‹ NocturnesChapitre 9 sur 15 · CINQUIEME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIEME PARTIE

Le Bar de la Guirlande

« Que de femmes ! » s'écria Carol.

Femmes, des femmes partout, jusqu'au faîte. Elles y sont toutes ; il n'y en a plus ailleurs.

Carol est assis sur un tabouret, vêtu d'un long pantalon large, gris pâle, tombant sur des souliers guêtres de blanc. Un veston noir jais, entoure sa taille, perdue dans l'étoffe. Sa figure fine, creusée, ascétique, domine le flot des viveurs nocturnes. Il penche sa tête d'aegipan sur un cou rayé de minces rides. Rejetés en arrière, ses cheveux se hérissent comme des serpents. Un sourire fugace erre sur ses lèvres amères et on dirait froissées, mais il est déjà prêt pour le défi et la bataille. Svelte, dressé sur ce monde, il est encore intact comme un diamant

OU une force de la nature non tachée, transportée dans un décor fardé d'artifices.

Liliane, belle fille ronde et bouillie de chaleur, saisit soudain à pleins bras les jambes de Carol qui semblent mortes dans l'ampleur du tissu qui les couvre. On a l'impression qu'elles vont lui rester dans les bras. Le bar, un moment amusé, croit la chose arrivée, car l'ivresse crée le fantastique. Les êtres et les choses se meuvent sur un autre plan que le réel. La fantaisie est dans les yeux, l'esprit et les corps. Tout vit dans une sorte d'irréalité qui plie sous une nouvelle loi physique et morale ces êtres ligués contre un ennui réciproque, désireux d'enfanter une joie inédite.

Carol fait un saut élastique, à la façon de ces petites grenouilles vertes que des marchands vendent sur le pavé de Paris, et retombe sur ses jambes recouvrées. On rit ; on s'esclaffe.

Carol est le jailHssement de la joie, le rire, l'audace, la franchise, la jeunesse du corps et de l'esprit sur laquelle le scepticisme n'a promené que des dents distraites ; il ne se dément pas une minute ; sa curiosité et son appétit sont plus forts que les lassitudes. Il est le boute-en-train de cette fête de nuit. Superbe d'allure, il lève de temps à autre sa badine avec laquelle il caresse le dos d'une danseuse. Un sourire plisse, comme un jet électrique, sa lèvre qui se soulève sur un cigare dont

il ne se soucie pas de secouer la cendre qui tombe sur son veston en une tramée grise, impalpable, immatérielle, tel un rêve qui en s'effaçant ne laisse que la poussière de ses ailes.

L'atmosphère est canaille, lourde de fumée, déchirée par des lumières douces, remuée par ces chercheurs avides qui courent dans leur âme à l'appel du plaisir avant de donner une adresse à une auto stationnant devant la porte.

Jamais on n'avait vu une pareille affluence. Les prisonniers de toute espèce : de la chair, de l'ambition, de l'orgueil, du plaisir ; des emmurés de la vie, des claquedents du désespoir, des êtres fantômals qui se survivent à eux-mêmes dans un enthousiasme feint, riant de leurs gueules fatiguées. Les bagnards de la poussière et du néant qui, avant de devenir poussière à leur tour, s'exercent à ce bruit de frelons agités et meurtris, de fêtards enragés et grotesques, croulants d'alcool et de désœuvrement. Ils sont là des centaines. Ils se « frappent » de leur ennui mutuel : leurs mots, leurs attitudes décèlent la veulerie la plus complète, des tares qu'ils veulent ignorer, tout un poids de stupre et de fatalité. Une flamme rapide, aussitôt morte que née, illumine ces fronts jeunes ou vieux. Et ils sont gris et jaunes sous l'éblouissement des lustres. Des cravates agressives trouent ces paquets

uniformes qui se pressent, se bousculent comme dans une gare de colis postaux.

Des chants, des musiques, des cris, des bocks renversés, des femmes qui se disputent et en viennent aux mains.

Tristan cause avec un vieil érudit, M. de Coëtlegon, membre de plusieurs sociétés savantes, mari infidèle, perdu d'hiéroglyphes et de manies secrètes. Un érudit, vivant durant le jour de vieux textes dont il renifle la poussière avec un nez de singe ébloui, et qu'il brandit avec des airs égarés, ce soirlà, dans le bar de la Guirlande où, d'habitude, il cherche d'autres plaisirs. Son visage grimace à tous les quarts d'heure. Fouineur, musard, impitoyable fendeur de cheveux en huit, il discute sans cesse en tout lieu où il remplit l'espace de sa grinçante personne. Poulie qui semble geindre audessus de tous les grognements de ces hommes entassés et qui hument le plaisir. C'est un personnage étrange, vétusté et anachronique. Il est plein de secrets, d'histoires et de silences soudains. Un esprit satanique se fait jour au milieu des dissertations qu'il soutient dans cet endroit où ne régnent que le plaisir et les filles. Il sourit à l'ivresse des autres et aux privautés du bar. Il est accroché à cet éden d'oubli comme un naufragé à une bouée de sauvetage. Sobre, il persiste à garder son attitude de terre ferme. Il feint d'ignorer qu'il est trans-

porté sur une mer où les autres humains guettent un délice, une fantaisie qui va les arracher à un esclavage quotidien. Il inonde de chiffres, de statistiques, de théories, ce bar ennemi des précisions et des sciences de l'esprit. Il crie, hurle, frémit, promène son horrible visage qui se fond en un rictus de cauchemar. Tristan le contemple avec étonnement et stupeur.

A côté de ces grâces parées qui rutilent, exhibent des chairs parfois neuves et belles, il semble un belluaire dégénéré qui, dans des mains squelettiques, tâche de retrouver le fouet qui mettrait à la raison ce troupeau de mâles et de femelles. Illusion d'un moment. L'agitation dont il est pris augmente ; dressé sur un tabouret, sa laideur le grandit, le démesure. Et il chasse, de notre esprit, par ses gestes fous, les comparaisons où l'on tente de le situer. Il en fait plutôt naître mille qui se contredisent toutes.

Cet infernal possédé redevient minuscule. Le voilà repu par ses yeux hagards de ce mélange de sexes, de bras et de jambes. Il disparaît un moment, se précipite vers des endroits réservés et revient, les doigts tachés de sang. Une corde blanche à nœuds espacés sort de la poche de son pantalon : une discipline ! Il circule effaré, la bouche tordue par un rire affreux et porte à son front des mains souillées.

— Tristan, dit, soudain, Natacha qui venait d'entrer, croyez-vous au suffrage universel ?

— Natacha, pourquoi soulever ici ce problème ? Parlez-moi d'amour.

— Tristan, vous m'agacez. Et si vous n'êtes pas sage, je vais vous chanter un air que vous détestez. Vous feriez mieux de répondre à ma question.

— Chère Natacha, le jour où j'ai pris conscience de mes goûts, je devins l'ennemi du suffrage universel.

— Bien, ma curiosité est satisfaite, et je tenais absolument à vous arracher cet aveu. J'ai, d'ailleurs, deux ou trois « colles » à vous poser avant la fin de la nuit. J'y reviendrai dans un instant... J'ai rencontré Salluste, Ruth et Galapiat au bar de la Conque. Nous avons follement rigolé. Salluste nous a raconté des histoires du Pérou qui nous firent tordre aux larmes... Cela vous laisse bien indifférent, ce me semble. Ne voulez-vous pas que je vous fasse part de ce qu'il a raconté ?

— Si vous voulez, mais je crois que la célèbre danseuse va bientôt paraître.

— Non, non, cette exhibition n'aura lieu qu'à une heure.

— J'écoute, et ne soyez pas plus longue sur ce chapitre qu'il ne convient de l'être. La fête de ce soir brille par sa confusion et sa disparité. Je

suis marié à cette ambiance ; mes yeux sont sollicités par des visages nouveaux, et je souffre du manque d'attention. Elle ne se pose que sur ce va-et-vient éclatant et futile. Rien ne me donne mieux la sensation de l'écoulement des choses, de leur fuite vers le grand fleuve... J'aime d'être porté sur ces eaux de l'oubli.

— Quand laisserez-vous des thèmes si usés ? Et que vous hospitalisez si aisément dans votre moi intérieur. Romantique, va !

— Allons-nous reprendre la vieille querelle sur le classicisme et le romantisme, vous savez bien que ce sont des bêtises ? Moréas l'a dit sur son lit de mort et il avait raison.

— Faites effort pour me donner audience. J'ai, d'ailleurs, un message de Ruth qui m'a priée de vous dire qu'elle vous attendrait demain à cinq heures. Elle veut vous garder à dîner. Elle vous réserve une surprise et, comme vous ne pouvez deviner le menu qu'elle prépare, je ne vous en ferai pas mystère. Elle vous servira un poulet au bleu de méthylène. Elle en gardera une cuisse pour Carol qui ne pourra venir que vers les dix heures avec cette Italienne qu'il appelle îVancesca de Rimini. J'ai promis d'être là à six heures, car je passe l'après-midi chez ma tante.

— Tout s'annonce bien, mais je connais Carol,

il n'arrivera qu'à minuit, surtout après la nuit blanche que nous sommes en train d'entamer.

— Vous parlez de la nuit comme d'une poire que... d'un fromage que...

— Ne trouvez-vous pas, chère Natacha, que notre conversation devient de plus en plus intéressante '?

— Tristan, j'ai bien envie de vous planter là !

— N'en faites rien. Je serais si malheureux sans vous, à mes côtés.

— Vous raillez, Tristan, et je m'en aperçois.

— Oh ! que non, mais je voudrais que vous observiez une minute de silence... Regardez ce pitre qui est en train de se battre avec Carol. Nous avons tout le temps pour causer.

— Carol est insupportable avec ses goûts de pugilat, ses colletages fantaisistes. Il s'emploie à faire l'enfant terrible. Le pitre semble se fâcher. Je pousse un cri afin d'éviter qu'un assassinat ait lieu.

— Trop tard, Carol tend la main à l'adversaire ; il présente l'olivier de la paix.

— Ah ! j'ai eu vraiment peur. Le pitre aurait si bien pu se fâcher sur lui.

— Que dites-vous ?

— Mais oui, le saisir et le tuer.

— Carol dirige toujours la tempête. Il sait éviter les mauvais coups.

— Vous le défendez trop, vous devriez plutôt tenter de le persuader de son imprudence.

— Je réussirais si bien à le convaincre ! Il n'écoute que lui et encore quand il n'est pas distrait.

— Je tremble toujours devant ses audaces.

-^ Chère Natacha, il échappera encore à bien des dangers. Il est le virtuose du risque, de la blague... Mais j'aperçois Maurice Chevalier qui entre, entraînant Damia et la chanteuse du Pirate. Savezvous s'ils sont au programme de ce soir ?

— Non, je ne crois pas, ils viennent en curieux. Puis- je maintenant raconter ce que j'ai entendu à la Conque ?

— Y tenez-vous vraiment ? Je vois que vous voulez m'intéresser.

— Vous blaguez toujours, et il me prend soudain le désir de ne plus parler.

— - C'est cela qui serait surprenant, votre soudain silence. Mais on ne vous décourage pas si facilement de parler tout le temps.

— Trouvez-vous vraiment que je parle trop ?

— Parlez encore, puisque vous en avez la démangeaison. Je vous arrêterai si, par malheur, vous n'alliez pas m'intéresser avec ces histoires d'Outre- Atlantique.

— Ne m'interrompez plus. C'est juré, n'est-ce pas ?

— Oui, pour vous faire plaisir.

— On m'a parlé d'un publiciste américain très jeune et très beau — il a à peine vingt ans — et qui a tellement peur de la douleur physique ou morale que sa servante au grand cœur appelle le médecin, trois fois par jour, pour lui administrer le chloroforme afin qu'il se sente toujours dans une sorte d'ébriété qui l'empêche de connaître la souffrance sous quelque forme qu'elle puisse se présenter. C'est un type à part. Jupiter le caressa sur son sein et un jour, par un miracle unique, il descendit sur les bords d'un grand fleuve, échappé de la cuisse sacro-sainte.

— Ah ! vraiment ?

— Je vous supplie d'accorder une foi absolue à mes paroles. Je n'invente rien : je suis sérieuse comme le pape.

— Vous oubliez que, parfois, il rit dans son fauteuil.

— Dites-vous vrai, Tristan, et n'êtes-vous pas poussé par un malin plaisir à mettre en doute la moindre de mes paroles.

— Mais non, je vous assure que le pape rit à ses heures comme M. Léon Daudet lui-même.

— Mais quand ?

— Le jour où il lui arrive de lire, par exemple, dans un journal qu'il est le pontife le plus allemand

NOCTURNES ISS

de l'histoire, car il sait bien que l'Uruguay, le Chili, l'Equateur, croient cela.

— Vous m'étonnez. Vous connaissez donc le pape ? Auriez- vous reçu ses confidences ?

— Non, mais j'en ai entendu beaucoup parler.

— Vous croyez que cela suffit pour croire qu'il a ses moments de gaîté ?

— Je le crois fermement.

— Laissons le pape, si vous voulez bien. Car il me semble irrespectueux de nous entretenir de lui dans un endroit si profane.

— C'est bien mon avis, mais c'est vous qui en avez parlé la première.

— Pour en revenir au publiciste, il est si révolutionnaire qu'il va jusqu'à renier les chaussures de ses ancêtres. Il parle avec un mépris souverain du cuir de bœuf.

— Cuir pour cuir, celui d'hier et d'aujourd'hui, je n'arrive pas quant à moi à pouvoir choisir. Mais J'avoue cependant un goût très prononcé pour celui de Russie. Sous mon nez, un gant de cuir russe fait naître en moi le prurit fétichiste, mais les bottes...

— Vous vous exprimez d'une façon bien recherchée. Le prurit... Oui, mon cher, ce publiciste pousse sa révolte jusqu'à combattre le cuir des aïeux. Et ce ne sont à ses pieds que peaux de pan-

thère, de veau et de daim, qui lui communiquent je ne sais quelles flammes dévorantes.

— Vous le charriez à votre aise, il n'est pas là pour vous répondre. Je le défendrais si j'avais le plaisir de le connaître ou d'être de ses amis.

— N'en faites rien, car il se peut bien qu'il vous « attrape » un de ces jours.

— Et puis après ? On doit toujours reconnaître à son ennemi présent ou éventuel de l'intelligence, des dons, lorsqu'ils existent chez lui. Ne point le faire serait commettre la pire des faiblesses, chère provocatrice, faiseuse de douces mollesses, ne me réduisez pas à de telles extrémités.

— En vérité, Tristan, vous faites l'ange.

— Je n'en ai pas une impression très nette. Mais puisque vous l'affirmez, je vous accorde le minimum de crédulité.

— Vous êtes un bien bon garçon et vous aimez tout le monde.

— Vous vous trompez. Mais je vous prends au mot. « Aimer tout, c'est n'aimer rien ». Méditez ce paradoxe et vous découvrirez qu'il est en grande partie vrai.

— Que dites-vous là ?

— Je vous aime Natacha.

— Il se pourrait bien que vous aimiez tout. Jamais je ne vous entends dire du mal de quelqu'un.

— Quand on dit de quelqu'un qu'il aime tout, Natacha, cela veut dire qu'il n'aime pas ce que vous aimez, et vice-versa. Je dis, en effet, rarement du mal de quelqu'un, non par bonté, mais parce que c'est trop facile et que je me contente...

— De haïr en silence...

— Peut-être...

— Je vous crois capable de haïr pour toujours et quelque chose me dit que vous êtes de ces hommes, qui pardonnent le moins à ceux qui les ont offensés et que vous désirez, en outre, ne jamais les revoir, les oublier entièrement.

— Vous semblez vouloir me tirer les vers du nez.

— Comme vous êtes peu chrétien ! Je vous croyais meilleur que vous ne l'êtes en réalité.

— Je suis encore trop bon, et j'envie la méchanceté du plus féroce des gorilles.

— Vous me donnez froid dans le dos, et vous me faites de la peine.

— Avez-vous vraiment à vous plaindre de moi ? Ai-je déjà tenté de vous dévorer ?

— Non, mais je crains que vos désirs ne se changent, un jour, en réalité.

— Vous ne verrez pas cela. Je rêve seulement de violence contre les autres, et je vais vous avouer que je la considère comme une vertu de la bête. Elle m'eût servi, cependant, au cours de ma vie, si j'avais su en user.

— Vous auriez, qui sait ? été moins joué.

— Peut-être pas du tout. Mais pourquoi laisser percer de tels regrets ? Vous n'êtes pas responsable de votre < nature » ou de votre tempérament. C'est un legs ancestral.

— Vous parlez comme les psychiatres. Il se peut, cependant, que vous ayez raison. Je ne veux pas creuser cette question-là. Je suis ce que je suis, et voilà tout.

— Quelle mollesse satisfaite ! Si vous aviez fait de la culture physique, vous seriez fort comme pas un. Mon cousin Laurent était comme vous il y a un an ; aujourd'hui, provoqué, il mettrait sur le dos un colosse.

— Voudriez-vous que je me fasse la gueule d'un loup ou d'un Iroquois ? J'y perdrais le peu d'énergie dont je dispose. Et je m'imagine difficilement mettant à mal des colosses, même après un an de culture physique. Natacha, vous êtes folle comme un foin. Laissons là nos bavardages et admirez avec moi l'élan endiablé de ce couple qui danse.

— Encore quelques mots et je vous jette dans la fête. Nous reprendrons en public cette danse que nous avons improvisée chez vous l'autre jour.

— Dansons sans plus tarder.

— Non, ce n'est pas encore le moment. Je ne veux pas être frôlée au passage par Lemercier qui

trouve toujours le moyen de me pincer au menton. J'abhorre ce sans-gêne ; il est d'ailleurs d'une grossièreté révoltante.

— Je vous écoute encore.

' — Ce publiciste américain fait la leçon aux grands écrivains français. Il conseille, par exemple, à Morand de lire les Paysans de Balzac, sans savoir si déjà il n'a pas lu ce roman ; il aime à ridiculiser l'obscurité, la préciosité d'un Giraudoux. Il traite André Gide de gâteux parce qu'il s'est converti au bolchevisme, il dit : « Je donnerais vingt livres de X. pour un volume de Z. » ; il assure — toujours sans le savoir — qu'un tel vaut cent fois un autre...

— Mais ce que vous me racontez là est tout à fait dépourvu d'intérêt. Je ne sais pourquoi vous mettez tellement d'insistance à m'entretenir sur ce sujet.

— Mais c'est que tout cela me paraît si prétentieux, si niais, si enfantin.

— Je crois que vous exagérez vraiment. Ce sont là tout simplement des réactions qui nous sont étrangères. Allons danser.

— Carol est vraiment sot de nous séparer ainsi et de nous empêcher d'aller jusqu'au bout de notre danse. Ne trouvez-vous pas ?

— Carol ne sait déjà plus ce qu'il fait ni ce qu'il dit.

— Dans un quart d'heure, nous verrons la danseuse nue... Savez- vous que Ruth doit monter un film en Auvergne, le mois prochain ?

— Elle m'en parle depuis plus d'un an. C'est un projet qui lui tient à cœur. Le sujet est tiré d'une légende américaine. Les Anglais ayant conquis une proAdnce voulurent s'emparer des jeunes filles et les violer. Elles se jetèrent à la mer pour éviter l'outrage. Ruth a dépensé, avec ses amis, beaucoup d'argent pour tenter la réalisation de ce film qui présente d'énormes difficultés d'exécution. C'est sur les bords du lac Pavin que se déroulera ce film. C'est déjà, une faute, que de ne pas traverser l'Atlantique et de vouloir se contenter d'un lac français. Je prévois beaucoup d'autres dangers... mais nous en reparlerons une autre fois. Les lumières s'éteignent ; c'est l'heure du numéro sensationnel.

— Pas encore ; on éteint pour « préparer » l'atmosphère. Vous savez — je veux tout dire — un journaliste du Pérou, ayant vanté en des termes dithyrambiques les vertus prolifiques de son pays, le publiciste en question s'en est déclaré offensé. C'est, à n'en pas douter, le dernier défenseur de la morale ! Que faire, que dire, que vouloir ? A quel saint se vouer ?

■ — A part ceux du calendrier, en existe-t-il encore ? Si nous allions à la recherche de ces oiseaux rares, et tout de suite, sans perdre un instant, de peur de rater celui qui attend sur une branche, quelque part, je ne sais où, ni dans quel pays et sous quelle latitude ?

— Franchement, je ne comprends pas que l'on nîonte sur ses grands chevaux si quelqu'un s'avise de ïa santé généreuse d'une race et de saluer l'instrument par quoi se traduit l'abondance des dons.

— C'est parce que vous êtes une femme. Un hemme se souvient, peut-être, désagréablement, de tout l'effort qu'il a dû dépenser pour faire tenir dans l'existence les preuves de ses performances, les joyaux de ses voltiges.

— Vous blaguez vraiment trop, Tristan, mais ne craignez-vous pas d'offenser la pudeur due aux mots et aussi de ne point appeler chat un chat ?

— Sacrifions aux périphrases. Xe disons point les choses, mais laissons-les deviner par nous et les autres.

— En tous cas, malgré vos plaisanteries beaucoup trop risquées, je ne comprendrai jamais, moi, celui qui cherche à accabler l'apologiste d'une race vigoureuse et fière, et ces qualités de robustesse qui assurent sa prédominance dans le temps et l'espace...

— Je vous arrête, car vous \ous exprimez, en ce

moment, comme le sénateur Laframboise. Pour une Russe, c'est fort étonnant.

— Le rideau remue... Voilà la danseuse. Miracle des yeux, suis-je ivre ? Ce n'est point une danseuse, mais Borlin. Quelles lignes, quelle grâce, quelle superbe nudité !

— Vous voilà partie, chère Natacha, mais je dois, en effet, avouer que c'est une pièce de choix, que l'on peut bien consacrer une nuit à se rincer l'œil.

— Se rincer l'œil ! Vous dites cela avec un accent de voyeur. Vous tremblez, Tristan. Je n'aime pas à vous voir ainsi.

- — En vérité, vous exagérez ; il y a cependant une certaine émotion irrépressible devant un exemplaire aussi parfait d'humanité. C'est un miroir dans lequel on prend goût à se mirer. Carol luimême ne semble pas dégoûté... Le silence est si grand, que la communion des deux sexes s'est opérée. C'est l'adhésion unanime, sans une faille, à la beauté du corps humain.

Le bar est secoué d'acclamations et de cris ; Q se fait une mêlée confuse des assistants, et quand la Pérista, à son tour, exhibe ses belles jambes, le bar roule sur lui-même. Le Champagne coule, et les corps s'étreignent presque. Il est deux heures et demie du matin. Les derniers fêtards font leur entrée. L'orchestre attaque une rumba et la danse

reprend de plus belle, et jusqu'à quatre heures, on ne cessera pas de se marcher sur les pieds avec une joie folle. Mais tout le monde est ivre. Quelques incidents : des femmes se disputent ; on habille en roi Louis Marathon qui, sous un chêne improvisé, institue une cour de justice. Les différends sont réglés selon la loi, mais une loi d'amour qui remplit d'aise les délinquants.

Du plafond tombe une pluie de safran et de roses ; c'est la valse des confetti. Petites heures du matin petites heures de l'abrutissement, de la lassitude extrême, des volitions à demi réalisées. Le flambeau ne brûle que d'une lumière hésitante.

Carol, ayant renversé son whisky, est assis sur le comptoir, jambes écartées, saoul, mais à demi lucide. Il a dressé sa badine sur ce troupeau somnolent, cuit de veilles, d'alcool et d'excitations, mûr pour le cabanon ou la prairie verte. Il s'engage dans un discours extravagant :

'( Je ne vais pas commencer par vous traiter de « maroufles, de déesses et dieux de la nuit et de « l'amour, comme je le fis dans un important dis- « cours à la Conque. Non, je ne vous saluerai pas. « Mais je te salue, matin qui s'étire dans le pos- « sible et je jette des larmes sur cette belle nuit « qui est en train de mourir. Mon cœur romanti- « que s'exalte ; j'en ouvre les écluses. N'en croyez « rien, naïfs éberlués, et vous, non plus, panthères

« assoiffées qui veulent toutes courir vers le fleuve « Amour... Pardon, ce n'est pas moi qui vous parle. « Je prends la voix de Tristan. Il est endormi pour « l'instant dans sa pensée ; il dort littéralement dans « son cœur. Ce n'est pas moi qui vous parle : c'est « lui ! Je n'ai point cette sensibilité. Je parle pour i( que dans votre sommeil de brute naisse à côté « de votre ivresse le regret ou le remords.

... « Pourquoi Tristan rit-il en ce moment ? Mais « vous ne le voyez pas : il rit à ses courses qu'il « fera demain, à son cœur malade, à son lit où il (f faudra qu'il se couche pour ne pas expirer, car « Xatacha ou Séraphine n'auront pas compris qu'il « les aimait. A six heures, je le tirerai par l'oreille, « je le prendrai sous mon bras et nous irons à l'église. « Son âme n'est-elle pas une église où chaque chose « est accueillie comme un objet de culte, où il prie « en songeant à vous, frêles et damnables créatures ? « (Tristan, je te flatte et tu n'en sais rien, car tu « dors). Mais, je vais vous servir maintenant ma « version pour qu'elle vous arrache au nirvana, à « la jouissance égarée de vos nerfs. Ouste, troupeau (( perdu, et lâché dans l'éden de feu et de fruits ! « Ouste, l'ange va vous caresser de sa flamboyante « épée. Gare à ces cœurs trop fondus ; ils ne s'éveil- « leront plus à la connaissance. Je serai cet ange, « et avec ma badine, je vais fouetter fortement « vos reins ; vos cuisses déjà s'émeuvent. Quand

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« elles seront meurtries, vous lancerez de véritable* « cris de mort. Finie, cette simulation pire que la « vérité totale. Entendez-vous mon fouet qui cla- « que dans cette atmosphère enfumée et misérable ? « Je suis le moraliste, en chair et en os, je suis le « vengeur céleste... (Une voix : Se taira-t-il ?)

« Je voudrais choisir un sujet qui vous plaise, et « il s'en présente mille. J'ai bien envie, afin que « votre oreille se redresse de reprendre la conférence « que je fis à la Coupole sur le bolchevisme. Le « cœur vous en dit-il ? Vous vous taisez, brutes « assouvies et lasses. Bien, je choisirai, sans votre « adhésion. C'est sur le chapitre des plaisirs russes « que mon éloquence va se porter. »

On entend des cris et des rires.

— Carol, je t'en prie, dit Natacha, châtie ta langue, mon Jésus, et ne lance plus de ces mots insanes, comme des cailloux que le gamin s'amuse à jeter dans une mare. Songe plutôt au lac nirvanien...

— Lac et mare, tes images clochent comme des mendiantes ivres. Tu divagues, ma parole.

— Que ce filou de nos cœurs soit conduit à la frontière ! Holà ! agents, nous en avons assez de ses quatre volontés, de l'abus qu'il en fait. Allons, plus vite que ça ! Ligotez-le : que ses pieds et ses mains soient enchaînés à moins qu'il ne consente

à se taire. Mettez du poivre sur sa langue afin qu*il s'étouffe et ne dérange plus le silence épais de nos rêves. Assez de cette lumière trop humainement folle qui les perce !

— Vous allez crever de littérature, Natacha. Voulez-vous fermer votre charmant bec rose ?

— J'aimerais mieux l'ouvrir pour qu'il y tombe une caille toute rôtie, Carol.

— Quoi, vous avez déjà faim, et il n'est que cinq heures du matin ? Ne savez- vous pas que l'on ne mange qu'à huit heures ? Messieurs dames, une femme a faim et vous ne lui donnez pas à manger !

Des voix : « Donne-lui toi-même à boire, léger m'as-tu-vu. Combien veux-tu pour te taire ? »

— Je ne veux rien et la nuit m'appartient. J'en ferai ce que bon me semble. Je parle, donc je vis, et vous, contradicteurs constipés, vous êtes déjà d'un autre monde. Votre parole s'échappe d'un souterrain sans issue. Vous croupissez déjà dans les entrailles de la terre et ce n'est plus qu'un semblant de vie qui vous agite. J'ai honte de votre petite mémoire et de la pauvreté de vos imaginations. Vous cuvez le néant. J'assiste à votre sépulture et j'enterre des sépulcres blanchis. A moi, garçon, de l'air ! Qu'on ouvre toutes les fenêtres. Le frais matin veut faire son entrée. Je l'entends qui gratte à la porte. Ne refusez pas la prière de

ce mendiant qui porte dans ses mains l'azur et la lumière. Et puis, il est bien eapable de ressusciter ce pâle troupeau de morts que je vois étendu à mes pieds. Je vais d'ailleurs lui aider. Je souffle Nur vous de mon haleine de géant. Vous en faut-il davantage pour dresser un bras dans le jour éclatant, pour vous frapper au visage et reprendre conscience ? Ai-je affaire vraiment à des Lazare qui ne se soucient pas plus de la résurrection que des bottes que je portais à quinze ans ? Tristan, dors-tu toujours ? Je crois que c'est l'heure de la prière et du sacrifice de la messe. Tu dis non, insatiable dormeur ! Je te menace de faire mes dévotions sans toi, et tu verras alors la tête que les saints te feront si tu ne décides pas à les aller prier à l'heure matinale. Tu ne les reconnaîtras plus.

... Pourquoi soupirez- vous ainsi, Mademoiselle ? Vu mal vous serait-il venu ? Le mal du siècle, insinué doucement comme un rôdeur nocturne, un mal qui enchante. Avez-vous soif maintenant ? Voulez-vous plutôt du poulet, du perdreau, du lièvre ou du gruyère ? Vous refusez tout. On ne peut vraiment rien pour votre plaisir. Moi qui donnerais ma vie pour vos beaux yeux ! Ah ! vous souriez : c'est bien quelque chose. Je retiens ce sourire comme une promesse, un aveu, une tentation pour l'avenir, un traité secret. N'allez pas me décevoir, car je serais eapable d'en mourir !... Moi, seul, bois en

ce moment. Ah ! le vin de la solitude ! Croyez, qu'il ne me fait pas peur et ne m'incite en aucune façon à la mélancolie. Il a des effets très précis dont je pourrais vous donner des preuves convaincantes. Ne faites pas l'incrédule, belle Natacha. Ecoutez plutôt cette voix qui vous appelle et vous désire. Quelle flèche dans mon cœur quand vous secouez négativement vos boucles blondes ! Vous êtes d'une cruauté bien russe.

... Les petits pains blancs se suivent et se ressemblent par leur couleur, leur toucher et leur goût. Ils ont leur logique interne et externe, mais mes incohérences, filles de la nuit, sont pareilles aux souffles de l'air. Elles s'évanouissent sans laisser de traces de leurs virevoltes... Vous êtes bien exigeante Natacha, de vouloir, dans ce monde artificiel où vous prenez quelque plaisir, que l'on garde les positions intellectuelles de Socrate ou de De>cartes. Etes-vous si logique vous-même ? Vous ne répondez pas et il faut que ce soit moi qui assume le privilège de penser pour vous. Je sais bien de quelle façon il faudrait punir tant de paresse de votre part, mais l'heure de mes ébats n'est pas encore sonnée. Je puis encore me promener en liberté dans le champ de mes méninges, jouer avec les mots, mettre des roses de papier dans votre ciievelure. Plaignez-vous, colombe jamais satisfaite ! Et puis si vous croyez arrêter la fin de la nuit selon votre

désir, vous serez surprise par l'archer du matin qui vous laucera au visage les flèches de son carquois... Elle n'a plus que quelques minutes à durer, cette nuit. Le matin doré et sournois l'investit avec une rapidité de vertige. Cette nuit va donc mourir comme les autres : elle était si belle ! Je roule mes mains dans son agonie pour qu'elles en gardent le parfum, la trace de sa lèvre mourante... Hâtezvous, soulevez la truite et pressez le citron d'or. (Métaphores, métaphores, que me voulez-vous ?). Je vois se dessiner sur le marbre du bar les ailes noires de l'hirondelle qui rôde à travers le petit jour, Ai-je la vue trop perçante, voyant ce que peu de gens savent voir ? Je ne veux pas jurer en vain. Cette belle nuit ! Elle reviendra, d'ailleurs, dans nos souvenirs comme une gondole vide, mais illuminée par tous les feux du regret.

Qui de nous, dans une heure, montrera la ride la plus profonde, celle du temps rongeur ? Saisissez vite vos miroirs, filles de la chair, effacez avec de la poudre la meurtrissure qui gagne. Nous, les mâles, nous compterons les coups dans le grand soleil de midi : nous n'avons pas vos ressources désespérées qui voilent l'outrage. Nous sommes nus devant la vie et la mort,

Xatacha

Votre petit alambic distille la préciosité à jets continus. Craignez que la source ne se tarisse.

Carol

Je la renouvelle à mon gré. Même comme Moïse, je fais surgir l'eau des rochers. Il suffit qu'avec ma baguette... Tristan remue. Il a l'air de vouloir dire quelque chose. Aurait-il feint de dormir ? Quoi, le boucaud et la morue fraîche seraient-ils en train de gâter son rêve...

Une Voix

Que dit-il ? Pour se donner l'air d'avoir un pied dans le réel, il s'excusait, il y a un instant, de verser dans le charabia. Le voilà à pieds joints, dans le lac. Qui comprend daigne lever le doigt...

Carol

Géomètre, fais silence ! Ne tente pas — pardon si je vous tutoie — de rompre le charme de mes ascensions par de secs appels à la réalité et par une ironie de tout repos. D'ailleurs en sommesnous si loin ? Beaucoup plus près que tu ne penses, du moins de cette réalité poussiéreuse qui gît dans des papiers jaunis. Garde ta langue, pisseur de logique, ou bien je la percerai avec la pointe de mon stylet.

Une Voix

Qu'on étrangle ce bavard, cet ivrogne hilare qui se saoule de mots après des whisky ingurgités. La camisole de force...

NOCTimNES 13»

Carol

Je vais te la passer moi-même et tu verras ce que •c'est que d'offenser l'ineffable, le divin troupeau •de mes cogitations.

... Mais je poursuis de peur de perdre mon inspiration si précieuse. Je disais, l'huile de baleine poursuit le boucaud parti à la dérive. Ce n'est pas le boucaud qui désire, mais la baleine elle-même sur les côtes de X.

Pauvre baleine, peut-être t'ennuies-tu dans les profondeurs océanes ? Mais rien n'est tout à fait perdu pour ton plaisir, car le boucaud s'est mis h ta poursuite. Cependant les boucauds de blanc de baleine qui sont en panne soupirent d'envie en songeant à l'audace du boucaud en liberté et sans blanc ■de baleine. Halte-là ! boucaud délirant, s'écrientils en chœur, tu accroches au passage la baleine A^aguante !

Une Voix

Avez-vous compris un peu, vous autres, qui l'ëcoutez, d'une façon si attentive ? Ce boucaud, •cette baleine... Pire que du grec !

Carol

Ne m'aviez-vous pas accusé de faire fi du réel ?... Je n'ai pas voulu davantage vous contrarier. Vous

êtes servis, n'est-ce pas ? S'il vous plaît, ne hurler pas tous ensemble. On se croirait, pour un peu, dans un piège à loups. Balancez plutôt vos pensées à la cime de votre âme. Goûtez ce vertige, hommes enfoncés dans la matière et l'histoire. Ce souci ne vous est jamais venu, je le crains, et il serait temps pour vous — si vous tenez à dater — d'inventer un nouveau mal du siècle. Cela me paraît être la cadette de vos aspirations. Quel mépris du siècle à venir ! Vraiment, vous me scandalisez. Je ne vous aurais pas cru si mous, si tapés... Je renonce à la parole...

Une Voix

Il y renonce après l'avoir prise.

Carol

J'ai aussi, en réserve, quelques autres qualités, dont je rends hommage au Pérou et qui vous sont inconnues.

...Sur Paris, le matin s'est dressé ; il étreint de ses bras vigoureux la ville coupable, qui n'est pas encore revenue de ses cauchemars et qui titube dans la rosée... Natacha s'est détachée du groupe, et sans parler, se précipite à l'extérieur, allant à un vague rendez-vous matinal...

On ouvre les portes du bar qui se vide de ses manchots, de ses culs-de-jatte, de ses habitués

ayant tous perdu momentanément quelque chose de leur identité véritable qui, par miracle, leur sera rendue au cours de la journée.

Carol et Tristan reviennent au quartier latin, bras dessus, bras dessous. Tristan est gai. Aurait-il dormi ? Il taquine Carol, et veut absolument aller voir Polyphème au Luxembourg.

— Pourquoi veux-tu aller voir Polyphème, quelle affection soudaine pour ce géant ?

— Quand ils sont de pierre, les géants ne m'effraient pas. Toi tu regarderas Acis et Galathée. Pourquoi me refuser ce plaisir ?

— En effet, mais tu vas manquer le rayon de soleil sur l'ange rebelle de la Chapelle Delacroix.

Ils atteignent bientôt la fontaine de Médicis en récitant les vers de Samain. Tristan, qui manque de solidité, se penche sur la fontaine et tombe à l'eau. Carol pousse des cris, appelle au secours, et avec les passants, il parvient à sauver son ami, tout couvert de lichens, de mousse, à demi-inanimé, et qui murmure : « Polyphème... Saint-Sulpice... la Chapelle des Saints-Anges...

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