CHAPITRE X
Discours au Banquet
Sans revenir au banquet lui-même dont la durée nous rappelle ces deux vers de Boileau :
Et qu’un ample dîner Longtemps nous tienne à table et s’unisse au souper. ou encore :
Dînons bien et ne soupons guères, Et nous vivrons plus que nos pères.
revenons aux santés et aux discours.
M. Tellier président du banquet, se lève, vers la fin du repas et propose la santé du Pape en ces termes :
M. J.-M. Teïlier
Santé du Pape
Messeigneurs et Messieurs,
La voix de l’Alma Mater a été entendue ; tous ses enfants, jeunes et vieux, sont aujourd’hui groupés autour d'elle,
En les voyant si nombreux, on ne peut s'empêcher de penser que Dieu a évidemment béni l'oeuvre de Barthélemy Joliette.
Les anciens sont heureux de l’accueil qui leur est fait ; ils ont senti dans l’étreinte de la mère que son coeur bat toujours d'amour pour eux.
Il nous est doux de revoir les lieux où s’est écoulée une parie de notre jeunesse. Le Progrès les a transformés : mais les vieux souvenirs ont survécu aux vieux murs, ils Sont toujours restés vi. vaces.
Nous saluons avec bonheur la présence, à nos fêtes, de nombreux amis de la maison et particulièrement des plus hauts dignttaires de l'Eglise et de l'Etat.
Ce que nous fêtons réellement, en ces jours de jubilé, ce n’est Pas seulement le joyeux anniversaire d’une maison pleine de mérites, mais c'est aussi l’enseignement tel qu'il se donne dans nos collèges classiques, cet enseignement qui a fourni À notre peuple les hommes dont il avait le plus besoin pour le diriger sûrement vers
les hautes destinées que la Providence lui a tracées sur cette terre d'Amérique.
Le Séminaire de Joliette, tout comme nos autres institutions d'éducation secondaire, a mis la religion à la base de son enseignement. Il a compris que le moyen le plus sûr de former de bons citoyens, c’est de commencer par faire des chrétiens.
Notre premier acte officiel, dans un banquet comme celui-ci, si nous: voulons nous inspirer de l'idée et du programme de la maison que nous fêtons, ce doit être un acte de foi.
Il convient que nous, les anciens de cette maison, et tous ses enfants généralement, nous disions à notre Alma Mater que nous sommes restés fidèles à ses enseignements et que nous demeurons des fils dévoués de l’Eglise du Christ. Ce sera sa meilleure récompense.
Notre première santé sera donc au chef visible de cette Eglise, Notre Saint Père le Pape, l'illustre Pie X.
Nous saluons en lui le Sardien de notre foi, le docteur de nos consciences, le guide de nos âmes, celui que nous appelons Notre Père.
A lui notre amour, notre soumission, notre fidélité, notre dévouement et tous nos voeux !
A lui aussi notre reconnaissance, à cause de ce qu’il a fait pour nous, dès l’ouvertüre de son règne, en créant le diocèse de Joliette et en plaçant à la tête de ce diocèse un Pasteur accompli, qui fait le bonheur, la joie et l’orgueil de son peuple, et qui ne cesse de combler de ses b'enfaits l’Aima Mater que nous aimons.
J'ai donc l'honneur de lever mon verre à la santé du Souverain
Pontife, le Père Commun des fidèles, Sa Sainteté Pie X, glorieusement régnant, et je vous invite à vous unir à moi. Longue vie au Pape !
Mer Archambeault prend alors la parole et régale les convives par le discours suivant, dont la tenue littéraire, sentimentale et philosophique n'échappera à personne. Le poste d'observation de Sa Grandeur est bien situé pour lui per- .mettre de juger, mieux que d’autres, l'oeuvre de son Séminaire. Nous ne saurions trop remercier Monseigneur des paroles d'or et de diamant dont son discours est émaillé à l’adresse du collège Joliette devenu, par son entremise, le Séminaire diocésain. Que Sa Grandeur reçoive, par ma voix, l'expression de gratitude de tous les anciens, membres de la famille Joliettaine, comme elle a reçu, par celle du R. P. Su-
périeur, le chaud témoignage de reconnaissance de la famille actuelle. :
Mr J.-A. Archambeault : Réponse à 1a Santé du Pape
Je vous félicite, monsieur -le Président, d’avoir proposé que nous levions d’abord respectueusement nos verres à la santé du Pape.. Cet acte, très simple en lui-même, est, dans votre intention, je le sais, plus que l'hommage spontané de la piété filiale. Il revêt de caractère d'une véritable profession de foi à la divine origine de notre mère la Sainte Eglise, à la primauté de son Chef, à la hiérarchie des pouvoirs établis par Dieu dans le monde. Au-dessus des présidents des républiques et des rois, nous apparaît en effet, les dominant tous par !a sublimité de sa mission et l’étendue de son autorité, le Pasteur suprême de nos âmes, le successeur de Pierre, le Vicaire du Christ Jésus, roi des rois et seigneur des seigneurs, à qui Dieu son Père a donné les nations en héritage et
de qui relèvent tous les empires. Au-dessus des sociétés les plus puissantes, les plus fortement organisées, nous saluons avec amour et respect la Papauté, seule institution que les siècles n'ont pu ‘ébranler ; la seule dont la forme n’a jämais varié, dont les principes n’ont jamais fléchi ; la seule Cäpable d'orienter les peuples, de les empêcher de glisser vers l’abîme, de les relever après la tempête.
‘Il est donc juste qu’en ces fêtes : ‘mémorables, où tout nous pâr- ‘le de l'Eglise, de son influence civilisatrice, de son rôle et de ses droits en matière d'éducation, nos acclamations montent, ardentes et harmonieuses, vers le Pontife de Rome, son chef vénéré, vers la personne auguste de Pie X.
L’incomparable physionomie de Pie X est trop connue de cette ‘assemblée d'élite, pour que je me permette d'en retracer les traits -bleins de force et de douceur. Les- gestes de son glorieux pontificat ne sont-ils pas présents à toutes les mémoires ? Qu'il me suffise donc d’être votre humble interprèté en affirmant que le successeur de Léon XIII, dont le souvenir remplit encore le monde, restera comme lui, dans l’histoire, l’un des papes les plus illustres de l’âge moderne.
Pie X, grâce à une. vue très claire des Doi ue reli- &ieux de notre époque, de ses aspirations, mais aussi de ses lacunes et de ses faiblesses, grâce surtout à une volonté inflexible en face du devoir, a consolidé, d’une manière singulière, dans l’ordre doctrinal, discipl'naire, administratif, cette admirable unité qui est la note distinctive de la véritable Eglise, le secret de sa force et de sa fécondité. L'encyclique “Pascendi” contre les erreurs des modernistes le place parmi les gardiens les plus vigilants et les plus perspicaces de la vérité révélée. L’encyclique “Vehementer”’ nous le montre défenseur intrépide du Siège Apostolique et des principes fondamentaux du droit social chrétien. La codification du droit canonique et la constitution Sapienti consillo sur la réorganisation des congrégations romaines ont révélé en Pie X un législateur aux vues larges et profondes, un chef expérimenté et ferme de la socié-
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té chrétienne, un réformateur habile des abus qui, au cours des derniers siècles, avaient pu s’introduire dans les rouages de sa vaste administration. '
Par le décret “Sacra Tridentina Synodus”, Pie X a fait disparaître enfin de la piété des fidèles les derniers vestiges du jansénisme, assurant ainsi le règne permanent et universe] de Jésus- Hostie sur les âmes. Monseigneur de Ségur écrivait, en 1860, à l'humble jeune fille devenue l'inspiratrice et l’apôtre infatigable des congrès eucharistiques : “Le Pape qui fera de la communion non seulement fréquente, mais quotidienne, l’objet dominant de son pontificat, sera 1e rénovateur du monde”. Ce Pontife pieux, nous le possédons. Pie X est vraiment le Pape de l’Eucharistie, comme Pie IX fut le Pape de l’Immaculé= Conception, et Léon XIII le Pape du très Saint Rosaire.‘ Nous ;u ons donc être sûrs que l'heure de la restauration de toutes choses dans le Christ est venue ; l'Eglise verra bientôt, c’est notre ferme espoir, le triômphe éclatant du bien sur le mal, de l’Homme-Dieu sur la libre-pensée, sur la révolution, sur les sectes maçonniques elles-mêmes aveuglées présentement par un fol orgueil né de succès éphémères.
Sa Sainteté le Pape Pie X a des droits particuliers à l'amour et à la reconnaissances de la jeune Eglise de Joliette. Notre diocèse n'est-il pas le premier créé [ur sa suprême autorité ? Ne lui doi-il pas la formation du Chapitre de l'église cathédrale ? des indulgences sans nombre et de précieux privilèges accordés aux paroisses, aux principaux sanctuaires de la ville épiscopale, aux communautés religieuses et aux confréries ? Chaque année, au 19 mars, sa bénédiction paternelle ne se répand-elle pas eur le ciergé et sur les fidèles ?
Lorsqu'il eut appris la fête que nous célébrons aujourd'hui, il a daigné nous faire adresser, par Son Eminence le cardinal Merry. del Val, le câblogramme suivent dont je vais vous donner commu. nication :
“Rome, 21—A Monseigneur Archambeault, Saint Père envoie de tout coeur bénédiction apostolique et implore gage d’abondantes faveurs célestes aux directeurs, professeurs et élèves du Sérainaire, à l’occasion des noces de diamant de l'Alma Mater.
Cardinal MERRY DEL VAL”.
Qu'il vive donc, notre bon, notre saint Pontife ! Que Dieu le conserve longtemps à la direction de la barque de Pierre qu'il accepta comme une croix, “in crucem”, et par amour pour son Maître ! Qu'il renouvelle ses forces épuisées par l’âge, par d’incessants labeurs, par les soucis et les épreuves ! Qu'il le rende heureux sur la terre et ne permette pas à ses ennemis de se réjouir jamais de sa défaite : Dominus conservet eum, vivificet eum, beatum faciat eum in terra et non tradat eum in animam inimicorum ejus.
Il me reste, Monsieur le Président, avant de reprendre mon siège, à tourner mes r.zards vers le Séminaire, objet de ces fêtes grandioses, à lui exprimer au moins en quelques mots ma légiti- : me admiration, ma reconnaissance émue, mon inaltérable attachement.
O beau et cher Séminaire de Joliette, joie, force et consolation de mon épiscopat ! O maison bénie qui m’accueillis au jour de ma consécration comme tu aurais accueilli le plus aimé de tes fils devenu ton chef et ton pasteur, laïsse-moi te féliciter le premier de l'oeuvre admirable accomplie au cours de tes soixante-quatre années d'existence. Depuis l’heure providentielle où l'honorable Barthélemy Joliette, ton illustre fondateur, te posa comme un riche joyau au front de l'Eglise canadienne, tu n’as jamais cessé de tra- Vailler pour la religion et pour la patrie, pour la patrie que tu veux belle, forte, fidèle toujours à sa foi, à sa langue, à ses nobles traditions. Tu as préparé au sacerdoce, à l’état religieux, aux professions libérales, au commerce et à l’industrie une longue suite de générations. Eh ! bien, cueille donc aujourd’hui dans la joie ce que tu semas dans les larmes. Lève en ce moment, avec une légitime fierté, ta tête blanchie par le travail et par l'épreuve,
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plus que par les ans. Lève ta tête et regarde. Vers toi sont veaus, pour applaudir à tes efforts et à tes succès, les représentants les plus augustes de l'Eglise et de l'Etat en notre pays, les supérieurs de nos universités catholiques et de nos collèges, les délégués de nos chapitres cathédraux et de nos communautés religieuses. Regarde ; ces générations, filles de ton inlassable dévouement à la grande cause de l'éducation supérieure de la jeunesse, ont répondu à ton appel. Elles se sont levées compactes, et sont accourues, joyeuses, de tous les points du Cänada et des Etats-Unis pour te faire une immense couronne de gloire. Regarde ; réunies dans tes murs consolidés et agrandis par ta munificence, elles célebrent ton jubilé de diamant et chantent tes oeuvres : elles évoquent, sous l'ombrage de ton riant bosquet, les souvenirs du passé; elles font revivre les figures disparues de leurs chers professeurs, celles des guides vénérés de leurs premiers pas dans ia vie ; elles murmurent doucement à ton oreille l'espoir secret que l’un d'entre eux, le regretté Père Beaudry, aura un jour les honneurs réservés aux vrais serviteurs de Dieu. Regarde : elles -sont à tes genoux, te remerciant de tes longs travaux, de tes veilles prolongées, de tes sacrifices héhoïques. Elles te bénissent de les avoir faites ce qu'elles sont : des générations fortes et vaillantes ; des générations utiles à la patrie qu’elles servent à tous les degrés de l'échelle sociale ; utiles à l’Eglise qu'elles ont appris, sur tes xenoux, à respecter, à aimer et à défendre. Regarde encore :; prosternées comme autrefois, dans ta pieuse chapelle, elles renouvellent au Coeur sacré de Jésus la promesse de fidélité à leurs croyances,aux lois de l'honneur chrétien, à ton souvenir qui, jusqu’à ce jour, les a soutenues dans les épreuves et les luttes de la vie. Ton passé, Ô Séminaire de Joliette, est le gage assuré de tes oeuvres à venir. Tu poursuivras sans défaillance ta marche laborieuse, mais triomphale. Tu resteras une pépinière de saints religieux, d’apôtres intrépides, de citoyens intègres. L'histoire inscrira ton nom en lettres d’or parmi les institucions les plus chères à la
ne
patrie canadienne-française, parmi celles qui auront contribué davantage à la formation intellectuelle et morale de notre race, à sa marche ascensionnelle vers le vrai, le bien et le beau.
Un mot encore, monsieur le Président, et je termine. Voulant donner à l’Institut des Clercs de Saint-Viateur, et en particulier au Séminaire de mon diocèse, une marque de ma gratitude sans borpe et de ma vive affection, je profite avec bonheur de cette fête de famille pour nommer mon Vicaire général d'honneur, le très honoré Père Lajoie ; et chano!ne honoraire de l'église cathédrale, le révérend Père Roberge, le supérieur aimé et dévoué, l'âme diri- &geante de l’Alma Mater.
Un tonnerre d’applaudissements salue ces deux nominations, comme il avait accueilli la bénédiction de Sa Sainteté.
Le silence rétabli, M. le président se lève à nouveau et propose la santé du Roi dans les termes suivants :
M. J.-M. Tellier Santé du Roi
Messeigneurs et Messieurs,
Après le chef, de l'Eglise, c'est celui de l'Etat qu’il convient d’honorer.
‘Grâce à Dieu, nous vivons dans un pays où la paix règne entre l'Eglise et l'Etat.
L’harmonie du pouvoir civil avec le pouvoir religieux ne saurait être mieux illustrée que par la présence, à ces fêtes, du représentant officiel de Sa Majesté au milieu de tous ces prélats de l’Eglise.
Le Roi n’a pas de plus loyaux sujéts, dans tout son vaste empire, que ses sujets catholiques. Sa Majesté Edouard VII l’a procla-
mé dans son célèbre message aux Pères du Concile Plénier de Québec. On ne saurait invoquer un meilleur témoignage.
Une des premières choses que l’on nous enseigne dons nos maisons d'éducation, comme d'ailleurs dans toutes nos églises, c'est la soumission à l'autorité.
° Je suis donc dans la tradition en vous invitant, Messeigneurs et Messieurs, à vider vos verres à la santé de notre roi bien-aimé, Sa Majesté George V.
Dieu sauve le Roi !
Tout le monde se lève, et la fanfare du Séminaire joue le God save the King.
M. Tellier propose ensuite la santé de l’Episcopat “notre meilleur ami, le plus vigilant de nos défenseurs”. Voici le texte même de cette “santé” si éloquente :
M. J.-M. Tellier
Santé de l Episcopat
Messeigneurs et Messieurs,
J'ai maintenant le devo:- de porter la santé de l’Episcopat.
C'est une tâche dont je m'acquiite avec plaisir, parce que je sais quel respect, quelle admiration, quel amour vous avez pour cet auguste corps, aujourd’hui si largement et si dignement représenté à nos fêtes.
Honorer les évêques, c’est honorer Jésus-Christ, puisqu'ils sont ses envoyés et qu'il est leur modèle.
Ils ont été constitués les pasteurs des peuples, et en exécution de cette sublime mission, ils les ont dirigés, éclairés, assistés, secourus, encouragés, défendus.
Dire tout .a bien qu'ils ont accompli dans le monde, ce serait refaire, en majeure partie, l’histoire de la civilisation depuis l’établissement du christianisme.
sal ou
Aïnsi que le dit un célèbre écrivain, en parlant des évêques des premiers siècles de l'Eglise : “Jamais encore le monde n'avait vu une aussi grande masse de vertus, des cocurs aussi larges, des têtes aussi fortes, des caractères aussi vigoureux, des âmes aussi tendres, une vie aussi pure ; jamais il n'avait vu autant d'oubli de soi-même, autant de désintéressement dans le sacrifice, autant d'expansion dans la charité ;: et la vie tout entière de ces hommes était un miracle de dévouement et d'amour, terminé par un miracle de patience et de foi”.
Or, les successeurs des apôtres ne sont pas dégénérés.
Il continuent toujours à couvrir le monde des oeuvres merveilleuses et saintes qui sont la gloire du catholicisme, et que seuls peuvent inspirer, la foi, la charité, le dévouement et l'esprit de ‘sacrifice. .
Ils sont toujours prêts à se sacrifier pour le troupeau confié à féur garde.
. Voyez ce qu'ils viennent de faire en France. Ils ont accepté la lutte, les privations, la persécution, le martyre, s’il le faut, plutôt que d'abandonner les droits de leurs ouailles,
Puis, au Canada, que n’ont-ils pas fait, dans les commencements de la colonie, à toutes les époques difficiles de notre histoire, et de tout temps ?
Nous leur devons la conservation de notre foi, de notre langue, -de notre nationalité et de toutes les institutions précieuses et chères dont nous avons hérité de nos ancêtres venus de France.
Ils nous ont donné des écoles, des collèges, des couvents, une université. Ils ont instruit le peuple, et ils ont été véritablement les pères de l’éducation parmi nous.
Et maintenant que nos ennemis ne sont plus les mêmes et que la lutte a changé de terrain, ils sont encore là pour nous défendre contre l’envahissement des doctrines perverses et des innovations “dangereuses, à l’aide desquelles on voudrait empoisonner l'avenir -de nos enfants.
C'est sur le terrain scolaire que se fait aujourd'hui la lutte et que nous sommes surtout menacés.
Groupons-r'us autour de nos évêques pour la défense de l’enseignement chrétien. 11 y va de notre avenir et du salut de l'âme de nos enfants,
Je m'arrête ici, ne voulant pas trop manquer à l'obligation que j'ai d’être bref, et je vous invite à lever vos verres en l'honneur et à la santé de l’épiscopat, notre meilleur ami, notre plus ferme protecteur, le plus vigilant de nos défenseurs,
MEr Bruchési répond à cette santé avec son éloquence accoutumée ; mais je ne dis pas assez, car je crois que rarement il a atteint cette hauteur dans l’art de bien dire. Nous n'avons pas le texte de cette allocution, mais les journaux l'ont reproduit assez fidèlement, croyons-nous, et voici leur reproduction :
Monseigneur BP. Bruchési Réponse à la Santé de jEpiscopat
Monsieur le Président, Messeigneurs, Messieurs,
Nous assistons à une scène vraiment réconfortante, qui fait monter tout naturellement du coeur aux lèvres les paroles du psalmiste : “Qu'il fait bon pour des frères de se trouver ensemble”.
Qu'’elles sont réconfortantes les paroles que nous avons entendues hier soir, et que nous venons d'entendre !
Oui, messieurs, j'en prends l'engagement, au nom de l’épisco- Pat : nous serons toujours votre meilleur ami. Nous sommes prêts à donner notre âme et notre vie pour chacun le vous,
Je suis ici, il me semble, comme un père qui revient voir, après
plusieurs années, un fils qu'il a établi autrefois dans un beau domaine, En 1904, j'obtenais la séparation de quarante des plus belles paroisses de mon diocèse et je me séparais de celui qui Avait toujours été pour moi un frère, puis un collaborateur dévoué. Aujourd'hui, je me réjouis du sacrifice que j'ai fait et que je devais faire. Nous socffrons du contre-coup des persécutions dans la mèrepatrie. Ne nous décourageons pas, prononçons plutôt des paroles d'espérance. L'esprit de foi au Canada est aujourd’hui supérieur à l'esprit qui règnait il y a soixante ans. L'esprit de VrIitaire animait alors une partie de la génération : cet esprit est aujourd'hui disparu. S'il en reste quelque chose, il s'est réfugié dans une pauvre petite loge qu'un souffle d'enfant a fait écrouler comme un château de cartes. Je ne vois pas encore la tombe où l'on doit nous ensevelir ; le vent souffle plus que jamais ddns nos voiles catholiques. Les communions sont plus fréquentes que jamais. Non, il n’y a pas de signe de mort. Notre association de la jeunesse catholique n'existait pas {1 ya soixante ans. Elle a dans le coeur les sentiments de foi et de bravoure du jeune héros Dollard, qu’on veut aujourd’hui honorer.
Le mouvement de tempérance est dans le peuple, c’est un torrent. Quand j'ai commencé, il y a quatre ans, je disais que c'était une oeuvre qui prendrait vingt ans à se réaliser. Il reste encore selze ans. Alors il n’y aura pas un pays au monde aussi tempérant que notre cher Canada.
Lorsque, le 23 juillet 1904, Mgr Archambeault entrait dans sa ville épiscopale, sa mère était dans l’une des voitures du cortège. Il a eu depuis la douleur de la perdre, et Dieu m'a envoyé la même épreuve. Mais il est une mère qui ne meurt point, et cette mère, c’est l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine.
M. Adolphe Renaud, avocat, de Joliette, avec l'esprit et le tact qu'il sait mettre en ses discours, proposa ensuite la santé de Nos Invités :
M. dJ..Ad., Renaud Santé des Invités
Monsieur le President, Messoigneurs, Messieurs,
Pour les quelques paroles que j'ai à vous adresser en proposant la santé des Invités, je voudrais me Sarder contre le ton un peu. fougueux de la harangue, ou le ton plus subtil d'un plaidoyer judi. Claire, J'aimerais avoir la génialité de l'expression à mon ser. vice, afin de pouvoir traduire d'une façon convenable les sentiments divers qui font rythmer nos âmes inondées, saturées du bonheur de se revoir après une séparation de 10, 20 et 30 années, séparation qui, suivant l'expression de Pierre Loti, “creuse comme un vide dans. le souvenir”,
Dans une fête comme celle-ci, ia bouche devrait se taire pour laisser parler le coeur.
Il semble qu'il floconne aujourd’hui dans l'air, au-dessus de cette assistance, comme une atme phère sympathique de jeunesse et d'intimité. L'air nous parait tissé de joie et de familiarité, car, ainsi que le disait Jules Claretie “il y a du rajeun!ssement dans un. retour, comme {] y a un peu de mort, de délaissement dans un départ”.
Oui, c'est la Fête du retour vers la vieille maison ancestrale où notre esprit s’est ouvert aux oeuvres de la pensée, où des ma :s généreuses et sacrées ont versé sur nos têtes le baptême qui fait les hommes forts, je veux dire l'éducation catholique,
C’est la Fête de nos premiers ans, nous faisant remonter à des jours d'antan ; Fête du Souvenir qui nous reporte à ces années quel'on appelle “l’âge sans pitié” ; qui nous rappelle nos premières &ambades sur le chemin de la vie ; Fête célébrée dans ce templede la jeunesse où l’on se sent revivre et rajeunir comme par la. fraîcheur d’un bain de Jouvence. I1 fait si bon se souvenir, qu'on
voudrait quelquefois habiller l'avenir avec les habits du Passé. En effet, a dit quelqu'un, “Le passé, c'est de l'actualité retrouvée”. Le poète français, lui, éc-ivait :
“Le Passé, quel mot vain, c'est du présent très flou -
Le Passé, c'est du présent de second plan, et voilà tout. Il n'est pas vrai que rien jamais soit effacé,
Le Passé n'est jamais tout-à-fait le Passé”.
Nos yeux rencontrent partout des regards amis ; nous voyons se dresser spontanément et danser dans notre mémoire toute une multitude de souvenirs aimés. Ce serait long si on voulait faire défiler le cortège de ces multiples souvenances, burinées, pour ne plus s'effacer, dans le Livre du Passé ; Livre que le Destin écrit, Livre que le Temps cherche à fermer, Livre que le Souvenir rouvre à nos yeux ravis.
En nous retrouvant si nombreux aujourd’hui autour de es t4bles, il nous semble que quelque chose de nous-mêmes est resté attaché à ce coin de terre par les fibres les plus intimes e‘ » plus profondes de notre être ; et chacun peut se répéter le ve Jète :
“L'ombre de ma jeunesse en ces lieux erre encore”,
Le Collège, c'est le n'd qui abrita notre enfance ; c'eet le nid à la chaleur duquel poussèrent nos premières plumes ; c’est le n'd qui entendit les premiers vagicsements de notre esprit vers les horizons de la pensée ; c’est le ,d d’où l'on aperçoit le premier anneau de départ qui a commandé l’enchaînement du reste de la vie ; c'est le nid où se sont faconnées de jeunes âmes, où des maîtres dévoués et diligents ont eu à surveiller des pousses nouvelles d'hutnanité, faisant abreuver ces âmes d'enfant aux sources pures et fécondes des bons principes ; c'est le nid d’où ont essaimé, plus tard, dans la société, des phalanges d'hommes faisant honneur à la famille qui les a créés, au Collège qui les a formés, à la race qui ies a comptés parmi les siens ; et comme l'oiseau garde toujours le parfum
de son nid, ainsi nous conservons l'empreinte façonnée sur notre intelligence : nous conservons les principes infiltrés, infusés dans : nos âmes par nos vieux maîtres d'autrefois, comme un v:atique ré- Confortant à’ travers le Cours de la vie. “1
Et vous, messieurs les Invités, s’il n’a pas été donné à vos jeunes années de s'asseoir sur les mêmes bancs que nous, vous n’êtes pas plus étrangers pour cela dans cette enceinte. Les circonstances de la vie veulent que vous apparteniez à un groupe différent du nôtre, mais à un 8oupe formant partie de la même grande Famille, celle de l'Education.
Tout en gardant la meilleure place dans votre souvenir de re- Connaissance pour votre Collège, vous aimez, par-dessus tout, la &rande cause de l'Education, vous disant avec le chantre Meridional français :
“J'aihe mon village mieux que ton village, J'aime ma province mieux que ta province, Mais j'aime la France mieux que tout”,
Vous avez, hôtes distingués du Séminaire de Joliette, atteint les sommets dans la hiérarchie religieuse et civile, et votre visite émeut notre Alma Mater comme elle enorgueill't ses enfants.
Votre présence est mieux qu’un geste de gracieuse courtoisie, c’est aussi un acte de bonne fraternité.
Vous jetez de l'éclat autour ce vous, parce que vos efforts incessants dans les branches de l'activité humaine ont couronné. les nobles aspirations d’un âge plus tendre, suivant cette parole de Clémenceau : “Une grande vie est une pensée de la jeunesse réalisée par l’Age mûr”.
Vous avez eu pour motto, avec le barde lyrique : “La vie, c’est de donner non seulement sa fleur, mais aussi son fruit’—et vous avez voulu faire la vie plus grande, pour donner cette fleur plus belle et ce fruit meilleur. Vous représentez le travail intellec: tuel ; c’est un métier libéral, un métier pensant, un métier de tête.
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Vous avez donné raison à un politique français qui disait : “L’instituteur ne travaille pas pour une patrie mais pour l'humanité”. Vous avez su, dans un âge encore précoce, vous affranchir de l'ignorance, la plus étroite des servitudes : et dans les hautes sphères où vous planez, vous êtes devenus, suivant l'expression d'Alexandre Dumas: “Les travailleurs de la plume et de la pensée”.
Pour vous, le Collège a bien été ce tronc puissant d’où ont jailli des branches robustes et débordantes de sève. Vos éducateurs doivent être fiers de vous ;car puisque ‘vous êtes aujourd’hui les Princes de l'Eglise et de l’Etat, vous avez bien réalisé cette pensée de Napoléon Bonaparte :
“L'instituteur est un faiseur de Rois”.
Plus que la plupart d’entre nous, vous pouvez dire avec raison que si la voix du “Chantecler” de Rostand fait lever le soleil éblouissant, l’instituteur, lui, est comme un éveilleur d’aurores dans l'âme de la jeunesse confiée à sa tutelle vigilante.
Daignez, illustres représentants et anciens élèves des grandes maisons d'éducation de ce pays, laisser tomber votre main dans celle des enfants de Joliette.
Comme pour vous témoigner la reconnaissance que nous éprouvons de l'honneur insigne que vous nous avez fait en répondant si nombreux à l’appel, nous, les anciens Elèves, prenons sur nous de proclamer, pour 24 heures encore, dans cette maison où nous sommes les maîtres, un jour de grand congé. Puis, comme à la porte des mosquées, dans les pays d'Orient, le Musulman dépose ses sandales, de même, au seuil de ce domaine collégial, laissons les mille préoccupations de la vie quotidienne, les ennuis et les soucis que l'on rencontre trop fréquemment au cours de la vie. A l'instar du Musulman, déposez, distingués visiteurs, à la porte de ce temple du souvenir, vos sandales qui ont foulé un autre sol que le nôtre :; que nos coeurs battent à l'unisson ; oubliez pour un moment que vous êtes d’ailleurs. Que ce soit le même panache qui se dresse sur chaque tête, et puisque nous sommes redevenus jeunes, que ce
soit la même ceinture verte qui se boucle sur n0S vêtements d’écoliers.
Hommage à nos invités du Clergé ! Vous savez, Messeigneurs et Révérends Messieurs, apprécier le désintéressement, la noblesse du dévouement et la constance dans l'effort ! Honneur à nos ma- &istrats et à nos hommes politiques ! Vous devez, Messieurs, à des Institutions similaires à la nôtre qui ont développé les précieux talents dont vous étiez doués, d’avoir atteint aux s'tuations brillantes que vous occupez,
Remerciements au Surintendant de l’Instruction Publique qui administre et dirige. Vous êtes, Monsieur, debout à l'orée de cette forêt d’instituteurs, de ces inst'tuteurs qui défrichent, labourent et sèment : travail Constituant la noblesse de la Main de l’homme : et avec ces instituteurs, vous vous réjouissez en voyant le blé qui lève.
Nous sommes sûrs qu'avec l'afde de chacun de vous, Messieurs les Invités, l’oeuvre de la saine éducation, cette veilleuse divine, n'est pas près de s’éteindre, quoiqu’on fasse dans les loges ou dans les temples. *
Messieurs, une dernière pensée et je termine.
Il fait bon regarder de temps à autre l'étape Parcourue, Pour nous qui sommes arrivés au tournant de la vie où l'on ne voit plus lever l’aube d'ioiqu’il ne so't pas encore le crépuscule, moment de transition où il n'est plus jour et Pas encore nuit, il est doux de sentir le charme de cette heure suave descendre sur notre coeur comme la rosée sur la fleur. C’est pour nous un instant savoureux que cette pause mélancolique de la nature où elle semble comme reprendre haleine : Pause nous apparaissant comme un pont sublime jeté par le Temps, entre la lumière et les ténèbres, entre l'obscurité et les soleils disparus.
Il y a deux fois dans l’année une semaine où la durée du jour égale celle de la nuit ; c’est quand commence le printemps et finit l'été, et les derniers jours de septembre sont parfois si dorés que
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certains arbres s'y trompent et se prennent à rebourgeonner et à. refleurir. Donnons-nous l'illusion de voir refleurir, comme ces ar. bres de septembre, la gaieté de notre enfance et ces jours de nos. vingt ans. Demandons à la vieille pendule du Temps qu’elle tinte de nouveau les heures d'autrefois durant ces jours de Fêtes et d’a- &apes. Que ce toast porté à la santé des Invités, à ce repas que Lucullus envierait, éveille dans l'âme de chacun de nos invités, avec l'abandon d'une caresse, le dieu de la jeunesse, le dieu du Souvenir. Je lève mon verre, -aressant l’espoir que vous nous quitterez avec un peu de jeunesse et de ciel bleu, que vous garderez un souvenir exquis de r<4 Fêtes, comme nous vous verrons partir avec regret et reconnaissance.
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Sir C.-A.-P. Pelletier répond par le discours suivant. Jamais dignitaire civil ne parla avec plus d'autorité. Par la dignité de son maintien, par l'éclat de sa distinction, je pourrais ajouter, par son air ascétique, Sir Alphonse donna à sa parole et à ses conseils une efficacité remarquable, fondée d’ailleurs sur l'exemple d’une vie toute de probité et d'honneur .
Sir Ce. = A. = P. Pelletier
Réponse à la Santé des Invités Messeigneurs, . .
Monsieur le Supérieur, Messieurs,
Je vous remercie sincèrement, M. le Supérieur, de m'avoir invité à assister à cette brillante démonstration. Vous avez voulu procurer aux anciens élèves de votre beau Séminaire, le bonheur de revoir leur Alma Mater, de raviver les vieux souvenirs qui font tant de bien. Vous avez ouvert toutes grandes vos portes en conviant tous vos anciens élèves à cette magnifique réunion qui devient véri-. tablement une fête de famille.
Ce que j'ai éprouvé de bonheur l’an dernier, à mon Alma Mater de Sainte-Anne de la Pocatière, en revoyant, après 52 ans de séparation, ses vieux murs d'autrefois, tout rajeunis, le bocage, si pittoresque Pourtant de mon temps, tout embelli aujourd’hui, me fait Comprendre combien plusieurs d'entre Vous doivent être heureux de revoir leur Alma Mater de 64 ans, humble collège alors devenu de. Puis le beau et grand Séminaire de Joliette, qu’un illustre Pontife entoure de sa sollicitude et comble de ses bienfaits,
Vous êtes venus, Messieurs, vous rappeler les jours heureux que VOus avez passés Sous ce toit hospitalier qui, comme J'a déjà dit je crois, M. le Président, après avoir abrité votre jeunesse garde bien un peu de votre coeur.
J'aime ces a8apes fraternelles qui rappellent des souvenirs inou. bliables, puisqu'elles évoquent et font revivre la plus heureuse partie de mon passé ; Ces émotions ge ressentent mais s'expriment dif. ficilement. Pour moi, à mon âge, ces impressions M'apportent un mélange de joie en me les rappelant, et de regrets en songeant que ces beaux jours sont déjà si loin.
Au milieu des réjouissances auxquelles donnent lieu ces superbes fêtes jubilaires, en entendant acclamer les noms des hommes illustres que tout un peuple proclame comme bienfaiteurs de notre race, involontairement je me suis rappelé la pensée profonde, si Souvent citée, de Franklin, et que j'exprime à ma Manière : “Celui qui fait pousser un brin d'herbe ]à où il n’en Poussait pas aupara- Vant, a droit à la recoïnaissance de SOn pays”. Quelle louange mé. rite donc celui qui, ouvrant des horizons nouveaux, donne à la patrie : : immense territoire et Y dépose, avec une sagesse prévoyante, tous les germes de la civilisation et tous les éléments nécessaires à sa prospérité !
Il n’y a pas encore un siècle, c'était ici la forêt primitive, la terre inculte, le désert, Aujourd’hui, c’est le centre actif d’une contrée riche et prospère, armée de tous les éléments de la plus haute civilisation, en Possession d’un brillant avenir.
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que
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lif-
Et cette oeuvre immense, elle a été accomplie par quelques hommes dévoués qui y ont consacré leur talent, qui ont usé leurs forces dans ce grand travail de création et de développement.
Celui qui, en 1823, ouvrait à la colonisation, à l’agriculture, à l'industrie et au commerce ce district aujourd’hui florissant, portait un nom déjà illustre dans notre hstoire et descendait en ligne directe de l'immortel découvreur du Mississipi : il s'appelait Joliette. Comme son ancêtre, il avait soif de travail, d'initiative, de dévouement, et il dépensa, au service de sa patrie, sa fortune et ses talents avec uz- nergie et une persévérance que rien ne put jamais abattre. Patriote éclairé, il voyait dans la colonisation, dans l’agriculture, dans l’industrie et le commerce, les bases certaines de notre prospérité nationale.
Croyant et pieux comme le découvreur du Mississipi, il voulut mettre sa colonie naissante sous l'égide de la religion et lui assurer l’inestimable bienfait de l’éducation. En même temps qu’il ouvrait ici les premiers moulins et les premières manufactures, il bâtissait la première église, devenue aujourd’hui cathédrale, et la première école, aujourd’hui transformée en florissant séminaire d’études classiques et de théologie.
Nous voici donc en présence de l'oeuvre commencée par cet homme admirable : et en faisant ici son éloge, nous ne faisons que rendre hommage à sa modestie comme à son mérite, en associant À son nom les noms de ceux qui furent ses collaborateurs ou qui se. sont faits les continuateurs de sa noble entreprise,
Comment séparer son nom de celui de Mgr Bourget qui lui don-
Ra non seulement approbation et encouragement, mais qui défendit
plus tard ce collège quand son existence fut menacée ? Comment oublier les premiers éducateurs sortis des rangs du clergé canadien, et ces modestes religieux de Saint-Viateur, les Champagneur, les Fayard et les Chrétien, rour ne parler que des pionniers ? Comment ne pas redire avec reconnaissance le nom de ce Père Beaudry
Qui fut, pendant Plus de trente 8ns, l'ornement et l'édification en même temps qu’il était l'âme dirigeante de cette maison. Réjouissons-nous tous, Messieurs, de ce que le Ciel du Canada a été favorable à l'expansion de la Congrégation de Saint-Viateur qui est devenue un &rand arbre dont les rameaux s'étendent de toutes Darts. Si notre terre lui a été hospitalière, elle nous a rendu au centuple le bien que nous avons Pu lui faire en l'accueillant, puis-
Ma présence au milieu de VOUS, vous dit déjà que nous sommes en présence d'un fait qui éclate à tous les regards. C'est que rien a'est plus Puissant, pour Ja développement d’un pays jeune comme le nôtre, que l'union et l'entente Cordiale entre l'Etat et l'Eglise.
L'union de ces deux forces a produit les merveilleux résultats que ROUSs avons sous les Yeux.—Puisse.t.i] en être toujours ainsi !
Monseigneur, Permettez-moi de Vous féliciter d’avoir à présider aux destinées religieuses de ce diocèse dont les heureux commence. ments présagent un brillant avenir, Monseigneur l’Archevêque de Montréal a déjà dit, je crois, que le diocèse de Joliette était le plus beau joyau détaché de sa Couronne. Ce joyau, Couvert de votre généreuse sellicitude, ne Peut que devenir très précieux. Vous êtes entouré d’une Population d'élite, animée des plus beaux sentiments religieux, Mais aussi, remplie d'initiative éclairée et Marchant ra. pidement dans la voie large de tous les progrès Modernes.
Votre Magnifique Séminaire est un Véritable Monument élevé à notre éducation nationale, Les Saints religieux qui le dirigent
merciales et industrielles. Et puisque l’occasion s’en présente, permettez-moi de la saisir Pour rendre hommage à la valetr incontestable de votre enseignement classique qui a fait notre force dans le passé et qui la fera dans l'avenir, parce que c’est à lui que nous devons la formation dés hommes éminents qui ont combattu les bons combats de notre race, qui l'ont sauvée aux jours de danger et qui la sauveront encore le jour où son existence sera menacée, Cel:. ne nous empêchera pas de marcher avec notre temps, de faire la part des hautes études Commerciales et industrielles, de la science la plus avancée appliquée à l’agriculture, de l'enseignement technique, de toutes ces merveilleuses écoles qui ouvrent à nos jeunes &ens des carrières nouvelles,
Mais au sommet de notre éducation nationale, gardons toujours la place d'honneur à nos universités, à nos séminaires et à 20s collèges, et nous n'en serons pas moins à la hauteur des exi- &ences du progrès moderne et des idées utilitaires.
J'aurais tant de choses à dire, et Pourtant il faut que je termine.
Je me fais volont'ers l'interprète de ce &raud nombre d'amis et d’admirateurs qui sont venus assister à ces belles fêtes de l’intelli- &ence qui, pour beaucoup, ont été la fête du coeur, le témoignage de la reconnaissance à l’Alma Mater dont le nom brille parmi les plus chers souvenirs des anciens élèves de Joliette,
Tous nous vous sommes reconnaissants, Monseigneur et Messieurs, de nous avoir conviés à eette magnifique démonstwation.
périté que nous constatons de nos Yeux. Elle est la récompense
bien méritée de la Congrégation de Saïnt-Viateur et elle lui sera, nous en sommes sûrs, un encouragement à Continuer l'oeuvre bénie de l’instruct'on et de l'éducation de la jeunesse.
Oh ! qu’il fait bon sentir, en un jour comme celui-ci, l'union parfaite de tous les coeurs et de toutes les volontés ! Qu'il est beau le
spectacle de toutes les sommités, de toutes les forces vives de la nation et, je dirai de plus, de Ja race, fraternisant ensemble pour rendre hommage au mérite, au dévouement éclairé et persévérant des éducateurs de notre jeunesse, des maîtres excellents qui travail. lent à la formation des hommes, des intelligences et des Caractères qui dirigeront plus tard nos aspirations nationales.
Merci, Messieurs, de nous avoir donné ce Consolant spectacle de l'union des pasteurs et du troupeau, des chefs de la nation, des citoyens de cette ville florissante, de la race forte des habitants de nos campagnes qui élève dans nos paroisses ces nombreux enfants Parmi lesquels srandissent les maîtres de notre avenir,
Et à vous, mes jeunes amis, qui formez l’intéressante nhalange des élèves actuels du Séminaire de Joliette, J'éprouve le besoin de vous direjun mot. Que cette fête soit Pour vous une grande leçon. Qu'elle vous fasse apprécier de plus en plus le prix de l'éducation et de l'instruction que vous recevez dans ces murs, bénis de Dieu et des hommes Que votre docilité, votre bonne conduite, votre appli. cation au travail, récompensent vos bons parents des sacrifices qu'ils s'imposent pour faire de vous des hommes instruits. Et surtout, cultivez dans Vos coeurs cette plante délicate qui s'appelle la reconnaissance à vos directeurs, à vos maîtres si dévoués. - Et le plus beau témoignage gr --us pouvez leur en donner, ce sera de fournir, à votre tour, à .: :1ise, des évêques, des prêtres et des religieux comme ceux qui ont fondé et développé ce séminaire, à l'Etat, à la Magistrature, aux professions libérales, à l’agriculture, au Commerce et à l’industrie, des patriotes et des &rands citoyens Comme l'honorable Barthélemy Joliette.
EFFYSYÈSSS
arr qnamaneeurees
Trois autres santés sont proposées par M. l'abbé Jo- Seph Bonin (1) : à l’4/ma Mater, à la Communauté des a
(1) Ancien curé de Saint Charles, Montréal, vivant retiré à son Manoir de Dautray, à mi-chemin entre Lanoraie et Berthier.
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Clercs de Saint-Viateur et au Très Révérend Père Pascal D. Lajoie, supérieur général. Voici ces discours où l'orateur, pour traiter son sujet, désirait “une bouche d'or et l'éloquence de Lacordaire” : son désir n’a pas été stérile, comme on peut s’en convaincre par la lecture suivante :
M. l'abbé Joseph Bonin
Santé de Alma Mater, des Clercs de St.Viateur et du T. R. P. Lajoie
Messeigneurs, Messieurs,
On m'a fait l'honneur de me confier une tâche bien délicate, mais, cependant, bien douce à mon coeur et que j'aurais souhaité accomplir plus dignement : celle de proposer les santés de notre Alma Mater, de la Communauté des Clercs de Saint-Viateur et du R. Père Lajoie, Supérieur général de cet Institut.
Quand j'aurais une bouche d'or, l’éloquence d'un Lacordaire, je ne pourrais exprimer d’une manière aussi sensible que je les ressens, les sentiments d'amour et de reconnaissance que je nourris dans mon coeur à l'égard de mon Alma Mater.
Je chante aujourd'hui la gloire de cette mère blen-aimée ; je chante ses luttes, ses succès, ses triomphes ; je viens proclamer sa merveilleuse fécondité, depuis les humbles jours de 1846, époque de sa fondation, jusqu’aujourd’hui.
En contemplant ces superbes édifices si solidement construits, ces salles spacieuses brillamment éclairées, ces belles chambres des professeurs et des visiteurs, ces cabinets de physique et de chi. mie si bien pourvus, ce musée déjà si important, cette splendide chapelle, bijou d'architecture et de bon goût, cette cour de récréation des élèves, si pittoresquement encadrée dans la verdure et presque unique dans notre Province, en songeant à ce que nous avons vu jadis, il y a soixante ans, nous nous arrêtons à rêver, et à nous
demander si c'est bien là notre vieux Collège Joliette.—Messieurs, n'oublions pas, en Passant, de rendre hommage au dévouement et AUX succès de seux qui ont présidé à la Construction de ce beau 8Séminaire,
Oh ! qu'ils sont loin les jours où le petit collège qui nous recevait dans ses murs n'avait que 100 élèves, et, pour les abriter, une humble bâtisse de 80 pieds par 40, avec une petite cour de 150 pieds
ancien curé de Joliette !
Et, Messieurs, qu'est-ce que ce Progrès matériel] en comparaison des progrès intellectuels de cette maison, dans les sciences, les lettres, la philosophie ?
Non, Messieurs, les temps anciens ne sont plus, Autrefois, c'était le crépuscule, l'aurore ; aujourd’hui, c'est la pleine lumière, c’est le soleil à son zénith !
Tout a été transformé. Un dllustre évêque, dans toute la force de l’âge, du talent, du savoir, de l'éloquence et de la vertu, préside aux destinées de la ville de Joliette, et de son Séminaire qu’il a nommé diocésain et qu'il a comblé de toutes sortes de faveurs. Tout semble avoir été renouvelé, rajeuni, à Joliette, sous son impulsion Sage et puissante,
L'an dernier, j'avais le bonheur d'assister, au Séminaire, à une Séance de discussion, entre élèves, sur des thèses de philosophie, et je ne pouvais m'empêcher de témoigner ma surprise admirative en constatant combien les élèves d'aujourd'hui nous sSurpassaient en
sins. Mgr Archambeault, Pour me consoler sans doute, me disait que j'avais oublié ce que nous étions de notre temps. Mais, nonobstant la délicatesse du compliment, je n'étais nullement convaincu.
Ces succès, Couronnés par deux éclatantes victoires dans les grands concours des collèges classiques affiliés à l’Université Laval, nous les devons aux supérieur et directeurs distingués, aux ha-
biles préfets d'études, aux doctes et dévoués professeurs du Séminaire de Joliette,
Oh ! mon Alma Mater, permets-moi de te féliciter, en cette mémorable circonstance, de la somme de dévouement et de sacrifices que tu as accomplis, depuis plus de 60 ans, dans le domaine de l'é. ducation ! Vois, autour de toi, ces générations pleines d'espoir dont tu es la mère glorieuse : Leva in circuitu oculos tuos.—Tu es aujourd’hui la Jérusalem brillante de clartés !
De même qu'au retour de Judith du camp des Assyriens, d'où elle rapportait la tête d'Holopherne et le salut du peuple d'Israël, une immense acclamation s'éleva dans les airs, soulevée par des mil. liers d'hommes, de femmes et d'enfants, chantant la gloire de cette Vaillante héroïne : ainsi, nous tous, élèves de la maison de Joliette qui pour nous est la maison d'Israël, après les succès, les triomphes de notre Alma Mater, nous chantons en son honneur un cantique de gloire : Tu g' “ia Jerusalem I—Un hymne d’allégresse : Tu laetitia Israël !—Un vat d'hommage et de reconnaissance : Tu honorificentia populi nostri !
Sois à jamais remerciée, O Mère chérie, d'avoir formé ces centaines de prêtres que tu as donnés à l'Eglise pour répandre au Ca. nada et aux Etats-Unis la foi, l'Evangile et la vertu ! Sois également remerciée pour la Culture intellectuelle et la formation moraie que tu as données à ces hommes éminents qui occupent les bancs de la Magistrature, les siège” de députés, les bureaux du journalisme, et à tous ces membres distingués des professions libérales, ainsi qu’à ceux qui appartiennent au génie civil, au commerce, à l’agriculture et à l'industrie !
Tu as imprimé dans le coeur de ces enfants sortis de ton sein, la force d'âme, la noblesse du caractère, les principes de foi et d'honneur qui en ont fait des guides éclairés dans les diverses classes de la société Ah ! si le grand patriote, bienfaiteur de l'Eglise et de la patrie, qui a dépensé son énergie, son temps, sa fortune entière à la fondation de ceti:: ville et de ce Collège qui portent
s0n ROM, pouvait, À cette heure, AaPparaître dans cette enceinte pour contempler le spectacle de cette nombreuse génération d'enfants qui lui doivent le bienfait de l'éducation, que son noble front rayonnerait de bonheur ! que sa grande âme tressaillerait d'allégresse en Voyant combien sont beaux et brillants les fruits qui surchargent les rameaux de l'arbre qu'il a planté et arrosé de ses mains bénies ! ll dirait sans doute : “Mes enfants, vous avez compris mon oeuvre ! Les espérances sont réalisées, et même dépassées !”
Pour nous, chers condisciples, Puissions-nous ne jamais oublier ce que nous devons à l'amour et au dévouement de notre Alma Ma. ter ! Puissions-nous, Par la noblesse de notre vie, mériter toujours l'honneur d'être sa joie, sa gloire et sa couronne !..,
* Ok
Maig la santé que je viens de proposer en l'honneur de l'Alma Mater serait incomplète si je n'y joignais le nom de la Communauté des Clercs de Saint-Viateur » Car séparer le Collège Joliette de la Communauté des Clercs de Saint-Viateur, ce serait séparer l'en. fant de sa mère.
Dirigé quelque temps par trois ecclésiastiques : MM. Resther, Barrette et Dequoy, le Collège de l'honorable B. Joliette fut confié aux soins du R. Père Champagneur et de ses Compagnons qui, en 1847, à la demande de Mgr Bourget, quittèrent leur beau pays de France pour venir se consacrer à la formation intellectuelle et reli- &gieuse des élèves, encore peu nombreux, du “Collège de l'Industrie” Comme on l’appelait alors.
vreté, l'isolement, et l'indifférence d’un grand nombre '; mais ils ont grandi sous l'épreuve et par un continuel effort : et aujourd’hui, trois Collèges classiques : Joliette, Bourget et Bou:bonnais, plus de trente Ecoles et Académies prospères, sous leur sage et intelligen-
te direction, proclament assez haut, que leur Oeuvre, sous la devise : Sinite parvulos venire ad me a été largement fructueuse et bienfai. sante,
Rendons hommage, en ce jour, à nos bienfaiteurs, à nos bienaimés Directeurs : les RR. PP, Champagneur, Lahaie, Thibodier, La. joie, Rivet, Lévêque, Beaudry, Ducharme et Roberge, ainsi qu'à nos professeurs les Plus chers : MM. Vadeboncoeur, Séguin, Michaud, Laporte, Letellier, Sylvestre, Peemans, Houle, Lesieur, Clairoux, Morin et autres qui, pour la plupart, appartiennent à cette communauté et qui ont été l'honneur du professorat.
Oui, Messieurs, disons-le hautement : {1 n'est aucune gloire, aucun progrès du Collège Joliette, sans qu'il soit, en quelque sorte, l'apanage de la communauté des Clercs de Saint-Viateur.
Dans cette communauté, il est un nom qui brille au premier Tang. Ce nom béni est auréolé de la majesté des ans, de l’éc'at ües mérites et de la dignité de Ja position sociale, Ce nom, c'est bien
réunie pour Célébrer le 60ième anniversaire de notre Alma Mater.
Vous avez reconnu celui que j'ai suffisamment désigné : le T. R, P, Pascal Lajoie.
Il a vu naître et grandir cette maison : {1 était qu nombre des premiers novices des Clercs de Saint-Viateur, en 1847. Depuis, il à passé par tous les grades: : professeur, préfet d'études, directeur, curé de Joliette, et, à Ja fois, Supérieur du Collège, toujours. sage, patient, réfléchi, ferme et en même temps doux et affectueux è toujours semblable à lui-même, acCueillant tout le monde avec borf} è té, répondant à tous avec une égale bienveillance, sans jamais ” laisser voir à personne que ce surcroît de jabeurs et de responsabi. lités l'incommodait tant soit peu.
Le suffrage de ses frères de France et du Canada l'a fait monter à l’honneur de Supérieur Général de sa Communauté.