‹ Noris: mœurs du jourChapitre 5 sur 22 · III · texte numérisé non relu

III

pacifique, dans des mondes improbables, avec les bou^ cauiers d'Amérique on les parias de Tlnde. Il continuait, à cinquante ans, avec une persistance de maniaque, le récit d'aventures de sa trentième année. Il reprenait et ressassait ses yieilles histoires, ne leur demandant plus la gloire du lendemain comme jadis, mais seulement le pain du jour, le prix de l'éducation de Noris, qu'il voulait instruite et élevée admirablement, comme une princesse.

Il tenait à ce que sa fille apprit tout : le dessin, la musique, la peinture, et à ce que cette intelligence d'élite se développât dans tous les sens, au plein soleil. C'étaient ses fiertés, la science et la beauté de Noris. Il interrompait parfois quelque gros roman bourré de tueries pour venir s'asseoir à côté de sa fille et retrouver doucement, dans quelque mélodie de Mendelssohn, jouée par elle, les poésies mélancoliques de ses vingt ans. Cette ce voix de la maison », comme il appelait le piano de Noris, était aussi la voix de son passée lorsqu'il rêvait d'écrire des vers, — c oui, des vers, ma Noris, des drames en vers, avec des personnages en pourpoints, des vers qui, de la Comédie-Française m'eussent conduit à TAcadémie... comme tant d'autres... Ahl l'on se bâtit de jolis châteaux en Espagne à vingt ans I »

Et, sans tristesse, devant ses ambitions défuntes et sa vie gâchée, — gâchée ou usée tout simplement parce qu'il avait fallu vivre, — le bonhomme retournait à ses feuillets de papier et continuait ses banales histoires : la même jeune fille enlevée, le même duel, le même

empoisonnement^ Féternel assassinat, l'héritage contesté, le faux testament, F enfant retrouvé, la dispute des deux mères, tandis que, par la porte entr'ouverte, la romance de Mendelssohn, frissonnant sous les doigts de Noris, lui apportait Técho des espoirs envolés et des chansons éteintes...

Et il eût été heureux ainsi, le vieux Féraud, si, tout à coup, ces histoires mêmes n'eussent paru terriblement rebattues et si les petits journaux n'eussent été fatigués de ce duel, de ces assassinats et de cet héritage partagé tant de fois. Cette existence de canut littéraire lui suffisait. On avait le confortable, après tout, dans le petit logis de la rue Brochant, et Noris y ajoutait, çà et là, la note de son goût qui avait comme des paillettes de luxe. Une guipure ici, une peluche là; sur la cheminée, un bibelot rencontré par hasard et emporté comme une trouvaille. Les broderies de Noris, les fleurs qu'elle aimait, semblaient le sourire de cet appartement bourgeois, plein de livres et de papiers, mais visité du soleil et égayé, comme d'une lointaine tapisserie, par la verdure des arbres du square.

Oui, il eût été heureux. Seulement, peu à peu, Eugène Féraud se voyait consigné à la porte des journaux. Les éditeurs à qui il écrivait ne répondaient pas; s'il les attendait, chez eux, — solliciteur sexagénaire, plus patient, certes, qu'à vingt ans, — ils ne recevaient point, s'évadaient par les petites portes, masquaient leurs refus sous des réponses qui n'en étaient pas. « Plus tard... Ah! ce que j'ai de manuscrits qui attendent!... Débordé! je suis débordé!... Compliments à

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votre charmante flllel... Toute ma saison est prise par le roman de Jouvenet. »

Un nouveau, Jouvenet! Et lui, Féraud, était un vieux, usé, démonétisé, fini.

« Il parait que ça ne se vendait plus, ses histoires. Elles valaient pourtant bien les premières, celles qui faisaient pâlir les lectrices d'autrefois. Mais voilà : — la mode ! Discutez donc avec la mode ! » 11 rentrait alors, rue Brochant, dans un profond délabrement moral. Il regardait, navré, ce tas de paperasses noircies dont personne, à présent, ne voulait, et il lui prenait des envies fpUes de tout jeter au feu. Une flambée I De la cendre! Tout ce que ça valait, maintenant!

C'est dans une de ces heures d'affaissement noir qu'Eugène Féraud avait rencontré Vêrignon, un brasseur d'affaires, fondateur de Banques, se glissant, comme une couleuvre vers la jatte de lait, dans tous les syndicats, et s'y logeant ensuite comme un rat dans un fromage, associé de Rodillon et de Molina, tantôt usurier et tantôt emprunteur, découvrant avec un flair de trappeur des placers dans cette Californie sans limites qui s'appelle la crédulité des badauds ou la confiance des sots.

Vêrignon cherchait des auxiliaires; il connaissait Féraud. Le nom du vieux conteur était honorable; la Compagnie des Mines de Sierra-Fuente avait besoin d'un ■lecrétaire, et rauleur des Pionniers du Canada devait connaître l'art de faire reluire aux yeux des gens, comme des pépites d'or, les plus miuccs filons de cuivre. Si Foraud voulait bien saupoudrer d'épithètes le rap-

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port un peu trop scientifique de J.-B. Paludet, Tingènieur chargé de la technologie de Taffaire nouvelle, Féraud entrait tout droit dans la a Sierra-Fuente » avec des parts de fondateur. Il n'avait qu'à dire owî, Féraud! Vérignon soutirait ainsi, du reste, en manière de cautionnement, une partie des maigres économies du pauvre homme qui, du coup, acceptait les propositions, sautait dessus avec une candide effusion de reconnaissance.

- Ah I quelle joie pour ce vaincu des lettres de se réveiller, un matin, avec ce beau titre de ce Secrétaire- Général » d'une Compagnie financière dont on parlait tant dans lesjournauxl... Il revoyait son nom imprimé comme autrefois, le vieux Féraud, comme au beau temps où il publiait les Chevaliers de la Navaja, et, pai^ un phénomène cérébral tout particulier, en lisant les annonces que Vérignon payait en deniers comptants ou en actions libérées, le pauvre diable d'homme de lettres en arrivait à se figurer que c'était d'une œuvre de lui qu'il s'agissait là et que ces Mines de Sierra- Fuente, où son nom se trouvait mêlé, étaient le titre de quelque drame d'aventures ou de quelque beau roman dramatique qu'il allait publier et qu'on annonçait. Il se sentait tout ragaillardi, éperonné et rajeuni par la bonne fortune. Le bon fauteuil, solide et massif, en forme de chaise curule où il se carrait dans le beau bureau de la rue Taitbput le consolait de cet autre fauteuil inaccessible qu'il avait rêvé d'occuper, là-bas, au bout du Pont des Arts, sous la coupole d'or I Ah I bah I rêves d'antanl Ce doux réveil, bien capitonné, dans

une grande salle d^aspect cossu, cette entrée solen* nello dans le local occupé par la Ck)mpagnie, avec des huissiers plus majestueux que des ministres, des gar* çons en uniforme vert coiffés comme des généraux et décorés de plaques comme des diplomates, ces saluts d'employés et d'actionnaires donnant au pauvre oublié» hier encore vivant rue Brochant comme un portier, ce titre solennel : Monsieur le secrétaire-général; — toute cette vie nouvelle, inconnue et comme officielle rendait Eugène Féraud guilleret, joyeux, émoustillé et flambant. Ce bon Yérignon I II Teût embrassé. Quel Mécène, Vérignon! Quel protecteur!

— Est-ce drôle, disait-il parfois à Noris. Il me déplaisait, Yérignon, avec son crâne chauve, ses favoris gris, son aspect de clergyman anglais mâtiné de clubman parisien. Je le connaissais beaucoup, j'ai connu tant de gens, dans le temps (Féraud mettait bien des mélancolies, des déboires, un tas d'espoirs évanouis, dans ces mots : dans le temps), et quand je le voyais, eh ! bien, je l'évitais... Oui, je l'évitais I... Etais-je bétel C'est pourtant lui, ce cher Vérignon, qui devait faire ma fortune, et la tienne, ma petite Noris, la tienne 1 Eh 1 bien, chérie, es-tu contente ?

— Oui, si tu es heureux, répondait Noris, suivant, de ses yeux profonds, une chimère, elle aussi, très loin, très haut.

Ce qui ennuyait un peu Eugène Féraud, c'est qu'on n'exigeait pas de lui un grand travail, rue Taitbout. Il n'entendait point, cependant, qu'on lui eût trouvé, pour ses vieux jours^ une sinécure. Il voulait utiliser

flon énerj^e. Quand Vérlgnon lui demanda de rédiger, dans Tintérêt du lancement de l'affaire et pour la première réunion des actionnaires, un des rapports sur les femeuses Mines de Sierra -Fuente qull s'agissait d' «exploiter » dans les grands prix, Monsieur le secrétaire-général poussa un soupir de satisfaction. Enfin I enfin, il était bon à quelque chose ! Il allait montrer ce que peut Satire un homme qui maniait déjà la plume du temps des Soulié, des Dumas et des Sue. Les mines du Chili, d'ailleurs, c'était son élémentl Le Chili! Mais c'est au Chili que se passait son fameux drame inédit, le Serpent Rouge/, . . Il ne l'avait jamais vu, le Chili, mais il le connaissait, et mieux que les environs de Paris, ma foi. Il avait étudié jadis rhispano-chîlien ; le Dictionnaire du Père Febres était encore là dans sa bibliothèque. Il savait la faune, la flore et les ressources industrielles et agricoles du pays sur le bout du doigt.

— Le Chili I Mais c'est mon affaire 1... J'ai écrit trois romans qui se passent au Chili I

— Je les ai lus, répondait Vérignon. Et c'est bien pour cola que je vous ai proposé d'entrer dans l'opération I

Allons, allons, décidément c'était un homme, Vérignon 1 Lettré, plein de mémoire! Il avait Iules romans chilienfi d'Eugène Féraud! A la bonne heure! Et qu'on s'étonne de voir eertains financiers devenir vingt fois millionnaires quand ils savent tout, qu'ils ont tout lu, tout, jusqu'aux romans américains d'un conteur que les nouveaux venus dédaignaient, les imbéciles! Aussi, comme Féraud allait Ie& soigner, ces rapports qu'on lui

demandait 1 II voulait que ce fussent des chefs-d'œuvre. Oui, das cbefe-d'otfuvre absolument.

Ah! il s'y mit tout entier, cœur et âme, dans ce» pages qu'il arrosait de pittoresque, mêlant à la technologie des notes fournies par Paludet, ingénieur des mines, un tas de descriptions luxuriantes qui devaient donner au lecteur l'idée féerique d'un Eldorado.

Penché sur son pupier, oubliant presque qu'il s'agissait d'un document financier, le vieux Féraud s^ congestionnait à trouver, pour mieux évoquer aux yeux des lecteurs les Mines de Sierra-Fuente, des a4}ecti& colorés comme les perruches qui sautillent, là*bas, dans les bois d'oliviers et de myrtes. Un paradis, c'était un paradis qu'il décrivait avec des ferveurs d'apôtre, aux actionnaires éblouis : un sol prodigieux, des îles de verdure, des pommes grosses comme une tète humaine, des pêches pesant une livre!... Avec un seul arbre des forets chiliennes, un missionnaire se construisant une église tout entière longue de vingt mètres, les portes, les fenêtres, les autels, les confessionnaux fournis par le même tronc et les branches! Dans les Andes, Targent, le cuivre, le fer, à profusion ; des 'gainerais d'or brillant à terre comme des vers luisants sous la lueur des étoiles ; l'argent des proviiïoes de Coquimbo et de Copiapo sortant par tonnes, du port de Caldera I Des mines d'or à Pétorca, aux territoires de Chillan ! Du lapis-lazuli exporté par quintaux I lies fortunes chiliennes sortant de terre comme des fleurs de soufre!...

St Eugène Féraud se grisait^ m ses descriptioxu^

continuait là sa vie de conteur, son train-train de romancier ou plutôt redevenait romancier et, oubliant Paris, abattait de la copie, se jetait, Tesprit perdu, dans cet inconnu qui l'attirait, lui rappelait ses récits d'autrefois, ses inventions de jeunesse ; les héroïnes pâles aux clieveux d'ébène, les cavaliers éperdus, les duels au couteau, les batailles au lazzo, les courses à travers les Cîordilières, les fuites et les poursuites \ oit* les solitudes, les fusillades à travers les lianes des forè^ vierges; tout le prévu, le banal et le mélodrame. du vieux roman américain qu'il voyait refleurir devant lui, avec une réalité plus poignante, sous le rayonne, ment de ces chiffres dictés par Paludet et grossis^ par Vérignonet dans Téblouissement d'apothéose de ces stupéfiantes statistiques apportées par l'homme d'affaires pour servir d'appeaux aux souscripteurs des Mines de Sierra-Fuente.

Il le touchait du doigt, son rêve, le vieux Féraud ! Ces noms exotiques, aux harmonies profondes, lui plaisaient comme des refrains aimés ; il avait, à les écrire, des titillations dans les doigts : « l'argent de Charnasillo, le cuivre en barre ou en minerai de Tres-Picatas, le volcan de ITan Fernando, les bateliers durio Claro » ; il mettait en scène tout cela comme dans un drame, trouvant des échos de tintements joyeux de pièces blanches dans ces mots qu'il répétait, à chaque alinéa, avec une satisfaction profonde : « Les Provinces Argentines*, <. % Argentines I...

Vérigûon, lorsqu'il lut ce Rapport, fut enthou: siasmé. Il déclara que jamais, au grand jamais, boni-

ment financier n'avait eu cette tournure et cet éclat. II y avait là de quoi entraîner du coup des milliers d'actionnaires. C!omment diable l'auteur d'une telle machine n'était-il pas encore à l'Institut? Non, Jamais, jamais on n'avait battu aussi crânement de la grosse caisse autour d'une affaire. Naïvement, simplement; emballé par sa propre littérature, grisé de couleur locale, le bon Eugène Féraud avait changé en cimbales le cuivre raffiné sorti des mines hypothétiques de Sierra-Fuente.

— € Bravo 1 En avant la musique disait Vérignon. Et suivez le monde I » -* >

Il lisait et relisait le rapport qu'on allait insérer, avec d'autres articles de M. Féraud, -dans le journal financier l'Or Chilien, spécialement fondé pour le lancement de l'afiaire des Mines, et le financier s'étonnait lui-même des ressources de pittoresque, de cette splendeur d'adjectifs qu'en sa candeur, le romancier avait jetés à poignées comme de la poudre aux yeux — de la poudre d'or I... :\

— Ah I vous avez écrit là une maîtresse page, mon bon Féraud I

— Oh î oh I répondait l'autre modestement, ses joues se teintant de rouge à côté de sa barbe grise : Je n'ai fait que rédiger vos excellentes notes, monsieur Vérignon, et celles de M. Paludet. Seulement, voilà : je les ai revêtues de toute la magie du style... Ça trompe, le rtyleî

— Si ça trompe?... Heureusement I .. . murmurait Vérignon entre ses minces lèvres de diplomate retors.

Ce n'était pas une plî^cA & l'Institut que ce c style

magique » devait assurer à Eugène Féraud, mais un banc à la correctionnelle. Le malheureux faillit tomber assommé par un coup de sang quand, dans son beau bureau tendu de vert, avec des belles cartes topographiques du Chili et le plan des Mines de Sierra-Fuente sur la muraille, uu commissaire de police entra, mettant la main sur les livres de la Compagnie et montrant à M. le Secrétaire Général un mandat d'amener où ses nom et prénoms étaient inscrits : « Féraud (Eugène- Philippe). »

Comment 1 onTarrêtaif, lui, le secrétaire général?... Et de quel droit?...

Qu'est-ce qu'il avait fait?

Que se passait-il donc?

M. Vérignon était déjà en route pour Mazas, assis entre deux agents, dans un fiacre. Paludet devait aller le rejoindre. Cet éboulement imprévu assourdit, hébéta Féraud comme une chute dans un précipice. Il lui semblait qu'il tombait dans un regard d'égout. Lui, à Mazas ! Il se demandait si ce n'était pas une stupide plaisanterie.

Pourquoi, à Mazas? La justice avait de ces égarements dont on avait même fait, — au beau temps des œuvres d'imagination, — des romans historiques et des mélodrames judiciaires, CaUn, Lesurques^ la Pïe voleuse! Eh I bien, il était aussi innocent, aussi profondément innocent que la servante de Palaiseau. Il ne s'inquiétait même pas du résultat de la méprise. 11 savait que l'innocence est éternellement reconnue au cinquième acte. La sienne éclaterait publiquement devirnt les juges.

itë NORIS.

Il disait à Noris, éperdue, dç prendre patience. Lors* qu'on venait l'extraire de sa cellule pour le mener chez l'expert en écritures qui examinait, comme à la loupe — entomologiste des acarus de la finance -^ les livres de la Compagnie de Sierra-Fuente, il répétait aux policiers, à l'expert : « Il y a erreur I Vous verrez qu'on reconnaîtra qu'il y a erreur I » Il dormait, disait-il, sur les deux oreilles. A Mazas, il s'était mis à écrire un nouveau roman, inspiré par les dernières lectures qu'il avait dû faire sur le Chili et les Chiliens.

— Ne te chagrine pas, disait-il i sa fille. Je sortirai de tout cela l'honneur sauf... et j'en sortirai avec un beau livre!... JDona Jlermosa... C'est un joli titre! Ce sera le pendant de mon début : Dinorah ou les Flibustiers I,„ Dinorah^ un livre qu'on avait comparé i Fenimoreî... C^est vrai, ça I...Ehl bien, //^rm<wût sera mieux!

Et il contait à Noris, dans le parloir, les péripéties du roman futur. Il demandait ce que les journaux dî* saient de son arrestation.

— Ils ne me soupçonnent pas, j'espèret

— Non... non... je te jure!

— Mais ils parlent de moi?

— Oui, ils en parlent.

-— Pourquoi ne me les fais-tu pas lire?

— A quoi bon?

— Eh! à quoi bon? Ça épcronne, ça soutient. Je n*ai rien à craindre ; je sais bien que je n'ai rien fait du mal.- ni Vérignon, non plus, j'en suis sur.'., il y a méprise... Mais, malgré tout, je voudrais être certain que nous avons une bonne presse!

NORÎS. Î7

Elle lui apporta, à la fin, quelques rares journaux faYorables à Tauteur du Serpent Rouge, Il fut touché. On dcmnait, dans une chronique, sa biographie. On eût presque donné son portrait s'il avait eu jadis la précaution de poser chez un photographe.

— Est-ce drôle, hein, Noris? disait-il. Je publie cinquante volumes : t'is ne parlent pas de moi ! On me mène à Mazas : tls écrivent ma biographie I C'est bien drôle, tout de même, c'est bien drôle !

Il avait d'ailleurs gardé le journal. A sa première sortie il ferait une visite au reporter. Le journaliste était d'autant plus aimable que Péraud ne le connaissait pas. On a, comme cela, des amis qu'on ignore.

— Allons, allons, répétait le pauvre homme, il y a encore de bons garçons I

Il était si confiant, si profondément rassuré sur rissue du procès qu'il avait fait partager son calme naïf à Norls. Elle ne connaissait rien à toutes ces combinaisons financières et elle avait vu avec effroi son père entrer dans l'aflaire des Mines de Sierra- Fuente. Mais, en somme, Vérignon n'était pas un coquin et Eugène Féraud était un honnête homme. Il ne pouvait y avoir là qu'un malentendu. Une ordonnance de non-lieu allait tout terminer, un jour ou l'autre.

C'était ravis de Féraud. «Je dors tranquille, voiS-tu, Noris, je dors tranquille. Une bonne conscience est un bon oreiller, même à Mazas... surtout à MazasI » Il s'abandonnait si complètement à son optimisme qu'il apprit sans nul effroi son renvoi devant la 8* chambre. Ehl bien, quoil Gela valait peut-être

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