‹ Noris: mœurs du jourChapitre 19 sur 22 · N0RT · texte numérisé non relu

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Ferdys qu'elle aimait de toutes les fibres de son être t Noris la regardait, égarée, stupéfaite, se demandant de quel droit elle venait là, cette Jacqueline, lui jeter, comme un outrage, ce nom adoré : Ferdys! Qu'est-ce qu'elle lui avait fait, à Mme de Montépreux? Elle croyait, la comtesse, que Noris lui volait Chantenay ? Chantenay ? Ah bien 1 oui, Chantenay ! Noris s'en souciait comme d'un des grains de sable de cette allée qu'on apercevait à travers le windowl.,. Chantenay !...

— Et quand vous lui aurez dit que je suis la maîtresse de M. de Ferdys, vous croyez qu'il vous en aimera davantage? fit-elle.

Jacqueline secoua la tête.

— Il saura la vérité, du moins!

— La vérité? dit Noris en éclatant de rire. Alors, vous qui avez eu à en soufîrir, vous croyez à la vérité de tout ce que rabâchent les désœuvrés et les sots ?. .. On vous a dit que j'étais la maîtresse de M. de Ferdys et vous trouvez tout naturel de répéter, de me dire à moi, — à moi I — que je suis la maîtresse de M. de Ferdys !... Allons, voyons, parlons franchement, nettement, puisque vous êtes venue ici chercher une solution nette. Vous êtes bonne, belle, fiaite pour être aimée, honorée... est-ce que je prête même une oreille, moi, à ce que les envieux ou les niais peuvent dire de vous dont on parle autant que de moi et qu'on calomnie autant que moi?

— Oui, je sais, fit Noris en voyant la comtesse devenir blême, se roidissant dans son orgueil que « Mlle Féraud » semblait outrager, vous on moi, ce n'est pas la

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même chose!... Je le sais fort bien!... Mais, ne craignez rien, il y a de la calomnie pour tout le monde ! Écoutezmoi.., Il est évident que nous ne nous reverrons Jamais. Il a fallu votre douleur pour vous amener chez moi... Vous croyez que je vous vole l'amour de votre fiancé, de votre soupirant, de votre.., — choisissez le nom que vous souhaitez donner à M. de Chantenay — et vous voulez de moi quelque chose. Quoi? Je n'en sais rien. Vous venez probablement m'offrir de m'acheter mon refus à cette union que le prince me propose? Un titre de princesse cela vaut combien? Ne me dites pas le chiffre, je vous chasserais de chez moi comme on chasse les insulteurs! Venez-vous me supplier? Non, vous n'en avez pas l'air. Alors me menacer... essayer de m'effrayer!... Voyons, qu'est-ce qua vous voulez? Parbleu! vous voulez vous venger de moi, dites-le tout de suite!

— Me venger, non! Vous démasquer, oui!

— Me démasquer?

Noris s'était mise à rire.

— Oui, fit Mme de Montépreux, et je vous ai avertie... en disant à M. de Chantenay qui vous êtes !

— Qui je suis, moi?

— Oui!

— En disant cela à M. de Chantenay?

— A M. de Chantenay I

— iiui dire cela? Il le sait bien ! C*est lui qui m*a faite ce que je suis !

Noris avait crié ces derniers mots avec une rage où tout le passé remontait.

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— Ah 1 vous pouvei le lui dire, flt-^lle, que je suis dégradée et ayiiiel... Je suis cela parce que je Vài ren«oontré» lui, et si tous croyes à son amouri vous, oui, TOUS, si TOUS raimes, si tous restes attachée à sa Tie d'inutile et de blasé, tous seres aussi perdue que je puis être tombée! Mon égale 1 Mon égale I ÂTec cette différence qu'une tache de plus ou de moins sur moi> ça ne se voit pas, et que de la boue sur TOtre hermine c'est la mort de Totre honneur I

Jacqueline de Montépreux restait maintenant deyaikt Noris toute droite, très pâle, regardant aTec un respect instinctif cette grande Jeune femme brune qui marchait à traTers le salon, les bfas croisés, avec des mouvements de tête Tiolents, comme si elle eût braTé quelque ennemi luTisible.

— Me démasquer!..* Vous croyez que ce serait me démasquer que de répéter à M» de Chantenay cette calomnie qui unit à mon nom le nom de M. de Ferdys ?. . Et vous croyez aussi que devant cette révélation, M. de Chantenay reculerait devant l'offre qu'il in'a fllite? Allons donc! s'il ne m'épouse pas, ce n'est point parce qu'il aura peur du déshonneur et du ridicule, c'est que je ne veux pas... tout simplement! C'est que je n'accepte pas ! C'est que je ne le reverrai jamais, M. de Chantenay I C'est qu'il n'est pas digne de moi ! fit Noris avec un atroce mépris.

Bile s'arrêta tout à coup devant Jacqueline dô kontépreux, ajoutant hardiment :

— Ni de moi ni de vous ! Il n'est pas digne de vous, madame, de vous qui l'aimez, qnl croyez, utti don*

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nez votre beauté, votre foi, votre jeunesse A cet homme, le plus vil des hommes!... Le plus vil puisqu'il m'a repoussée honnête et qu'il m'épouserait souillée!... Tenez, vous êtes venue me proposer un marché quelconque dont vous avez bien fait de ne pas formuler les termes. Un marché! Eh bien! voulez- vous que je vous donne un conseil? Oui, moi, Noris, un conseil, à vous! Mme de Montépreux ne répondait rien, stupéfeite, rencontrant une âme, une douleur, une conscience où elle croyait ne trouver qu'une fille; et une conscience qui évoquait en elle des échos de vertu, de devoir», de bonheurs gâchés. Il lui semblait, à Jacqueline, que dans la brutalité de ce que lui disait Noris il y avait une tendresse, une tristesse, quelque chose d'instinctivement dévoué, comme si la douleur avait sa francmaçonnerie.

— Un conseil?

— Eh bien! ce conseil, c'est de chasser le prince de Chantenayl Oui, de le chasser ou de le fuir! Oh! ne croyez pas que je sois jalouse et que je tienne à vous séparer! Moi, jalouse?... Jalouse de Ohantenay?...

Jacqueline avait fait un mouvement que Noris comprit.

— Il a. Dieu merci, disparu de ma vie!... Mais je vous vois livrée à lu^ afiblée puisque vous avez osé venir chez moi pour me parler de lui. Je suis femme etje prends en vous le parti de la femme. Quelle que soit la soufirance que cela vous coûte, arrachez de vous cet amour! Il vous a dit qu'il vous aimait? Il vous a menti. Il vous a juré qu'il vous épouserait? Il vous

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a menti. liment toujours, M. de Chantenayl.... Vous êtes libre, ayant, tous, la yie toute fieiite que je n'ar vais pas!... Ahl si j'avais le fils que vous avez. Je mettrais toute mon existence en lui, allez, et je n'aurais d'autre amour que lui. L*amour vrai, Tamour qui remplit toute une existence, vousTavez trouvé! Cet anGiour* là, je vous l'envie, c'est votre enfant I

— Gharley?

Jacqueline, instinctivement, avait balbutié le nom anglais qu'on donnait au petit et, elle voyait, en effet, pendant que Noris lui parlait de l'enfant, elle voyait dçvant elle la tête blonde, les grands yeux doux, sérieux et tristes de Gharley... Ce doux Gharley qu'elle embrassait si peu, qui se taisait devant sa mère, qui saluait correctement M. de Chantenay, le pauvre Gharley dont le gai babil d'oiseau ne chantait que pour la gouvernante, la femme de chambre, les étrangers... Gher petit Gharley 1

Et maintenant, dans ce salon où elle ét£tit entrée hitii^ taine, Jacqueline deMontépreux se sentait mal à l'aiti.', troublée, ayant hâte de disparaître, disant à Noris :

— Oui.*, peut-être... Vous avez raison... C'est possible...

Alors Noris, tristement, essayant de sourire :

— J'ai raison, mais vous Taimez!... Vous ne m'éeoutez pas!... Décidément vous ne connaissez pas M. id Chantenay !

— Je vous connais, dans tous les cas, maintenantp mademoiselle, dit Jacqueline. Et je vous demande pardon d'être venue ici pour...

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— Pour m'acheter? fit Noris, ironique.

— Me permettez-vous de vous serrer la main? demanda Mme de Montépreux qui ne voulait pas répondre.

Noris mit sa main nue dans la main gantée de Jacqueline.

— Adieu, dit-elle, madame la comtesse.

— Adieu, mademoiselle!

•— ' Embrassez pour moi M. Charley, je vous prie!... Elle ramenait doucement le nom du fils aux oreilles de la mère.

— Voilà nos vrais amoureux, dit-elle : nos enfants!... Alors Jacqueline de Montépreux, en s'éloignant,

laissa naïvement tomber ces mots qui étaient comme un reproche involontaire, mais dont Noris ne voulut voir et ne vit que l'attendrissement :

— Vous êtes une vraie honnête femme, mademoiselle!

Et, dans un amer sourire, sentant toutes ses irbh tesses lui gonfler le cœur, Noris répondit :

— Oui. Je crois qu'il y a encore, dans ce que je sms, beaucoup de ce que j'ai été!

Elle était satisfaite d'elle-même. Mais comme elle avait soif d'être seule! Comme elle entendit, avec joie, le coupé de la comtesse s'éloigner par la rue presque vide!... Qu'était-elle venue faire, Jacqueline de Montépreux, sinon la torturer et secouer encore les haillons dupasse?

Noris était obsédée du souvenir de Hené. Elle eût voulu rejeter ce fardeau comme elle avait fui le Grand- Duc et renaître, dans la blancheur d'âme où se trouvait la pauvre ûUe dont le fiancé attendait, au

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