LA FETE
GRANDE FÊTE ET CALME TROMPEUR
naires. Us terminèrent en faisant des imitations burlesques des jolies danses de mesdames Cham, Japhet et Sem, que celles-ci trouvèrent du plus mauvais goût, mais qui amusèrent tout le reste de l'assistance. Il fallait toujours que ces méchants animaux fussent désagréables à quelqu'un. Quoi qu'il en soit, ces exercices bouffons contribuèrent, et ils le savaient bien, à leur donner encore plus de popularité parmi les animaux. Il suffisait, dans ce tempslà, de faire quelques grimaces pour obtenir la faveur de la foule. A présent c'est bien changé. Les grimaces ne suffisent plus, il faut encore des discours.
Enfin, on dansa jusqu'au matin; je ne vous décrirai pas ce bal, qui
ressemble un peu à tous les bals qui ont eu lieu depuis. Mais tout le monde fut bien surpris quand le chant du coq annonça, au lieu du réveil ordinaire, qu'il était temps d'aller se reposer.
On feignit de ne pas remarquer que le kangouroo, le cormoran et le pélican emportaient du dessert clans leurs poches. Au contraire, ce fut un des souvenirs les plus gais de Noé.
Tout se passa donc admirablement en cette mémorable journée, et on put croire que décidément le Déluge finirait au milieu de la plus parfaite harmonie. Les mauvais pressentiments étaient bien loin. C'est tout au plus si l'on s'aperçut, en allant se coucher au petit jour,
NOÉ DANS SOxN ARCHE.
que le ciel s'était assombri de nouveau et que le temps se remettait à l'orage.
Il y avait encore autre chose que l'on n'avait pas vu pendant la fête nocturne, quelque chose de beaucoup plus inquiétant... Les serpents, qui n'étaient ni surveillés, ni même soupçonnés, à ce moment, d'aucun des hôtes de l'arche, pas même de leurs complices des jours précédents, avaient passé la tête aux sabords, et, par de légers sifflements, ils avaient appelé je ne sais qui, avec qui ils s'étaient longuement entretenus de je ne sais quoi.
C'est cela qui était grave, très grave !