canadiens-Français doivent tenir à Montréal, le 24 de ce mois, ainsi -que pour les fêtes destinées à célébrer le cinquantième anniversaire de la Société St-Jean-Baptiste.
Vous savez, Monsieur, de quelle profonde sympathie je suis animé “envers les Canadiens-Français. Je n'ai jamais laissé échapper l’occasion de la manifester, soit personnellement, soit dans les journaux que je dirige, et je serais heureux de pouvoir l’affirmer une fois de plus, en allant assister à la démonstration solennelle qui se prépare à Montréal.
Mais je suis irrévocablement retenu à Paris par les exigences du devoir
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professionel, plus impérieuses encore à cette époque de l’année, où la session parlementaire impose à la presse politique un redoublement de travail et d'activité.
En vous exprimant mes sincères regrets, ai-je besoin d'ajouter que, du moins, je m'unirai par ie cœur et par la pensée aux membres de votre grande société, et que je me ferai un honneur et un plaisir de leur prêter le concours du Moniteur Univers:l, Au Monde lustré, etc., etc,, pour mettre en lumière, aux yeux du public de la mère-patrie, l'œuvre qui intéresse à un si haut degré la famille canadienne française,
C'est vous dire, Monsieur, que j'accueillerai avec empressement toutes les communications, soit pour articles, soit pour gravures, relatives à la convention et aux fêtes qui vont s'ouvrir le 24 juin.
Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de tous mes sentiments de haute considération,
PAUL DALLoz,
Fe Paris, 9 juin 1884.
onsieur,
Je reçois à l'instant l'invitation que vous me faites l'honneur dem'adresser, J'ai un très-vif regret de ne pouvoir m’y rendre. Notre session législative n’est pas terminée, et de plus, des affaires personnelles exigent impérieusement ma présence ici, précisément à la fin du mois. Un de mes plus vifs désirs est de visiter le Canada et de porter aux Canadiens-Français le témoignage de l'ardente sympathie des catholiques de la vieille France, J'aurais été très heureux, je vous assure, de pouvoir saisir cette occasion de réaliser ce projet. Dieu, je l'espère, m'en ofirira une autre.
Je vous prie d agreer l'expression de mes sentiments les plus distingués . et de mon cordial dévouement,