‹ Noémie; Comédie-vaudeville en deux actesChapitre 3 sur 46 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

ÉLÉONORE

Eli bien ! ce n'est pas comme moi avec l'ingrate Caroline...

(Reprenant la fin de l'air, sans accompagnement.;

"Sous nous disions souvent : Je t'aime! Sans nous être jamais... aimés.

JULES

Enfin, je l'adorais tellement que j'aurais été capable de lui offrir mon nom...

ÉLÉONORE, riant.

Ah bah ! lu épouses... 11 épouse 1... 11 est superbe !... parole d'honneur !

JULES, sérieusement.

Oui... j'allais peut-être lui demander sa main, lorsque tout- à-coup, elle disparut sans que personne connût ni le motif de ce départ, ni le lieu de sa retraite.

ÉLÉONORE

Bah ! console-loi, tn la reverras. Qui sait? elle sera venue à Par's; et lu la retrouveras peut-être au rendez-vous général des naïves beautés villageoises : dans le corpsdu ballet de l'Opéra...

JULES

Elle !

ÉLÉONORE

.luslement, je crois que depuis huit jours nous en avons une nouvelle. Oui, une jolie petite brune... Dans le las, à gauche...

JULFS.

.le le répète que ce n'est pas à l'Opéra que je doic retrouver celle que j'aime...

iO NOEMIE.

ÉLÉONORE

Nons verrons... Kn allemiant, je voudrais bien savoir ce qui u décidé mou oncle à se récuucilier avec moi.

JLLES.

Mais celte réconciliation n'esl elle pa.s loule simple? Ton oncle esl encore jeune... Ireuie-six ans... je crois?

ÉLÉO.VOhK.

Non. .. trente-neuf...

Trente-six...

ÉLÉON'ORE.

Du tout, trenle-neut'.

JCLES.

Soil : mais à cet â^re on est indulgent... D'ailleurs, lu es son unique parent.

ÉLÉONORE

El c'est aussi là-dessus qne je compte... Je me suis toujours dit : Mon oncle n'a que moi denfanl... non, je veux dire d'héritier... Mais, celle fois, il avait déclaré qu'il ne consentirait à me revoir que le jour où je deviendrais raisonnable... le jour où je me marierais... Tiens! mais |'y pense., il veut peut-être me... {Foyanl Valeniine.) Ob'. ... >ine jeune personne !

sCEixi: 11.

LES MÊMES, VALENTLNE.

JULES

Ma bonne petite cousine!

VALENTINE

S)a mère va être bien heureuse de vous voir, mon

ACTt I, ïSCENE II. 11

cousin .. Il y a si longtemps que nous n'avions eu de vous ni visites ni nouvelles; c'est bien mal.

JULES

ParHonnez-moi, ma chère Valentine ; ma santé m'avait éloigné de Paris pour quelques mois; mais, me voici rendu à mes païens, à mes amis.

Éi.ÉONORE, fi pnrt.

Klle est fort bien... (Haut.) Mademoiselle...

Il la salue.

VA LENT I NE

Pardonnez mon élourdeiie, monsieur... M. FJéo-

iiore, je crois ?

Elle sourit.

ÉLÉONORE

Eléonore d'.Avrigny... Ce nom vous fait sourire.

VALENTINE

C'est une singulièie Canlaisie de voire parrain.

ÉLÉONORE-

Qui ne s'explique que par l'époque où je vins au monde. Je suis né sons l'empire, dans un temps où la partie consommait b -aucoup d'hoinme.s. ce qui fait que mon père désirait ardemment une fille !... C'est probablement pour se faire une douce illusion qu'il m'a appelé Èiéonore, et c'est pour la prolonger, sans doute, que jusqu'à dix ans on m'a laissé en robe.

VALENTl.NE.

En robe?

ÉLÉONORE

Oui, mademoiselle, oui. en robe... J'avais des petites manchelies, des petites collerettes, des petites bavettes! Je jouais avec les petites filles, à la Tour, prends gar-

rfc.j'ai chanlé Sur le po7it cl' /ivignon,el Nous 7i irons plus au bois ^ jusqu'à quatorze ans et demi... Vous comprenez que cela m'a fait perdre bien du temps dans une... naïveié... ridicule. Heureusement, je me suis diablement rattrapé... A présent, je dois être au pair... Ob! oui, je suis au pair ; car. tigurez-vous, mademoiselle, qu'à repéra...

JULES, l'interrompant.

Eléonore!... {.-d Valcntine.) Mais comment se faitil que vous habitiez , vous et ma lante , le cliâteau de M. d'Avrigny?

VALENTINE

Mon père, qui était son compagnon d'armes , m'a recommandée à lui en mourant, et l'a chargé de ma tutelle. Il y a quelque temps, mon nouveau tuteur écrivit à ma mère, la priant d'acheter pour lui l'ancien château de sa lamille, qui était en vente , et de s'y installer avec moi, en attendant son retour.

ÉLÉONORE

Ah ! mademoiselle, mon oncle est voire tuteur. .(.^ part.) Et il me pardonne, et il m'appelle ici... lui qui ne veut me revoir qu'à l'occasion de mon mariage... Est-ce que j'aurais deviné?... (Regardant Falenline.) Elle me plairait.

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