SCÈNE XX
NORBERT, écrivant, JULIENNE.
JULIENNE, accourant.
Ah! c'est vous, M. Norbert... eh ben! dites donc, je viens de chez mrulemoiselle Ribouteau... qui tient un magasin d'épir .ics et de nouveautés... vous savez c'te belle bciuli(jue à l'entrée du village... où y a pour enseigne une corbeille de mariage et des paquets de chandelles : elle a beaucoup de. goût, mademoiselle Ribouteau... J'ai été la consulter sur rhabillemcnt de noces que vous m'avez promis... Elle dit comme ça...
NORBERT, qui a continué d'écrire sans l^ écouter. C'est fini... ah! c'est toi, Julienne... adieu , mon enfant... embrasse-nioi; je pars.
JULIENNE
Gomment ! vous partez ?..
Oui... tiens, tu remettras ce billet à ta maîtresse .. Tu lui diras que... c'est abominable!., que... embrasse-moi encore. Tu es une bonne fille, toi... Adieu.
(II sort en courant.)
S€ENK XXÏ.
JULIENNE, puis VIRGINIE.
JULIENNE, à la fenêtre.
Ah mon Dieu ! le v'ià parti !.. et mon habillement de noces aussi...
VIRGINIE
(Elle est en coraette et en tablier.) Allons... je me suis un peu moquée de ce pauvre M. Norbert, je lui devais une récompense. Puisqu'il aime tant les paysan les, ma métamorphose sera de son goût... [apercevant Julienne qui pleurniche.) Eh! ma pauvre Julienne, qu'as-lu donc ?..
JULIENNE, pleurant plus fort.
Ah! mam'selle, quel malheur!
VIRGINIE
lu iiîallieur!
LÉON , sortant de sa chambre en courant.
Ah! mademoiselle... si vous saviez!., il part... mais je ne le quitterai (ju'apiès vousen avoir débarrassée définitivement. Soyez tranquille... je m'en charge.
(Il sort on courant.)
Me débarrasser!., et de qui?., que veut-il dire ?.. qui donc e.st parti?..
jvtiEîiîiE, pleurant toujours.
Air : Faiso7is la paix.
Il est parti ; [bis) A c' malheur-là pouvais-)' m'attendre, Quand moi-même je l'avais choisi , Et qu'ce soir j' devais l'aller prendre...
Il est parti ; [bis) Mon habiirmcnt d' noce est parti.
VIRGINIE
Ton habillement de noce ?
JULIENNE
Il vient de monter à cheval avec M. Norbert.
VIRGINIE
M. Norbert est parti!., sans me voir!., sans me dire un mot d'adieu.
Jl'LIENNE.
C'est vrai que c'est vilain... pas un seul mot de vous... Seulement en me serrant la main... mais d'une force à me briser les os... tenez... j'en ai encore les doigts sans connaissance...
VIRGINIE , avec intérêt.
Qu'a-l-il dit?..
JULIENNE
Rien... il m'a donné pour vous ce chiffon de papier... VIRGINIE, le lui prenant.
Donne donc. {Elle lit.) « Mademoiselle, j'ai acquis la ccr- »litude que je ne pourrais être votre époux sans faire votre «malheur... Vous ne m'aimez pas; sans doute vous en aimez »un autre; soyez heureuse avec lui; je pars. » Partir si brusquement!..
JULIENNE
Et sans dire un mot de mon habillement de noces!., ah! mon Dieu! mon Dieu!..
(Elle s'approche, tout en pleurant , de la fenêtre.)
VIRGINIE, à part.
Il croit que j'en aime un autre. . . et il part ! . . mais non. . . ii ne le croit pas... il ne peut le croire... c'est un prétexte...
< — s& 55 2» — ► jrLii:>SE, rt ta fendre.
Tiens!., v'ià encore M. Léon... il court par ici comme un basque... oii ! il est tout eu nage.
VIRGINIE , à elle-même.
M. Léon! il lui aura persuadé tout ce qu'il aura voulu... que je l'aime peut-être... le fat! il ne m'était qu'indifférent... maintenant... je ne sais ce que j'éprouve... On dit (ju'uue demoiselle placée entre deux jeunes gens peut ressentir de l'indifférence pour tous deux... mais que si elle vient à détester l'un , c'est signe qu'elle aime l'autre... si c'était vrai...
Air : Je n'ai pas vu ce bosquet de lauriers.
Non , ce malin je n'avais pas d'amour, Car ce matin je n'avais pas de hair.e ; Mais , je l'avoue , il s'est fait en ce jour Un cliangenienl que je comprends à jieiiie. Monsieur Aorbeil me plaît-il ' je ne suis.
Voyez quel destin est le nôtre !
J'ignore encore s'il me plaira jamais , Et si c'est lui que j'aime à présent... mais
Je sens que je déteste l'autre.
Jt3iiEK>'E, criant à la fenêtre.
Ëhben!.. et meshabilleniens de noces?., et M. iNorbcrt?.. LÉON, en-dehors.
Je ne puis le trouver... Yoilà un quart-d'heure que je cours... je suis hors d'haleine...
JULIENNE
11 vous attend peut-être à la grille... (J Virginie.) J'y cours, mademoiselle, et s'il y est encore... je le ramène... {à la fenêtre.) Attendez-moi... je vais vous y conduire...
(Elles.rl.) LÉON, de même.
C'est inutile... je le renverrai bien tout seul.