‹ Noces d'or de la Saint-Jean-Baptiste [microforme]Chapitre 82 sur 98 · RENE · texte numérisé non relu

RENE

diens propriétaires d'immeubles et trois marchands seulement.

Aujourd’hui il y a au-delà de cent vingt-cinq propriétaires et plus de trente commerçants qui font un beau commerce et marchent rapidement dans la voie de la fortune.

Maintenant il n’y a presque plus de centres où il n’y a pas un ou plusieurs Canadiens qui occupent des charges publiques, tandis que c'était chose inouïe il y a vingt ans.

Sous le rapport de l'intelligence et des aptitudes pour tous les états ils sont inférieurs à personne, et la preuve c'est que vous les trouvez partout dans les manufactures, en tête de tous les principaux départements. Maintenant, si nous consultons les archives criminelles de n'importe quel Etat nous aurons la preuve que leur conduite morale est non-seulement au niveau de celle des autres pays, mais même supérieure.

Il n’y pas une race qui ait aussi peu de démêlés avec la loi que la race canadienne-française. Pour preuve de cet avancé je vous citerai les statistiques judiciaires de la ville de Holyoke pour l'année dernière, qui n’a rien de privilégié. D'abord la ville de Holyoke se compose de trente et un mille habitants, qui se divisent en diverses nationalités, comme suit: onze mille Américains, onze mille Irlandais, sept mille Canadiens et deux mille Anglais, Ecossais, Allemands, Italiens, etc.

L'année dernière il y a eu quatre cent quâtre-vingt Irlandais qui ont été traduits en cour de police ; trois cents Américains, cinquante-sept des autres nationalités, et cent trente. trois Canadiens.

Ainsi les Irlandais ont un procès par chaque vingt-deux de leur population, les Américains un par chaque trente-trois, les autres nationalités un par chaque trente-cinq, et les Canadiens un par chaque cinquante-trois. Ces chiffres parlent par eux-mêmes. Cependant il faut avouer, messieurs, que

PRES NU MOT RM LE DATE EP NO MERS TT on d | pu

les Canadiens n’ont pas tous les avantages qu’ils pourraient retirer de leur position. Il y a deux choses très importantes qui leur font obstacle : c’est la difficulé qu'il y a d'arriver à jouir du droit de citoyen, et leur manque d'éducation pratique.

Il est évident que dans un pays où le vote populaire est admis comme la plus haute prérogative donnée aux citoyens, où le vote populaire fait tout, qu'on ne peut jouir de quelque considération qu’en en ayant le droit.

Eh bien, malgré que cette conséquence saute aux yeux, il a fallu beaucoup de temps pour en faire décider quelques uns à prendre leurs lettres de naturalisation, et cela pour la raison que l’on croyait qu’il fallait renoncer à son pays. Ce préjugé a été un grand obstacle à l’avancement des Canadiens. Heureusement qu’il disparait depuis quelques années.

Maintenant, le second obstacle à notre progrès c’est notre défaut d'éducation, surtout d'éducation pratique. Pour nous c’est certainement la question la plus sérieuse, car c'est de cette question que dépend la conservation de notre nationalité. Nous avons les écoles publiques qui sont très pratiques et libérales, mais ces écoles ne nous conviennent pas, parce qu’entr'autres raisons on n’y enseigne que peu de français, et encore on l'enseigne assez mal; de sorte que, quand même elles rempliraient toutes les autres conditions de l’enseignement, elles fe rencontrent pas nos besoins. Car il est évident qu’on ne peut pas rester Français sans l'éducation française ; qu’on ne pourra maintenir notre nationalité qu’en autant que nous parlerons le français.

Ainsi il nous faut nécessairement fonder des écoles françaises qui devront rivaliser avec les écoles publiques. Et il faut modifier l’enseignement de:celles qui sont déjà fondées, si nous voulons conserver notre nationalité. C'est là notre seule planche de salut. Il faut de

CREER CP PT 0e AO AA OP TPE EN RS CTP ETALE J'AS T RUEARR OUE p NE ER Eur AE D AE FOR PU ET PL NO Le OU s" LA

à NOCES D'OR DE LA ST-JEAN:BAPTISTE 427

toute nécessité généraliser l'éducation parmi le peuple canadien si nous voulons qu’il puisse lutter à force égale avec ceux des peuples qui ont tous les avantages d’une éducation avancée. Il ne faut jamais oublier que les peuples ne prennent de l'importance dans le monde qu’en proportion de leur éducation, Ce n’est pas l'or ni l’argent qui fait leur fortune mais bien leurs hommes intelligents et instruits.

Les nations qui marchent en tête de la civilisation sont exactement celles qui portent haut le drapeau de l'éducation populaire. Ainsi nous devons nous efforcer de marcher dans cette voie. Nous ne pouvons jamais aspirer à faire quelque chose si nous négligeons les moyens de nous instruire, Il nous faut l’école moderne avec ses moyens d'améliorations. Notre but doit être toujours de former des citoyens sobres, honnêtes et instruits Nous ne devons pas oublier que nous sommes les enfants de la grande nation et que nous l’honorons en nous honorant nous-mêmes.

Page 1