‹ Noces de diamant, Séminaire de Joliette, 1846-1910 [microforme]Chapitre 73 sur 80 · SE · texte numérisé non relu

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mes du jar“iu, ct, au milieu, un ange se détacha. De sa main, il dér ulait une ba derolle sur laquelle étaient inscrits ces deux muts : Envoy. céleste. Les bravos et les cris enthousiastes ne cessérent que pour nous faire entendre, de ses lèvres, de charmantes paroles de bienvenue terminées par ce cri du prophète royal : Quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum”’. (1)

. L'une des pièces de résistance de 1910 fut bien cet arc de flammes, reposant sur deux des grands ormes du haut de la terrasse, et sur lequel brillaient en lettres de feu deux millésimes célèbres : 1846-1910. Pour finir, reprenons encore le récit du Père Peemans : “Un splendide bouquet termina cette imposante représentation pyrotechnique. Placée sous le sol et faisant soudainement explosion, la pièce d'élite qu'on avait réservée pour la fin était la reproduction, en petit, d’un cratère. De sourdes détonations, des jets de matières embrasées, une épaisse colonne de fumée d’où sortaient de sinistres lueurs, le crépitement d’une lave brülante qui s’épanchait sur le flanc de la terrasse et tous les bruits d’un volcan en travail furent parfaitement bien imités. Enfin tout s’éteignit ; le parterre seul et le collège conservèrent encore quelques instants leurs panaches de feu ; les “bonsoirs” s’entre-croisèrent en tous sens et le vide se fit partout à mesure que l'obscurité envahissait jardin, cours et bâtiments”. (2)

Je termine par le témoignage de la Patrie dont les représentants, moins distraits et moins absorbés que les anciens

(1) L'ange de cette fête de 1878, messager de si bon augure, n'était autre que le jeune Edgar Mainville qui me racontait cet incident, il y a quelques semaines... Ce serait aujourd'hui un problème de faire glisser le même personnage sur un fil, car on peut à peine reconnaitre dans cet homme à forte carrure, “l'ange diaphane et léger comme une de ces vapeurs qui flottent quelquefois au ciel bleu.”’.

(2)1Il n'y avait pas alors d'installation électrique comme cette année ; l'étectricité n'apparut au collège qu'en 1889.

élèves, pouvaient aussi en rendre un compte plus exact : “Ce déploiement de pièces pyrotechniques, dit-elle, se fit :

dans les jardins du Collège envahis par des milliers de spectateurs. Il fut d’une grande beauté. Par instants, on aurait cru, de loin, à un vaste incendie”. |

| On m'en voudrait süremen, et ce récit serait incomplet, si je fermais ce chapitre sans faire mention de la cour de récréation du Séminaire, qui, sans conteste, est Ja plus belle et la plus vaste. Le P. Beaudry en était justement fier : on pouvait l’être à moins !

Faisons un bout d’histoire et racontons brièvement les transformations de notre cour féérique. C’est bien dans cette superbe cour, oeuvre de son long dévouement, que ce cher Père pouvait répéter ces vers de Lamartine ;

Mon oeil trouve un ami dans tout cet horizon ; Chaque arbre a son histoire, et chaque pierre son nom. Et l’histoire de toutes ces choses, le P. Beaudry seul la pourrait raconter ; plus de 3000 arbres sont là dont il pourrait dire :Ego plantavi, Apollo rigavit, Deus incrementum dedit (1 Cor.). Les allées du parterre, les gracieux contours des figures, les merveilleuses terrasses, cette pièce d’eau, cette longue allée circulaire qui borde la cour, cette autre promenade autour de l'étang, ces jeux de balle, cette riche bordure de la rivière où J'aime le flot de l’eau qui gazouille au rivage (Ronsard).

tout cela, ou à peu près, se réclame des soins et des soucis du P. Beaudry.

En plantant, il devait dire comme le bon vieillard de La Fontaine : : | Mes arrière-neveux me devront cet ombrage.

Si donc j'en excepte les grands ormes qui bordent la terrasse, tous les arbres doivent leur existence au P. Beau-

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dry. Ilest juste d'ajouter que les Pères Laporte et Forest, les Frères Guay et Séguin ont été pour lui de précieux auxiliaires, ainsi que tous les élèves qui se sont succédé au Collège depuis 1877.

Le parterre, les terrasses et l'étang ont été faits en

1877-78 ; la pièce liquide, avec ses cinq jets d'eau “qui ne

se taisent ni jour ni nuit” (Bossuet), fut l’occasion d’une belle fête d'inaguration, le 21 octobre 1878, jour de la Saint- Viateur.

On me dit que les dernières années de sa vie, le P. Beaudry passait son temps libre, en la belle saison, dans son parterre, cultivant ses fleurs, ratissant ses pelouses, alignant ses allées et enlevant jusqu’au moindre brin d'herbe. Le 26 avril 1904, huit jours avant sa mort, il y travaille pour la dernière fois.... Je le vois en été :

Essuyant de son front la sueur ruisselante, Il contemple joyeux le fruit de son labeur (de Ségur).

Et pendant que le pasteur peine et travaille agréable-

ment, les brebis sont là qui se gaudissent sous les frais om-

brages. C’est bien le moment de dire avec le poète cité plus haut :

Et l'ombre du pasteur couvre tout le troupeau.

Il faut bien reconnaître aussi le zèle, le dévouement et le travail nécessaires pour entretenir, compléter et mettre à point toutes ces beautés qui ont fait notre orgueil aux Noces de Diamant.

Mais j'entends quelqu'un me souffler à l'oreille : “‘N’oubliez pas Saint-Joseph !””’ — Je m'en garde bien, car “à tout seigneur tout honneur”.

Depuis 1870 au moins, la statue du bon saint reposait sur un piédestal, entre les grands ormes, précisément dans l'allée du milieu, qui descend à l'étang. Mais les améliora-"

tions et les embellissements de la cour lui méritaient une meilleure place ; on fui donna, en 1878, le centre du parter-\ re qu'elle ne devait plus quitter. Pourtant, la vieille statuc, rongée par le temps, la pluie et la gelée, menaçait ruine et le piédestal parlait de se mettre en grève. Il fallait renouveler l’une et l’autre. M. Georges Bélanger, curé de Dannemora, s'en chargea: et le 16 mai 1906, MEr l’évêque de Joliette fut prié de bénir solennellement la nouvelle statue debout sur un piédestal non plus de bois, comme l’ancien, mais de belle pierre bleue réfractaire à l’action du temps et des éléments. Plusieurs anciens élèves et la communauté “ñtière entouraient Sa Grandeur, et, suivant “l'usage antique et solennel”, tout le monde entonna le chant tant aimé du Sancte Joseph ! Ora pro nobis !

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