A. DE M UN
Montréal, 9 juin 1884.
M. Chauvean, Président du Comité du Congrès de Montréal :
Cher Monsieur,
Je suis très honoré de votre flatteuse invitation de prendre la parole î l'occasion des fêtes du cinquantième anniversaire de la société St-Jean Baptiste, le 24 de ce mois, mais je me trouve dans l'impossibilité d'j correspondre. Nous sommes maintenant en Circuit, sans savoir à quelle date nous pourrons passer d'ici, à Opelonas, où la cour doit siéger er juillet. Nous sommes, comme vous devez bien le penser, très occupés ici, à concilier les mortels, sinon par la persuasion, du moins par la force Pour ma part, il ne me serait pas facile de trouver du temps pour réfléchii à un sujet qui mériterait une considération intelligente. S'il m'esl possible de me déraciner d'ici, ce sera pour partir de New-York le 25 par la '* Normandie," pour aller rejoindre ma famille à Paris.
Veuillez être l'organe de mon sincère regret auprès de la société Saint- Jean- Baptiste, avec l'expression du sentiment d'appréciation que j'éprouv» de l'honneur qui m'a été fait dans l'occasion.
J'ai, Monsieur, l'honneur d'être.
Très respectueusement.
Votre très humble serviteur.
G. Bkrmudez.
Une lettre de M. Alphonse LeRoy, professeur à l'Univer site de Liège, contient aussi des réflexions très judicieuses sui l'importance de la société et le développement de la race française en Amérique.
Des lettres de M. Lefaivre, Consul-Général de France i New- York, et de plusieurs autres personnages distingués des Etals-Unis furent aussi mentionnées par le Président dt Congrès.
De.s lettres de M. Camille Doucet, secrétaire perpétuel de i'Académie FVançaise, de M. Charles de Bonnechose, de Nf.
NOCES D'OR DE LA ST-JE AN -BAPTISTE iJ59
Pierre Margry, de M. E. Rameau, de M. O'Reilly, juge de la cour d'appel à Rouen, ont été reçues depuis.
M. Margry dit entr'autes choses :
Ma vie consacré en partie à l'étude de votre histoire peut vous répondre •d'ici que ma pensée sera au milieu de vous, comme toutes mes sympathies y sont depuis plus de quarante ans Elles sont acquises à la race française qui a su, à travers tant d'obstacles, c»)nserver au Canada sa langue et sa religion.
M. O'Reilly, le savant panégyriste et historien de Jeanne d'Arc, s'exprime comme suit ;
Cher M. Chauveau,
J'ai reçu avant hier la lettre que vous avez eu l'attention délicate de m'écrire pour m'inviter aux fêtes par lesquelles votre grande ville de Montréal va célébrer cette année d'une manière plus éclatante encore que dhabitude, votre Saint-Jean-Baptiste. Certes j'aurais été heureux d'assister à ce spectacle si émouvant de tout un peuple venant affirmer ainsi le culte de ses traditions, le resiiect de ses ancêtres, la foi ardente en ses destinées, son enthousiasme ardent jiour tout ce qui est la vitalité, la force, l'avenir d'une nation qui ne fait que naître et dont les générations qui viendront après la vôtre verront l'essor prodigieux. Il semble que dé grandes choses se préparent.
Magnus ab integro seclorum nascitur ordo Jam nova progenies cœlo dimittitur alto
Votre Amérique sera-t-elle le dernier âge prédit par la Sybille?
Ultima Cumœi venit jam carminis setas.
[Quel contraste avec notre Europe ! Avec notre chère France J Pourquoi lus les Français d'Europe ne peuvent-ils pas être transportés ce jour-là I milieu de vos Français d'Amérique, assister à leurs fêtes, et y puiser \e leçon utile de paix, d'harmonie, de concorde ! LVous avez été, bien cher Monsieur, un des ouvriers de la première
ure dans cette oeuvre de résurrection, de reconstitution patriotique.
irant que celte lettre ne vous soit parvenue, vous aurez joui d un succès Int vous aurez été l'un des plus utiles artisans. Car c'est bien votre énération qui a fait votre chère patrie ce qu'elle est.
Merci donc, encore une fois, d'avoir bien voulu songer à moi dans cette iiirconstance.
260 NOCES b'OR DE LA ST-JEAN-BAPTISTE
Voici maintenant la lettre de M. de Bonnechose, l'auteur de "Montcalm et le Canada Français," à l'Hon. M. Chauveau.
Monsieur le Président,
Je suis profondément touché de l'invitation que vous me faites l'honneur de me transmettre en me conviant aux fêtes patriotiques qui se préparent à Montréal.
Quel bonheur c'eût été pour moi de remercier mes amis du Canada de leur fidèle souvenir, quel bonheur de voir autrement qu'en rêve votre noble et beau pays. Mille obstacles matériels s'opposent à mon voyage ne fut-ce que le manque de temps
Mais si je ne puis aller jusqu'à vous, il me reste des yeux, et vous devinez avec quel intérêt je lirai toutes les publications se rapportant aux prochaines solennités. Je me fie à votre bienveillance, Monsieur le Président, pour ne pas m'oublier dans la distribution des compte-rendus, et d'avance je vous prie d'agréer mes remerciements.
En attendant veuillez être auprès de messieurs les membres de la société Saint-Jean- Baptiste et du Congrès National l'interprète de tous mes sentiments. Certes l'expression de mon admiration pour la race francocanadienne ne pourra que gagner quant à la forme en passant par vos lèvres éloquentes, mais tout Canadien que vous êtes je vous défie de sentir plus que je sens.
Le sujet de discussion à cette première séance du Congrès était, " Nos intérêts religieux et moraux." Sa Grandeur Mgr. Fabre, évêque de Montréal : Sa Grandeur Mgr. Laflèche, évêque des Trois-Rivières ; M. l'Abbé Colin, supérieur du Séminaire de St. Sulpice, et M. Charles de Lorimier, avocat de Montréal, prirent part à cette discussion. Voici leurs discours :