DISCOURS DE M, T. A. BERNIER
Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,
Les sujets que nous sommes appelés à traiter durant cette séance du Congrès, sont d'importance vitale. Ils sont tellement liés entr'eux qu'ils forment comme les divers aspects d'une seule question, résumant en elle toute la question économique de notre temps.—D'autres intérêts pourront à d'autres époques réclamer toute notre attention, mais ce serait s’exposer à de graves mécomptes que de ne point donner aujourd'hui la priorité à ceux-ci.
Notre pays, de l'Est à l'Ouest, est une large bande de terres arables ; la classe agricole sera vraisemblablement tou jours la plus nombrense ; l'influence appartiendra donc aux possesseurs du sol. Or, de ces faits et de ces inductions se dégage en pleine lumière, la nécessité proclamée par ces voix éclairées et patriotiques qui, les premières, ont fait entendre ce cri: Æmparons-nous du sol,
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Quand nous repassons l’histoire des temps écoulés depuis la cession, l'émotion nous gagne au souvenir des luttes de ce passé glorieux, du dévouement et des talents mis à leur service, des sacrifices dont elles ont été l’occasion, des succès
‘qui les ont couronnés. Mais ces dévouements, ces talents, ces sacrifices, auraient été stériles comme les arbres dont les fleurs sont emportées par les vents, si nos hommes publics n’eussent senti derrière eux cette forte et féconde race d'agriculteurs, ancrés à leur foi et au sol, et formant, au sein de leurs organisations paroissiales, présidées par le curé, le plus formidable obstacle à l’envahissement de leur patrie par l'influence étrangère.
Il faut donc s'emparer du sol. Mais qui fera cette œuvre, si ce n’est celui dont la vocation est de le cultiver, et d’en tirer les immenses trésors qu’il renferme. C’est donc au laboureur qu’il faut confier le côté pratique de la mission de conserver le sol canadien, à notre race, et d’assurer son influence future.
S'il en est ainsi, il incombe aux classes dirigeantes de con: server notre population à l’agriculture ; d'empêcher la transmigration de la jeunesse rurale vers les villes, de prévenir l'émigration, d'activer la colonisation.
Pour cela il faut commencer par s'emparer des esprits, par changer ce courant d'idées qui varait s’infiltrer chez les jeunes générations que le travail des champs les place dans une condition inférieure, Adressons-nous à la jeunesse, à l’enfance. Non pas qu’il faille faire de l’école, une ferme ; ce n’est pas le but de l’éducation élémentaire de livrer ceux qui lareçoivent aux travaux physiques ; à l’école il s’agit de développer l’intelligence et de former le cœur.
Mais c’est être intelligent, c'est être homme de cœur, que d’aimer Dieu, son pays, sa famille, son état, Or ces choses peuvent s’apprendre à l’école, .
Qu'on enseigne donc, après le catéchisme, l'influence des travaux agricoles, sur la richesse nationale, les mœurs, la vie domestique ; qu’on relève dans sa propre estime, cet artisan de notre avenir, qu’on lui parle de la dignité de ses occupations, qu'on lui montre tous les siècles rendant hommage à l’homme laborieux que l’aube trouve au milieu de son champ, traçant le sillon où doit tomber la semence qui changera cette terre dénudée en flots dorés.
Mais à cela ne doivent point se borner nos efforts. Lors même que l'esprit serait convaincu, si l’on souffre, on n'aimera point la vie rurale, on n’aimera point la paix des champs. Et cependant l’on n’embrasse un état, et l’on n'y reste, qu’en autant qu'on l'aime. Il faut donc viser aussi, et particulièrement, à améliorer la condition matérielle de la classe agricole,
Voilà le point où les hésitations'et les différences d'opinion, se produisent.
Je me tais sur certaines améliorations que l’on suggère de temps à autre à l'attention des cultivateurs, pour m’attacher à une question moins technique, mais également pratique : le morcellement de la propriété. Si l’on examine bien la condition de la propriété rurale en notre province de Québec, qu’y trouvons-nous.
Par suite de l’heureuse fécondité de notre race il s’est pro-: duit, dans nos vieilles paroisses, un accroissement de popula-. tion qui a élevé le prix de la terre et mis à l’étroit notre: peuple habitué aux larges espaces. Le trop grand morcellement: de la propriété n’est en aucun lieu désirable. Mais en Amérique surtout, en face des immenses territoires qui restent à coloniser, ce serait une grave erreur. Et, examiné aux points de vue des intérêts de la province de Québec et de notre race, je vois dans ce fait l’une des causes d’un mal qui nous désole et nous décime depuis plus d’un quart de siècle : l’émigration,
La moyenne des fermes est de 60 à 100 arpents en super-,
ficie. Sur ces fermes vous trouvez une famille comptant presque toujours de nombreux enfants. Les uns ont, par leur travail et leur industrie, placé quelques fonds en réserve ; les autres n'ont pas su ou n’ont pas pu le faire; cependant il existe dans le cœur du père un sentiment d'amour et de pté- |voyance qui fait songer à l'avenir de l'enfant ; à ce sentiment correspond chez le fils, cet autre sentiment, aussi noble que Jégitime, de fonder à son tour une famille. Mais un obstacle se dresse devant eux : l’exiguité du champ du père de famille. Celui-ci a vécu des produits de ce champ, mais divisé entre tous les membres de la famille, le même champ n'en ferait vivre aucun. En vain dira-t-on à nos populations rurales : cultivez moins, et cultivez mieux.
Cultivez mieux ! soit, le conseil est bon. L'agriculture est un art en tous lieux susceptible de perfectionnement. Mais encore faut-il être prudent et ne pas lancer nos cultivateurs dans des aventures d’où ils ne rapportent qu'un scepticisme plus marqué à l'égard des enseignements théoriques. En agriculture, l’expérience, et l'amour de son état, sont les deux meilleurs maîtres.
Cultivez moirs, n’est pas dans nos mœurs ; et pour changer un système il faut des années, tandis que le mal dont nous cherchons le remède a besoin d’être présentement guéri. Au reste, on ne saurait demander à nos cultivateurs d’'adopte: maintenant le système des petites cultures comme en Europe. La condition économique du continent américain n’est pas la même que celle du continent européen. La différence de densité de population suffit à nous convaincre de la vérité de cette proposition.
Il faut au Canadien un champ plus ou moins vaste sur lequel il puisse se livrer à la culture des céréales et à l'élevage des bestiaux. S'il ne l’a pas, il cherchera à gagner sa vie d’une autre manière, ou sous d’autres cieux. Et voilà pour-
quoi, bien souvent du moins, la patrie est délaissée. Et pourtant cette condition de la propriété, qui est actuellement le principe d’une déperdition de forces, pourrait être une cause de salut, si nous voulions pratiquer nous-mêmes, en temps opportun, une saignée salutaire. |
Le déplacement ‘de quelques familles, en causant une baisse sur les propriétés, mettrait celles-ci à la portée et à la disposition de quelques autres familles plus aisées ; le patrimoine de ces dermières familles s’agrandirait ; elles garderaient autour d’elles ieurs enfants en leur procurant des conditions avantageuses d'établissement : ces nouvelles familles essaimeraient à leur tour, et la plaie faite par la saignée se fermerait bien vite.
En second lieu, le déplacement, opéré d'après un système et un plan préconçu, un plan dont ia nation entière comprendrait le fonctionnement, dont tout le monde se constituerait l’auxilliaire, aurait l'effet de pousser la population vers d’autres points inoccupés du pays, et de concentrer en conséquence dans nos mains une plus large lisière territoriale
Ceci n'est pas simplement une théorie. Nos populations sont dociles à la voix de ceux qui ont droit de parler, et si plus souvent, et plus près d'elles, elles entendaïient un conseil ami, si ces voix autorisées les instruisaient de nos res sources, calculaient pour elles, leur indiquaient la route, elles ne prendraient point celle des Etats-Unis. Car le Canadien aime son pays, et quand il le quitte c’est avec regret. Bien souvent l'on a blâmé ceux qui nous ont quittés. Mais ne soyons pas injustes et surtout ne fermons point les yeux sur notre part de responsabilité. A eux seuls ne doit pas être. imputée la faute. Je ne veux pas excuser les écarts qui ont été bien souvent les causes directes de la détresse d’un trop grand nombre de familles, détresse à la suite de laquelle elles sont parties ; mais aux classes dirigeantes revient aussi une part de responsabilité,
Ces populations n’ont pas, comme d’autres plus instruites, 1es lumières nécessaires pour voir au-delà de ce qui les frappe sur le moment. Leur patriotisme a besoin d’être rechauffé, éclairé . elles ont besoin qu’on les instruise et qu'on les dirige. Cela a-t-il été fait ?
Au jour de la Saint-Jean-Baptiste 1l se produit comme une explosion de sentiments patriotiques ; de beaux projets naissent, et il semble que nous sommes à la victoire, comme aux jours de Carillon et de Châteauguay. Mais au lendeinain ! Ab, vite! nous retournons à nos luttes politiques, nous nous déchirons, nous ruinons la réputation de nos hommes pubiics, nous déprécions nos institutions, nous établissons des comparaisons désavantageuses avec celles de nos voisins. Ah! si la conquête du sol avait à son service la dîme de l’activité que l'on met dans nos luttes journalières, assurément. nous n’aurions pas à déplorer les pertes que nous subissons, notre influence monterait partout, ici et dans les vastes prairies du Nord-Ouest.
Mais voici une ère nouvelle. De nouveau le clergé s’est mis en campagne. Il y a des apôtres Ge la colonisation. Ah! saluons cette véritable ‘‘ armée du salut’’ et que tous nous lui prêtions assistance. Ne réservons pas pour le jour de la Saint-Jean-Baptiste seulement nos accents patriotiques. Que le curé de chaque village, que le notaire, que les marchands, que tous les notables, par tout le pays, joignent leurs paroles et leur action à celles des évêques, de nos prêtres, et que les gouvernements, eux, leur donne des moyens d’action, ouvrent des routes et répandent les renseignements, les cartes et la statistique, et j'en ai la conviction, l’émigration se ralentira. Je dis seulement se ralentira, car c’est aussi ma conviction que l’émigration ne cessera jamais complètement ; de même que nous ne pourrons jamais opérer que des rapatriements partiels. Un rapatriement général est impossible. Un
grand nombre de nos compatriotes, quoique partis avec regret, sont maintenant établis aux Etats-Unis d’une manière permanente ; le voudraient ils, ils ne pourraient nous revenir.
Au surplus, ces colonies canadiennes attireront toujours quelques-uns des nôtres. Puis, il s’est produit récemment un mouvement qui me fait peur : on se fait naturaliser là-bas.
Selon moi, ce mouvement ne fera que rendre plus impro: bable le rapatriement. Quant à ceux qui ont l'intention de demeurer aux Etats-Unis, je comprends leur conduite. Ils veulent être quelque chose dans ce pays; ils veulent exercer les droits de franchise, et cette ambition est légitime. Mais, quand le Canadien aura goûté à cette vie mouvementée du citoyen américain, qu’il aura épousé les causes qui se débattent aux Etats-Unis, il se fondra dans cette immense fournaise où les plus forts se sentent amollir. Et tel qui, au moment de se faire naturaliser, nourrit peut-être encore l'espoir de revenir en son pays natal, finira par éteindre en lui, et dans les siens, ce louable sentiment.
Les Canadiens résistent mieux que les autres races à l’action absorbante de nos voisins ; et ceux-ci le comprennent bien. Et c’est pour cela que tantôt ils usent de caresses, tantôt de menaces et d'insultes, pour amener notre race à oublier le Canada. En cela ils ne réussiront pas ; le Canadien aimera toujeurs le Canada. Le temps fera néanmoins pour nos Canadiens des Etats-Unis ce qu'il a fait pour nous. Nous aimons toujours la France; mais nous sommes des sujets loyaux de la couronne britannique, et, en cette qualité, nous sommes perdus pour la France.
La joyauté, ce sentiment distingué qui honore les peuples, cette vertu sociale qui caractérise notre race fera de nos compatriotes des Etats-Unis, de fidèles sujets de la République américaine; ils seront perdus pour nous, et notre influence ici en sera diminuée d'autant. Et voilà comment
seront également perdus pour nous les sacrifices, l'énergie, Jes talents, le travail, d’un si grand nombre de compatriotes.
Nous avons produit l'arbre, d’autres en auront les fruits.
Et à mes yeux, cela est d'autant plus lamentable que je n’ai pas même pour me consoler l’avantage de voir, comme tant d’autres, un acte providentiel dans cette évolution sociale.
Je crois fermement et humblement à l’action de Dieu sur les sociétés. Et c'est précisément cette foi qui m'amène à croire que c’est Dieu qui a fait les nations, qui a mis au fond du cœur de l’homme cet instinct naturel qui le porte à se grouper dans certains milieux dont il a tracé les limites ; et l’espace compris dans ces limites, c’est la patrie. Si donc, Dieu a pris soir de donner à chaque peuple une patrie, il ne peut vouloir ces peuples en dehors de leurs patries respectives, à moins qu’il n'entre dans les desseins de la Providence de les châtier de leur prévarication, et ce châtiment sa manifeste souvent par la dispersion ou l'exil. Or, nous avons à peu près le quart des nôtres aux Etats-Unis. Cela ne ressemble-t-il pas à une dispersion ?
Ah ! nous avons violé quelques lois données de Dieu au monde. Nous avons manqué à l’impérieuse loi du travail, à la fortifiante loi de la sobriété ; nous nous sommes laissés aller à des excès de luxe, et Dieu, qui ne peut atteindre les peuples que dans le temps, nous fait sentir sa main d’une manière éclatante, et c’est dans ce sens seulement que l’émigration canadienne aux Etats-Unis est providentielle, comme. était aussi providentiel l’exil du peuple d'Israël en Egypte.
Dieu sait tirer le bien du mal, et sans doute que le passage et l'établissement de nos compatriotes aux Etats-Unis aura une influence salutaire sur la société américaine, et nous suivrons toujours avec intérêt leur carrière sur la terre étrangère ; mâis en même temps qu'ils nous permettent de regretter leur absence et de la considérer comme une calamité
nationale. Et au lieu de voir dans ce fait un triomphe, une grande destinée, courbons plutôt la tête devant ces décrets divins, et dans une humble et ardente prière, implorons la miséricorde de Dieu et la grâce de revenir à sa loi! Et de même qu'à la prière de Moïse, Dieu a sauvé les armées d'Israël de la destruction, de même aussi pourrons-nous espérer vivre pour accomplir cette grande mission qui semble être notre partage.
Le doigt de Dieu me parait bien plus visiblement tournè vers d’autres lieux que les Etats-Unis.
Il existe une terre découverte et occupée presqu’exclusivement par les nôtres, jusqu’à une date récente.
Manitoba était autrefois une province française; nous l'avons évangélisée et civilisée. Maintenant, d’autres races y dominent; cependant, nous y avons toujours toute une organisation sociale; une église présidée par un illustre et saint archevêque et desservie par des prêtres dévoués ; nous y possédons un système scolaire, basé sur les principes catholiques, autorisant l'usage de livres catholiques recevant du gouvernement une allocation pécuniaire proportionnée au chiffre de notre population, couronné d’une université ; nous avons un sol extraordinairement fertile, d’une culture et d'une acquisition faciles ; notre climat est salubre et nuilement à redouter, comme les préjugés se sont plu à le répandre. Et si la province de Québec le voulait, en peu d'années, nous pourrions reprendre sinon la prépondérance, au moins cette force nationale qui suffirait à faire respecter tout ce que nous aimons.
Il y aura prochainement une rédistribution des sièges électoraux; dans ce remaniement, si nous ne recevons point de sève du tronc principal, nous sommes exposés à perdre un ou deux comtés. Et déjà, la presse anglaise, sans y mettre pourtant d’acrimonie, nous invite à examiner cette situation,
ct à accepter de bon cœur notre sort probable, Un peu de secours nous ferait éviter cette pénible perspective, et sans négliger les œuvres locales, la province de Québec devrait faire quelqu’effort pour renfoncer cette aile de la grande armée canadienne, dont le centre est ici, et l’autre aile dans les provinces maritimes. Combien, messieurs, qui ne veulent point aller dans la forêt; or, à ceux-là, nous offrons nos prairies, qui ne demandent aucun défrichemeni, Et c'est le temps de s'occuper de cette question, car plus tard, si vous attendez que l'illustre curé de Saint-Jérome soit rendu assez près de nous donner la main, vous n’y trouverez peut-être que des lambeaux d'institutions et de peuples suspendues au bras de la croix, autour de laquelle nous nous groupons, comme l'ont toujours fait les habitants de la province de Québec aux mauvais jours.
Ne prenez point toutefois cette exclamation pour un symptôme de défaillance! Nous avons là des traditions à conserver, des intérêts, des institutions et une vie à protéger! Tout cela sera maintenu et protégé, et nous avons foi en l'avenir! Mais sans secours, la durée de la lutte sera quintuplée! Et de là nos angoisses et notre désir, sinon de nous soustraire nous-mêmes à cette tâche, du moins d'y soustraire nos enfants |
Ce n'est point seulement comme déversoir de population que nous vous offrons notre pays ; nous vous y invitons parce qu'il s’agit de fortifier une branche de cet arbre dont les rameaux couvrent quasi la moitié d’un continent,
Quand il arrive à la presse anglaise de manifester sa pensée à l'égard de notre influence future, elle nous rappelle qu'il n’en a dépendu que de nous de conserver la prépondérance au Manitoba! Elle nous signale cette émigration des nôtres, à l'étranger, inconcevable à ses yeux, surtout à l'aspect de ces vastes et riches domaines du Nord-Ouest eanadien, et au
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souvenir de ce que nous avons été dans ce pays par n05 œuvres et notre nombre |!
Et ces accents sont les premiers murmures de l’histoire ! Si rien n'est fait, la colonie canadienne du Nord-Ouest adressera plus tard à la Province de Québec ce que celle-ci repète depuis un siècle à la France, qui la négligea aux jours des grandes douleurs ! Si au contraire, l’on dirige vers nos plaines un courant d’émigration appréciable et continu, la Province de Québec aura fait une œuvre qui lui profiters autant qu’à nous. Car, son influence dans la Confédération ne dépend pas seulement d'elle-même, mais aussi des divers groupes canadiens-français ou acadiens, épars sur la surfice de nos vastes possessions.
Les temps favorisent notre établissement au Manitoba. Les exagérations des années passées sont disparues, le terrain a repris sa valeur normale, L’immigration tend àse diriger vers l'extrême ouest. Le Manitoba est néanmoins la meilleure partie du Nord-Ouest ; et l’on y reviendra plus tard. Tout de même, cette passion du moment sert nos intérêts et nous aide à passer les mauvais jours, lesquels nous pourrions faire cesser en nous emparant, dans l'intervalle, des espaces qu’on nous laisse, et en y faisant des établissemerft solides avant que la vague ne revienne.
Nous vous convions encore vers ce pays que diverses races s'apprêtent à se partager, pour un motif d'ordre social.
Il se produit de nos jours un fait indéniable. De nouvelles sociétés s'élaborent ; il faudrait remonter presque au moyenâge, ou au moins, aux premiers temps de la colonie, pour retrouver un pareil travail. Ce travail nous affectera, et dans notre intérêt comme dans celui des différentes nationalités qui se disputent le continent, il faut veiller, nous fortifier, choisir nos positions, afin d'être comme les étais de cette ‘Puissance formée de provinces dont les habitants appartiennent à des races si peu homogènes.
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Ce n'est pas assez de percer des routes, d'exécuter des travaux publics, d'enlacer toute une puissance dans un réseau de fils télégraphiques. Ces liens physiques — d’une utilité incontestable — ne suffiraient cependant point à retenir ensemble des siècles durant, des provinces que la politique seule aurait unies, s'il n’y avait au-dessus une force morale s'imposant à tous,
Ce n'est pas tout de créer l’activité, de jeter des villes à travers la plaine, de remplacer la solitude par des essaims de populations, d'idées et de mœurs hétérogènes, recrutées dans les cinq parties du monde. S'il n’y a point de traditions ni d'intérêts communs ; si le génie national est sacrifié à la seule préoccupation de confectionner des lois de police, on n'aura pas un vrai peuple, un peuple uni et fort.
Heureusement pour tous, pour les étrangers comme pour les enfants du sol, il existe dans la Puisssnce du Canada une race féconde et vigoureuse, ayant une même origine, des intérêts identiques, de glorieuses traditions, une langue et des croyances communes, ami de l’ordre et des sacrifices, se croyant appelée à une grande mission et protégée de Dieu ; cette race, d’une loyauté égale à son honneur, a déjà sauvé sa patrie des envähissements de l'étranger. Elle peut aussi la sauver du démembrement. Et cette race, qu’on retrouve dans toutes les provinces de la Confédération, et qui est la clef de voûte de notre édifice politique, c’est le peuple canadienfrançais; c’est lui qui doit être la force vive de l'empire canadien.
Préparons-nous à cette mission pleine de responsabilité et grande entre toutes.