DISCOURS DE M. AUBRY
M. le Président, Mesdames et Messieurs,
En me levant pour répondre à l'honorable et bienveillante invitation qui m'est faite, de porter la parole dans cette circonstance, je dois vous dire, Messieurs, que ce n’est pas la soif de l’éloqience qui vous porte à cette invitation ; car certainement, après avoir entendu attentivement les orateurs qui viennent de vous adresser la parole, cette soif est déjà, je crois, grandement satisfaite, Cependant, messieurs, je puis vous dire que c’est avec le sentiment d’un haut devoir que j'accepte cette cordiale invitation en vous disant combien je suis heureux de me trouver au milieu de vous tous, Canadiensfrançais, après une absence de 30 ans.
En jetant un coup d'œil sur cette immense réunion, un sentiment d'émotion profonde me force à m'écrier : O Canada ! O Montréal ! Sion, ma patrie, berceau de mon enfance, réjouis-toi, cité sainte, regarde et contemple cette légion d'enfants qui sont venus de tous côtés pour prendre part à tes réjouissances et aussi aux discussions des graves intérêts qui nous sont confiés.
Maintenant, messieurs, c’est à nous à continuer l’œuvre de nos devanciers, en nous tenant attachés aux principes auxquels notre nationalité doit sa conservation. Et, de plus, n'est-ce pas le but que se propose notre belle société de St- Jean-Baptiste ? est ce assez dire jusqu’à quel point nous devons l’encourager et la faire prospérer, afin qu’elle opère encore plus de bien que par le passé.
Quand on connaît ce que notre race doit à l'Eglise, notre mère, on comprend facilement la force du sentiment religieux et l'attachement au catholicisme qui distinguent surtout l’émigré canadien-français à l’étranger.
Frères, Canadiens-Français, nous vous reconnaissons à la noblesse de vos sentiments ; compatriotes bien aimés ! Vous aimez à relire les annales de votre patrie pour fortifier votre foi et raviver votre patriotisme ; laissez-moi vous dire ce que j'aime dans mon pays, et puis vous permettrez à mon amour filial de dire ce que je souhaite à cet aimé pays. Ce que j'aime, oh ! l’enfant pourra-t-il jamais dire tout ce qu’il aime de sa mère ; et qui ne le pourra, quand ce pays qu’on appelle sa mère-patrie est le Canada.
Je m'arrête donc à deux traits caractéristiques, deux traits qui nous ont toujours distingués et qui éclatent plus que jamais dans ce grand et magnifique élan qui réunit pour ainsi dire tout le Canada sous mes yeux. Foi ! Patriotisme ! Voilà les deux mots qui flottent sur cette immense assemblée, mais je les vois aussi flotter sur toute l’histoire du Canada. La foi
sera toujours la grande assise de notre beau pays ; demandez-le a nos vainqueurs : depuis, cet esprit n’a pas disparu,
O Canada ! inclines ta tête : avec quel bonheur je dépose sur ton front la couronne de la foi! Car n’oublies pas que c'est à la religion que tu dois ta vie et la gloire de ton passé, et que c’est sur elle que doit reposer ton avenir.
Maintenant ai-je besoin de vous dire que notre Canada devrait porter aussi la couronne du patriotisme : Tout peuple qui aime sa religion, aime son pays. Qui dit ‘* Religion” dit ‘ Patrie.” Aussi, dès le commencement de notre nation, nous avons vu le drapeau national se dresser à côté de la croix, et ces deux invincibles tuteurs de la patrie ont soutenu jusqu’à nos jours la marche du peuple canadien-français.
Il nous faudrait recommencer la lecture de notre histoire, si nous voulions tracer le tableau fidèle des œuvres d'éclat qu'a faites l'amour de là patrie dès le berceau de notre nation ; vous apparaîtriez encore magnanimes, figures de Jacques Cartier, de Champlain et de Maisonneuve ; saluons seulement en passant le dévouement national de tous ces braves héros et à travers toutes ces gloires. J'arrive au temps de la conquête ; mais un peuple ne meurt que lorsqu'il le veut, et le peuple canadien-français ne voulut pas mourir ; il tomba, mais en tombant, sa chute fut plutôt celle d’un triomphateur que celle d’un vaincu ; nous nous rendons à la condition qu'on garantira notre langue, notre religion, nos usages et nos institutions ; aussi entendez la fierté de son langage.
L'union fait la force, soyons unis et nous verrons encore de beaux jours. Travaillons donc à réunir les tronçons épars de notre nationalité et par ce moyen nous pourrons former un peuple célèbre et fort ; pour cela, il nous faut grouper nos forces, il faut le retour au pays de la majorité de ceux qui nous ont laissés,
Travaillons tous ensemble à la prospérité de notre beau et
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riche pays, et nous parviendrons à y créer l'abondance et l'industrie ; alors nos frères émigrés aux Etats-Unis s'empresseront de revenir vers la patrie, saluant avec respect le glorieux drapeau de la nation, et la mère-patrie les recevra si généreusement dans ses bras ; apportant avec eux leur expérience dans les arts et l'industrie. Ils viendront offrir à leur pays la force de leurs bras, le dévouement de leurs cœurs, de leurs intelligences.
Ayant jeté un coup d'œil sur notre origine, nos luttes, nos souffrances et notre deuil, je me reposerai un instant comme le voyageur fatigué de la route parcourue et des obstacles franchis, à la vue de nos succès et de nos espérances légitimes.
Tout en regardant, je me dis pourquoi cette immense réunion, cependant je puis vous dire que la société St-Jean- Baptiste a réussi avec l’union qui fait la force en chassant les soucis politiques de son enceinte.
Aujourd'hui, nous mettons ce précepte en pratique, nous devons en ce jour oublier tout sujet de division et nous rappeler que l'union fait la force. Tout en voyant ces magnifiques bannières, ces sociétés que le souvenir national a formées et dont j'ai l'honneur de faire partie, en voyant ce spectacle, je n'ai pu maîtriser mon émotion.
Ce réveil de la société St-Jean-Baptiste fera époque non seulement dans les annales de cette association, mais aussi dans l’histoire de notre pays et de la race canadiennefrançaise.
Je terminerai donc en vous remerciant cordialement de votre bonne indulgence, ainsi que de tous vos chaleureux applaudissements.
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