‹ Noé dans son archeChapitre 13 sur 21 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

e lendemain de la fête, les animaux furent paresseux. Le surlendemain, ils furent de mauvaise humeur.

Voilà, en vérité, un beau résultat, et c'est bien la peine de s'être donné tant de mal pour leur plaire !

On comprend encore qu'ils aient eu de la peine à se lever dans la journée qui suivit toutes ces cérémonies telles que jamais les animaux n'en ont revu. Mais se montrer mécontents et grincheux du plaisir même qu'ils avaient pris, cela ne peut s'expliquer que par une méchante influence. Supposez par exemple, que le renard, les singes et trois ou quatres chenapans que nous ne connaissons que trop, aillent de niche en niche, et exploitent les indigestions de celui-ci, les regrets de celui-là, l'impatience de cet autre,

et vous verrez tout de suite que le revers d'une belle fête pouvait être

une triste chose.

Le renard se faufile clans la chambre des naïfs :

— Voyez- vous, dit-il, ce qui arrive? Le Déluge recommence. Tout à l'heure il y a eu un grand coup de tonnerre presque semblable à celui du jour de l'embarquement. Noé s'est donc moqué de vous en vous faisant croire que nous serions à terre d'ici une dizaine de jours. Vous avez constaté que d'un orage à l'autre il se passe trente journées. Cela nous fait encore plus d'un mois à languir ici.

Les imbéciles se grattent la tête et disent qu'il pourrait y avoir du vrai dans ce raisonnement.

Les singes ne sont pas moins actifs à répandre la mauvaise parole.

— Vous comprenez bien que tous ces paysages qui vous ont fait plaisir un instant, c'était pour se moquer de vous et pour gagner du temps. Si jamais vous étiez assez simples pour y croire, tous les huit jours on vous montrerait ainsi la terre en peinture, et cela durerait jusqu'à ce que Noé peut-être, vous ait tous jetés à l'eau, comme ce pauvre serpent, qui en somme ne faisait aucun mal. Qui sait même s'il ne veut pas vous faire mourir d'une façon ou d'une autre ?

— C'est vrai, répondaient certains lâches. Il nous a fait trop manger l'autre jour. Il voulait nous faire crever d'indigestion. Heureusement, nous avons un bon estomac.

— Mais c'est évident que tel était son dessein! Voyez, le pauvre mouton, si doux, si bon! On l'a forcé à manger de cet horrible bœuf salé. Eh bien, malgré sa douceur, malgré son caractère si paisible, il a déclaré que ce bœuf était un mets détestable... Qui sait?... Moi, j'ai dans l'idée qu'on a voulu l'empoisonner...

— Est-ce que par hasard on voudrait assassiner nos frères?

— Mais cela ne vous saute donc pas aux yeux? Ah! vous êtes encore de bonnes gens!

— Nous! Vous dites que nous sommes bons! Eh bien! vous verrez

cela, si nous sommes bons, pour peu que Ton nous pousse à bout. Ah ! mais!...

Pour les imbéciles et les poltrons, on voit que la tâche n'était pas difficile. Pour les sanguinaires, les agitateurs eurent encore moins de peine. Certains animaux d'humeur sombre, tels que le loup, le tigre, le vautour, etc., qui avaient d'abord refusé d'entrer dans une conspiration, furent enchantés d'être sollicités une seconde fois. Ils n'attendaient que cela pour donner carrière à tous leurs instincts de carnage.

— On veut s'égorger un brin? dit le loup. Ça va! Marchons, tout de suite !

- Oh! oh! un peu de prudence! firent les meneurs. Attendons que tous nous soyons d'accord.

— Si nous sommes d'accord, on ne fera rien.

— Donnez-nous seulement deux jours.

— Bon, deux jours, ça va! Seulement si on attend plus longtemps, je tombe sur n'importe qui.

Les égoïstes, comme le chat, le cochon lui-même, l'ours, et tous ceux que vous devinez disaient :

— Nous vous regarderons faire. Si le succès se dessine en votre faveur, vous n'aurez pas de meilleurs partisans que nous. Commencez, nous vous suivrons, dès que vous aurez pris la place d'assaut.

L'hyène et le chacal faisaient de leur côté de nombreux prosélytes. Ils vantaient à leurs voisins les vertus du renard et des singes.

— Le renard est un animal si intelligent! Il parle si bien! Il connaît foutes les finesses. Avec lui, vous gagnerez tous vos procès. Il vous enseignera le moyen d'être parfaitement heureux. Et puis, il sait même diriger un vaisseau comme celui que nous habitons. Il a passé des examens pour cela. Avant huit jours il vous mènera aux rivages dont ce scélérat de Noé nous éloigne de plus en plus.

« Quant aux singes, vous avez vu, comme ils sont gais, comme ils sont

amusants! Et puis, ils sont vraiment des animaux comme nous. Noé et ses parents, c'est des bêtes d'une autre race. Ils se sont arrangés de façon à nous supprimer. Ils nous mesurent les rations. Ils nous empêchent de manger ce que nous aimons le mieux, de ces poulesvivantes, de ces vaches grasses qui ne servent à rien, qu'à engraisser nos maîtres. Au contraire, les singes, s'ils deviennent nos maîtres à leur tour,, ou plutôt nos amis en chef, nous permettront de faire tout ce qu'il nous plaira. Us nous l'ont promis. Si vous voulez, ils viendront vous le répéter dans vos cabines.

— Vraiment? disaient les bêtes ainsi chapitrées. Vraiment ! ils nous feraient l'honneur de nous rendre visite et cle nous expliquer tout cela? Des singes si intelligents, si amusants, et qui nous ont tant fait rire!

— Ah! ils en feront encore bien d'autres, si vous les soutenez un petit peu. Ce n'est pas Noé qui vous amuserait de la sorte.

— C'est comme ses filles! Elles ne nous parlent jamais. Elles ont du mépris pour les pauvres animaux.

— Eh bien, si elles ne vous parlent pas, vous leur parlerez, vous!

A force de répéter un peu partout ces belles conversations, les conspirateurs finirent par mettre l'arche du haut en bas dans un état d'agitation si grande que presque tous les pensionnaires étaient devenus aussi exaspérés contre Noé qu'ils lui avaient été reconnaissants. Us ne savaient pas beaucoup plus l'un que l'autre pourquoi, mais ils étaient très mécontents.

Le petit groupe de ceux qui étaient demeurés fidèles malgré tout était tenu à l'écart de cette conjuration. L'on savait bien que l'on ne pourrait jamais compter sur l'adhésion du lion, de l'éléphant, du cheval, du chien, du chameau, de l'âne et de quelques autres, plus ou moins forts, plus ou moins redoutables. Chose assez curieuse, le rhinocéros, dont on ne connaissait pas encore les dispositions lors de la première tentative de complot, repoussa avec colère la démarche du renard.

— Je viens, avait dit celui-ci, au sujet d'un petit projet que nous avons, vous faire quelques ouvertures...

— Des ouvertures! avait répondu le rhinocéros, ne comprenant pas

tout d'abord, et bourru de son naturel. Des ouvertures! Essayez donc! Vous ne savez donc pas

que rien ne peut entamer ma peau?

— Mais non, ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Nous avons pense que vous étiez aussi mécontent que nous de ces tyrans de Noé et de ses...

— Qu'est-ce que vous dites? Des tyrans! Madame Noé est une femme charmante! Entendez-vous! J'ai eu l'honneur d'être placé près d'elle à table et je n'oublierai jamais cela. Si vous avez le malheur de me dire du mal d'elle ou de lui causer le moindre tracas, c'est à moi que vous aurez affaire!

Le rhinocéros fut donc, comme les autres amis de Noé, l'objet d'une profonde défiance, et on prit toutes les précautions pour leur laisser ignorer les détails et la date cle la révolte. Ils purent donc supposer que l'on y avait renoncé, soit par reconnaissance, soit par crainte. Sans cela, ils n'auraient pas tardé à tout dévoiler, ou à prendre l'offensive contre les rebelles avant le commencement des opérations.

Noé, de son côté, s'était bien aperçu de l'agitation sourde qui régnait. Mais, comme on se taisait en sa présence, ou quand passait quelqu'un de sa famille, et que d'autre part, il lui répugnait d'employer des espions, il supposa jusqu'au dernier moment que ce mouvement inusité était un peu la suite de l'excitation provenant des fêtes.

La conspiration était très bien concertée. La révolte devait éclater le

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trente-sixième jour, à l'aube. Le mot d'ordre et le cri de guerre auquel tous devaient commencer les désordres était : « Crotale et macaque! » On devait se précipiter tous ensemble vers la cabane, surprendre Noé et ses enfants pendant leur sommeil, et les jeter aussitôt à l'eau. En même temps, on plaçait des sentinelles à la porte des partisans de l'ordre et on les gardait à vue.

Entre nous, cette seconde partie du plan était un peu puérile, car trouvez donc dans toute la création des animaux assez forts pour garder la porte du lion, du rhinocéros et de l'éléphant, par exemple, et surtout de l'éléphant d'alors qui était le terrible et colossal mammouth ! Mais si on regardait à cela, on ne conspirerait jamais, ou bien s'il n'y avait pas de ces obstacles, toutes les conspirations réussiraient.

La nuit fatale, qui était doncla sixième après celle du bal, le temps était très orageux, et Noé avait grand'peine à dormir. Enfin, après avoir vainement essayé de fermer les yeux, il prit le parti de se lever et de marcher un peu pour se calmer les nerfs.

Tout d'abord il lit plusieurs fois le tour du chemin de ronde. Il faisait très mauvais temps : il n'y avait donc rien de nouveau.

Cependant les eaux, surtout dans le voisinage de l'arche lui parurent plus agitées que de coutume sans qu'il pût se rendre compte, dans la nuit, de ce qui se passait.

Un peu apaisé par ce petit exercice, il lui prit fantaisie, avant d'aller se recoucher, de descendre un instant chez les animaux ou tout au moins de faire le tour de la première galerie intérieure. 11 s'en fallait alors d'une bonne demi-heure avant le lever du jour. Tout était tranquille. Probablement, la plupart des conjurés dormaient encore; et ceux qui ne dormaient pas avaient eu la prudence de se taire en entendant des pas. Les oiseaux, qui avaient été presque tous tenus en dehors des complots, comme ne pouvant pas servir à grand'chose, reposaient bien paisiblement sur leurs perchoirs ou parmi les feuillages des galeries.

Mais, en passant près de la partie de la balustrade sur laquelle perchait le perroquet, Noé entendit ce volatile déclamer d'un ton de colère quelque chose qu'il ne comprit pas d'abord. Il prêta plus attentivement l'oreille à ce que disait l'oiseau parleur et rêveur.

- Crotale et macaque! murmurait le perroquet tout en dormant.

— Crotale et macaque! Qu'est-ce que cela veut dire?

Le perroquet répéta sur un ton encore plus animé, mais sans pour cela se réveiller :

— Crotale et macaque! En avant! A bas les tyrans! A bas Noé! Crotale et macaque!

— Tiens! tiens! C'est assez bizarre cela. En tous les cas, voilà un bon avertissement.

Et Noé remonta rapidement dans sa demeure.

H eut le temps de réveiller ses trois iils, et de mettre sa femme et ses trois bellesfilles dans la pièce la plus retirée et la mieux

close.

Il expliqua rapidement à ses fils ce qu'il avait entendu, et tous les quatre, s'armant de haches et de solides gourdins, s'apprêtèrent à descendre chez les animaux, afin de les enfermer à triple tour, et de mettre si cela était nécessaire, quelques mauvaises têtes à la raison.

Mais il était déjà trop tard.

Un tumulte effroyable s'élevait au moment même où apparaissait la première lueur du jour, et les animaux commençaient à se ruer en désordre vers la maison du patriarche aux fameux cris de : ce Crotale et macaque! »

Ceux qui marchaient en iête de la bande étaient justement un gros serpent à sonnette et un macaque de forte taille.

— Comment! mais c'est trop fort! s'exclama Noé. Encore un serpent!

D'où sort celui-là?

Et, en môme temps, sans attendre la réponse, il le tranchait en deux d'un superbe coup de hache et les deux morceaux en deux autres, ce oui était décidément le

compte. Quant au macaque il recevait, à la même minute, une si vigoureuse application de gourdin qu'il demeurait sur le plancher sans avoir désormais raison de crier ni de faire crier pour lui quoi que ce fût. Cet accueil imprévu avait déconcerté les révoltés et ils ne savaient plus que faire sur le moment. Aucun n'osait plus marcher en avant; et pas un non plus n'était encore disposé à battre en retraite. Le renard poussait sournoisement les derniers rangs à talonner ceux qui les précédaient. Mais enfin chacun demeurait sur ses positions lorsqu'une voix gémissante beaucoup plus que belliqueuse lança de nouveau le cri de guerre. Noé regarda, et, malgré les circonstances tragiques ne put se retenir de rire. C'était le mouton, qui semblait d'ailleurs tout honteux de son bel exploit. - Petit imbécile! lui dit Noé. Je vais t'en donner, des crotales et des macaques! Viens-t'en bien vite derrière nous, parce que tu dois être conservé pour que les hommes aient, dans l'avenir, des gigots et des côtelettes. Si tu restais longtemps parmi ces insurgés, j'aperçois le loup qui aurait vite fait de dévorer un si beau complice.

Le mouton obéit tout piteusement, et en versant d'abondantes larmes. Il demandait pardon à Noé qui ne l'écoutait déjà plus, car le loup s'était avancé, tout hérissé de fureur.

— De quel droit empêches-tu ce brave mouton de réclamer, comme nous, la liberté? Mais tu sais, il est temps que ça finisse! Nous n'avons plus peur de toi. Nous ne voulons plus de toi!

Noé marcha droit au loup, et le prit si brusquement par la peau du cou que celui-ci, tout stupéfait de l'attaque, se laissa faire comme un petit roquet. Puis le patriarche se mit à parler à la foule grondante des animaux, tout en secouant de temps en temps son prisonnier qui écumait de rage.

— Vous ne voulez plus de moi! Vous avez assez de moi! Est-ce que vous croyez que c'est pour mon plaisir que je navigue ici avec vous depuis trente-six jours? Est-ce que vous croyez que c'est amusant de vous avoir rassemblés, logés, nourris, d'avoir pris tous ces soins pour que pas un de vous ne soit malade et de m 'être mis, par dessus le marché, la cervelle à la torture pour vous amuser comme des enfants? Alors, vous pensez que je n'aimerais pas mieux, comme avant, rester bien tranquille à labourer mes champs, à faire paître mes troupeaux et à m'occuper de ma famille? Et voilà cet animal qui réclame sa liberté, et vous aussi, tas de nigauds! La liberté! Qu'est-ce qui vous a fourré cette belle idéelà dans la tête? C'est sans doute ce lâche renard, qui se cache là-bas? derrière vous tous. Ce qu'il lui faut, à lui, c'est la liberté de croquer toutes les poules et de vous laisser les plumes, ces pauvres poules dont les œufs ont nourri plusieurs d'entre vous. Mais la liberté, est-ce que je l'ai, moi? Est-ce que je peux vous la donner avant le temps? J'aurais bien envie de donner la liberté à ce loup en l'envoyant se promener par dessus bord. Eh bien je ne le ferai pas, parce que j'ai la mission de vous conserver tous, malgré vous-mêmes. Vous n'avez pas même la liberté de mourir. Il n'y a que ces deux serpents et ces deux singes qui sont morts depuis

le commencement du voyage, mais c'était un débarras nécessaire... Vous allez donc me faire le plaisir de rentrer dans vos cabines tout de suite, comme de bons animaux que vous êtes au fond, et de n'en plus sortir jusqu'à ce que je vous le permette. Allons! houste! que clans trois minutes, je ne voie plus personne!

Mais, à sa grande surprise, Noé vit aussitôt que cet ordre ne produisait nullement l'effet qu'il attendait. Son discours avait été fréquemment interrompu de grognements, de mugissements et de rugissements de colère. Quand il fut fini, ce fut une véritable explosion. Les singes de-

venus furieux par l'exécution du macaque et perdant toute prudence, s'élançaient, entraînant l'armée, qui commença d'entourer Noé et ses fils de la plus menaçante façon, malgré les coups de trique et çà et là quelques pattes et queues tranchées par les hacbettes.

— Ils sont devenus enragés. C'est fait de nous, dit Noé perdant alors toute espérance.

A ce moment, il se fil, sur les derrières de cette troupe furieuse, un mouvement extrêmement violent, qui arrêta net la mêlée au milieu de laquelle Noé et ses fils allaient peut-être succomber. Le lion, l'éléphant, le rhinocéros, le cheval et les autres partisans de Noé accouraient, précédés de l'âne qui sonnait la charge de sa voix la plus éclatante. Cette diversion inattendue ne terminait pas les désordres, il s'en faut, mais elle amenait une nouvelle phase de cette guerre civile animale, ou de cette guerre animale civile.

Les premières victimes de cette arrivée de renfort, furent les malfaisants singes. Le mammouth en écrasa une quinzaine tout au moins, « sans s'en apercevoir » comme il l'avait prédit. Pour en finir avec ces personnages, que nous n'avons pas le temps de plaindre, disons tout de suite que les quatre ou cinq qui survécurent, pour la bonne raison qu'ils n'avaient pas pris part à la bataille, furent découverts un peu plus tard,

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clans les soutes aux provisions, tellement gorgés de victuailles et ivres du vin dô Noé, qu'ils furent incapables de bouger jusqu'à la fin du Déluge, et malades longtemps encore après.

Comme Noé l'avait dit, il semblait que tous les animaux fussent devenus enragés. L'intervention des fidèles n'avait fait qu'exaspérer davantage les révoltés. 11 s'échangeait des coups de griffes et des coups de dents. On ne reconnaissait plus rien dans la confusion de la bataille. Madame Noé et ses belles-filles, sorties de leur retraite, assistaient à ce terrible spectacle, pleines de douleur et d'effroi-

Cependant, il n'y avait pas encore de très graves blessures. Plutôt un épouvantable désordre et un tumulte de colères assourdissantes. Noé, malgré tout, avait pu, ainsi que ses fils rejoindre le groupe cle ses partisans et ils formaient maintenant à eux tous une phalange redoutable qui peu à peu forçait l'ennemi à reculer. La victoire semblait gagnée, et Noé voyait enfin le moment où les animaux allaient rentrer dans leurs cabines sans trop de mal pour un camp ni pour l'autre, lorsque soudain un obstacle plus imprévu et plus effrayant que les autres surgit au point de lui faire perdre de nouveau l'espoir.

C'étaient les serpents qui entraient en scène. Comme Noé ne connaissait pas l'existence de cette vingtaine d'ennemis, il crut réellement que c'était un fléau qui tombait du ciel. Cette fois, il fut tellement surpris et désespéré, qu'il ne songea même plus à se servir de sa hache. Heureusement l'éléphant et le rhinocéros eurent bon marché de ces assaillants, malgré leurs tortillements et leurs sifflements; mais il semblait à chaque instant en ressortir d'autres. De son côté le lion, avec sa bravoure admirable en déchiquetait deux à coups de griffes. La révolte et la confusion recommençaient, lorsque les trois ou quatre derniers reptiles survivants parvinrent jusqu'au bastingage cle l'arche et de Là, se mirent à coups de sifflets et à force de contorsion, à donner des signaux du côté du

large.

A qui s'adressaient ces appels? Sans aucun doute à ces alliés inconnus avec qui les serpents s'étaient concertés la nuit de la fête.

De toute façon le résultat ne se fit pas attendre. L'arche se trouva soudain au milieu d'un bouillonnement pareil à celui d'une véritable tempête. Des chocs répétés, venant de dessous les eaux, ébranlaient sa coque, elle se trouvait, par instant, soulevée comme si elle allait chavirer.

Pour le coup, cela fit cesser tout net la révolte dans l'arche, car on sentait cette fois qu'elle était tout entière menacée par un danger qui n'était plus celui des orages et du Déluge, mais qui était au moins aussi terrible.

Seuls les serpents semblaient trouver cela naturel et 1res plaisant, car ils sifflèrent, au moment où l'éléphant écrasait les derniers d'entre eux : « Au moins nous serons vengés! »

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