NORBERT, VIRGINIE
VIRGINIE, sortant de sa chambre safis voir Norbert , à parl.^ Impossible de rencontrer Sœur Monique, et desavoir si celle lettre... {Apercevant Norbert.) Ah! je ne m'étais pas trompé... c'est bien lui qui tout-à-l'heure a traversé la cour. Haut, feignant la surprise.) Ah! pardon, monsieur... je croyais...
( Fausse sortie. ) NORBERT,
Je vous fais peur, mademoiselle?..
VIRGINIE
Peur?., quelle idée!., non, mais je vous croyais à la chasse.
NORBERT, avec malice.
Vrai? et moi qui tout-à-rhcure en montant l'escalier , me ligurais que vous m'aviez vu de la fenêtre où vous étiez. VIRGINIE, avec embarras.
Vous avez donc renoncé à cette partie de chasse? je croyais qu'il s'agissait d'un renard?., je n'essaierai pas de vous retenir plus long-temps... j'aurais peur que le renard ne remportât.
Vous voudriez bien me renvoyer n'est-ce pas?., eh bien ! ça n'est pas possible... si j'étais ici pour mon compte... je ne ilis pas... mais il s'agit d'un aulre, de M. Léon...
VIRGINIE
De M. Léon?..
C'est un service qu'il m'a demandé, et quand il fciut rendre service, je suis là.,, je brave lout,,.
VIRGINIE
Même une conversation avec une demois^.lle?.. NORBERT, avec bonhomie.
Ah !.. si vous vous moquez de moi , je ne vas plus savoir ce que je dis d'abord... et j'c'i serai fcàché pour ce pauvre M. Léon... il a eu confiance en moi; si je dis des bèlises , tant pis pour lui ! . .
VIRGINIE
Je vous écoute... et je vous promets de ne pas rire.
Voilà ce que c'est : vous aimez M. Léon.
♦-« 28 «— ♦ ViaCINIE.
II paraît que je vais subir uu interrogatoire en règle.
Ce n'est pas une question, c'est un fait... Vous aimez M. Léon.
VIRGINIE
Mais monsieur...
Mon Dieu ! il n'y a pas tant de façons à y faire; vous l'aimez; c'est tout simple et je ne vous eu fais pas de reproches. Entre nous deux il n'y avait pas à balancer... il estlaillé pour l'amour... jolie tournure... beau danseur... roucoulant la romance comme un rossignol, tandis que moi ..
VIRGINIE
Vous ne chantez pas, vous, M. Norbert ?
Si fait... mais des chansons de table, des aîr.s de chasse... J'ai même une assez bonne voix de poitrine... tonton tonton tontaine tonton... mais la romance, c'est un autre style.
Yovis n'avez peut-être jamais essayé?..
Oh! pour ça non .. et je crois que je serais fièrement ridicule.
VIRGINIE
Pourquoi donc?, vous avez bien mauvaise opinion de vous... si je vous proposais d'essayer avec moi...
Avec vous?..
VIRGINIE
Au piano.
Je ne pourrai jamais chanter au piano... si c'était au cor de chasse, je ne dis pas... ça me connaît. VIRGINIE, riant.
Qui peut le plus peut le moins... et comme il est beaucoup plus difïicile de chanter au cor de chasse qu'au piano... je suis sûre que vous vous en tirerez parfaitement. {Elle s\issu'd au piano.) Allons... est-ce que vous me refuserez?.. (Jvec un geste de coquetterie.) Venez là près de moi... voici justement un air que vous connaissez peut-être.. . c'est la romance du Beau Robert.
(Elle fredonne.) NORBERT.
Oh! oui... je vous ai déjà entendu chanter cet air, et je l'ai retenu tout de suite.
♦—fis 9A) »— »
VIKGINIE.
Ail! VOUS écoutez quand on chante... c'est joli (V«'tre envieux... on se défiera de vous.
(Pendanl ce temps, Léon a entr'oiivert la porte du cabinet, et il écoute avec attention.)
LIÎON, à part.
Est-ce que M. le paysan se moquerait de moi?, ou bien est-ce une mystification que Virginie lui préparc?.. Écoutons...
Ail- de Calcb,
Robert disait dans sa folie :
« Jamais femme ne m'a charmé , » Sans amour passera ma vie. »
Jamais Robert n'avait aimé.
<i M'enchaîner serait impossible , i> Pour moi les femmes sont sans attraits : » Je veux rester insensible , » Je jure de n'aimer jamais ! »
VIRGINIE, continuant.
Mais en voyant femme jolie
Dans l'âge heureux des amours.
Son serment , Robert l'oublie , Et dit : Je veux aimer toujours. '
ENSEMBLE
Près de femme jolie Sont fixés les amours ; Four embellir la vie Il faut aimer toujours.
VIRGINIE
Vous voyez bien que ce n'est pas aussi difficile que vous le croyiez...
NORBERT, faisant C aimable.
Avec un précepteur aussi joli, il y a plaisir à s instruire.
LÉON, à part.
Je crois que l'ours s'apprivoise.
VIRGINIE , se levant.
Comment donc! mais voilà de la galanterie... c'est que vous avez d'excellentes dispositions; et je suis sûre que, si vous vouliez f.jire encore uti [)etit essai, vous pourriez tout comme un autre figurer dans un bal.
LÉON , A part.
Voudrait-elle le faire danser?., ça deviendrait très-comique.
Moi, figurer dans un bal?., vous n'y pensez pas! je fais sauter les fillçs du village sur la pelouse du château, parce
«— 8S jo m — »
que les filies du village... pouivii qu'elles sautent... en nie- .sure ou non... le reste leur est bien égal; pour les iaiie danser il ne faut que des bons bi'a.s, et Dieu merci !.. Mais dans un salon , e'est une autre cérémonie... il faut se tenir la tète bien raide, Tair sérieux... je ne pourrais jamais ni'amuser de cette manière-là... je n'ai pas l'habitude des enterremens.
VIRGINIE
Cependant si je vous oiTrais de vous donner une leçon... si je vous disais que cela me ferait plaisir...
(À part.) quelle douceur!., je ne la reconnais plus. {Haut et troublé.) Certainement... pour vous faire plaisir... je danserais avec les plus laides filles du village... celles que nous appelons les banquettes de la pelouse... parce qu'elles ne bougent jamais.
VIRGINIE
Eh bien donc ! vous allez valser avec moi.
Je ne demande pas mieux. (A part.) Et ce pavivre iM. Léon qui est là... qui attend... Ah bah! pour un tour de valse... il n'en mourra pas.
VIRGINIE
Je vous attends. Comment! vous n'avez pas de gants ?
NORBERT, balbutiant.
Non , nia demoiselle... on ne chasse jamais avec des gants; on n'aurait pas la main assez libre... mais à ravenir...
VIRGINIE
Je vous le passe pour aujourd'hui. Voyons... souvenezvovis bien de suivre tous mes mouvements... Laissez-vous conduire... seulement vous passez votre bras autour de ma taille... et puis regardez-moi bien.
Air de la Valse de Robin des Bois.
Une tournure gracieuse,
Et soignez bien votre maintien...
Ce bras doit porter la valseuse.
NORBRET.
J'ai le bras fort... ne craignez rien.
VIRGINIE
Non , votre démarche est trop lente , Vous ne saurez j<Tmais valser...
Je veux que vous soyez contente , Et nous allons recommeuccr.
(Ils valxi}l.j
(Ils lahcnl.)
VIRGINIE
C'est beaucoup mieux, je suis contçnte,
ENSEMBLE
' « — SK à I <»--»•
jNORBEK'I.
J'ai bien fait de recommencer ?
VIRGINIE
Mais la leçon est suffisante , El vous pouvez vous reposer.
VIRGINIE
C'est beaucoup mieux , je suis conlenio , Et vous devez vous reposer; Celte'leçon est suffisante , Plus lard on peut recommencer.
De moi si vous êtes contente , «Te ne veux pas me reposer ; La leçon n'est pas suffisante, Et j'aime mieux recommencer.
VIRGINIE
Recommencer?., oh non... la leçon doit déjà vous avoir paru trop longue.
NORBERT , avec feu.
Ah ! mademoiselle ! près de vous , le tems s'écoule si rapidement... qu'il me serait doux d'y passer ma vie! Je ne sais quel trouble m'agite... mais les séductions de votre esprit, tant d'indulgence uni à tant de grâce !.. Ah! mademoiselle... (// tombe à ses pieds.) Pardonnez-moi d'avoir pu méconnaître...
VIRGINIE , très-froidement.
Eh bien! eh bien ! M. Norbert, comme vous prenez feu !.. et votre refus de ce malin... et votre lettre à mon père, et le peu de convenance qu'il y a entre nos deux caractères... vous avez donc tout oublié?., la valse vous a un peu étourdi... le défaut d'habitude... Nous nous reverrons qu.tnd vous serez pkis calme.
("Elle lui fait une profonde révérence et lenlre dans sa cîiambre.)
NORBERT, LEON , sortant du cabinet.
LÉoN, riant aux éclats.
Ah! ah! ah! divin! délicieux! La sortie a été d'une majesté...
Ah! monsieur, je vous avais oublié.
LÉON, ricanant.
Je m'en suis aperçu.
VeuL'lez croire, monsieur, que...
* — BE 0 2 a»— > LÉON.
Allons , allons , avouez-le fiaacliemcnt , quand vous m'avez mis là, en embuscade, pour me rendre témoin de la froideur, que dis je? de la brusquerie avec laquelle vous alliez accueillir mademoiselle Virginie, vous vouliez rire à mes dépens, n'est-ce pas ?
Monsieur, je vous jure...
LÉON
Pourquoi vous en défendre ? vous avez voulu me mystifier , vous l'avez été à ma place... je ne vous en veux pas. NORBERT, perdant patience.
Mais je vous dis, monsieur, que, quand je vous ai promis de parler en votre faveur à mademoiselle Virginie, j'étais de bonne foi , de très-bonne foi ; et, sans cette brusque sortie, j'allais lui déclarer franchement que nous ne sommes pas faits l'un pour l'autre.
LÉON
Mais il me semble que pour faire un pareil aveu, il était tout à fait inutile de chanter, de valser avec elle, et surtout de vous jeter à ses pieds.
Eh! monsieur, la tête n'y était plus... ce n'était certainement pas pour vous que je voulais parler en ce moment.
LÉON
Ah ! Vous en convenez donc enfin !
Certainement, j'en conviens... je ne suis pas, comme vous, habitué à toutes les séductions de ces demoiselles, et ma foi! j'ai été sur le point de faire une sottise... mais c'est bien fini ! je renonce aux belles dames... à mademoiselle Virginie... oh! à mademoiselle Virginie surtout!.. Me mijoter pendant une grande demie heure... et puis après... ah! c'est affreux! . je ne la reverrai de ma vie... je pars et sur le champ.
LÉON
Vous partez, mon ami?., ah! vous avez bien raison !
Mais je me vengerai!., et d'abord, je vais lui écrire une lettre d'adieux... (// s'assied et se met à éonre.)
LÉON
Une lettre?., c'est inutile; il vaut mieux la quitter sans rien dire.
NORBERT, écrivant.
Non, non... elle saura combien je suis indigné... furieux...
LÉON , à part Laissons-le faire , l'important c'est qv\'il s'en aille. (Haut.)
Mon ami, vous ne partirez pas seul... dans IV-tat où vous êtes... je veux vous accompagner. (^ pari.) Je ne serai tranquille que lorsqu'il sera bien loin. [Haut.) Je ne vous d<îmande que le tems de passer un habit... je suis à vous dans une minute. (// sort.)
NORBERT, tout Cil écrivant.
Allez, allez, je vous attends à la petite porte du parc.