VORIS
g] es d'insomnie, allait rouler dans sa barbe grise!
Les surveillants étaient là, serrés dans leurs tuniques certes à boutons blancs, coiffés de casquettes de cuir qu'ils n'ôtaient pas, et ils laissaient, pendant la demiheure réglementaire, ce père causer avec cette fille, l'écouter plutôt ou pleurer avec elles, tandis que, parfois, par la fenêtre ouverte derrière le parloir, Noris apercevait les promenoirs où, solitaires, entre deux murs de cailloutis bruns, les prisonniers^ se promenaient par delà les jardinets où les gardiens cultivaient des légumes... Des maisons hautes, des maisons où l'on était libre, apparaissaient au loin, là-bas, se découpant sur un bout de ciel libre, par dessus les murs de Mazas. Noris avait envie d'aller se loger dans une de ces demeures et d'y rester, à quelque fenêtre, guettant de loin, de loin tâchant de voir son père... Cet horizon de liberté, d'air, de ciel encadrant l'espèce de boite où le malheureux était enfermé, donnaità la jeune fille des envies de pleurer, et elle s'arrachait à ces entrevues, le cœur gonflé, ne pouvant plus rien dire
— Adieu I Au revoir î
La porte de la cellule s'ouvrait et se refermait sur le père ; elle descendait, au hasaid, l'étroit escalier qui, des parloirs du haut, la ramenaient au rond-point de sortie. Elle se trouvait dehors sans savoir comment. Elle jetait un dernier coup d'œif à ces murs de rondes troués de lucarnes carrées qui, la nuit, s'allumaient comme des yeux et s'éteignaient à l'heure règlement taire, et elle tâchait encore, dans ces ouvertures de cellules, de deviner celle par où le jour tombait sur. le
crâne de Féraud, qui sanglotait sans doute^ la tête en* gloutie dans ses mains, au moment même où eile essuyait ses yeux, gonflés de larmes, pour que les gens de la rue ne la vissent pas pleurer. Qu'avàit-elle à pleurer puisqu'i/ était innocent?
Et c'était jusqu'au lendemain I... De cette prison, Noris emportait comme une amèrejoie. Elle Tavait Tul Elle lui avait parlé I Elle lui avait, dans un souffle, entre deux étouôements de sanglots, répété quelque mot d'espoir. Elle s'habituait à cette vie. Dans l'écroulement de ses confiances, elle avait un but encore: Mazas, et toute son existence, qui s'écoulait, quasi, végétative, délabrée et muette, au logis de la rue Brochant, tenait dans une de ces cellules de la prison aux murs de caillasse rousse, i'* division, n® 4S.
Noris revenait souvent à pied de ces visites, se harassant de fatigue pour tâcher de trouver, le soir, le sommeil qui la fuyait. C'était comme une lutte entre elle et son esprit hanté de visions maladives où le prince de Chantenay passait aussi souvent que Féraud. Depuis la condamnation de son père, la jeune fille avait la fièvre.
— Il faudrait vous soigner! répétait Victorine. Dinorah haussait les épaules :
— A quoi bon?
Elle eût voulu s'endormir et ne se réveiller jamais. Si le père n'eût pas vécu, elle eût voulu être morte. A dix-neuf ans, la vie l'accablait déjà! Elle en avait le dégoût, la nausée.
Le silence inexplicable, navrant, presque insultant
de M. de Chantenây ajoutait une tristesse morne au cœur de Noris. Elle n'y voulait plus songer, ne pensait qu'à son père, et pourtant la disparition de ce prince qu'elle avait si intimement mêlé à ses rêves l'accablait. Elle s'était habituée à compter sur lui. II lui en coûtait de s'arracher du fond de son être cette illusion qui était plus qu'une chimère, qui était déjà un amour.
Elle remontait, un soir, vers la maison- des BatignoUes^ le pas alourdi comme les êtres qui traînent une douleur, lorsqu'en passant par une rue, dont machinalement elle déchiffra le ndm, rue de Florence, et en regardant à la porte d'une grande maison neuve une longue file d'équipages elle aperçut, presque par hasard, sur un coupé, les armes mêmes de Chantenây, le marteau d'or avec la devise : Moult Fier mult fierti
Noris, instinctivement, examina cette maison vaste d'où sortaient, enveloppés dans leurs fourrures, comme d'une salle de concert, des hommes élégants et des femmes, remontant en hâte dans la voiture qui attendait. C'était un établissement d'hydrothérapie, la maison du docteur Sierck, le grand adversaire des anémies et des névroses : tout Paris avait passé par ses étuves.
Le prince de Chantenây était donc làî Si Dinorah voulait le voir, lui demander pourquoi, dans sa détresse morale, elle n'avait pas eu de ses nouvelles, elle n'avait qu'à l'attendre. Arrêtée machinalement, elle relut une fois encore la vieille devise ; puis, mal à l'aise sous les yeux de ces cochers qui causaient entre eux, gros et forts, s'amusant drôlement des ataxies de leurs
ttS HORIS.
maîtres, elle s'éloignait lorsque, la tête encore une fois tournée vers la porte d'entrée, elle aperçut le jeune prince qui sortait, le coUetde loutre relevé et s'arrêtant au seuil pour allumer un cigare.
Le mouvement instinctif qui arrêta Noris, pui? la poussa d'un pas vers René, fut plus fort que sti réflexion. Elle se trouva toute droite devant le prince comme 9i elle Teùt guetté au passage, et lui, la saluant, souriant d'un air embarrassé, dut être persuadé qu'elle l'attendait, sachant qu'il était chez le docteur Sierck» et postée là.
— Mademoiselle Féraud ! dit-il assez étonné et ennuyé.
Il s'était arrêté à son tour, machinalement, devant ces équipages où son cocher, qui l'apercevait, rompait la file pour s'approcher*
Le sourire esquissé, il i^outa, voulant être aimable :
— Vous avez à me parler?
— Oui, dit-elle, puisque le hasard me met sur votre chemin.
-^ Le hasard?
— C'est en passant que j'ai m votre coupé, vôê armes. *«
-^ Ah ! dit-il en la regardant de c6té, de ses yeuit pâles.
Il la trouvait bien jolie, très jolie, le manteau serré à la taille^ tout à fait exquise dans ce noir, avec son fin visage blême.
Le coupé s'approchait du trottoir.
*— Suivez! dit le prince au cocher... Cela vous eat égal que nous marchions un peu? demanda*t-il à Motls»
£t, côte i eôte, tandis que le coupé remontait an pas, très doucement, vers le parc Monceau, René, à cAté de Noris, allait, examinant en amateur cette jolie fille qui, nettement, lui demanda tout à coup :
— Je vous ai écrit, pourquoi ne m'avez- vous pas répondu?
— Mais, chère mademoiselle...
Il cherchait une phrase, . évidemment, une raison quelconque»
— Vous savez que mon père est innocent? dit elle.
— J'en suis persuadé.
Il s'inclinait correctement comme si, dans un salon, on lui eût parlé d'un fait à peu près indiflférent qu'il n'eût point voulu se donner la peine de contester.
— Ehl hien, prince, demanda Noris, qu'est-ce qu'il faut que je fasse maintenant?
René, tout en marchant, la regardait avec un étonnement sincère.
Elle, l'interrogeant, l'enveloppant de ses grands yeux de tzigane, agrandis encore par l'angoisse, mesurait ses pas sur les siens et scrutait le sourire figé du prince, considérablement ennuyé de cette rencontre. Toujours correct, le clubman s'efforçait, d'ailleurs, de ne rien laisser deviner de son ennui.
— Écoutez, dit Noris, je comprends que vous ayez hésité à me répondre; mais si j'ai eu l'audace de vous écrire, c'est que je m'y croyais autorisée par des conversations, des confidences qne je n'ai pas oubliées... Je ne connais personne à Paris, moi, Parisienne... Je vous jure que je n'ai d'espoir qu'en vous. Eh I bien, ce
fil NORIS.
que je vais vous demander, dit-elle gravement, c'est un arrêt de vie ou de mort 1
— Votre arrêt?
Il avait beau être mal A Taise, gêné par cette franchise de la belle âUe lui plongeant son regard au fond des yeux, sa gouaillerie habituelle lui faisait venir à l'esprit un mot méchamment railleur. Un arrêt, c'était de l'acharnement^ chez Noris. Elle n'avait donc pas assez de celui de papa?
— Vous m'avez dit que je n'avais pas d'ami plus dévoué que vous î
— Oui, fit René... Un soir, chez Vérignon, je m'en souviens fort bien.
Il se rapprochait d'elle, instinctivement, tout en marchant, son bras droit frôlant le bras de Noris et sa main gantée cherchait presque à s'appuyer sur ce bras féminin, par une sorte d'habitude de galanterie banale, pris à ce charme aussi de Texquise fille.
— Je vous l'ai dit, et voulez-vous que je vous le répète encore? fit-il doucement, sa voix prenant des langueurs étudiées de soupirant de théâtre.
Elle l'aimait trop pour sentir tout ce qu'il y avait de Êactice dans ce roucoulement d'habitude, sorte de ronron de Tamour que ce roué de vingt ans recommençait pour toutes les femmes. Cette voix baissée, la caressant tout bas, lui faisait retrouver tout à coup des espoirs, ks chères confiances de ses rêves.
Ils avançaient ainsi, montant les rues, coudoyés parfois sur ce trottoir où Dinorah ne voyait que lui, et, oubliai. t les passants, la rue» ce coupé qui les suivait»
»e sentait rapprochée du prince comme en un téte-àtête.
— Bhl bien, si vous êtes Tami dévoué que vous disiez... si vous me gardez cette affection promise. . prouvez-moi qu'elle est toujours ce qu'elle était avant cette affreuse aventure!
— Que voulez- vous que je fasse?
Il le savait bien. Elle ne lui demandait rien qu'il n'eût redit vingt fois. Des protestations de dévouement conduisant à des demi-aveux. Des phrases de romance enveloppant chez lui les brutalités du désir.
Noris s'y était laissée prendre, et, comme on lui disait qu'on était tout à elle, à elle du fond de Tâme, elle s'abandonnait à la joie d'aimer celui qui lui disait cela. Elle trouvait tout naturel, étant frappée, de s'adresser à René comme elle eût trouvé tout simple qu'en un péril, il ' vint à elle si elle eût pu, la pauvre fille, protéger ou défendre un prince de Chantenay.
Oui, elle en appelait de l'arrêt des juges à l'amitié du prince ; l'appui qui manquait à son isolement, elle le demandait tout naturellement à ce grand seigneur qui. connaissait à la fois Vérigjion et Féraud, et pouvait témoigner de l'innocence du condamné...
Et lui, enchanté d'entror plus avant, par ces confidences nouvelles, dans l'intimité de la jeune fille, et ennuyé aussi de cette tuile qui lui tombait au sortir de la piscine du docteur Sierck, prenait alors un ton grave, quasi-paiernel, voilait sa retraite et son refus sous des conseils chargés de sagesse.
Il fallait bien que Mlle Féraud réfléchit pourtant à
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une chose, sainement, posément : c'est que la sentence prononcée contre Eugène Féraud modifiait singulière ment la position de la jeune fille.
— Parlons raison, le vous ai promis mon appui. Je vous le promets toujours... Mais aujourd'hui n'est pas tout à fait hier et...
— C'est vrai, dit Noris, je suis plus malheureuse que que je ne Tétais hierl
— Votre père est innocent, je le sais, j'en suis persuadé... persuadé tout à fait, mais enfin...
1/ hochait la tête, répétait avec une visible affectatioK de gravité cet : Enfin! enfin!
-- Enfin, interrompit brusquement Noris, vous allez me dire que tout le monde n'est pas forcé de croire à son innocence? C'est parfaitement vrai. Mais ce n'est pas à moi, sa fille, qu'on osera le dire tout haut ou qu'on pourra même laisser soupçonner qu'on le pense I II est innocent, absolument innocent, il est plus qu'innocent, il est martyr I Ah! je le prouverai 1
— Comment? dit le prince.
Il s'était arrêté du coup, la regardant en face.
— Tout n'est pas fini, dit la jeune fille. Il y a des appels contre ces sentences !
— Parfaitement. Je ne suis pas très ferré sur les mœurà dès tribunaux, mais je sais... je sais...
— Ce jugement-là sera cassé.
— Tant mieux I Je le souhaite de tout mon cœur!
Il s'intéressait à ce que lui disait Noris tout juste autant que l'eût exigé la politesse, si la pauvre enfant, au lieu d'être une amie qu'il rencontrait, eût été une de
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ces solliciteuses dont parlaient les laquais de Thôtel à» Dhantenay. Cet entretien, depuis le début, lui pesait eA somme. Ces confidences ou ces plaintes ne pouvaient aboutir à rien. Voilà maintenant qu'elle lui demandait de l'aider dans les démarches à faire devant la coui d'appel I... Quelle idéel C'était au moins bizarre. Mais il n'entendait rien à ces démêlés de tribunaux, absolument rien. Il détestait les procès, la chicane. Les Beaumartel de Chantenay se vantaient d'être d'épée et non de robe, et les magistrats n'étaient jamais entrés daas la famille. Il n'avait au Palais ni tenants ni aboutissants. Qu'elle ne comptât point sur lui. D'ailleurs l'innocence est toujours certaine de triompher; on ne voit d'erreurs judiciaires que dans les mauvais romans ou les drames démodés. Et à ces consolations, où le ba^ goût du Parisien se mêlait à la politesse froide de l'homme du monde, Noris peu à peu trouvait elle ne savait quel accent d'ironique dédain Elle avait l'impression de quelque chose de glacé qui lui tombait sur les épaules avec la banalité de ces paroles : ce Patience..., courage..., résignation... »
De la résignation? Elle? Devant cette criante et navrante injustice? La fille de ce pauvre ignorant conduit à la correctionnelle comme un mouton à l'abattoir, accepter sans cris et sans luttes une aussi atroce iniquité? Mais pour qui la prenait le prince de Chantenay? Il ne savait donc pas qu'il y a de l'honneur bourgeois comme il y a de l'honueiir titré, ou plutôt qu'il n'y a pas deux honneurs, et que la fille du noir* cisseur de papier ne se résignerait pap plus à cette
honte que le fils du général prince de Chantenay ne se résignerait à un aOront?
Elle ie quitta sur cette révolte de sa confiance déçue devant la politesse un peu trop dédaigneuse de René. Lui, monta dans sou coupé, disant au cocher : « A l'hôtel I » Et, pendant que la voiture l'emportait vers le parc Monceau, il se rappelait, avec un certain petit frémissement sensuel, la grâce de ce joli visage pâli, l'ourlet de l'oreille sous les cheveux noirs, l'ardeur de ces yeux, l'attraction irritante de ces lèvres.
— J'ai peut-être été trop carré 1 songeait le prince, j'aurais dû lui faire croire que je m'intéressais plus que ça au père!...
Noris avait envie de pleurer en remontant, avec cette illusion de moins, vers le logis de la rue Brochant. Elle n'avait pas trouvé chez René l'élan de cœur qu'elle attendait. Il lui avait parlé, de temps à autre , malgré sa politesse , presque comme à une étrangère. Il ne pouvait pas croire, cependant, que la condamnation du pauvre père fût méritée I II le connaissait, lui, il connaissait Féraud !
Pourquoi n'avait-il pas répondu tout de suite, dans un cncrainement de pitié dévouée, à cette prière? Comment n'avait-il pas dit, — et elle les attendait pourtant, ces paroles : — « Tou^i ce qu'on pourra faire pour votre père sera tenté! »
Elle était si désolée, l'écrasement de tout son être peint sur sa figure^ que la vieille Victorine lui demanda, lorsqu'elle rentra :
— Qu'y a-t-il donc encore, mon Dieu? .
— Rien Ce qui devait arriver arrive. Quand on est malheureux, on n'a plus d'amis, voilà tout.
Elle avait mis cependant tant d'espoirs sur cette affection du prince de Cliantenay ! Elle n'avait pas assez réfléchi, sans doute. Elle se laissait aller, aller, dans ses songeries déjeune fille, à penser à lui, sans se dire, ce qu'il fallait tout de suite qu'elle se dit : qu'ils n'étaient pas du même monde, qu'un amour entre elle et lui était impossible. Eh! oui, impossible! Mais elle Taimait I
Et c'était maintenant, dans l'amertume de sa déception, qu'elle sentait quelle l'aimait. Cet amour ignoré, ignoré ou étouffé, la douleur lui en apprenait, avec une vivacité cuisante, qu'elle en était la force réelle. Elle était heureuse autrefois, quand elle allait chez Vérignon, parce qu'elle espérait qu'il serait là. Une soirée passée à l'écouter était une de ses joies. Elle emportait, en se les répétant tout bas, ses paroles qui lui semblaient si douces, si douces dans leur nouveauté troublante.
Le petit prince 1 Le petit Chantenay ! Quand on parlait de lui, autour d'elle, on avait des pâmoisons sur son élégance, sa séduction, ses façona même de s'exprimer. Elle le trouvait, en effet, charmant, sans analyser rien, simplement, parce qu'il lui plaisait. Oui, elle l'aimait. Elle se le répétait maintenant encore, le front collé à la vitre, contemplant ce square que la nuit tombante enveloppait comme d'un voile gris.
DebDut, Noris regardait devant elle,, accablée, se disant que, puisque le prince ne lui venait pas en aide
'.î'était à désespérer : personne, personne ne viendrait à son secours. Et elle ressentait une affreuse impression d'abandon qui grandissait dans la trist:sse de ce crépuscule. L'ombre tombait sur le square désert où les arbres dénudés se hérissaient au-dessus des barres reotilignes de la grille. Derrière, des lueurs de maisons lointaines s'allumaient; une fumée de locomotive montant du fond de la tranchée du chemin de fer, s'évaporait dans le gris du soir, et le sifflet des trains qui emportaient loin de Paris ou apportaient au gouffre^ des voyageurs entassés. Alors il prenait à Noris des envies de fuir, des appétits de départ vers des solitudes. Ce qu'il y avait de strident en ces coups de sifflet réperonnait comme un appel. Et comme elle eût quitté Paris où elle se sentait affreusement seule et perdue, comme elle l'eût abandonné avec une joie de folle si elle avait eu avec elle ce père arraché à elle et enfermé là-bas î
Ainsi, il ne fallait plus compter sur M. deChantenay. On lui eût dit cela deux jours auparavant, à Noris, elle ne l'eût point cru. Elle ne le croyait pas encore. Peut-être dans cette attitude qui l'avait surprise, navrée, y avait-il plus de gêne que d'indifférence. Elle se rappelait qu'après tout il avait voulu être aimable. Un moment elle avait senti, cherchant sa main, la main du prince. Elle tâchait de se r-ippeler les derniers mots qu'il lui avait dits. Ce n'était pas un adieu sec, c'était une consolation. Elle s'en souvenait maintenant. Ne pouvait-elle /point s'être méprise sur le sens de cette résignation que lui prêch^^it M. de Chantenay?
Lorsqu'il avait dit : « Courage! ^ peut-être voulaitil ajouter qu'il n'abandonnerait pas Eugène Féraud.
Noris coupait ainsi d'espoirs soudains, sa réflexion désespérée, puis elle s'en voulait à elle-même de croire encore à quatque espérance nouvelle. Ah I entête ment de sa «onflance et persistance de sa foi!... Elle Taimait, oui, elle raimait.donc bien pour croire en lui, alors même qu'elle l'avait vu hésiter devant le service qu'elle réclamait de son dévoueiuent?
Elle fut heureuse, heureuse à pousser un cri de joie éperdue, lorsque, le lendemain, Victorine étant allée ouvrir au coup de sonnette, la vieille femme reparut toute pâle, annonçant M. le prince de Chantenay. Elle dit même « Monseigneur », la pauvre Victorine, ou plutôt elle ne dit rien, n'acheva rien, balbutia « Mons... Mons.*. » et Noris entendit tout, devina tout. Elle t'était levée de la chaise où, assise devant son petit bureau, elle écrivait à son père, et, frémissante de saisissement joyeux, elle s'avançait vers' René lui tendant les deux mains, le saluant comme d'un cri :
— Voulez-vous que je vous dise? Je vous attendais!
— Vrai?
— Vrai!
~ Vous aviez deviné que j'allais venir?
— J'en étais sûre!... Je ne pouvais pas croire que vous me laisseriez seule après mes confidences d'hier!
— Ah! n'est-ce pas?... Vous aviez raison, Noris! Et depuis hier, je n'ai pensé qu'à vous. ^
— Et à lui?