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je n'avais pas ▼ul... J'ai bien &it de ne pas rester aax courses!
Btt tandis gue la calèche l'emportait, Noris souriait encore tristement de cette antithèse du lugb*life avec cette fête rurale et banale et oette joie candide des bonnes gens.
— Suzanne Lestrade ! murmurait Noris, donnant à pet argot de boulevardier un accent brisé : elle n'est pas dans le mouvement, Suzanne Lestrade I Et Gardanne ne décrirait pas son intérieur 1 Si pourtant elle veut changer avec Noris, c'est fait I
Puis, pendant que la calèche la ramenait vers Paris, l'œil vaguement promené sur les arbres qui fuyaient des deux côtés de la route et qu'elle ne voyait pas, Noris sentait un flot de souvenirs lui gonfler le cœur. Il avait suffi pourtant de cette rencontre de hasard — une rosière couronnée — pour rappeler & la pauvre flUe tout le passé heureux, ignorant et chaste : la mère, le père, le foyer bourgeois et honnête du vieux romancier! Ce voile blanc de la paysanne, (sa pensée y revenait, ironique, persistante), elle l'avait porté, et, elle se revoyait encore maintenant, avec ses crédulités et ses espoirs d'autrefois, regardant la vie à travers le voile de mousseline des communiantes ! Ah | le Prince Bleu ! Les rêves 1 Jj^ rêves I Le passé I
Elle roulait dans sa tête tout ce qui lui était Bjurivé dans ces cinq ans. Elle revoyait tout, le petit appartement de la rue Brochant, le square, et le père travaillant à ce dernier livre : Histoire d'un vaincu, et Cbantenay arrivant dans cettç paix» 0Uef l'aimant déjà,
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prête à Mllir sans savoir mâme ce qu'était la faute ; puis Féraud mourant, Cfhantenay Tinsultant par son abandon; et puis encore l'appétit de la mort, l'Apre envie d'une revanche, le Grand-Duo, la vie nouvelle, Raymond, Margot, Mme de Montépreux 1
Hommes et femmes lui semblaient les personnages d'une comédie ironique et mal faite. Ils se heurtaient, s'entre- déchiraient sans savoir pourquoi, toutes les crédulités devenant la proie de tous les appétits. Faiblesse chez Margot, ignorance chez Noris, inconscience chez Jacqueline, la chute était la môme et pour cause avait toujours le désir ou le désœuvrement de quelque débauché, jeune ou vieux.
Alors, encore une fois, son mot éternel lui remontait aux lèvres. Elle le murmurait et' le répétait toute seule :
— La faute de la femme, c'est le crime de Thommel... Oui I Mais pourquoi l'homme ne paierait-il pas la dette
de rhomme ? A cinq ans de distance, elle pouvait se venger de Chantenay.
— Cinq ans ! Il n'y a môme pas prescription 1 disaitelle avec cette ironie qui coupait cruellement ses songeries et la rendait parfois inquiétante, elle, si bonne.
Puis elle arrachait sa pensée même du lointain souvenir de Chantenay; elle revenait à cette église, à Suzanne Lestrade, et retournant la tête vers ce coin de terre qu'elle venait de quitter, elle regardait à l'horizon les coteaux qui s'efikçaient, les toits rouges perdus au loin et elle tendait roreille comme pour
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entendre encore la Toix, la lente voix des cloches de Suresnes.
Et dans cette journée de printemps où le soleil criblait les verdures des arbres, les cerisiers aperçus à droite et à gauche, et, là-bas, par delà les hauteurs de Puteauz, ce grand Paris tout blanc, avec des rayons d'or accrochés à ses dômes, sous ce beau ciel, dans ce dimanche heureux où tout chantait un hymne à la vie, Noris, Noris Féraud se sentait triste jusqu'à la
mort.
En arrivant à Thôtel, elle se heurta contre Sylvine stupéfaite qui lui dit :
— Comment, madame, si tôt?... Madame ne s'est donc pas amusée?
— Pas précisément. Ou plutôt si ! J'ai vu quelque chose de curieux : une honnête fille qu'on récompense! Ça n'arrive pas souvent, ces choses-là I Y a-t-il quelque chose de nouveau?
— Une leltre, madame.
La femme de chambre tendait le billet sur un plateau.
Noris devint toute pâle.
C'était Raymond de Ferdys qui priait « Suzanne > de vouloir bien le recevoir, le soir même.
— M. de Ferdys viendra ce soir. Je n'y suis pour personne que pour lui I dit Suzanne.
— Mais le Grand-Duc, madame?
— Pour personne 1 répéta Noris avec dégoût. Surtout pour le Grand-Duc.
Quand Sylvine entra dans le petit salon blanc où se tenait Noris, le soir, Suzanne eut un moment d'émotion, devinant bien que Eaymond avait à lui confier quelque chose de grave.
Elle laissa échapper un petit geste de colère lorsque la femme de chambre lui dit :
— Ce n'est pas M. de Ferdys, madame!
— Eh bien I. •. je vous Tai dit, je n'y suis pas 1
— C'est que si madame savait... peut-être que madame...
— Qui est donc là? demanda Noris.
— Madame la comtesse de Montépreux, madame.
Noris se leva brusquement de son fauteuiL
La comtesse I Quelle fantaisie ou quelle folie prenait à Jacqueline de Montépreux de venir chez Noris et qu'avait-elle à dire à Mlle Féraud?
Noris avait bien remarqué TafTectation mise par la comtesse à la lorgner, du haut de sa tribune. Il y avait dans ce regard constamment rivé sur un même visage une colère ou une haine. Mme de Montépreux devait évidemment savoir, par René, le projet insensé du prince de Chantenay et, la jalousie la poussant, elle
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accourait, supplier ou menacer — Noris le saurait tout à rheure — celle qui était sa rivale.
— Étrange rivale 1 songeait Noris. Une rivale qui détestait et méprisait celui que Vautre aimait peutêtre 1
Le premier mouvement de Noris avait été une sorte de nervosité ennuyée. Que venaiton la chercher et la troubler chez elle, dans la solitude souhaitée? Si elle avait brusquement quitté ce monde de la haute vie, tout à rheure, était-ce pour qu'il s'acharnât sous une forme nouvelle à la poursuivre jusqu'ici? Et puis elle attendait Raymond. Elle n'attendait que lui. Toute son inquiétude tenait dans ce que Perdys avait à lui dire. Le reste ne lui était pas seulement indifférent, mais odieux.
Elle avait presque envie de faire répondre à Mme de Montépreux qu'elle était sortie, qu'elle ne recevait pas. Puis une pitié la prit. Cette femme souflflrait qui venait là, éperdue sans doute, ne craignant pas de se faire annoncer chez une Noris. D'ailleurs, Noris était curieuse de savoir ce que la comtesse pouvait avoir à lui dire, à lui demander ou à lui imposer... elle verrait I
Elle fit alors signe à Bylvine qu'elle recevrait. Puis, debout, elle attendit, regardant machinalement à travers le window le soir qui tombait, d'un gris argenté, sur les arbustes et les allées du jardin. Elle avait ainsi regardé, dans le salon de l'hôtel Ohantenay, les arbres du parc Monceau, en attendant de même le prince, il y avait cinq ans!... Maintenant, ahl maintenant» c'est elle qu'on venait implorer i^
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>- Et pourquoi?... Pâî*ce que j'ai des ongles!
in entrant dans le Sàlon de Noris, Jacqueline de Montépreu3t n'avait pas Tair cependant d'une sup^ pliante. En robe noire, à peine avivée par des rubans d'un rouge vif, elle entrait, portant haut sa tête blonde de déesse impérieuse. Elle salua Noris, d'un geste bref, rapide, â peine indiqué, et, jetant instinctivement autour d'elle le regard curîeui des femmes, elle dit brusquement, en s'asseyant devant Mlle Féraud qui lui montrait un siège :
— Vous devinez pourquoi Je fsiis auprès de vous une démarche folle inconsidérée?
— Je vous arrête, madame la comtesse, dit froidement Noris. Pour un peu vous diriez compromettante!
Elle souriait. Pair très aimable, dans une sorte de robe de chambre de satin noir qui Tenveloppait tout entière, serpentait autour de son corps souple et s'allongeait en longue traîne, sur le tapis.
Et ces deux femmes, en vêtements sombres, semblaient là, face â fkôe, porter le deuil d'un même amour.
Jacqueline de Montêpreux, malgré ses allures hautaines et la hardiesse de toutes les actions de sa vie, se sentait un peu troublée de se trouver chez Noris et le ton très net, poliment glacé, de Mlle Féraud. arrêtant une impertinence sur les lèvres de la comtesse, Pavait un peu surprise et démontée.
Elle arrivait exaltée, exaspérée, toutes ses colères fouettées, à Longchamps, pendant une heure affreusement longue, par la vue de cette Noris, très entourée,
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très admirée et que le prince de Chantenay ne se cachait pins d'aimer encore. Jacqueline avait traversé là et comprimé une de ces souffrances qui mènent droit à une crise de nerfe et, le Grand-Prix couru, rentrée d l'iiôtel, folle, ayant la frénésie de savoir le secret même de Noris, elle accourait, se disant bien que si une comtesse de Montépreux entrait chez une fille, elle devait y entrer en gardant son attitude impérative, sinon son rang.
£t puis, elle n'avait pas de préjugés, la Viennoise parisianisée! Avant tout, son caprice. Avant tout, son bonheur. Puisque Mlle Noris le lui disputait, ce bonheur, eh bieul elle irait le lui arracher — ou le lui payer. — Elle ignorait encore comment elle traiterait cette maîtresse du Grand- Duc Vassili dont le prince Beaumartel de Chantenay voulait &ire une princesse.
Le sourire, courtois dans sa raillerie, de Noris arrêtait un peu Jacqueline. Elle venait adresser à Mlle Féraud une sommation; elle s'attendait à trouver une créature inquiète ou décontenancée devant l'apparition d'une grande dame chez elle et elle se heurtait à une femme dont toute l'attitude, le ton, la voix, étaient d'une mondaine éprouvée.
Soit t Jacqueline après tout ne demandait pas qu'on fût humble devant elle pourvu qu'on cédât !
— Mademoiselle, — et, en reprenant la phrase qu'avait Interrompue Noris, elle appuyait sur chaque mot, — je ne veux pas, avec vous qui êtes une personne franche... et loyale, m'a-t-on dit, essayer de faire de la diplomatie féminine... J'aime M. de Chantenay f
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— Je le sais, madame.
— M. de Chantenay a engagé envers moi sa parole !
— C'est assez dans ses habitudes , fit doucement Noris,
— M. de Chantenay doit m'épouser!
— Ah ! fit encore Noris dont la jolie main nerveuse battait une marche quelconque sur le bras blanc du fauteuil.
— M. de Chantenay m'a juré...
— De vous donner son nom, madame?... Oh I il est coutumier de tels serments. Cela rentre dans sa tactique. C'est un terrible diplomate, en amour, M. de Chantenay !... Et vous avez cru à sa parole?
— Je vous ai dit que je l'aimais, dit Jacqueline d© Montépreux.
Noris éprouva comme un froid de tristesse à entendre le son de cette voix, agressive tout à l'heure, qui s'attendrissait à parler de cette statuette de l'égoïsme : le petit Chantenay I
— Eh bien ! moi, s'écria Noris, il y a cinq ans que M. de Chantenay m'a juré qu'il ferait de moi sa femme !
Un éclair jaloux traversa les yeux de Jacqueline où des larmes allaient monter. La comtesse redressa la tête, ne comprenant pas la mélancolie de ce cri douloureux de Noris et y voyant comme une bravade. Toute la fureur qui la poussait rue Jouffroy se ranima brusquement comme une braise sous un souffle et, redevenant hautaine, et regardant Mlle Féraud en face :
— Alors, c'est vrai, dit -elle, vous allez l'épouser? Il y avait du mépris et du défi dans sa parole.
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Noris eut nn sourire froid :
— Qui vous a donné cette nouvelle, madame ?
Elle enfonçait, à son tour, la question au cœur de Jacqueline pour répondre par une ironie àcétte insolence, et la comtesse se levant brusquement, dit à Noris, demeurée assise et comme allongée dans son fauteuil :
— C'est M. de Chantenay lui-même !
— Alors, fit Noris, Je vois que c'est sérieux I... Eh bien! est-ce pour me parler de ce mariage que vous me faites Thonneur d'une visite ?
*— C'est pour cela... Je ne veux pas que ce mariage ait lieu !
— Paroequef
— Parce qu'il est impossible I... Parce que M. de Oliantenay est fou !.. ^
— M. de Chantenay vous aime-t-il encore? interrompit Noris, toujours froidement.
Elle levait ses beaux yeux noirs, volontairement mornes, sur le regard altier de la comtesse blonde.
— Je ne crois pas, moi, qu'il vous aime encore! dit Noris avec une lenteur féroce qui fit courir entre les épaules de Jacqueline un petit frisson glacé.
Noris ajouta, souriante :
— Non pas que vous ne soyez belle A ce qu'on vous adore, madame, mais les amours de M. de Chantenay ne sont jamais que des fantaisies... Il n'aime pas^ il désire!... Vous l'avez aimé.., il n'aime plus!
— îl vous aime bien, vous, répondit brusquement Mme de Montépreux, et vous avez été sa maîtresse !
Noris essaya de garder son sourire, maiis le coup était
bratal et sur son visage une contraction légère passa, bientôt chassée.
•— S'il m'aime ou s'il croit m'aimer, dit-elle, doucement, c'est précisément parce que je ne Taime plus et ne le reçois plus!
La comtesse secoua sa belle tête aux cheveux d'ambre.
— S'il \rous aime, dit-elle, c'est qu'il ignore la femme que vous êtes et qu'il ne sait pas que vous êtes la mait...
Elle s'arrêta, emportée d'abord par sa jalousie et retenue maintenant par elle ne savait quelle vague pitié.
Mais, debout â son tour, à son tour hautaine et insolente, Noris la regardait et, un rictus de défi venant à sa lèvre :
— La maîtresse du Grand-Duc? Vous croyez que M. de Chantenay ne le sait pas? Ma parole, madame, je crois que c'est pour cela qu'il me propose de m'épouser !
Dans la chair même de Jacqueline ce mot € m'épouser » entrait comme une pointe de couteau.
Elle ferma les yeux sous la douleur, torturée, irritée, et, les rouvrant, elle dit à Noris :
— Mais ce que M. de Chantenay ne sait pas peutêtre, c'est que vous êtes la maîtresse de son cousin!
— M. de Ferdys?...
— Eh bien ! vous voyez ! dit la comtesse.
Ferdys I Cette femme, qu'elle ne connaissait pas
après tout, venait lui parler, non pas de Chantenay, dont
'elle lie 9e souciait fuère, mai^ de Ferdys, de. ce