‹ Noces d'or de la Saint-Jean-Baptiste [microforme]Chapitre 85 sur 98 · ANTON TO ET ORNE EC NO RP 7 TOR · texte numérisé non relu

ANTON TO ET ORNE EC NO RP 7 TOR

pour la fertilité de l'Egypte? Pourquoi désirer un climat plus chaud qui nous amènerait les maladies pestilentielles, comme dans l'Egypte et l’Indoustan ? Soyons donc heureux de la part d’héritage que la Providence nous a dévolue, et elle a été généreuse pour nous comme pour n'importe quelle nation de la terre, et nous n'avons nul besoin d’envier le sort des autres, parce que nous avons ici tout ce qu’il nous faut pour vivre heureux, content, jouissant d’une santé parfaite par la salubrité de notre climat. La colonisation du Nord renferme le secret de notre avenir, et elle résoudra une énigme qui ne inanquera pas de se présenter dans le futur. Un pays ne peut pas s'étendre toujours sur la longueur. Il faut qu’il pousse ses branches dans toutes les directions pour devenir un arbre fort et vigoureux. Un pays peuplé sur une lisière de plusieurs centaines de milliers de milles, mais vide dans son centre, est un pays gui cassera en deux.

Quand le Nord-Ouest sera peuplé, des intérêts divers sur. giront par la force des choses et qui pourront nous devenir hostiles. Pourquoi, alors, le Nord-Ouest qui aura été édifié par nos millions, ne tentera:t-il pas d'envoyer son commerce aux villes maritimes par les Etats du centre? Pense-t-on que New-York et Boston ne feront pas des efforts énergiques pour s'assurer la suprématie de ce commerce ?

Ne comptons pas sur la gratitude des nations pour nous garder l’omnipotence de la route commerciale du St-Laurent ?

Dans une nation, la mesure de l'intérêt c’est la mesure de la gratitude. Vous ne changerez pas la nature humaine.

Préparons-nous donc aux éventualités de l'avenir en peuplant le Nord, et, lorsque les conflits d'intérêt entre l'Est et l'Ouest surgiront, nous serons là, nous habitants du Nord, pour mettre le poids dans le plateau de la balance et conserver pour toujours au St-Laurent sa suprématie commerciale.

L'émigration aux Etats-Unis m'a toujours saigné le cœur

et si je pouvais saisir tous mes compatriotes canadiens et les planter dans le Nord qui est colonisable jusqu’à trois cents lieues dans l’intérieur ce serait la joie de mon âme. Dans un pays qui est trop plein comme les vieux pays d'Europe, on comprend que là l’émigration devient nécessaire mais un pays comme le nôtre ou l’on peut placer des millions et des millions d'hommes, il est incroyable que tous ne cherchent pas à s’y établir ! Qu'avous-nous à dire contre notre pays pour l’abandonner ?

Quand Dieu qui devait s'entendre en bon sol, choisit une terre où coulait /e mie et Le laït comme terre promise, qu'est-ce qui détermina son choix ? Un sol montagneux, de la terre franche, légère, arrosée par de nombreux torrents, couverte de toutes sortes d'arbres. N'est-ce pas là la description des richesses des Laurentides ? Nous avons de plus nos rivières qui sont en plus grand nombre et nos beaux lacs qui sont multipliés à l'infini. Mais, me direz'vous, il nous manque l'olivier, c'est vrai, mais aussi nous avons en revanche le sirop d'érable et la feuille d'érable qui nous sert d’emblême national. Il me semble que l’on n’a jamais assez compris dans la province l'importance de la colonisation, on a parlé éloquemment sur le sujet, on a consacré des octrois annuels pour cet objet, mais nullement en rapport avec les besoins que faisait pressentir une colonisation sagement dirigée. Ah ! si les arbres votaient, vous verriez qu'on trouverait tout l'argent dont nous avons besoin pour coloniser le Nord.

On a trop laissé dénigrer notre pays sans faire aucune récla. mation ec vanter les Etats outre mesure, ce qui a contribué beaucoup à mettre des illusions dans la tête des jeunes gens qui ne voyaient plus notre pays que sous un faux jour. Je crois que si l’émigration est due un peu à la faute de nos gouvernements, elle est due surtout à la population, qui, en général, ne fait pas assez d'efforts pour guérir le mal qui nous

ronge. Une cause d’émigration, c'est souvent le luxe, la vie, mais aussi une mauvaise culture et le défaut d'estimer le pays à sa juste valeur.

Rappelons-nous qu'avant d'aller chercher des colons ailleurs, il faut d’abord empêcher les nôtres de s’expatrier.

C'est une vérité de sens commun. Cherche.t-on à mettre de l’eau dans une chaudière dont le fond est percé? Or, permettezmoi cette expression, notre pays est percé et, pour preuve, voyez ces compatriotes qui s'écoulent vers les Etats. Sans doute que nous ne pourrons pas empêcher un certain nombre de quitter le sol natal malgré les avantages qu’on y trouve, mais combien qui se fixeront chez nous parce que nous aurons rempli notre devoir envers la patrie !

La question est si grave à mes yeux que j’accueillerais avec plaisir l'imposition d’une taxe pour la colonisation parce que c'est par la colonisation seule, remarquez-le bien, que nous sauverons notre langne, nos Icis, nos institutions dont nous sommes si fiers.

1 y a trente ans que l’on aurait dû organiser une souscrip. tion nationale perpétuelle pour remplacer nos pruches et nos épinettes par de braves Canadiens, la fleur de la nation franque.

C'est dans ce but que je me suis mis à la tête d’une loterie nationale pour accomplir cette œuvre qui n’est pas la mienne mais la vôtre, et si le succès couronne nos efforts comme j'ai lieu de l’espérer, parce que j'ai encore confiance dans votre patriotisme et votre générosité pour la patrie, nous aurons contribué autant qu'il est en nous à réparer une faute nationale,

Quand je vois par la statistique que la province de Québec dépense près de huit millions pour les liqueurs ennivrantes, pe dois-je pas avoir l’espoir que l’on trouvera bien un $25.000

par année en faveur de la colonisation qui est notre seule planche de salut ?

Le moyen ne plait pas à tout le monde, il est vrai, maison ne pourra contester que le but est noble et louable et qu’au moins on doit me donner le bénéfice du doute.

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