NORBERT, VIRGINIE
(Au moment où Julienoe est sortie par la porte du fond, Norbert entre par celle de gauche.)
NORBERT, entendant les dernières paroles de Léon. Va... cours... tu as le temps de chercher... il n'est pas fort le jeune homme... il ne m'a pas vu filer par le petit escalier. Il faut que je la revoie une dernière fois... dût-elle me mystifier encore. (A percevant Virginie en paysanne.) C'est elle! oh qu'elle est gentille comme ça !..
VIRGINIE, assise à gauche , A part.
Julienne se tionipe si elle croit le trouver encore , il est
d<jà bien loin... [L^ipercccant.) Ah!., il n'est pas paili. Il vicîit me faite des lepiuclies. [Haut.) Vous ici, monsieur?..
Oui, mademoiselle... avant de partir...
Vous voulez toujours partir?., c'est une plaisanterie...
Oh! mademoiselle, il ne faut jamais plaisanter avec les a flaires de cœur.
VIRGINIE
Que voulez- vous dire?
Tenez... Je n'y vas pas par quatre chemins, moi... Je vous avouerai franchement qu'hier... ce matin même encore, je vous voyais avec indifférence; on m'aurait parlé de rester ou de m'en aller... de vous voir ou de ne pas vous voir... ca m'était bien égal; maintenant...
VIRGINIE
Eh bien, maintenant?..
C'est autre chose. Il ne serait pas indifférent pour moi de VOUS voir sept ou huit jours de suite... parce qu'alors. ..je sais lîic!) que pour vous ça ne serait pas de même...
VIRGINIE
Pourquoi pensez-vous cela?
NORBEr.T.
Ah ! pourquoi... pourquoi... parce que cela est vrai... parce que vous avez été élevée comme une demoiselle du beau monde... instruite à ne vous laisser prendre que quand vous voiiihiez être prise... à ne vous enflammer que quand ça vous
plaira.
Ah! mon dieu ! mais c'est là le manège d'une coquette... et je ne le suis pas.. Est-ce que vous avez cru, M. Norbert, que j'étais coquette?..
Ma foi, mademoiselle, j'ai peut-être pris pour de la coquetterie ce qui n'est au fond que du savoir-vivre , du bon ton... de même que vous avez pu prendre ma franchise pour de la grossièreté .
VIRGINIE
Vous pourriez bien avoir raison... et je crois vraiment que nous soumics l'un et l'autre meilleurs que nous n'en avons i'air.
* — lE 07 S>— >
^ Oh ! ça c'est bien sûr, Vous, surtout! vous me paraissiez d'abord toute pétrie de défauts, mais je vous connais mieux maintenant, et je parie qu'il ne serait pas difficile de vous corriger.
Vous croyez ?.
VIRGINIE
Je m'en chargerais... mais pour cela il faudrait. ..
VIRGINIE
Que faudrait-il, M. Norbert?
Il faudrait que... Mais non, ça ne se peut pas.
VIRGINIE
Pourquoi donc.^.. je vous en prie, parlez...
Oh! c'est une supposition que vous trouverez ridicule... ca vous fâchera...
VIRGINIE
Mais non , je vous assure.
Eh bien ! il faudrait... que vous fussiez ma femme...
VIRGINIE
Votre femme?., après.
Comment après!., ça ne vous épouvante pas?
VIRGINIE
Supposez que ça ne m'épouvante pas... Alors ?
Eh bien ! alors je vous dirais : Ma chère femme, je désire que vous veniez passer les trois premiers mois de notre mariage dans mon château, seule avec moi... mais tout-à-fait seule.
VIRGINIE , avec expression.
Et si je consentais.
Si vous consentiez?.. (J part.) Comme elle me dit cela ?.. voudrait-elle encore se moquer de moi ? (Haut.) Un instant! que je vous prévienne d'abord de la manière dont nous passerions le temp.s : ainsi moi, je ne resterai pas trois mois sans chasser; que feriez-vous alors?..
VIRGINIE
Eh bien !.. je chasserais aussi.
Vous chasseriez ?.. vous qui ne pouvez seulement pas faire a pic J le tour du parc. ..
VIRGINIE, après un moment de réflexion.
Je chasserais à cheval.
Mais vous avez une peur horrible des chevaux.
VIRGINIE
Si vous étiez mon mari, est-ce que vous ne pourriez pas me trouver un petit cheval bien doux ?
NORBRET.
Si je le pourrais!., oh! oui, mademoiselle, je vous dresserais moi-même un petit cheval... qui se mettrait à genoux devant vous, pour que vous puissiez le monter plus à l'aise ; c'est la seule éducation que je puisse donner; mais il n'y man»[uerait rien, je vous en réponds... mais que dis-je?.. je crains de m'abuser... mademoiselle, est-ce bien vous qui me parlez ainsi ?.. est-ce sérieusement ou voulez-vous encore rire à mes dépens ?..
Air : Mes yeux disaient tout le contmire.
Ce malin, je vous écoutais; Hélas ! vous me trompiei, cruelle.
Oui, j'en conviens, je vous trompais, Mais alors j'étais demoiselle.
3 ' suis un' paysann' maintenant ; N' TOUS défiez plus de mon langage ; Vous d'vez me croire , en vous sbuv'naut Qu'où ne trompe pas au village.
{Norbert , transporté, lui baise la main. Entrent Léon et Julienne.)