‹ NormaChapitre 25 sur 55 · ACTE 11, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE I

NORMA . * Moi, je t'aime encor quand je songe à mes fils, Quand je songe aux périls de ces tendres victimes, Oui, je sens que je t’aime et pardonne à tes crimes. Ne me donne ton nom que par amour pour eux ; Epouse, amante, esclave, esclave si tu veux.

Emmène avec tes fils leur mère qui t’implore, Et qui te bénira quoiqu'’elle pleure-encore.

| POLLION

Ce serait contre Rome armer trop de combats.

Tu refuses... Mes fils, je ne les suivrai pas?.… POLLION.

Mon devoir.

Le premier n'est-il pas d’être père ?

POLLION

Je veille à leur bonheur.

En leur ôtant leur mère ! !

Je prévois quel bonheur les attend près de toi. | POLLION.

Je crains tout des Romains.

, NORMA. | Ne crains-tu rien de moi?

Après le sacrilége il reste encor des crimes. POLLION, cessant de se contraindre.

Si le crime a tissu des nœuds illégitimes, Qu'il les brise.

| | Pars donc, maudit par mon courroux !

Tremble. | .

POLLION

Je n’ai tremble qu’en m'unissant à vous.

CRT

Ah! pour la redouter tu veux voir la vengeance, Lâche , indigne Romain, tu la verras.

POLLION

Démence!

À qui dois-tu le jour, ta gloire, tes lauriers ? Quelle voix jusqu'ici maitrisa nos guerriers ! Tu n'es rien, »j ai tout fait.

POLLION

Satisfais donc ta rage ;

Avant d'y succomber, je suis las de l'orage.

Que vous servent vos dieux et vos enchantemens,

Si, recueillant partout des germes de tourmens , Vous n’arrachez du ciel qu’un feu qui vous consume? Dois-je dans tous vos pleurs m ’abreuver d'amertume? Pensez-vous qu’un soldat soit fait pour écouter Quelques ordres d’un dieu qu’il vous plaît d'inventer, Et pour s'entendre dire, après chaque victoire,

Qu'il doit à votre oracle une part de sa gloire?

Eh bien! si c’est à vous que ma gloire appartient, Vengez-vous, retirez la main qui me soutient, Irritez les Gaulois, poussez les contre Rome ;

Dans les mains d’Irminsul placez un glaive d'homme ; Pour repeupler vos rangs dépeuplez vos tombeaux, Mettez vos dieux de garde autour de vos drapeaux, Et voyons si vos dieux, grossissant la tempête, Jetteront sur mes pas un écueil qui m'arrète.

(I sort).

Page 1