‹ Noris: mœurs du jourChapitre 20 sur 22 · M0RI · texte numérisé non relu

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régiment. Un fiancé! Le nom é'ait doux, tendre, comme ce poétique nom qui faisait ricaner les vierges folles, sur la grande place de Suresnes : rostèrel Le souvenir de Suzanne Lestrado poursuivait ainsi Noris invinciblement dans ce soir de dimanche où Paris fé-

tait, aux restaurants, au bal, la journée de fièvre du Grand-Prix. Elle revoyait obstinément les voiles blancs des communiantes, elle entendait encore le chevrotement de l'orgue. Il lui semblait que Mme de Montépreux n'était pas venue, qu'on ne lui avait point parlé de René, qu'elle continuait ce rêve de Joie naïve et d'humble honnêteté entrevu, à Suresnes^ dans la petite église.

Elle serait heureuse, bien heureuse, cette paysanne qui s'appelait, comme elle, Suzanne, et qui ne rêvait rien au delà des réalités de la vie : le mariage, le travail, la maternité, l'àgè venant plus tôt, la vieillesse plus vite, comme avancée par l'âpreté du labeur... Et c'était, si la vie pouvait se recommencer, la destinée qu'eût choisie Noris, celle de cette Suzanne Lestrado, mariée à celui qu'elle aimait et mère, mère comme Jacqueline de Montépreux, mère comme tant d'autres femmes, des enviées 1

La fièvre, d'ailleurs, la prenait, dans ces songeriez sans issues, lugubres comme l'irréparable ; et, sentant ses tempes battre, elle monta à son cabinet de toilette, voulant sur son front qui brûlait passer un peu d'eau, et là, parmi la brosserie aux ivoires marqu's de grands chiflFres, à côté de la cuvette d'argent où l'eau limpide s'opalisait de senteurs mordantes, elle s'assit,

songeuse. Et elle restait maintenant, à demi étendue sur une chaise longue, rêvant, du fond de son luxe, à cette chère vie de misère de la pauvre fllle de Suresnes.

Elle était là, dans ce cabinet, meublé comme un salon, boudoir aux parfums féminins, lorsque' le timbre de rhôtel, tiré extérieurement, la fit tressaillir. Elle était certaine que celui qui sonnait était Raymond, et elle en éprouvait une émotion peureuse, comme si dans la demi-heure qui allait suivre, toute sa vie, tout son avenir, allait se jouer.

D'ordinaire, lorsque Ferdys la venait voir, il n'écrivait pas. Il se présentait, en ami, dans une demeure amie. Cette sorte d'avertissement par lettre qui était comme une demande de rendez-vous donnait à sa visite, cette fois, une solennité troublante. Noris n'eut môme pas la force de descendre au petit salon, où elle venait de recevoir Mme de Montépreux. Elle attendit dans ce cabinet aux fenêtres ouvertes, par où le vent du dehors entrait, se mêlant aux parfums.

Et, pendant qu'elle attendait, l'orgue de Suresnes chantait encore à ses oreilles, et il lui semblait qu'une voix indistincte, la voix de l'autre Suzanne, tout bas murmurait : — J'ai un promis! J'ai un fiancé!... et que la Marche du songe d'une nuit d*étë de Mendelssohn saluait, là-bas, l'entrée des promis dans l'église.

Puis Noris entendait, sur le tapis de l'escalier et du corridor, les pas de Raymond de Ferdys qui se rapprochaient, et chacun de ces pas lui donnait une angoisse.

Elle enveloppa Raymond d'un regard plein d'une

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