‹ Noé dans son archeChapitre 10 sur 21 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

COMMENCEMENT DES TRIBULATIONS DE NOÉ

>ers le soir, Madame Noé et ses belles-filles prenaient beaucoup de plaisir à traire les vaches. Le lait, sous toutes les formes qu'on peut lui donner était la principale nourriture de la famille. On en distribuait aussi aux animaux faibles, délicats ou malades, sans compter le chat, la chienne Didine et divers petits favoris. Il y en avait chaque soir une quinzaine de grands seaux, dont on gardait la moitié pour le lendemain matin.

Or, un jour en se levant, Madame Noé constata avec stupéfaction que les seaux mis en réserve étaient vides !

Tout le lait était bu ! Les seaux ne fuyaient pas. Si gourmands que fussent le chat et Didine, ils ne pouvaient avoir bu à eux deux sept ou huit seaux de lait. On n'avait entendu aucun bruit la nuit. Il fallait que le ou les voleurs fut ou fussent bien habiles!

Noé fit une enquête qui n'amena aucune indication précise. Personne n'avait rien entendu. Tout le monde avait bien dormi. La nuit suivante,

la famille, soit l'un soit l'autre, se tint en éveil, prêtant l'oreille au moindre bruit. Il n'y eut pas le plus léger craquement, le plus faible son de pieds ou de pattes. C'était donc que le voleur n'était pas venu. Au lever du jour, on se rendit à la laiterie : les seaux avaient encore été vidés jusqu'à la dernière goutte! Pour cela, c'était trop fort! Malgré une enquête plus sérieuse, un examen serré des figures suspectes, la menace de faire un exemple terrible, impossible de rien savoir.

La troisième nuit, Noé se cacha dans un coin de la laiterie tout près de rétable-. Cette fois rien ne vint. Les seaux étaient intacts le lendemain. Il fut donc résolu que chacun à tour de rôle veillerait dans cet endroit. Mais voici que le lendemain soir, lorsqu'on voulut traire les vaches, elles n'avaient presque plus de lait! Décidément cela devenait fantastique et la famille était toute troublée de ces malheurs. Un autre veilleur fut installé dans rétable pour voir si les vaches n'étaient pas malades. Il suffît de sa présence pour que les pauvres bêtes, le jour suivant, eussent du bon lait comme de coutume, et la quantité habituelle.

Malgré la fatigue que cela causait, on prit le parti de continuer ces veillées, et rien d'anormal ne se passa plus, du moins en ce qui concernait la production et la consommation du lait. Seulement, dans l'arche, de tous côtés, on se plaignit de vols. Un animal quittait-il sa cabine à l'heure de la récréation, en rentrant il trouvait son auge vide. Faisait-il un bout de sieste, la nourriture qu'il avait laissée de côté pour la reprendre à son réveil s'était comme évaporée.

Qu'est-ce que tout cela voulait dire? Les singes soupçonnés et étroitement surveillés paraissaient eux-mêmes n'y rien comprendre. Un jour on les mit tous aux fers. Les vols eurent lieu cependant!

Si Noé avait su, comme nous, que l'arche abritait un grand nombre de serpents, et s'il avait songé, au milieu de toutes ses préoccupations, que ce vilain animal raffole de lait, au point d'aller lui-même téter les vaches, le mystère aurait été vite éclairci et la demeure purgée de ces affreux hôtes.

COMMENCEMENT DES TRIBULATIONS DE NOE

Toutefois, il faillit être renseigné et il s'en fallut de peu que le châtiment et la délivrance suivissent presque aussitôt les méfaits, le serpent ayant oublié sa prudence habituelle.

Noé et les siens, surmenés de fatigue par les veillées de ces derniers jours, étaient plongés dans les douceurs de la sieste lorsqu'ils furent soudain réveillés par des cris d'alarme qui partaient du centre de l'arche. Ils reconnurent vite la voix d'un de leurs oiseaux préférés, un rossignol dont le chant les charmait et les aidait à supporter les fatigues du voyage.

En même temps tous les oiseaux, effrayés par une cause inconnue, poussaient des cris semblables. Noé et ses fils furent si tôt debout et descendus, que la cause de cette panique n'eut pas le temps de disparaître. Voici l'affreux spectacle qu'ils virent. Leur rossignol favori était, à demi sorti du nid qu'il s'était arrangé entre les plantes, et battant des ailes, criant encore, mais plus faiblement déjà, il allait se laisser tomber, fasciné, clans la gueule d'un énorme serpent qui s'était enlacé à montant de la galerie. Le hideux animal était cette fois si acharné à sa poursuite qu'il n'av pas entendu les pas et les clameurs des arrivants, pas plus que les déchirantes lamentations de sa victime elle-même. Aussi Noé eut-il vite fait, brandissant une hachette dont il s'était armé à tout hasard, de couper en quatre tronçons qui se mirent à frétiller avec une violence terrible, ce chasseur de rossignols, puis chacun des quatre tronçons en quatre autres, ce qui rendait très problématique pour le serpent la possibilité d'effrayer d'autres oiseaux.

■ — Ma foi, tant pis, dit-il, il n'y aura plus clc serpents sur la terre après le Déluge. Ce ne sera pas une grande perle.

Pauvre Noé! S'il avait su pourquoi tous les autres oiseaux étaient épouvantés ! S'il était arrivé assez promptement pour voir glisser et disparaître les autres serpents, qui allèrent aussitôt se dissimuler dans les plus sombres et les plus profonds recoins du bâtiment, en attendant de venger leur chef, ou du moins d'essayer de le venger! Mais il faut penser que la destinée de Noé n'était pas d'accomplir aussi facilement sa mission.

Cela se passait le vingtième jour du Déluge, et le voyage était si pénible, si accablant, que bêtes et gens avaient perdu, pour ainsi dire, la notion du temps. Il leur semblait qu'ils flottaient non pas depuis .vingt jours, mais depuis vingt mois, depuis vingt ans. Jusque-là, les pluies étaient tombées lentement, régulièrement, de telle façon que l'on en était comme accablé d'ennui et de manque d'espérance. Mais voilà que ce vingtième jour, tout changea, pour devenir encore plus attristant.

Cène fut plus une lourde et monotone pluie, mais de fréquentes rafales. Le vent se mit à souffler avec une telle violence que de grandes vagues s'élevèrent et que l'arche semblait tantôt monter jusqu'au ciel d'un saut, tantôt redescendre jusque sur la terre d'un plongeon. Les plus fâcheux désordres avaient lieu dans l'arrangement de la pauvre arche, toute bouleversée. Les animaux avaient un tel effroi que tantôt ils poussaient des clameurs plus aiguës que celles de la bourrasque elle-même, tantôt demeuraient tellement tremblants et silencieux, que l'on aurait pu croire que Je bâtiment ne contenait plus un être vivant.

Heureusement cela ne dura que quatre joins et quatre nuits, mais l'on peut dire que c'était déjà pas mal. Pendant ce temps Noé et ses fils montrèrent vraiment un merveilleux courage. Sem ne songea plus à faire des calculs d'économe, Japhetà prononcer d(^ discours, et Cham à faire des caricatures ou à dormir. Ils ne dormirent guère ni les uns ni les autres. Ils eurent assez à faire de continuer à distribuer les vivres sans être préci-

COMMENCEMENT DES TRIBULATIONS DE NOÉ

pités du haut en bas et lancés du bas en haut, à encourager les affolés et à surveiller les suspects. II est vrai que ces violents incidents de la température ayant eu pour effet d'épouvanter les conspirateurs eux-mêmes ou de leur donner le mal de mer, l'arche, malgré tout ce beau tohu bohu, fut relativement tranquille. C'étaient les singes qu'il fallait voir pendant ce temps-là! S'ils avaient volé des vivres les jours précédents, ce dont ils étaient bien capables, ils les rendaient à la mer avec énergie, par leur lucarne, au dehors de laquelle ils se penchaient à chaque instant, mais non pas pour admirer les grandioses beautés de la tempête. Ah ! qu'ils étaient laids ainsi! On aurait ri de les voir si on avait eu le temps de rire. Quant aux serpents, ils se tinrent tranquilles, et il faut supposer qu'ils firent même de grands efforts pour n'être pas secoués hors de leurs cachettes. Ils étaient avertis par l'exécution de leur chef et ils pensaient, non sans raison, que Noé, malgré le roulis et le tangage, aurait eu le coup

d'oeil assez juste et le bras

assez vigoureux pour faire

encore autant de fois seize

fronçons qu'ils étaient de

bandits.

Le jour où les éléments SÈjfc/£o

de nouveau s'apaisèrent, c'est- §5^

à-dire le vingt-cinquième

jour, le temps redevint

beau,... c'est-à-dire qu'il se

contenta de pleuvoir à torrents, mais cette fois sans

brise et sans vagues.

Cela *fut excellent; pour

rendre un peu de repos aux animaux, et aussi un peu

9 o NOÉ DANS SON ARCHE.

de forces... ce qui devait leur permettre de causer à Noé des tracas et des difficultés auprès desquels ceux qu'il avait éprouvés jusqu'alors n'étaient que de simples amusettes.

Les perfides conseils des singes avaient sans cloute germé clans l'esprit de certains de ceux qui les avaient d'abord accueillis avec indifférence, avec mépris, ou avec colère. Puis, probablement aussi, malgré le mal de mer, malgré le souci de se cacher, les serpents avaient dû siffler à l'oreille de beaucoup de voyageurs quantité de mauvaises idées. Enfin, peut-être, tout simplement, étaient-ils fatigués d'être gentils.

Ce qui est certain, c'est que le vingt-sixième matin, après le repos relatif que nous venons de voir, l'arche se réveilla de fort méchante humeur. Ce n'était pas une révolte ouverte. Les animaux avaient encore beaucoup trop le respect ou la crainte de Noé, et ils avaient pour le moment conservé assez de bon sens pour comprendre qu'au milieu des menaces des éléments l'obéissance demeurait leur meilleure sauvegarde. Mais peu à peu, au bout d'un certain temps, leurs véritables caractères reprenaient le dessus. Les petits défauts reparaissaient, et même les gros. Lorsque vous ferez, plus tard, de grands voyages, vous verrez qu'il en est de même clans les chemins cle fer ou sur les paquebots que dans l'arche, et que les gens se comportent comme le firent, il y a si longtemps, les animaux. Au commencement on est très plein cle politesse, et l'on se surveille. Vers la fin du trajet, beaucoup de voyageurs deviennent tout à fait insupportables. Lorsque l'on distribua les déjeuners ce matin-là, il y eut, dans beaucoup de niches, des grognements étouffés, des mouvements d'impatience, ou, de la part de ceux qui étaient ordinairement joyeux et agréables, une espèce de silence et cle tristesse encore plus inquiétante.

Noé, qui en fut avisé immédiatement, ordonna h Japhet de prononcer, du haut cle la principale galerie, un petit discours pour engager les animaux à lui envoyer clans l'après-midi, une ambassade chargée d'expliquer

COMMENCEMENT DES TRIBULATIONS DE NOE

les causes du mécontentement et de faire les réclamations qu'ils jugeraient à propos.

— Mon père, conclut Japhel, pourrait se contenter de vous enfermer à double tour dans vos cabines et, en attendant la fin du Déluge, envoyer les perturbateurs rejoindre les tronçons du serpent. Mais il veut vous prouver qu'il vous considère comme des êtres raisonnables, et lui-même est prêt à faire tout ce que vous lui demanderez de juste et de possible. En attendant concertez-vous à votre aise. Seulement pas de tapage ; sans cela, pas d'ambassade.

Dans l'après-midi, les ambassadeurs furent introduits auprès de Noé.

Ils étaient au nombre de six : le tigre, le renard, le chien, un singe, le mouton, et le dindon.

— Comment se fait-il, demanda Noé tout d'abord, que le lion, l'éléphant, le cheval, le bœuf, ne fassent pas partie de votre groupe? Ce sont cependant des personnages considérables et très qualifiés pour porter la parole au nom de l'arche.

— Ils ont craint de vous mécontenter et de s'exprimer d'une façon un peu trop vive, se hâta de dire le singe.

— Mais pas du tout, répliqua immédiatement le bouledogue. Je suis justement chargé par eux de dire qu'ils ne sont pas mécontents; seulement

qu'ils sont un peu fatigués, mais qu'ils continueront à donner l'exemple de la confiance envers notre bon père et notre bon maître.

— Peut-être, l'honorable orateur n'a-t-il pas bien compris la pensée cle ces messieurs, insinua le renard, son intelligence n'étant pas tout à fait à la hauteur de sa bonne volonté. Pour moi, je suis certain d'avoir entendu certains de ces seigneurs soupirer, encore ce matin, et dire : « Quand cela finira-t-il? »

— Oui, ils ont dit cela, reprit le chien. Nous le disons tous. Mais cela ne prouve rien.

— Vous le voyez, messieurs, dit le renard en enflant la voix. Vous voyez le danger de confier vos intérêts à des personnes aussi dociles, pour ne pas les qualifier autrement. Quant à nous, nous demandons formellement à notre maître, puisque nous devons lui donner ce titre, nous demandons exactement la même chose que ceux qu'il a appelés des personnages considérables : « Quand cela finira-t-il? »

— Je vous l'ai déjà dit naguère, répondit Noé, une quarantaine de jours.

- Ah! ah! une quarantaine?... Vraiment? Serait-ce trente-neuf par hasard?

— Peut-être trente-neuf.

— Ou peut-être quarante et un?

— Peut-être quarante et un, répondit encore Noé, que tout cela, au fond amusait, mais qui gardait un grand sérieux.

— Je prends acte de ces réponses, dit le renard, pour les transmettre à qui cle droit, sous toutes réserves; et ce sera justice.

— Dis donc, il parle tout de même joliment bien, murmura le dindon au chien.

— Oui, dit l'autre sur le même ton; mais cela ne prouve rien.

— Vous voilà clone fixés autant que je le suis moi-même, reprit Noé. Maintenant que désirez- vous encore?

LES \MC.\ss\|ii;ri;s.

COMMENCEMENT DES TRIBULATIONS DE NOE. 97

— On nous manque d'égards, gloussa le dindon.

— Et comment cela, mon ami?

— Voilà vingt-six jours que nous naviguons, et on n'a pas encore parlé de décorer ceux qui se sont bien conduits, ou qui ont des titres. Nous ne savons même pas s'il y aura une promotion.

— Ma foi, je t'avouerai que je n'y ai pas encore songé. Mais je vais y penser.

— Toujours des promesses, vous voyez, souffla le singe au dindon.

— Oui, mais cette fois j'en ai assez.

— Et c'est tout? reprit une dernière fois Noé.

— Nous avons appris, dit le tigre, qu'il y avait eu l'autre jour, une occasion de manger de la viande fraîche, et que vous aviez formellement défendu à Monsieur Sem de nous en donner.

— C'est vrai. Et qui vous a dit cela? Répondez franchement. Vous ne savez pas mentir, d'ailleurs.

— C'est le singe.

— Et vous a-t-il dit quelle était cette viande?

— Non.

— Eh bien c'était de la viande de singe. Si vous en voulez encore, en voici un.

Le singe bondit à l'autre extrémité de la salle, mais Noé le rassura.

— J'ai voulu vous donner simplement une leçon, Monsieur. Mais soyez tranquille. 11 y a des provisions en quantité suffisante, et le tigre comprendra qu'il faut que tous les êtres entrés vivants dans l'arche en sortent vivants, sauf pour les cas d'accident comme le singe de l'autre jour, ou de crime, comme pour le serpent. Sans cela, pourquoi le tigre ne courrait-il pas lui-même le risque d'être mangé? Je vous protège donc tous les uns contre les autres!

— Mais...

Ce « mais » très doux était bêlé par le mouton, que tous, même le singe et le renard, regardèrent avec surprise.

— Eh quoi donc, mon garçon?

— La nourriture est bonne, c'est certain, mais elle n'est pas assez variée. Pourquoi ne me donne-t-on pas du bœuf salé aussi, et tous les

jours?

— 11 est stupide, dit le singe au renard, tout bas.

— Ça ne fait rien, dit le renard également à voix basse, nous tirerons parti de cela bientôt.

— Eh bien, mouton, mon ami, tu auras du bœuf salé. Mais tu le mangeras devant moi, et si tu ne l'avales pas, tu seras puni. Là dessus, messieurs les ambassadeurs, vous pouvez retourner chez vous et dire à vos camarades que je prends toutes leurs demandes en considération, quoiqu'elles soient un peu vagues. Vous vouliez savoir quand finira le Déluge. Vous le savez maintenant. Vous vous ennuyez; je ne m'amuse pas non plus. Certains d'entre vous veulent s'entre-dévorer. Je suis désolé, mais cela n'aura lieu que sur la terre, plus tard, quand vous serez redevenus assez nombreux. Le dindon veut être décoré. Il le sera. Il l'est déjà. Voyez sa belle crête et son beau tour de cou. Mais puisque cela ne lui suffit pas, je lui promets que plus tard, après le Déluge, il sera décoré de l'ordre de la truffe.

« Mais écoutez bien maintenant ceci. Je vous demande, à mon tour, un peu de patience. Nous en avons tous besoin ici, car on peut facilement, je le comprends, perdre courage pendant un voyage aussi long et aussi fatigant. Il ne tient qu'à vous que tout se passe bien jusqu'à la fin, et que pendant la seconde moitié de notre navigation, nos rapports demeurent aussi bons que les premiers jours. C'est dans votre intérêt que je vous dis cela, et je désire ne pas vous le répéter. Un peu de patience, mes bons amis, je vous en prie. Et pour vous prouver combien je tiens à vous être agréable, je vous annonce une surprise. Si le trentième jour,

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c'est-à-dire d'ici quatre jours, vous avez continué à être tranquilles, vous aurez une grande fête, une fête où vous vous amuserez beaucoup', j'espère. Comme cela, vous ne pourrez pas dire que vous vous serez toujours ennuyés dans l'arche. Bonsoir, mes amis, et au revoir, dans quatre jours. »

Les animaux se retirèrent en silence, et ils se rendirent auprès des autres pour commenter diversement les réponses de Noé. Naturellement, le singe et le renard en tirèrent le parti le plus perfide qu'ils purent : toutefois ils étaient eux-mêmes assez piqués de curiosité au sujet de la fête promise, pour engager leurs partisans à n'entrer en révolte ouverte qu'après cette cérémonie.

Quant à Noé, il était resté tout pensif, car il voyait bien que la fin du voyage serait difficile, puisqu'il en était réduit à discuter avec les animaux et à leur faire des promesses. En un mot, il faut bien l'avouer, à ce moment, son courage l'abandonna un peu, il eut, pour la première fois, en poussant un gros soupir, la conscience qu'il avait été chargé d'une mission bien difficile.

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