‹ Noces d'or de la Saint-Jean-Baptiste [microforme]Chapitre 86 sur 98 · DISCOUKS DE M. L’ABBE D. C. LEVESQUE, P. S · texte numérisé non relu

DISCOUKS DE M. L’ABBE D. C. LEVESQUE, P. S

M. le Président, Mesdames et Messieurs. .

Pour nous conformer à l’intelligent et judicieux programme qui nous a été tracé, il importe de ne pas confondre l’état social d’un peuple avec sa nationalité. L'état social est un fait, qui résulte des évènements de l’histoire ou des combinaisons de la politique, tandis que la nationalité s'appuie sur tout un ensemble de sentiments qui ont leur origine et leur siége dans les cœnrs. Dès qu’un groupe de famille possède des traditions communes il se met à la poursuite, dans un élan constant et unanime, d’un but propre et distinct, il jouit de tous les éléments requis pour constituer une vér* table nationalité

Cette distinction, mesdames et messieurs, nous explique comment plusieurs nationalités peuvent vivre sous un même gouvernement, et comment sous divers gouvernement, des hommes peuvent appartenir à la même nationalité. Par conséquent, bien que nous n'ayons pas notre gouvernement exclusivement national, bien que nous vivions sous divers gouvernements, il suffit que les mêmes souvenirs et les mêmes espérances fassent battre nos cœurs à l’unisson, il suffit que nos aspirations et nos efforts tendent vers la même fin pour que nous soyons en droit d'affirmer hautement notre existence nationale.

Lors même que notre fête nationale n’aurait pas d'autre

but que cette affirmation, elle mériterait d’être célébrée avec empressement et enthousiasme, car il n’y a que les peuples dont le passé est sans iache, le présent plein de vigueur et de force et l’avenir riche d’espérances, qui puissent se permettre de telles solennités : mais ce qui la rend plus chère encore à notre patriotisme, c’est que grâce à l’intelligente initiative de ses organisateurs, elle doit en raviver la source et en affermir le sentiment dans nos cœurs- Tel est surtout le but de notre cong'ès national.

Les divers éléments qui peuvent entrer dans la formation d’une nationalité quelconque, étant innombrables et susceptibles de se combiner à l'infini, il faut une étude spéciale pour bien déterminer ceux qui servent de base à une nationalité particulière. Or, ce travail que j’ai osé entreprendre, en ce qui nous concerne, me permet d'affirmer aujourd’hui, que l'attachement et 11 soumission à l'Eglise ne sont pas seulement pour nous, comme pour les autres peuples chrétiens la première de toutes les questions sociales, mais que c’est de plus la question vitale de notre nationalité elle-même.

En effet, mesdames et messieurs, tout noble sentiment qui se retrouve dans le cœur des individus dont se compose un peuple, que les générations se transmettent les unes aux autres comme un héritage sacré qui se mêle à tous les souvenirs, se confond avec tous les intérêts et fait partie de toutes les espérances, doit nécessairement être considéré comme un des éléments constitutifs de la nationalité de ce peuple. Or, remontons le cours des événements dont se compose notre histoire, consultons les sentiments de nos pères, analysons nos souvenirs et nos traditions, étudions nos démonstrations publiques, recherchons le principe de toutes nos entreprises, descendons jusqu'à la racine de nos espé-

rances, interrogeons toutes les fibres de nos cœurs, partout et toujours, nous retrouverons un principe de foi chrétienne, un sentiment d'amour pour notre mère la Sainte Eglise catholique. Donc, notre attachement à l'Eglise est un des éléments constitutifs de notre nationalité.

J'ajoute que c’est le principal.

Si on eût prédit aux héroïques fondateurs de notre pays, qu'un jour viendrait où le drapeau de la France disparaîtrait de la citadelle de Québec et du fort de Ville-Marie, que l’amour et le respect qu’ils avaient pour lui seraient ioyalement et généreusement prodigués à celui de l’Angleterre, leur implacable et irréconciliable enne nie, ils auraient cru, je n’en doute pas, à la ruine de la nationalité dont ils jetaient les bases. Cependant il y a plus d’un siècle que cet événement est accompli. Pourtant, si demain nos pères sortaient de la tombe, nous avons bien la conviction qu'ils ne protesteraient pas contre la présence de leurs bannières dans les rangs de notre procession, mais qu’ils nous reconnaitraient pour les continuateurs de leur œuvre et les légitimes héritiers de leur patriotisme. Donc, la domination de la France n’était pas l’élément principal de leur nationalité.

Vienne encore aujourd’hui ou demain, une puissance tyranique, qui entreprenne de changer les lois que: nous garantissent les traités, d’abolir ces usages traditionnels qui nous sont si chers, de détruire ces institutions qui font notre gloire, de proscrire cette noble langue que nous avons conservée si pure et si harmonieuse, de nous enlever même ce sol de la patrie, que les bras de nos aieux ont défriché, qu'ils ont fécondé de leurs sueurs et arrosé de leur sang le plus généreux, tous, comme un seul homme, nous nous lèverions pour défendre avec toute l'énergie de notre patriotisme, ces objets sacrés que nous regardons, à juste titre, comme les éléments essentiels de notre nationalité.

Mais supposez, mesdames et messieurs, que sur tous ces points, la fortune nous fût contraire, nos sentiments nationaux et patriotiques en seraient-ils altérés ou anéantis? Demandezle à ceux de nos compatriotes que le malheur des temps ou plutôt la Providence a jetés sur des terres étrangères ! Là, il leur faut se soumettre à des lois, accepter des institutions, souvent parler une langue et se conformer à des usages qui ne sont pas ceux de la patiie ; mais qui oserait dire, aujourd’hui surtout, que le sentiment national est moins vif dans leurs cœurs que dans les nôtres? C’est que, lorsqu'il s'agit de nos lois, de nos institutions, de nos usages, Ale notre langue et de notre sol lui-même, notre patriotisme pourrait, à la rigueur, substituer des souvenirs aux réalités, se nourrir de regrets à défaut de jouissances, mais il y a un des éléments de notre nationalité, et c’est pour cette raison que je l’appelle le principal, que nulle personne ne pourrait arracher de nos cœurs, que la persécution ne ferait qu'y fortifier et qui, ne planât-il que sur des ruines. suffirait à lui seul pour maintenir entre nous, lors même que nous serions dispersés aux quatre venis du ciel, le lien de la plus étroite unité nationale, Cet élément, c’est notre foi, c’est notre religion.

Deuxièmement—Mais pour mettre cette vérité dans tout son jour, pour comprendre jusqu'à quel point nos intérêts nationaux s’identifient avec notre foi et notre religion, il nous faut connaître quelle est notre vocation nationale, quelle est la mission que Dieu nous a confiée et en vue de laquelle il nous a donné et nous a conservé l'existence comme peuple ; c’est là qu’il faut aller chercher la raison d’être, le principe vital, le trait différentiel et propre de notre nationalité.

Il en est de la vocation des peuples comme de celles des individus. L'obligation qui nous incombe à tous de tendre vers une fin commune suprême, n'empêche pas que nous

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ayons chacun notre vocation particulière ; de même, bien que dans les desseins de la Providence, toutes les nations doivent contribuer à l’exaltation de l'Eglise, les unes cependant s'occupent plus immédiatement de commerce, les autres d'industrie, celles-ci d'agriculture, celles-là de sciences et d'art; mais il y en a aussi que Dieu consacre d'un: manière si formelle et qu’il attache si étroitement au service de son Eglise, qu'on est en droit, dans un sens, de comparer leur vocation à celle du prêtre et de les appeler des nations sacerdotales, des peuples missionnaires. J'estime, mesdames ct messieurs, que c'est dans cette dernière catégorie de vocations nationales que nous devons placer la nôtre.

Je regrette que le temps ne nous permette pas de compulser les origines de notre histoire ; je voudrais rappeler les édits si chrétiens de François I, de Henri IV et de Louis XIII ; je voudrais vous faire entendre les nobles paroles des Champlain, des Olier et des de Maisonneuve. Tous ces grands interprêtes et exécuteurs des desseins de Dieu sur notre pays nous démontreraient jusqu’à l'évidence, qu’en demandant à la fille ainée de l’Eglise une goutte de son sang le plus pur et le plus généreux pour le déposer sur les rives du Saint- Laurent, Dieu voulait se former un peuple à qui il pût confier l'exécution de ses desseins et les intérêts de son Eglise ; ils nous diraient, et c’est avec un noble orgueil que nous répèterious après eux, qu’en Amérique comme en Europe, les œuvres de Dieu doivent être réalisées par les Francs : Gesta Dei per Francos.

Mais nous avons une preuve peut-être plus convaincante encore, du moins plus actuelle, que telle est notre vocation nationale, et cette preuve, je la trouve dans la présente démonstration. Le choix que nos pères ont fait de la fète de Saint-Jean-Baptiste pour la célébration de leur fête nationale, les acclamations unanimes et constantes qui ont salué ce

choix, là ratification demi-séculaire que nous en faisons, le patriotique enthousiasme qu'excite en nous le seul nom du saint Précurseur, constituent un ensemble de faits, dont on chercherait vainement la raison, soit dans une direction des autorités religieuses ou civiles, soit dans les influences ou les calculs de la politique, soit dans une entente ou une convention particulière. Tous ces faits supposent nécessairement ct proclament hautement l'existence d'un rapport si intime, d'un lien si manifeste, d'une ressemblance si frappante entre saint Jean-Baptiste et nous, qu'ils n’ont échappé aux regards de personne et se sont imposés, par leur évidence même, à notre constante et unanime conviction.

Mais quel est ce rapport, quel est ce lien, quel est ce trait de ressemblance, qui nous attachent et nous unissent, comme peuple, à la personne de saint Jean-Baptiste? Que notre patriotisme honore d’un culte de respect et d'amour tous ceux qui, à n'importe quel titre, ont contribué à l’établissement, à la défense, au développement et à la gloire du peuple canadien français, je le comprends, il n’y a rien de plus convenable et de plus légitime ; mais qu'y a-t-il de commun entre nous et saint Jean-Baptiste, dont la vie s’est écoulée toute entière, par delà les mers, les îles et les continents et dont la tombe est séparée par une période dix-sept fois sécu- Jaire du berceau de notre nationalité? Il faut, messieurs, nous élever au-dessus de toutes ces relations que peuvent établir, et le temps et l’espace, et la sagesse et la volonté des hoinmes ; il nous faut pénétrer jusqu'à ce qu’il y a de plus intime et de plus vital au cœur des hommes et des sociétés, jusqu’à ce principe qui est leur raison d’être, la règle de leurs actions, la source de leur grandeur et de leur gloire; il faut dégager de tous les accessoires humains et de tous les évènements particuliers, cette étincelle sacrée, ce rayon céleste, cette pensée divine qui détermine le rôle qu'ils ont à jouer

dans le temps, en un mot, la mission qu'ils ont à remplir. C'est alors qu'il devient manifeste que c’est Dieu lui-même qui a formé ces rapports et noué ces liens qui unissent le peuple canadien-français à saint Jean-Baptiste, en assignant pour vocation, à l’un et à l’autre, de rendre témoignage à la vérité, Oui, mesdames et messieurs, notre mission est de . ramener à l'Eglise les peuples de l'Amérique, comme celle de saint Jean-Baptiste était d'amener à Jésus-Christ les tribus d'Israël, J'ai la conviction de n'être que l’écho de vos propres sentiments en appliquant à notre nationalité ce que l'Evangile dit de saint Jean-Baptiste: Æ7ic venit in testimonium, ut testimoniwm perhiberet de lumine, ut omnes crederent per tÜlum.

Nous tous donc, mesdames et messieurs, qui prenons part à la célébration de cette fête jubilaire, et tous les Canadiens- Français y prennent part, nous affirmons solennellement l’idendité de notre vocation nationale avec la vocation personnelle à saint Jean-Baptiste, nous proclamons que nous n'avons d’existence, comme peuple, que pour l’exaltation et la propagation de l'Eglise catholique en Amérique. Telle est ja base, l’âme, l'essence même de notre nationalité, et les moyens d'action dont elle dispose et qu’elle doit employer, ce sont la foi, la religion, l'attachement et la soumission à l'Eglise de tous ses membres.

Vous voyez, mesdames et messieurs, comment nos intérêts nationaux se confondent avec nos intérêts religieux.

Notre patriotisme, mesdames et messieurs, est trop sincère et trop ardent, pour se contenter de simples affirmations. Il aime à se glorifier de l'héritage que lui ont légué les générations antérieures, mais il s'occupe encore plus de le conserver intact et de le transmettre enrichi aux générations futures ;

s'il se permet de rappeler les souvenirs du passé et d'énumérer les avantages du présent, c’est afin de les faire servir aux intérêts de l'avenir. Conserver les biens acquis, perfectionner les progrès commencés, tel est le but que se propose notre patriotisme.

Mais ce but, comment l'’atteindrons nous ?

C'est un axiome, mesdames et messieurs, que les institutions ne se soutiennent et ne s'élèvent qu’à l’aide des principes qui leur ont donné l'être. Cette relation et cette dépendance sont aussi nécessaires que celles du mouvement par rapport à la force motrice, de l'effet par rapport à sa cause, de la vie et de ses fonctions par rapport au principe vital.

Coupez les racines d'un arbre, aussitôt il se desséche, tombe et périt ; si les racines ont à souffrir, si elles ne peuvent ni se multiplier, ni se développer ; si elles ne trouvent qu’un suc insuffisant et vicié, l’arbre lui-même est en souffrance, il languit et reste stérile ; mais que les racines s’enfoncent profondément dans le sol, qu’elles étendent au loin et en tous sens leurs innombrables ramifications, qu’elles trouvent partout une nourriture abondante et riche, alors le tronc de l'arbre s’affermit, ses branches se développent, ses rameaux se multiplient, sa cime s’élance majestueuse vers le ciel ; toujours couronnée d’un luxuriant feuillage, inépuisable dans sa fécondité, plus fort que les coups de la tempête, il vivra, grandira et fructifiera pendant des siècles.

Il en est de même, mesdames et messieurs, des nations de la terre ; elles ont leurs racines qui leur communiquent la vie, la force et les prospérités de tous genres. Pour nous, vous l'avez reconnu, le principe de notre vie nationale, de sa conservation et de ses développements, les racines de notre nationalité, ce sont notre fidélité à la foi chrétienne, notre attachement et notre dévouement à l’Eglise catholique.

En effet, il n’y a qu’une voix pour le proclamer, si la race

française du Canada n'a pas été anéantie par la conquête, si l'élément envahisseur a été impuissant à l’absorber, si elle a su défendre ses droits, si elle a conservé sa langue, ses institutions et ses lois, si elle a grandi et prospéré en dépit de tous les obstacles et de toutes les oppositions, c’est à sa foi, c'est à sa religion qu'elle le doit. Donc, c'est à cette même foi, c'est à cette même religion, que notre patriotisme doit demander les forces et le courage dont il a besoin pour conserver ce qu'il possède et réaliser les progrès qu’il ambitionne. Renier notre foi et notre religion, ce serait porter la cognée à la racine de l'arbre, ce serait la mort, ce serait un suicide national.

L'affaiblissement de notre foi, l'oubli de nos devoirs religieux, entraineraient inévitablement et dans une proportion rigoureuse, une déperdition de vigueur et d'énergie, un ralentissement sinon un arrêt de notre marche dans la voie du progrès, peut-être même un commencement de décadence. Mais l’objet de nos désirs et de nos vœux les plus ardents, c’est l'accroissement et l’exaltation du peuple canadien-français; nous voulons que cette province de Québec, le tronc de notre arbre national, s’affermisse et se fortifie, nous voulons que les branches qu’il a projetées dans toutes les provinces-sœurs et jusqu’au sein de la grande République américaine, multiplient leurs rameaux à l'infini et accroissent encore leur prodigieuse fécondité; nous voulons que l’arbre tout entier s'élève et grandisse jusqu’à devenir l’égal de ces peuples géants qui président aux destinées du monde ; or, ces résultats nous pouvons les obtenir, nous les obtiendrons infailliblement, si les racines de notre nationalité continuent de pénétrer librement dans tous les cœurs et de s’y nourrir de leur sève la plus généreuse ; c’est-à-dire, si tous nous demeurons attachés à l'Eglise catholique et si nous n'avons jamais rien de plus cher que notre foi et notre religion.

Deuxièmement, remarquez bien, je vous en prie, mesdames et messieurs, que nous ne sommes pas encore arrivés à la limite extrême des devoirs qui s'imposent à notre patriotisme national. Si nous existons conme peuple, s’il nous est donné de progresser, ce n’est qu'en vue de cette fin sublime que le ciel nous a marquée, que nous avons reconnue et que nous affirmons aujourd’hui avec tant de solennité. Or, comme la perfection des êtres ne peut se trouver que dans l’accomplissement de leur fin, il est évident, après ce que nous avons établi sur ce point que c’est dans l’exaltation et la propagation de l'Eglise catholique en Amérique que nous devons chercher notre véritable grandeur, notre principale gloire uationale.

Ce n'est pas à dire, mesdames et messieurs, que nous de. vions renoncer à tous les intérêts matériels et temporels. Tout au contraire, nous devons perfectionner notre agriculture, développer notre colonisation, étendre notre commerce, activer notre industrie, multiplier nos canaux et nos chemins de fer; mais que ce soit pour démontrer à ces hommes si actifs et si entreprenants de l’Amérique, que notre religion n’est point l’ennemie de ce qu’ils appellent le progrès ; que ce soit pour leur apprendre, par l'exemple de notre foi, les droits imprescriptibles de la justice et de la vérité dans le monde, et pour leur rappeler que par des destinées éternelles, le chrétien doit toujours planer au-dessus des propriétés et des grandeurs terrestres ; que ce soit avant tout et pardessus tout pour augmenter nos moyens d'action et accroître notre influence en faveur des intérêts temporels et spirituels de l'Eglise. C'est ainsi que j'entends notre rôle de nation sacerdotale, de peuple missionnaire.

Il faut l'avouer, mesdames et messieurs, la carrière que notre vocation nationale ouvre devant nous est immense, et il faudra des siècles pour la parcourir. Mais qu'importe ! le

passé nous fournit assez de solides garanties, et le présent, je le dis avec une profonde conviction et un noble orgueil, nous donne assez de consolants et légitimes sujets d'espérance, pour que nous puissions fermement compter sur l'avenir, Aussi, en voyant se multiplier avec tant de rapidité, en mille endroits des Etats-Unis et sur tous les points de la Puissance du Canada, d’un océan jusqu’à l’autre, les groupes de Canadiens-Français, qui portent si noblemènt le drapeau de notre nationalité et de notre religion, il me semble, ou plutôt j'affirme, sans crainte d’être contredit, que nous sommes en voie de restituer à la Nouvelle France d'autrefois l'immense domaine dont nos pères avaient pris possession et qu'ils avaient consacré à l'Eglise, en y arborant l’étendard de la croix.

Je ne voudrais pas, mesdames et messieurs, me faire l'apotre de l’émigration de mes compatriotes aux Etats-Unis, mais il m'est impossible de partager le sentiment de ceux qui voudraient l'arrêter complètement, car j'estime que ce serait m'opposer aux destinées providentielles de notre nationalité en Amérique. Tout en rendant un hommage aux intentions de ceux qui travaillent au repatriement des Canadiens-Français, je ne puis m'empêcher de regretter que l’on déploie tant d’énergie à la poursuite d’un but que les faits proclament irréalisable, et qui est parfaitement inutile, puisqu’à mon avis, les Canadiens-Français qui vivent sous le gouvernement américain, peuvent se vanter aussi bien que nous, sous le régime anglais, de fouler le sol possédé par nos aïeux et d'y promouvoir les véritables intérêts de notre nationalité, Sans doute qu'ils ne jouissent pas des mêmes avantages que aous, mais vous savez bien que nos droits n’ont pas toujours té reconnus et respectés comme ils le sont aujourd’hui; qu'ils gardent leurs usages, leur langue et surtout leur foi, et an jour viendra où la nationalité canadienne-française occu-

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pera sur ce continent la place que lui destinaient les magnanimes fondateurs de notre pays. Voilà, mesdames et messieurs, la voie dans laquelle nous devons accélérer nos pas, le but vers lequel doivent tendre tous nos efforts.

Jestermine en proposant au patriotisme de tous les Canadiens-Français, dans l'intérêt de notre nationalité, que nous demeurions toujours, comme nous l'avons été et le sommes encore, fidèles aux traditions religieuses de nos pères ; je propose que nous restions irrévocablement attachés à notre religion ; je propose que nous travaillions par tous les moyens en notre pouvoir à étendre et à affermir le règne de l'Eglise catholique en Amérique. Tant qu’il en sera ainsi, notre nationalité vivra et grandira.

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