DISCOURS DE M. L. O. DAVID
M. le Président et Messieurs^
Il est des spectacles si beaux, si touchants que la parole humaine semble incapable d'exprimer les sentiments qui envahissent l'âme, inondent le cœur. L'esprit est comme troublé par les émotions et cherche le repos, le recueillement.
Mon Dieu ! Qu'elles sont belles les démonstrations enfantées par l'amour de la religion et de la patrie ! Qu'elles démontrent éloquemment la supériorité des sentiments qui nous élèvent vers le ciel sur ceux qui nous attachent aux. choses périssables de la terre !
Quelle scène ! Quel tableau ! Quel rêve !
Nous venons de voir défiler, comme dans un vaste panorama, tout ce que nous aimons et respectons, tout ce qui peut éveiller dans l'âma^les sentiments les plus puissants, les pensées les plus élevées, les souvenirs les plus émouvants, toutes les merveilles de notre histoire, les grandeurs de notre passée
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toutes les gloires de la religion et de la patrie, toutes les esp^ rarices de l'avenir.
On comprend, dans de pareilles circonstances, ce qu'o: doit à l'Eglise et à la France, on sent combien nous le aimons.
Oui, nous t'aimons, Eglise catholique, car tu es pour not ■ la vie, la vérité, le fondement de nos espérances éternelles !
Nous t'aimons, O France ! parce que nous sentons que nou sommes la chair de ta chair, les os de tes os, parce que tu e notre mère et qu'on ne peut avoir une mère plus noble, plu grande, plus digne d'admiration.
Mais un peuple ne vit pas que de professions de foi et d démonstrations. Les arcs de triomphe, les chars allégoriques les processions, les rois même, passent vite. Depuis six ans je n'ai cessé de répéter que la société Saint-Jean-Baptist devait manifester son patriotisme et son utilité d'une manier pliis pratique, par des œuvres plus efficaces. Plubieur membres dévoués de la société partageaient cette opinior Nous disions : " Regardez donc nos compatriotes émigrés ils sont à peine souvent une poignée dans un village améri cain ou anglais, et, cependant, ils trouvent moyen d'avoir ui institut, une salle nationale où ils peuvent se voir, se parler se communiquer leurs pensées et leurs sentiments, s'entreteni de leur chère patrie. Et nous ! nous qui nous vantons d'êtn le principal foyer de la nationalité canadienne-française ei Amérique, nous qui sommes si fiers d'appeler à nos fêtes na tionales tous nos frères établis à l'étranger, nous n'avon même pas une maison, un édifice pour les recevoir !
Lorsqu'il fut question de célébrer le cinquantième anniver sairc de la fondation de la société Saint-Jean-Baptiste, or crut que c'était le temps de frapper le grand coup. On se di qu'il était impossible de laisser passer ce grand événcmeni
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sans le marquer par l'inauguration d'une œuvre durable, permanente et digne de la pensée qui présida à la fondation de cette noble société.
La société Saint-Jean-Baptiste est née à une époque de luttes et de danger, d'une pensée nationale, d'un sentiment patriotique, dans un moment où on sentait le besoin de s'unir pour s'encourager et se fortifier dans la défense de nos droits les plus chers contre des ennemis puissants. Elle devait être un boulevard national, un foyer de lumière, une source féconde de bonnes inspirations. Elle a rempli en grande partie sa mission, elle a entretenu le feu sacré du patriotisme, elle a donné naissance à une foule de sociétés qui se considèrent comme ses filles, de belles et nobles filles, qui à l'étranger comme au sein de la patrie, font honneur à leur mère. Eh bien ! après cinquante ans de travail, d'une existence si honorable, cette bonne mère ne méritait-elle pas que ses enfants, réunis autour d'elle, à l'occasion de ses noces d'or, lui offrissent sous forme de cadeau, un toit, une maison ? Car il faut bien l'avouer, elle n'avait pas encore un lieu pour reposer sa tête, pour réunir sa nombreuse famille. Quand je parle de la famille, de ses enfants, je vous mets au premier rang, sociétés Saint-jean-Baptiste des Etats-Unis, de l'Acadie, de Manitoba et d'Ontario, vous, dont le patriotisme se manifeste par des œuvres si éclatantes, vous qui nous faites croire souvent que la meilleure moitié de la patrie est à l'étranger. Vous ne partirez pas, j'en suis sûr, sans faire quelque chose pour la maison de votre mère.
Déjà des citoyens distingués ont parmi nous donné l'exemple de la générosité. On me permettra de mentionner spécialement M. l'échevin Jacques Grenier et le distingué président de notre société, l'hon T. J. J Loranger.
L'œuvre a marché rapidement depuis quelques semaines.
Nous n'en voyons encore, il est vrai, que la première
pierre, mais cette pierre angulaire bénie par la Religion et 1; Patrie ne peut manquer de se multiplier. En voyant réuni autour d'elle, en ce moment, tant d'illustrations passées e présentes de la vieille et de la jeune France, tous ces saints e ces héros personnifiés dont le nom et les œuvres sont gravé dans nos cœurs, je me dis que jamais pierre angulaire ne fu plus honorée. Et, cependant, ce n'est pas tout, s'il nous étai permis de percer le voile qui nous sépare de l'invisible, nou verrions, j'en suis sûr, planant au-dessus de cette belle asseir blée et penchées vers nous, toutes les grandes âmes qui on bien travaillé et souffert pour la religion et la patrie, tout o monde de gloire chanté par notre grand poète Crémazie et auquel aujourd'hui permet, sans doute, de contemple avec bonheur le résultat de ses sacrifices. Aussi, me faisan l'écho, l'interprète de ce monde visible et invisible qui aimé et aime encore et protège notre nationalité, je ne crain pas de dire : " Tu es pierre et sur cette pierre nous bâtiron un temple, une église nationale, une arche" sainte, contn laquelle les projets de nos ennemis ne prévaudront jamais.' Et ce temple, ce monument sera par la solidité de ses fonde ments et la noblesse de son architecture, l'image de la patri( elle-même, l'honneur des Canadiens-français. Ce ne sera pa: seulement l'œuvre d'une société ou d'une ville, mais de tout< la nation. Pour cela, il faut que chacun y mette la main, y apporte une pierre. On a vu autrefois des populations entière travailler à la construction de temjiles et de monument: immortels. Pourquoi n'en ferions-nous pas autant pour ut monument destiné à être le souvenir d'une des plus belles, de; plus grandes réunions qu'on ait jamais vues au foyer de 1; patrie canadienne ?
La pierre parle, elle vous appelle, Canadiens-français, voui ne comprenez peut-être pas, car vous êtes trop loin, mais moi je l'entends, et voici ce qu'elle vous dit : " Approchez, vene-
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," me voir, riches ou pauvres, jeunes et vieux, apportez votre 2-" obole, faites votre devoir et je ferai le mien ; je vous pro- :** mets d'être le fondement inébranlable d'un monument qui "^ sera l'honneur et la gloire de votre nationalité, où vos " enfants et vos petits enfants apprendront à honorer votre " mémoire et à aimer votre patrie. Prouvez aux nations qui "vous regardent que vous savez faire des sacrifices, quand il " le faut, pour une œuvre pratique et durable."
Voilà ce que j'entends, mais venez, approchez, et elle vous dira des choses beaucoup plus intéressantes.