VIEILLE SORBO^^E
CIIAPITRE I
On a longtemps confondu, diins l'iiistoire de nos anciennes institutions, on confond encore aujourd'hui la Soi'l)onne avec l'Université, surtout avec la faculté de théologie. C'est quelquefois un honneur qu'on lui fait, plus souvent un toi't, tort d'autant plus grave que l'injustice est presque toujours doublée d'une inexactitude. Avec l'Université, la Sorbonne entretenait pour le collège qui relevait de sa direction des rapports de déférence officielle. Ses liens avec la Faculté de théologie étaient plus étroits : elles siégeaient dans des assemblées communes. Mais elle a toujours eu son existence distincte, son caractère propre, marqué dès l'origine, et qui, jusqu'à la Révolution, s'est fidèlement perpétué.
Un des derniers Sorbonistes, l'abbé Morellet, qui écrivait, sous la Restauration, à un moment où le voca-
bulaire anglais était en faveur, l'appelle un club, et voici comment il justifie sa définition : « Les avantages de l'établissement consistaient dans le logement. Ajoutez une église, un jardin, des domestiques communs, une salle à manger et un salon échauffés aux frais de la Société, deux cuisiniers, les ustensiles du service, comme vaisselle, couverts, payés et fournis, une riche bibliothèque, tous les moyens de travail' ». Au XVII*' siècle, dans la langue noble de Balzac, Réméré la salue du nom de Prytanée*. Tout près des origines, ceux qui l'ont vu fonder l'appellent simplement, comme Robert son fondateur, riJotellerie ou la Communauté des pauvres maîtres étudiant en théologie. Mais, sous cette désignation modeste, il n'est personne qui ne reconnaisse que, le jour où elle a été créée, il était né quelque chose de nouveau et de grand, imiaitatum aliquid et grande. « Se peut-il, s'écrie Estienne Pasquier, que les prélats et les grands seigneurs aient laissé à un simple chanoine l'honneur d'une telle architecture^? »
Il en était resté autour du nom de lîobert comme le rayonnement d'une légende. INé en 1201, quatre pays, le Sénonais, l'Artois, le Soissonnais, le Réthelois, se disputaient l'honneur d'avoir été son berceau^; et, cent
' Mémoires, 2"(''dit., 18'2'2, t. I, i-. I, p. S à lU.
- Hémérc, Sorbonœ oriijines, disciplina, viri ilhislres, cap. XIII.
^ Les Recherches de la France, IX, 15.
* Qua parle Galliaruni posilum sit Sorbo7iium in quo primum illc Iticeni nspe.ril, nondum apud nos cerlo conslilulnm ; nam Sorhonium in agro cal Scnonensi, cl Stiessioncnsi et Relliclcnsi, quarlum deniquc in Atrebalcnsi Comitalu. (lléinéré, XX, f" 149.) Un texte de Robert a pu motiver ou entretenir cette incertitude. Dans un passage du Traité sur les trois journées (De tribus dietis], il parle des lieues des Ardenncs et des lieues de Rourgogne comme d'étapes qui lui sont également familières, leiice non magmv, sicut ilLv de Buryitndia vcl Ardcnnia (Bibliotli. nat.,
LA SORBONXE DE RODERT. 5
ans après sa mort (1274), on lui prèle une naissance illustre'; il est pris pour le IVère de Louis IX, Robert d'Arlois^ Les faits les plus avérés de son existence mettent l'imajiination en éveil. Arrivé à Paiis sans un sou vaillant, il possède, au mouKMit <tù il institue sa communauté, plusieurs maisons dans divers quartiers, il a des rentes sur d'autres; il l'ail pres(|ue d'égal à égal des échanges d'immeubles et de iwenus avec saint Louis, et marche vêtu — Joinville le lui reproche — d'un plus riche camelin (|ue le Roi. Champenois d'origine, car aujourd'hui son lieu de naissance n'est plus un problème, et fils de vilain et de vilaine — nous enijjrunlons encore le mot à Joinville, — il est l'ami du médecin de la reine Marguerite. Rien plus, à peine est-il entré à la cour (pi'il devient le familier de saint Louis '.
A la cort dol Roy
Cliascuu est por soy
A la cort mal besonliiera Qui nul ami ni aura.
répète-t-il souvent dans ses écrits, et il s'est appliqué à
Mss, fonds latin, 11S85, f" 130. — Cf. lî. Ilauréan. do l'Inslilul, yotices et extraits de quelques 7nanuscrils latins de la Bibliothèque nationale, t. III, p. 252. — Iléniéré adopte pour Iiii-mènie l'origine du Rélhelois : Sorboninm in agro Rethelensi non procul ah Axona. (Histoire de la Sorbonne, Miscellanccs, VI, f' 524., Bildioth. Arsen., Mss, 1228.)
* Marguorin de la Bigne, Maxinia Bibliothcca vetcrum patrumet antiquorum scriptoruni Ecclesiasticoruni, t. XXV, p. 54G. — Cf. abbé Vellv, Histoire de France, t. VI.
- ... Quum Sorbona ante annos circiter quadringenlos, puia anno 1252, à Roberto, divi Ludovici Régis fralre, fucrit in-stituta. (G. J. Vossius, De viliis sermonis, lib. XXXIII, p. 48.) — Cf. Genebrardi chronica, p. 047. et Vigneul-Marvilie. Mélanges d'histoire et de littérature, t. II, p. 221).
^ Accituni statim agnoscit Ludovicus, diligit, amat, amplectitur. (Héméré, Miscellanées, déjà cit., f' 52-4.)
lui-même tout le premier le conseil de ces deux proverbes. Saint Louis le comble de prévenances et de faveurs. Un jour il le met aux pi'ises avec le sénéchal qui a l'humeur railleuse, le provoque à la riposte sur une question presque personnelle — celle de savoir lequel vaut mieux de prud'homme ou de béguin (c'est-à-dire dévot) ; — et quand il le voit en danger d'être battu, il prend parti pour sa prud'homie contre Joinville avec bonne grâce: « Maislre Robert, je voudrais bien avoir le nom de prud'homme pourvu que je le fusse, et tout le reste je vous le laisserais; car ce nom de prud'homme est si grand'chose et si bonne chose que, même à le prononcer, il emplit la bouche'. » Témoignage plus expressif encore : simple maître de théologie, chanoine obscur de Cambrai, il devient chanoine de Paris, « premier mets de sa haute fortune », dit Pasquier. Le Roi en fait enfin un de ses clercs ou chapelains, mieux encore, un des « principaux utils de sa conscience" :», son confesseur"'.
D'où lui est venue cette haute fortune? Les écrits qu'il a laissés, TraiUh et Sermons, n'ont rien de littéraire; la langue en est incorrecte et fruste. Mais deux traits les distinguent, qui maintenant encore ne laissent pas de lui constituer une véritable originalité. On a pu
* Mémoires de Joinville, édif. de VVaillv, § 52. — Cf. § 50, 51, 55 h 58.
- Les Recherches de la France, déjà cit., IX, 15. — Cl'. Ilcméré qui, après avoir appelé Robert Rcyis conscientiie modcralor cl confessionum audilor, ajoute : sumpserat Ludovicus arçiumculum qii.rstionis e libella Rohcrli « de Confcssione » quo ita ille : Item confcssor qnœrat : Amice, velles esse leprosus peccator? — ^on. domine, pro tolo mundo. (Cap. XX, r 151.)
^ D'après la chronique, en 1268, il fut un des trois chanoines délégués par le chapitre de Paris auprès de saint Louis pour préparer l'élection du successeur de l'archevêque Reginald. (Gallia christiana, t. VII, col. 108.)
dire qu'une page sortie de sa main se reconnaît entre mille'.
Rohert est un moraliste. Ses opuscules ont pour objet la Comricnce, la Confemon, les Troh Journées ou le Chemi)i du paradis'. Sous des titres divers, c'est le même fond''. Les deux premiers opuscules se faisaient même vraisemblablement suile l'un à l'autre, et le troisième a plus d'un rapport (exiuel avec le premier. Ce n'est point par la fécondité ni par la variété que Robert brille. Il se répète, il se copie. Nous connaissons au moins quatre reproductions presque identiques des Trois Journées. Mais ces répétitions mêmes contribuent à mettre en lumière la direction de sa pensée. « De quoi servent, disait-il, la littérature et les doctes leçons de Priscien, d'Aristote, de Justinien, de Gratien, de Galien, d'Hippocrate et des autres parchemins, si vous n'avez pas d'abord effacé de votre cœur la littérature de mort? » Cette phrase tirée de la Conscience pourrait servir d'épigraphe commune à tous ses écrits. Ils sont solides et de pratique, écrit justement Fleury ; ils ne tendent qu'à l'utilité des âmes* : science et beauté n'ont point de prix pour lui sans la vertu. De même les Sermons. Ils révèlent plus de piété que de doctrine. L'un des plus impoi'tants traite du mariage". Robert
* Hauréau, Notices et e.ilraits, déjà cit., t. V, p. 58.
2 Voir de la Bigne, Mn.rima Bibliolheca velcriun patrum, t. XXY, p. 546 et suiv. M. Félix Chambon, étudiant de la Faculté des lettres de Paris, prépare en ce niouient, sous la direction de M. Langlois, maître de conférences, un texte du traité de la Conscience d'après les manuscrits scrupuleusement revisés. C'est la promièro édition critique qui ait été faite de cet opuscule et nous sommes heureux qu'elle soit due à un élève de la Sorbonne nouvelle.
5 Voir llauréau, Notices et extraits, déjà cit., t. III, p. 25(3.
* Fleury, Histoire ecclésiastique, liv. LXXXIV.
» Voir le texte dans Hauréau, Notices et extraits, déjà cit., t. 1, p. 187 et suiv.
honore le mariage, il le conseille, il le règle, il ne souffre pas qu'on en viole les conditions divines et humaines. En toute question son principal eiïort porte sur la nécessité de la vie intérieure et le devoir de l'exciter quotidiennement en soi'. Au témoignage d'un de ses premiers biographes, il excellait à sonder les cœurs \ Et comme il voyait, il parlait, fustigeant les mœurs de ses contemporains, le luxe des vêtements, le goût de la table, l'amour a des poches pleines », le cumul des bénéfices, l'usure. Dialecticien exercé, mais point casuiste, ignorant l'art des divisions et subdivisions artificielles et des périphrases captieuses, il va droit aux choses, sans ambages. « Je ne puis m'en taire, s'écriait-il, parce que c'est la vérité. » Il distinguait trois sortes et comme trois degrés de silence coupable : le silence à l'égard des négligents; le silence envers les caractères faibles qui oscillent entre le vice et la vertu; et le plus inexcusable de tous, le silence aupiès de ceux qui sont en péril de péché mortel. Avec ceux-là il élève la voix. Timide à l'ordinaire et facile à démonter — c'est saint Louis qui en fait la remarque en lui prêtant son appui, — il prend. dès(ju'il parle du bautde la chaire, une assurance que rien n'arrête. Sa sincérité rude et qui trahit la rusticité de son éducation première ne craint pas le détail saisissant, la description qui parle d'elle-même. Avec un fonds d'observation très personnel, il a l'imagination haute en couleur, l'expression savoureuse, parfois grasse, la verve populaire, des hardiesses de fabliau ^ Par un procédé qui n'est
* Quid prosunt hxc Iccla cl intellecla, nisi tcipsum legas et intellUjas? (De la Conscience.)
- De la Digne, déjà cit.
3 Acre ingenium, erudilio summa, sinyularis solertia, motus aplissimi, eloquentia popularis. (lléuiéré, Miscellanées, déjà cit., f° 329.)
chez lui qu'une façon d'entrer plus avant dans l'âme de ceux aux(|uels il s'adresse, il les traduit en scène, les met dans un dialogue pressant aux prises avec euxmêmes, les oblige à se découvrir, grand escrimeur en ses propos, dit Pasquier, prompt à l'attaque, vif à la riposte, incisif et gai'. 11 a par-dessus tout la haine de l'hypocrisie, l'horreur « des chauves-souris qui, selon l'heure, montient les pattes ou les ailes, de ceux qui avec les papelards disent onctueusement : priez pour moi, font le coq mouillé et contrefont la Madeleine, et qui le lendemain, en compagnie de Madeleine, se moquent des béguins, jettent la grande soutane ronde aux larges manches et revêtissent le manteau de brunete ouvert par devant et par derrière, serré aux hanches, à manches étroites et fourré de raie ». Il n'épargne pas davantage « les grands docteurs, les faux théologiens ([ui, tout le long de l'année, poussent leurs raisonnements et ne gagnent pas une àme à Dieu ». Même à la cour, il conservait ces impétuosités de franc parler, cette vigueur de remontrance familière; jamais, comme il disait, il ne hurla avec les loups \ On est autorisé à penser que c'est la reine Marguerite ({ui l'introduisit auprès de saint Louis, bien qu'il ne la ménageât pas toujours : elle l'avait « baleiné », suivant un autre mot discret et fm de Pasquier, avant que le Roi l'eût pris en affection ^
' Voir les Propos de maître Robert Sorbon, par B. Ilauréau (Mémoires de l'Institut, Académie des inscriplions et belles-lettres, t. XXVl).
" Joinvillœi narratio manifestai scilicet iiec fuisse Sorbonensis vere cundam illam et mendicum humilitatem qua se lacera centone infra dignilatem siiam in aula Régis incivilitcr abjiceret, nec eidem illam crpuisse tempestivœ reprehensionis libertatcm quacum aulicos ad eam modestiam adduceret qiiam Ludovicus ipse profiteretur . (Iléméré, XX, f" 150.)
^ Les Recherches de la France, IX, IT).
La confiance que ses conseils inspirent ne lient pas moins d'ailleurs, semble-t-il, à sa chanté qu'à sa clairvoyance. Sa malice champenoise était doublée d'un grand fonds de bonté'. Tandis qu'en public sa haute taille impose le respect, dans le privé sa voix douce insinue « pitoyablement » leconseil'. Le traité de /« Confession est plein de traits touchants. Sévère aux impénitents, il se montre tendre à ceux qu'a saisis le remords". ce J'ai entendu, écrivait-il, quelques-uns des plus grands pécheurs du monde ; mais je n'en ai pas entendu un seul, si grand pécheur qu'il fût, que je n'aie aimé après sa confession cent fois plus qu'avant*. » — « Que la bouche crie, dit-il ailleurs, mais que le cœur aime! » Saint Louis, qui n'estimait rien tant que la prud'homie de maître Robert, goûtait plus encore peutêtre son humanité^ C'est lui qui, lorsque le Roi était empêché, recevait les pauvres, leur lavait les pieds, leur distribuait les aumônes et leur donnait le baiser de paix.
Si l'homme perce partout à travers ses écrits, on n'y sent pas moins le maître rompu aux |)raliques de l'enseignement. Dissertation, dialogue, discours, toutes les formes dont Robert revêt sa pensée portent cette marque
' Uémcré, XX. — Cf. do la Bignc, déjà cit.
- Stalura... ad il'uinitatem apposita, vultus ehgans, modestus, vox suavis.... (Hémôré, Misccllanées, déjà cit., f° 529.)
^ Admiranda in consolando lenitas qua mnnsueta colloculione , velnt lenicnti emolUentique pliannnco inlcntaUis divinœ vindiciœ minas temperaret ne despcrarent incnsat. (Héméré, f" 14'J.)
* De la Confession : Maçjis eiim diligo post confessionem quam ante, quanlumcnmque cnormia dicat. — Cf. Je Chemin dn Paradis, Bihliolh. nat., Mss, fonds lai., n" 16505, f^ 221.
s Héméré, XX. — Cf. Miscellanées, déjà cit., f' 521 : Ludovico si facuUas non suppeleret, pauperibus aqnam et osculiim porrigebat, pecuniam distribuebat, pedes lavabat.... Undc Ludovicus icstimasse cum virUdihus omnibus, tum humililate pnecipue ac incredibili in pauperes affectu.
do. mrlior. Il seml)Io môme parfois qu'il ne parle que ])oiir des écoliers, tani les conseils de morale générale qu'il donne prennent naturellement sous sa plume un tour à leur adresse!
Si quelqu'un, dira-t-il', se proposait d'ouvrir une école, il ne manquerait pas de chercher à savoir du chancelier de l'Université ou de quelqu'un de son conseil sur quel livre il sera examiné, à supposer qu'il ne pût être licencié sans examen; car on en dispense quelquefois les grands. Or nous voulons tous aller en Paradis ; nous serons tous examinés avant d'obtenir la licence d'y enti-er; nous savons tous que le livre sur lequel portera l'examen est le livre de la conscience, et c'est le seul que nous négligions de méditer, — Le chancelier n'interroge pas tout le monde; il fait poser les questions par ses suppôts : Dieu n'a pas d'intermédiaire, il juge et prononce lui-même. — Un clerc refusé par le chancelier peut se présenter de nouveau à l'examen suivant, tandis qu'il n'y a plus de ressources pour celui qui a été une fois refusé à l'examen de Dieu. — On peut fléchir la rigueur du chancelier par des sollicitations ou des présents : la justice de Dieu ne se laisse point surprendre et elle est inflexible ; il n'est ni prières, ni argent qui en fasse annuler les arrêts. — On peut ne se point présenter à la licence ou ne s'y présenter qu'à son heure; nul n'échappe à l'examen de Dieu et c'est lui seul qui fixe le moment de l'épreuve. — La sentence du chancelier est prononcée à huis clos ou devant cinq ou six personnes à peine : le jugement dernier se proclame en pleine Université, c'est-à-dire devant le monde entier. — Quel-
* De la Conscience.
ques mots de regret de la part du chancelier pour ceux qui n'ont pas réussi, et c'est tout : celui que Dieu a repoussé est frappé de verges de fer, conduit à coups de verges de la vallée de Josaphat dans le chàielet de l'enfer, et en enfer condamné aux verges à perpétuité. — Si un maître donnait une bonne prébende cathédrale à chacun de ses écoliers, fùt-il ignorant entre tous, il aurait bientôt classe pleine : qu'est-ce auprès de Dieu qui promet à tous la prébende de l'éternelle félicité et qui ne la fait })as attendre? car elle est dès le premier jour le lot de ceux qui entrent dans les écoles de la conscience et de la confession.
Il serait aisé de multiplier les exemples de ces rapprochements. Ils sont pour la plupart ingénieux, et, pris isolément, ils ne manquent ni de piquant, ni de force; enchaînés les uns aux autres, coupés par des citalions de l'Ecriture qui alanguisseiit le mouvement, semés d'allusions contemporaines (|ui obscurcissent l'idée, ils fatiguent au bout de peu de temps. Mais ce jargon diffus a son caractère, et Robert achève de s'y peiiulre. C'est un homme d'école jusque dans les moelles. Il rapporte tout à l'école : sentiments, idées, langage. A étudier ses écrits, on comprend que la fondation de la communauté des pauvres maîtres étudiant en théologie, qui devait être l'honneur de son nom, a été la pensée de sa vie.
Le goût de l'enseignement public s'étant répandu à Paris après Abélard, il avait fallu en régler l'exercice. C'était la fonction naturelle du chef de l'école épisco-
pale, de l'écolàtre, comme on l'appelait, et le concile de Latran (1179) avait consacré son droit. Mais de ce droit le chancelier avait tiré le privilège d'octroyer seul, sans contrôle, l'autorisation d'enseif,nier \ Peu après, les maîtres et les étudiants ayant été affranchis par Philippe Auguste de l'autorité du prévôt et remis à celle de l'officialité", l'écolàtre en avait profité pour s'emparer de la juridiction souveraine: il jugeait au civil et au criminel, condamnait à l'amende et à la prison, avait ses suppôts et ses cachots, frappait môme d'excommunication ceux qui résistaient à ses injonctions\ La révolte couvait dans les esprits. Les papes l'encourageaient, l'excitaient presque. L'Université, à l'origine, ne fut autre chose qu'un syndicat de défense contre les abus d'autorité du chancelier. C'est la signification courante attribuée au mot dans les cartulaires du commencement du xnf siècle. Syndicat des écoliers d'abord ; le premiei" document qui en signale l'existence date de 1207*; — puis syndicat des maîtres, il en est fait mention en l'208^; — enfin syndicat des maîtres et des écoliers réunis, 12 19". Toutefois, dès 1215, sous
' Voir Tliurot, De l'organisation de l'enseignement dans l'Université de Paris au moyen âge.
- Chartularium Universitalis Parisiensis sub auspiciis Consilii generalis FaciiUalum Parisicnsium ex diversis biblioihccis tabiilariisque collcgit et ciim autlicnlicis charlis conlulit Henricls Demfle, 0. P. in urchivo Apostolica' Sedis Romatix vicariiis, Academiœ scientianim Vindobonensis socius, auxiliante .Euilio Châtelain bibliotliecœ Universilatis in Sorbona conservatore adjuncto,Parisiis, Delalain, 1889, 1. 1, p. ISâjH^OT.
3 Id., ibicL, p. 75, n" 16; p. 78, n° 20. — Cf. Robert Sorbon, Delà Conscience. — Voir aussi Du Boulay, Recueil des privilèges de l'iniversité de Paris, p. '277.
* Id., ibid., p. 65, n" 6, Communitas scolarium.
^ Id., ibid., p. 67, n" 8, Communio magistroruin.
6 Id., ibid., p. 88, n° 51.— Cf. p. 78, n° 70; 98, n" U; p. 99, n" A2. Universitas doctorum et disciptdorum, Universitas magistroruni et scolarium. C'est cette dernière locution qui a prévalu.
la tutelle d'Innocent III, ancien disciple des écoles de Paris, un acte était intervenu, qui assurait aux maîtres, pour la collation des grades une sorte de jurv, pour la discipline de la corporation une juridiction particulière ^ Confirmées, en l!215, par une déclaration du cardinal-légat, Robert de Courson, ces garanties étaient devenues comme la charte de l'Université*. On l'opposait à (( l'insolence » du chancelier : c'est le mot d'HonoriusIII(I219)^
Telle fut bientôt la force de cette organisation que le pouvoir royal en prit ombrage. Après avoir détruit une puissance rivale, cette puissance nouvelle n'alhiilelle pas prendre sa place ^? Sous la régence de Blanche de Castille, des troubles s'étaient produits auxquels les écoliers avaient été mêlés : les coupables furent sévèrement punis, quelques-uns jetés à la rivière'. Deux années durant, il s'ensuivit un état d'hostilité ouverte. Maîtres et écoliers menaçaient de se retirer à Orléans, à Angers, à Poitiers, en Angleterre, où les appelait Henri HP. Le mouvement d'émigration avait déjà commencé. Il ne fallut rien moins que la médiation de Grégoire IX poui' olilciiir le désarmement de la royauté et la reprise régulière des cours". « Il ne suffit pas d'être bienveillant par politique, écrivaient incessamment les papes au chancelier, au Roi
' Cliart. Univers, l'aris., p. 75, ir tO. — Cf. Robert Sorbon, De la Conscience.
* Id., ibid., p. 78, n" 20. — Cf. p. 156, n" 70.
5 Id., ibid., p. 89, n" 51.
* Voir sur ce point la savante et intéressante introduction placée en lète du Cbarlulaire, déjà cit., p. xiv.
» Chart. Univers. Paris., p. 279, n" 247. — Cf. DuBouhiy, déjà cit.. t. llf, p. 155.
6 Id., ibid., p. 119, n° 64.
* Id.. ibid., p. 125, n" 69; p. 127, n° 70: p. 128, n" 71.
Louis, il faut proléger TUniversilé, il faul l'aimei''. » Et, donnant l'exemple, ils confirmaient ses privilèges, en développaient l'esprit, en élevaient la portée. Le 50 mai l'2.')!2, l'Université recevait d'innocent IV le droit d'avoir définitivement un sceau propre, signe extérieur et gage décisif de son indépendance*. Vers le même temps apparaissait nettement la conception des Facultés représentant des corps d'enseignement distincts"', mais unis par un lien commun. Déjà l'ensemble de ces corps avait pris le nomd'Eco/e de Paris, d'Académie de Paris, — Studium Parisienne, Academia Parisie)isis\ C'est dès lors l'appellation que lui donnent les bulles pontificales et l'acception très nette que prend le mot d'Universilé\
Ce patronage de l'autorité pontificale si décidé et si vigilant, les privilèges qu'il assurait, la résistance même qu'il rencontrait, faisaient afiluer à Paris les écoliers des diverses régions de la France et de tous les points du monde civilisé. La main du Très-Haut, disait-on, a jadis planté comme un autre jardin du Paradis ce vénérable collège d'où coule le lleuve de sagesse qui se divise en quatre grands courants : la Théologie, le Droit, la Médecine, les Arts, et qui arrose de ses eaux fécondes
* Ctiart. Univers. Paris., p. l'28, a" 71 ; p. 159, n" SI.
* Id., ibid., p. '254, iV 205.
5 Id.,ibid., p. 252, n" 250.
4 Id., ibid., p. 125, n" 69; p. 127, n" 70; p. 128, n" 71, etc. — et", lléméré, I.
^ Du Boiilay, Hist. Uuiversit. Paris., t. lil, p. dSo, Bulle du pape Alexandre lY, 10 novembre 1256. Le mot Académie ne se retrouve pas toutefois dans le texte du Charlulaire, p. 545, n° 296. — Ou sait qu'à partir du xvi^ siècle ce fut celui qui prévalut, dans la lanjïue statutaire comme dans la lanjiue littéraire, pour désigner l'Université. Voir les statuts de 1598, Statuts de la Faculté de Théologie, art. linal : Ha.- sunt quatuor Facultatcs ex quibus, tauquum ex parlibus totum constituentibus, Parisiensis Académie' corpus conflalum est et perfcctuin
la terre entière. Honneur des lettres, mère des sciences
— il n'est presque pas de bulle qui ne rappelle ces titres,
— l'Université de Paris, au témoignage de Rigord, comptait vers 1:209 plus d'étudiants que n'en avait jamais eu Athènes, ni l'Egypte, ni aucune contrée du monde*. D'après des calculs précis, c'est à près de cinq mille qu'on peut évaluer, vers 1550, le nomltre des maîtres et des écoliers — six cents maîtres et quatre mille écoliers'; — mais vraisemblablement, dans la première moitié du xiii" siècle, il ne d('[)assail pas huit à neuf cents".
Il n'en fallait pas davantage pour rendre les conditions de la vie difficiles dans l'enceinte, même agrandie, de Philippe Auguste. Abélard avait entraîné les étudiants sur la montagne Sainte-Geneviève, et, après lui, pendant quelques années, ses adversaires ou ses disciples s'y étaient maintenus. Mais le flot des auditeurs n'avait pas tardé à redescendre dans l'île, autour de la cathédrale. C'était le siège régulier et le centre naturel des études. Or les logements y faisaient défaut. Les maîtres se disputaient la place, et la placeà la(juelle ils se trouvaient réduits n'était pas toujours avouable. Les mêmes maisons abritaient une école et un lieu de débauche*. Tandis qu'à l'étage supérieur se faisait la leçon, audessous retentissaient les querelles des filles de joie; la leçon terminée, elles se réunissaient au seuil de la porte, barrant le passage. Quant aux étudiants, ils cherchaient un refuge où ils pouvaient, dans les caves, dans les greniers, dans les échoppes ([ue l'on con-
» Du Boiilay, déjà cit., t. III, p. 24.
* Chart. Univers. Paris., p. 624-648, n"' 1162 à 1165. 5 Id., ibid., p. 292, n" 256. — Cf. p. 215, n° 187.
* Jacques do Vitry, Historia occideutalis, cap. AU.
struisait pour eux : les rues, dit IlonoriusIII, en étaient tout obstruées*. Et tels qu'ils étaient, ces misérables asiles coûtaient cher*. In des premiers pouvoirs donnés à l'Université par Robert de Courson iut d'établir une taxe des loyers au prolît des maîtres et des écoliers^. Vingt ans après (l'251), les procédés vexaloires persistant malgré les démarches réitérées de l'autorité ponliiîcale\ Grégoire IX insistait auprès de Louis 1\ pour qu'il instituât, comme on dirait aujourd'hui, des commissions de quartier composées de quatre membres, deux maîtres et deux bourgeois, qui fixeraient les tarifs^ : à défaut du concours des bourgeois, les maîtres devaient décider. Le règlement n'intervint qu'en l'244^ Nul ne devait exiger, était-il dit, nul ne devait payer un prix supérieur à la taxe. Si un propriétaire n'acceptait pas le tarif, sa maison était interdite pendant cinq ans. L'écolier ou le maître qui avait par mégarde traité pour un logement intei'dit, et qui, averti, ne le quittait pas, était déchu de tous les privilèges de l'Université. Ces prescriptions étaient d'une précision rigoureuse. Mais pouvait-on espérer de détruire du premier coup des abus invétérés, alors surtout que ni le clergé séculier, ni même les ordres religieux ne s'en refusaient les avantages? Les Templiers, en effet, les Hospitaliers, les Cisterciens, ceux de Prémontré et presque toutes les autres congrégations ne se montraient
1 Chart. Univers. Paris., p. 00, n' 32.
- IIt'm(''ié, XI. — Cf. Jourdain, Index chronologicus chartantin pertineniium ad historiam Uuiversitalis Parisiensis, n" 55.
5 Cliart. Univers. Paris., p. 78, n° 20. — Cf. p. 15G, n" TU, p. IflO, n' 114.
'* Iil., ibitl.. p. 15(3, n' 79.
3 Id., ihid., p. 140, n" 82. — Cf. p. 167, n» 125.
6 Id., ibid., p. 177, n° 156.
Ki iNOS ADIEUX A LA VIEILLE SORBONNE.
pas moins âpres au gain que les propriétaires laïques — nous empruntons l'expression à Innocent IV'. Le règlement de 1244 dut être rappelé. En 1277, la résistance n'était pas encore éteinte*. La première taxe date de 128P.
D'autres causes de désordre pesaient sur les études elles-mêmes et menaçaient d'en affaiblir, bien plus, d'en dénaturer le caractère. En un temps où les livres n'existaient pas et oii les manuscrits ne se répandaient guère hors de l'enceinte des monastères, la parole était presque l'unique source d'instruction. Or quiconque se sentait en état de parler se croyait en droit d'enseigner. Abélard, échappé à vingt ans de l'école de Guillaume de Champeaux, s'était vanlé d'être un maître sans brevet, magister sine maf/isterio, et tout aussitôt, autour de lui, sur les flancs de la montagne Sainte-Geneviève, les maîtres sans brevet avaient pullulé. Guillaume de Champeaux lui-même, qui s'était établi au pied de la montagne, dans l'abbaye de Saint- Victor, pour soutenir l'attaque de son jeune et triomphant adversaire, y avait créé comme un corps de combattants qu'il armait à sa façon pour soutenir la lutte. L'Église s'était effrayée de ce débordement*. Il faut, disait-elle, arrêter l'accroissement du nombre des maîtres, si nous voulons empêcher l'enseignement de s'avilir ou tout au moins d'être foui'ui sans talent : Dieu, qui a tout fait avec poids et mesure, ne veut
» Du Boulay, déjà cit., t. III, p. 196.
2 Chart. Univers., l'aris., p. 502, n"' Ail et 478.
5 1(1., ibid., p. 597, n° 511.
* Decens est ul theoloyorum mayislrorum nnmerosilas refrenelur, ne vel vilescat eorum officium, vcl minus composite impleatur. (Innocent III à Eudes, évêque de Paris, 14 novembre 1207, Cliail. Univers. Paris., t. I. p. 05, n° f .)
LA SORBONNE DE IlOBERT. 17
pas (jiio l'autorité de sa parole et de son nom soit livrée à de scandaleuses usurpations. Mais un nouveau danger s'était alors produit. Les abbayes, les prébendes, les bénéfices étaient pour les « enfants de l'Église :», comme le pape Alexandre IV appelait les théologiens, la principale, sinon l'unique ressource, et l'Eglise avait peine à pourvoir au sort de tous ses enfants. Un jour devait venir où l'Université obtiendrait de la cour pontificale qui disposait de ces faveurs, qu'aucun bénéfice ne fût accordé sans son visa. En attendant, les maîtres en théologie avaient dû, pour vivre, faire payer leurs leçons. Certes, ils n'en exagéraient pas la dépense. Un escabeau de bois pour le maître, quelques bottes de paille pour les élèves, un même manuscrit pour tous, tels étaient les seuls frais d'entretien. Encore fallait-il pouvoir les couvrir et s'assurer en outre les moyens de subsister. Or il était dur, quelquefois impossible, pour l'étudiant, de prélever sur son chétif budget l'honoraire que le maître était contraint d'exiger'. C'est alors que s'étaient formées les corporations des moines mendiants, Dominicains, Franciscains, Augustiniens, qui « avaient flairé dans cette détresse l'occasion de quelques profits* «. Après avoir
' Qua artc magister hencficium ohtinuisset minus certe pensi clerico ici fuit aiidilori, cui unum esset Minerval in primis grave et moleslnm, cxisiimanti imUiundem de annona dccidi sua quanto fuit salaria magistrorum induslria compensa nda. Itaque gravatus ille inevitabili Minervalis exsolvendi neccssitate facile in alias scholas videhatur esse iransiturus quas liberalis munificusque professov, nullo exspeciato prelio, aperuisscl. (Iléiin'n'', I, f" 5.) — • Cf. Robert, de Conscienlia.
' Hoc subolfecere Monachi mendicantes, qui ubi in eadem Academia sibi domicilium et sedem invenissent et magistros eruditos instituti novitatc raptos ub ip.sis Universitatis cathedris sua in claustra pertraxissent. habuere cumprimum fruntisteria Iradendis disciplinis, et quo frequens auditor istuc advolaret, titulos appoulere foribus lionestœ cuJHSCumque littérature gratissima Ubcralitate communicandie. (Héméré, I, f" 5.) în eam primi Ordinum mendicantium ingrcssi sunt qui
obtenu de l'Université des terrains pour établir leurs couvents, abusant de cette libérale hospitalité, ils avaient fondé des cours où, par une concurrence déloyale, ils attiraient les écoliers. La gratuité qu'ils promettaient ne pouvait que séduire cette jeunesse besogneuse. Bientôt les maîtres avaient suivi, entraînés eux aussi par les avantages d'une aisance mieux garantie. En vain l'Université avait-elle prescrit qu'aucun couvent ne devait avoir plus de deux maîtres de théologie \ En i'207, on comptait à Paris huit écoles théologiques, sur les- (juelles les couvents en possédaient deux au plus'; en 1255, sur douze, il s'en trouvait neuf dans les couvents, et les couvents ne suffisant plus à contenir le nombre des écoliers, des chaires s'étaient élevées sur la place publique. Dans Tenceinte des monastères, l'enseignement amoindri, dégénéré, ne produisait plus que des vocations de moines. Ceux qui le portaient au dehors lui donnaient un tour populaire qui en abaissait la portée didactique, sans en étendre sensiblement le bienfait moraP. Les théologiens n'y reconnaissaient plus la théologie. Elle leur semblait avoir perdu, comme nous dirions, son caractère scientifique et sa vertu
Dominici insiilntum seclahanlur ; pciulo post supervencre sodoles Francisa, amboriim certe adm'namhv sanctiialis liominum; lum se dcniquc siio qiiique sevo illis adjnnxere qui a hcalo Aucjuslino et a Cavmclo monlc nomen habiierunt. Dominicanis quidem Universilassi)ium suum aperuil hinnanissime et vincera ipsa reclusit sua. (Id., XII, f" 69.)
» Du Boulay, III, p. '256.
- Hémérô a résumé (chap. xii) toute l'histoire de cette polémique contre le; ordi'cs mendiants.
5 Conflu.rit illico ad eos (les ordres mendiants) et qui disciplinis imbucrenlur cl qui collobium assumèrent reguhe monnchalis eo numéro adolescentes, ut catliedras multipUcarc novi mayistri coyerentur, et jam non capicntibus aulis turbam irruentem, easdem transferre in (ipcrtas palentesque plateas et sub dio médias inter omasarias creopolusque multitudincm affari circnmstantium audilorum. (Uéniéré, I, f°6.)
d'éducation. Le cri d'alarme avait iclenli : les moines ont forcé les barrières ^ C'en était fait, si l'on n'arrêtait leur invasion'.
Restaurer, en la sécularisant, la science théologique, du même coup offrir à ceux qui la cultivaient ou qui la recherchaient les moyens de s'y adonner honorablement, tel est le double objet que Robert se proposa. Héméré le résume avec beaucoup de précision'. Un autre Sorboniste du même temps le lui l'ait exposer à lui-même dans un discours adressé à ceux dont il devait s'associer le dévouement*. La harangue sent la
' Peraonahanl pulpila magialrorum (jiiolidiniiis(]U('ri)no)iiis : perire sensim Academium, nisi inalo succitrralur. (Iléuit'-n'', II, f" 7.)... Oportuit, ne latins l'eneiutin (jrassarelur. Vagari pcr oplimalum uitlas qitos in clauslris si)npHci(iitc pnuperlale Idiilaturos Acadonia cxcepissel plateaque ad liahilandinii dunasscf. involare clicnnnuni eo.sdein in cathedras alias magistiydcs et ila magis obscurare splendorcm theologise Parisiensis quo dcnsiori auditonnn rorona stta fiontisleria coinplerint. (Id., XII, f" 74 v°.)
* In Universitaicin irniperc. (Héméré, I, f° 5 v".)
^ lUis reruin difficiilfatibus expediendis, quitus Academiu conflictata pericnlosissimc laborabat, vis:e sunt, cum aliœ permultœ, tam hœc una maxime salutaris ratio, si Lutelix habcrenl disciplina; statos et fixos secessus in quibus docerentur et magislros, qui uno conjumticonlubernio vitœque socictalc, studiosis auditoribns cas candide libcraliterquc communicarent. Erat cnim futurnm ut constitut.v permansnricque sedes quietein litteris et magistris cerlam procurarenl et illa vite sludiorumque communio, in qiiam nonnisi prseslanti conditione viri convenirenl, conciliaret auctoritatem doctori et ad se facile candidatos alliccret. siqttidem ab omni legemonaclialis loti libéra viderctur, grata denique munificaque professio ntilliim fronlisterio auditorem propelleret. (Héméré, H, f°8.)
* Quum panperibus fere oinnia iinpedunento sint, tnm li;ec duo maxiine rcrum inopia et librorum : et hinc paucos inveniri qui in islo litterarum studio rerscntur, pauciores qui iheologix dent operam, paucissimos qui per gradus ad magislcrii laiiream, nisi vel regulares, vel sacerdotiis jam ditati aspirare possint. E re porro Ecclesiœ videri dicebat, si tôt incommodis remcdium quœratur, atqxie quayitum experientia disccre potuerut, illuda se idoneum judicari, scilicet societùiem panperibus in primis, sed divitibus etiam communem instituere quse, rébus necessariis instrucla, ulrisquc pr;csidio sil : nemini hac ralionr
20 NOS ADIEUX A LA VIEILLE SORIiONNE,
rhétorique; mais l'accent en est sincère. Robert s'était toujours souvenu de la pénurie dont il avait soufïerl pendant sa vie d'écolier et à ses débuts comme maître. Point de livres, point de conseils, point d'abri pour travailler. Ce sont ces ressources qu'il résolut de fournir à ceux à qui elles manquaient.
« A la noblesse appartenait le métier des armes Au-dessous d'elle, les plus fortunés trouvaient leur voie dans le négoce. La part des humbles ({ui se sentaieni faits pour autre chose que labourer la terre, c'était l'étude. Mais ils ne pouvaient se frayer la carrière qu'à la condition d'élre aidés par une hospitalisation éclairée. Ce que recommandait un sentiment de pitié pour les pauvres maîtres et les j)auvres écoliers, l'intérêt de la science théologique le réclamait. L'éclat dont avait joui jadis l'Université de Paris allait chaque jour 's'obscurcissant. Le goût de la théologie ne pouvait que dépérir dans l'ombre des cloîtres, s'il n'était stimulé du dehors par une libre émuhition. Aussi bien la règle commune des vœux risquait d'éteindi'e les plus nobles ardeurs: tous les hommes ne sont pas nés pour se soumettre à la volonté d'un seul et Dieu n'a pas promis son j)aradis à ceux-là seulement qui revêtaient la bure'. 11 ne s'agis-
adiluin prœclusum iri ad sacras Ulteras, omnibus aperlum fore ad virtutein; nimirum egentihus dalnm iri quœ ad vicliun librosque requiruninr, divitibus quiv cura et solUciludine eos libèrent, siugulis qtue prosinl ad exercilationem. Sapientium quippe bonuritmqiie hominum convictu constat ingénia magis erudiri passe, mores melius effiiigi, dum alii aliis exemplo suo façon pra'bent,et sic fieri titharuin disciplinarum stiidiosi quique diligentius convolent ad discendum docendumve, ul remeantes ad propria, fructum faciant qui non péril. (I)oimis et Socielalis Sorlionic;i' hisloiia p. i2 et ">, Arsenal, Ms. iat. 10^1, di^à cité, Introduclion, p. m, noi. 1.)
* Cl". Iléméré, 11, (" T.... Vivere artes et scienlias atqueconservari una pnvsertim lemulatione professorum, quam non salis alere possent ii quos instituti voturumque parilitas ea socielale conjugavit;... eam non
sait pas, au surplus, de fermer tous les cours ouverts dans les couvents aux réguliers. Que moines et séculiers travaillassent chacun de leur côté, et l'on verrait à qui devaient appartenir la maîtrise des lettres et la direction des esprits*. >■' — La forme un peu ambitieuse mise à part, on ne peut douler que ce langage ne rendît le fond de la pensée de Robert avec sou élévation et sa fermeté.
Très délibérée, on le voit, rentre|»rise fut l(uite peisonnelle. Certains historiens prétendent que Piobert n'y a eu que la part d'Améric Vespuce : il aurait simplement donné son nom à la Société créée par Robert de Douai ^ D'autres lui refusent même l'honneur de cette intervention de la dernière heure \ Omission plus singulière : son nom n'est pas mentionné dans la bulle par laquelle le pape Alexandre IV félicite Louis L\ de l'ouverture de la Maison (1259). Robert qui, comme Luther, savait qu'il n'y a rien de plus impérial, rien de plus pontifical, que la fondation d'un collège, se fût bien gardé d'une revendication qui ne pouvait rien ajouter à son crédit. Mais ni ses contempofains, ni leurs
esse omnium indolem propensionemquc naturœ ul in monastica reijula ad unius ntiium et dominatum officia cl actiones vitic omiies effmcjant.
* Uaque, si parihus armis a'qualique ulriiique vondilione monaclii sœcularesque magistri illa in awna decerUirent... [appareret] utri parti doccndi priinœ litterarum<jue maqisterium ac priucipatus tribucndus esse viderelur. (iléméré, II, f' 8.)
s Du Boiilay, t. III, p. '225.
^ Vcllv, Histoire de France, l. Vf.
successeurs immédiats ne s'y sont trompés. C'est lui que, de son vivant, ils saluent du titre de fondateur^ Le lendemain de sa mort, ils fondent un obit pour le repos de son âme et la gloriiicalion de sa mémoire dans l'église des Mathurins, premier siège des assemblées générales de la Faculté de théologie". Le jour où l'on célèbre cet obit est d'obligation fériée jiour la Maison. Saint Louis reste vénéré, sans doute; cependant les prières établies par lui et pour lui disparaissent peu à peu du rituel du collège", tandis que la dévotion pour Robert prend avec le temps un caractère tout à la fois plus solennel et plus intime. A partir du xvn" siècle, son nom et son nom seul est étroitement uni à celui de Uicbelieu '.
En réalité, saint Louis patronna « l'œuvre^ » des pauvres maîtres étudiant en théologie : exemple qui fut suivi par (|uolfjues-uns de ses successeurs. Les papes Urbain IV et Clément IV la bénirent comme Alexandre IV, et la privilégièrent en accordant des indulgences à ceux qui lui viendraient en aide par des charités ^ Mais, de même (jue les rois, les papes n'en furent que mora-
1 Comnuniis et recepln scnteiiHa est Robertiim de Sorlwiia prseclarse hujiis dunius funilatorem et dotatoron fuisse. (Ilii lioiiliiy, t. III, p. 22-4.) — En tète (l'un livre donné à la Bililiothèque de la Maison par un de ses premiers membres, Pomliard, on lit : Jste liber est paitperum magistrorum in theologia stiidentium in domo quam fundavil Roh. de Sorbonia commorantium, ex legato Poncardi de Sorbonia. (Bihiiolli. nation., fonds latin, n° 15(591.) — Cf. G. Dubois, Historia Ecclesiœ Parisiensis, t. Il, p. -410.
- Disciplina Sorbonae domus, p. 9. — Cf. 5, 97, etc.
5 Registr. Prior. Sorbonaî (1-450-i 484), 6 septembre 1482 (Biblioth. nat., Mss, fonds lat., 16 070, f 150).
♦ Liber Prior. Conclusionum, Archiv. nat., Mss, MM. 276, 1701, f" 228. — Cf. Disciplina domus, d»!Jà cit., p. 58. s Chart. Univers. Paris., t. I, p. 597, n" 547.
6 Ibid., t. 1. p. 597, n" 547; p. -425, n" 578; p. 476, n* 422.
Icment les bienfaiteurs*. Quand, en 150i, la reine Jeanne de Navarre, la femme de Phili})pe le Bel, créa le collè<ie appelé de son nom, elle dit en pro[)res termes dans l'ordonnance du 51 mars* : ^<- Nous avons résolu de fonder une congrégation d'écoliers ». Saint Louis, dans la charte de février 1257% qui est le premier et le plus important des actes de son intervention, se borne à contribuer à la fondation par le don d'une maison et par l'échange d'une rente. C'est de là même en partie que vient l'incertitude qui existe aujourd'hui encore sur la date exacte de l'origine de la Sorbonne. Est-ce 1242/? 1250^^? 1252'^? 1255^? 1255^? 1250^? 12o7'"? 12G7"? Toutes ces dates ont leur garant. Aucune ne s'appuie sur une autorité décisive. La vérité ne serait-elle pas que chacune d'elles marque une des étapes d'un développement successif? Ce qui est sîir,
• Iléméré, XII.
- Laiinoy, Regiœ yavarrœ (jymnasii Parisiensis hisloria, pars prima, lit). I, cap. I.
3 Chart. Lnivevs. Paris., t. I, p. 7>i9, n° 502.
* Génebrard, Chronique, déjà cit. — Cf. Duploix. Histoire générale (le la France, t. II. p. 287. Vallet de Viriville a adopté cette date [Hist. (le rinstruction publi(jue en Europe, chap. m).
5 Du Boulav. t. m, p. 223. — Cf. Fleurv , Histoire ecclésiasti(iue, liv. LXXXIV. '
*> Expilly, Dictionnaire histori(jue et géographique des Gaules et de la France, au mot Paris. Après avoir indiqué 1252, le même auteur donne, il est vrai, au mot Sorbonne, la date de 1255.
' Pasquier, Recherches, déjà cit. — Cf. Iléméré, II et XX.
8 « Mémoire pour les doyen et bacheliers en théologie de la présente licence (1721) contre les prieur, docteurs et bacheliers de la Maison et Société de Sorbonne, dans lequel, en examinant les prétendus droits du Prieur de Sorbonne parmi les bacheliers ses confrères, on donne une idée juste et véritable de la Faculté de théologie et de la Sorbonne en particulier ». p. 12 (Bibhoth. nat., in-4% F;5, 1081, n° 24210).
9 Jourdain, Index chronologicus chartarum pertincntium ad historiam Universitatis Parisiensis, p. 70, note.
'0 Chart. Univers. Paris., t. I, p. 549, n" 502. " Velly, Hist. France, déjà cit., t. VI.
c'est qu'il y avait déjà quelques années que Robert avait arrêté son plan et que l'exécution en était entreprises quand fut passé le marché de 1257 avec le l\oi\ et il la poursuivit, comme il l'avait commencée, en dehors de lui.
Rien de plus inexactement idéalisé que ce qui s'écrivait au xvii" siècle dans la pensée d'honorer davantage sa mémoire. « Le collège de Sorhonne eut ses commencements sous saint Louis, qui, voulant assurer la religion dans la France, cependant qu'il en porterait l'étendard dans la Terre Sainte, institua une auguste assemblée de docteurs qui devaient renverser l'erreur par des dogmes infaillibles et employer toutes les forces du discours naturel pour établir dans la créance des peuples les vérités surnaturelles — Robert Sorbon fut pour le collège comme un Moyse chrétien de l'esprit duquel Dieu a pris de quoy distribuer à tant de divins génies '. » Robert était encore fort obscur, lorsqu'il con(;ut l'idée de sa Société, et jamais il ne chercha l'éclat ]t(tni' le dessein (|u'il nourrissait. 11 semblerait ])hitot craindre de le l'aire connaître. Ses premières ac(|uisitions furent tenues secrètes. C'est (juillaume de Chartres qui traite « pour un sien ami* ».
Mais son action est aussi résolue que modeste. Ce sermonnaire hardi, ce « pitoyable » directeur de con-
• Chart. Univers. Paris., p. 270, n'' 241 2 Ibid., p. 540, n» 502.
^ « La Sarbonno en gloire et en deuil, ou Discours historique de sa fondation, do son acrroissemcnt, des grands fruits qu'elle a causez tant dans ri'vglise que dans l'Kstat et du ses regrets sur la mort d(! son restaurateur, Monseigneur le cardinal duc de Richelieu, qui y a choisi son tombeau, p.ir un genlilhounni! ordinaire de la maison de Son Kminence. Paris, 1045. » (Bihlioth. M;iz., 17597.)
* Chart. l'nivers. Paris., t. 1, p. 270 à 272, n"' 241 et 242. — Cf. Inventaire général, déjà cité (Arcliiv. nat., >!M. 279, f"' 1 à 2(5).
science était en même temps — la chose n'est pas rare — un homme d'affaires très avisé. Le nombre des contrats que nous avons trouvés à son nom, de 1245 environ à l!27i, ne s'élève pas à moins de cent quarante et un. Ce chiffre, il est vrai, s'explique en partie par le peu d'importance des actes d'échange ou d'acquisition. Il s'agit d'une vieille masure, d'une écurie, d'une grange, de quelques arpents de terre, d'un carré de vigne, d'un liei' dont les dépendances sont dispersées, d'une rente'. Robert achète les bâtisses pour y installer sa communauté, le reste pour la faire vivre. C'est par sous et deniers qu'il arrive à constituer son petit capital de mise en œuvre. On croirait parfois que l'ardeui' qu'il apporte à ses négociations met en défiance; il faut qu'il paye comptant, in pecunia numerala — soliitis nummia. Si l'argent fait défaut, hypothèque est prise sur ce qu'il possède. Mais rien ne rebute son zèle ni sa confiance. Il a la persévérance douce et tenace des petites gens poussés par une idée et soutenus par un sentiment. 11 s'ingénie à créer les ressources qui lui manquent. Pour venir en aide aux pauvres, il fera payer les riches; il leur persuade qu'il est beau de donner l'exemple de l'application à l'étude, et ce sont eux qui fourniront la pension de ceux qui n'auraient pas les moyens de suivre leur vocation.
Il ne cherche point d'ailleurs à recueillir plus qu'il ne lui est strictement nécessaire. En ouvrant son collège, la reine de Navarre lui garantit, dans l'ordonnance qui le crée, l'aisance, presque la richesse'. Robert ne songe pas, non plus que saint Louis, à
' Inveniairo génénil, déjà cit. — Cf. Iléinéré, V, qui n irruoilli luimême ses renseignements dans les titres, vclusia momiincnla, ttuntibrann (lomeslica, indiculi.
- Voir I.aïuioy, déjà cit., pars prim., lib. I, p. 7.
assurer à la Surbonne le bénéfice duiable d'une abbaye ou les ressources du trésor public. Leur charité à l'un et à l'autre s'y serait refusée, écrit Réméré; ils auraient craint que le mérite chrétien qu'ils pouvaient espérer de la fondation ne fût compromis, s'il avait été acquis au détriment du peuple, munifici alieno damno fundatores* . Le Roi, comme ceux de ses successeurs qui continueront son patronage, n'y engage que lui et ses biens dans la mesure où il peut le faire*. Les écoles rivales raillaient cette humilités On disait ^'avarre la Royale*. La pauvre maison de Sorbonne, voilà le litre dont s'enorgueillit Robert. Faite j)oui' les pauvres, elle doit rester pauvre".
Mais à peine a-t-il assuré le présent qu'il se préoccupe de l'avenir. Ce n'est rien d'avoir institué l'œuvre, il faut en assurer la perpétuité. Sans doute la royauté la considère d'un bon œil et la papauté la soutient : Grégoire X vouait « aux dieux infernaux ceux qui porteraient atteinte en quelque manière aux biens de la Maison" ». LXniversité n'était pas moins intéressée à sa prospérité : c'est par la sécularisation, elle en avait conscience,
« HénuTc. Vm.
* Quantum Jios donare possutnus.... quantum in nohis est, est-il dit dans tous les actes (lléméré, III). — iNe quid nimiumeffuse... de puhlico donaret. (De la Bignc, déjà cité.)
5 Héméré. XII.
* Regia yavaira est, cui pnrsidcl nltus Apollo. Xdrvise du recteur de l'Université élu en lolT ef pris parmi les maîtres de Navarre (Launoy, déjà cit., pars prima, lib. III. cap. vm, p. 579). — Cf. Mémoire pour les doyen et bacheliers de la théolof;ie de l'ancienne Faculté de théologie conceiTiant les prieursde Sorbonne, etc., déjà cit., p. 15.
5 L'nu)n prœsertim cogitante id fundatore ut Sorbona ipsa pauper pauperes semper haberet seatm. (lléméré, XVII, f** 122.) — Altéra fuit virtus Robeiti, dit-il ailleurs après avoir parlé de sa prud'homie (XX), in pauperes misericordia.
6 Héméré, V. — Cf. XVII.
que l'enseignement ihéologique pouvait se relever, « et les moines n'avaient pas d'adversaire plus actif que Robert' », ce prud'homme non béguin, comme disait saint Louis. Mais Robert avait vu un de ses premiers collaborateurs, Guillaume de Saint-Amour, condamné par le pape, à la demande du Roi, pour avoir combattu avec trop d'ardeur les ordres mendiants"' : il ne comptait que sur lui et les siens. Longtemps avant sa mort, il écrit son testament et donne à la communauté tous ses biens amortis. 11 obtient que ses amis, fiuillaume de Rray et Robert de Douai, fassent leurs legs comme lui, de leur vivant, par actes contresignés de l'autorité royale et dont personne ne puisse annuler ou suspendre les effets"". Maigres sont les revenus de la Maison; mais, acquis par elle, ils sont bien à clic. Quelle joie pour son fondateur, s'il eût pu savoir que, presque au lendemain de sa mort, la rue où, pendant près de trente ans, il avait, jour à jour, travaillé à l'établir porterait le nom incontesté de me as Hoirs de Sorbonne^ !
C'est du sentiment de cette solidarité, tout à la fois humble et fière, qu'est sortie « la coutume » sur laquelle
' Héméré, XV.
- Id., XII. — Miscellanées, déjà cit., f" 556-601.
'' Voir aux Pièces justificatives le texte des donations, pièce n° l,p. 251.
* D'après un texte visé dans un mémoire de la Maison, c'est dès 1279 que la rue aurait pris le nom de Rue de la Sorbonne. Voir aux Pièces justificatives, pièce n" 8, p. 280. Le livre do La Taille de 1298 dit : Riie as Sorbonnais. — En 1500, le nomonclaleur Guillot, dans son Dictionnaire des rues de Paris, écrit : Riie as Hoirs de Sorbonne.
reposait l'organisation de la Maison. « Je veux, disait Robert dans le règlement rédigé de sa main — le seul, avec celui de la Bibliothèque, qui fut jamais écrit', — je veux que la coutume établie à l'origine par la sagesse des meilleurs soit conservée intacte, que jamais on ne puisse s'autoriser d'une infraction pour en comnietlre d'autres. » Et sa pensée, fidèlement transmise par ceux qui l'avaient recueillie de sa bouche, a été pendant six siècles religieusement respectée". Le temps a modifié certains usages; le cercle des études s'est élargi, l'espi'it de la Société s'est élevé : aucune des traditions fondamentales de l'établissement n'a été abolie ou altérée; la conslitniion de la première heure s'est maintenue inébranlablement. lléinéré, Ladvocat, l'abbé de Foucault en ont laissé le témoignage précis, chacun à un siècle d'intervalle, et le deiiiier. celui de l'abbé de
' Voir rintroduction, p. iv.
- Na)n, ut lioc sonel dicain, disciplina prope omnis schohi' Sorbonicx stelit haclenus traditione polius senionim (punn ullis scriplis U'ijibus, prœler paucissiuias quas de conviclu vcslUuque socionun deque hihliotlieca communi fundalor tulit. Quum enim is coUe(jisscl in sitam societatem viros quos et annimaturiores et vitœ professio et dignilas canun lillerarnm quas docerent in officiis sapientia' Cliridicinœ satis retinere passe viderenlur, et speraret posteras lumqnam recessuras ab ea leqe sodalium admittcndorum quam ipse seciitus usu etiam consiietudineqne confirmasset, si habere vellent immartalem societntem, niillas idcirco vel cerle paiicissimos legcs putavit candendas iis quariun vilse sanctitas (iliis bene vivendi norma proposita esse crcderetur. Trdditionem appello quodsarianun consilio prudentiaque probatum cansuelndincquc diuturna canstitiitum, scriijtœ Icgis instar ablincret... Cui, ut in eadem schola plurimum semper tribueretur, aptare se quam maxime fundator astendit liac rubrica quam prœfixit slalutis a se factis : « Valo quad consuctudo. quw initia in hac domo de bonorum consilio instituta fuit omnina servetur, et si quis nsque nunc transqrcssus fuerit, de cœtero transqrcdi non pnesumat. » (lloinéri!, VU, f° 51 v°.) Et ailleurs : . ..Etalia ejusdom disciplina; capita, quw, paucis exceptis, ad nos seniorum traditione propagata, religiossime etiamnunc observantur. (IJ., Mil, f» 45.)
Foucaull qui faisait partie de la Maison au moment oii elle lut dissoute, semble n'être que la consécration histori(|ne du vœu de Robert. « L'institution, écrit-il, est restée intacte'. »
Les cadres de la communauté comprenaient les bénéficiaires, les hôtes et les associés.
Les bénéficiaires étaient de deux sortes'. On appelait ainsi, d'une part, les étrangers qui, moyennant une redevance spéciale, venaient faire dans la Maison un séjour de quelques mois, parfois d'une année", d'autre part, les étudiants pauvres à qui la Société fournissait le vivre et le couvert en même temps que l'enseignement \
Les hôtes et les associés formaient le fond de la Maison. Les hôtes avaient été institués pour augmenter le nombre de ceux qu'elle pouvait admettre au bénéfice d'une studieuse retraite". Suivant certaines traditions, il n'y eut d'abord que seize chambres offertes aux
' Uéméré, Yill. ^ — Liulvocat, Dictionnaire historique et bibliographique, déjà cit. — L'abbé de Foucault, Notice sur la Sorbonne, déjà cit., p. 49.
- Videntur distingui duo bencficiaviovum ordines, aliorum quorum annona certo proventu fundala csset, aliorum qui in familiam allecti beneficio caritatequc foverentur, in quos fragmenta coinmuiiis mensx et obsoniorum reliquiie distribuerentur.... (IJcmoré, VIII, f° 37.)
3 Iléniéié, Mil.
* Beneficiariorum egenornm habilatio fuit ea parle qua hospitium parva' Sorbome posilum, extra quidem ambitum collegii, sed cujus aditus in vicum Sorbonœ patesceret , pars collegii Calvici adjacens pamœrio Sorbonrc majoris. (lléméro, VIII, f" 57.) — Cf. XVII.... De beneficiariis statuit Sorbonensis ut reliquiie cibariorum, cnm aulx ipsius tum etiam camerarum, in eus dividerentur. (Id., VII, î" 55.)... cas ut in vicinia collocatos majoris Sorbome redores non solum sublcvarcnt annona corporali , sed etiam spiritualibus alimenlis virtutum doctrinœque compascerent atque educarent : ob idque in veleribus labulis appellatum hospitium Sorbonœ. (Id., XVII, f" 122). Voir plus bas, p. 07.
' Instituti hospites ut aditus omnibus pateret ad sacras litleras. (Uéméré, Misceltanécs, déjà cit., p. 535.)
uns et aux autres — les hôtes toutefois n'ayant droit au logement qu'après les associés, — et les seize chambres auraient été réparties également entre des représentants des quatre nations, Angleterre, France, Normandie et Picardie. D'après Ladvocat, la répartition n'avait rien de régulier, et. de plus, les chambres auraient été tout de suite au nombre de trente-deux. Ce que les documents établissent, c'est que ce nombre ne fut atteint que progressivement : on en compta vingt-cinq d'abord, puis trente-deux, puis trente-cinq et à partir de Richelieu trente-six, chiffre qui ne fut jamais dépassé. Quant à l'attribution, il est certain qu'à mesure qu'on s'éloigne des origines, le partage par nations, qui avait été pour Robert un moyen d'assurer à la Société le concours de chacune d'elles, fut de moins en moins rigoureusement observé. Les associés, au surplus, ne résidaient pas tous nécessairement dans la Maison ; quelques-uns étaient autorisés à loger au dehors, dans le voisinage, parfois même dans un des faubourgs de la ville.
Hôtes et associés n'étaient admis qu'après avoir passé par une double épreuve })réliminaiie : une enquête et un examen.
Ego supplico ad probationem morum et doclrinx : telle était la formule de la demande. L'enquête morale ne portait pas seulement sur les sentiments de piété qui étaient d'ailleurs garantis par l'obligation préalable d'avoir pi'is les or(hes ; on s'inquiétait du caractère; les opiniâtres et les batailleurs étaient éconduits'. Personne, quelle que fût sa qualité, ne pouvait se soustraire à cette information faite par deux membres de la
> Héinéré, VIII. — Cl'. Disciplina doiini^. ih'jii cil., [). 57, 7-4, 75.
LA SORFiONNE DE RUDtllT. 31
Société'. Il y avait parfois dispense d'examen, lorsqu'il s'agissait d'un grand personnage, d'un prince; il n'y eut jamais exemption d'enquôlc. On ne tolérait pas non plus de la part des enquêteurs l'éloge de complaisance ^ Pour subir l'examen doctrinal, il fallait posséder le grade de bachelier en théologie et poursuivre la licence^; l'examen lui-même consistait en une thèse spéciale appelée, du nom de Robert, la Robertine\
Ces épreuves subies avec succès, la communauté prononçait sur chaque candidat, au scrutin secret et uninominal, à la majorité des voix, dans trois votes ouverts à quelques jours d'intervalle l'un de l'autre afin d'assurer l'indépendance et le temps de la réflexion'. Quicon({ue avait été une fois écarté l'était à toujours. On pouvait postuler en même temps pour être hôte et devenir associé, ou pour être hôte seulement". Plus tard, on ne devint associé qu'après un certain temps passé comme hôte, une sorte de stage; à l'origine, quelques jours d'intervalle suffisaient'. Mais celui qui prétendait au titre d'associé devait, comme complément de garantie, produire la preuve qu'il avait
' Disciplina donuis, déjà cit., p. 75.
■'■ Id., p. (), 7, G7, 7.").
* Id. p. G.
'■' Voici (lucllcs claioat les règles de l'élection : In admittcndis scrU' linio Baccalaureis scrvelur islhsec formula : admilto M. talem, nomine ac cognominc expvesso, tacito intérim nomine eorum qui rejiciuntur. Alia quicvis formula irrita. Prœscripta vero formula relcyaiur a D. Priore singulis comitiis quitus admiltuntur Daccalaurei sive ad hospitalitatem, sive ad soc/e<rticm. Disciplina donius, déjà cit., p. 15, 10.
6 Voir aux Pièces justificatives le règlement, pièce n" 29, p. 540.
■' Liber Prior. Sorbonœ, déjà cit., janvier 1454, f° 55. — Cf. avril 1474, f° 121; novembre 1478, f' 152; septembre et novembre 1480, f° 150.
professé un cours de philosophie soit dans la Maison, soit dans quelque autre collège* : il était en outre soumis à deux nouveaux scrutins.
Les hôtes prenaient le titre de bacheliers ou docteurs de la Maisonde Sorbonne, les associés celui de bacheliers ou docteurs de la Maison et Société de Sorbonne. Les uns et les autres, dès qu'ils étaient admis, prêtaient à la chapelle, après l'office, le serment de respecter toutes les coutumes de la communauté ; les associés s'engageaient de plus à ne jamais entrer dans une congrégation dirigée par un supérieur^ La formule de ce serment ne paraît avoir été arrêtée qu'au commencement du xvii'' siècle; mais elle n'était que la consécration de l'usage établi par Robert. On était ou l'on n'était })as de la Société de Sorbonne; on ne pouvait lui appartenir à demi.
Les hôtes devaient avoir couvert par avance les frais de leur entretien. Il y avait des associés l)oursiers et des associés payants". Les bourses étaient le produit de la contribution versée par les associés payants. Ouelquesunes provenaient de libéralités spéciales . C'était la
» Liber Prior. SorbonoD, janvier 1481, f" 144; mai 1481, f" 147. — Cf. Disciplina donius, déjà cit., p. 89.
- I)isci[ilina doinus, déjà cit., p. 98. '2'JO, etc. — Voir aux Pièces justificatives le texte du sonnent, pièce n" 2, p. 209.
5 Ex (juo fucrc convictorum in Sorhona duo (jenera, allcrum Sociorum, allcrum Hospituin, et ambo quidem viverc de hursa domus — ita veteres loculi — sed co discrimine ut bursa Socio deberetur, non ilem Hospili, nisi ex paclo convcnto ut quisquc eleemosyna beneficiove pinguiori, modo censu diliovi, annonn liospiti prxbcnda suslineretur, privileyium communis mens;v redemisset. (Héméré, VIII, f' Ô6.) Socii bipartilo distribua sunt à Roberto ut bursarios hinc, inde non bursarios, legas.... Illis assiqnata de bonis communitalis sporlula.... Bursa liœc nuncupata, recipicnlibus nomcn Bursariis fuit. (Hcuicré, Miscellanécs, déjà cit., r 551.)
forme d'assislancc appliquée aux >< pouivs clers* ». Les bienfaiteurs de la Maison avaient le droit d'indiquer dans quelles conditions leur don serait appliqué: c'est ainsi que l'évèque de Cambrai avait fondé une bourse pour un écolier du Cambrésis; telle autre fondation avait en vue telle ou Iclle des (juatre nations. Mais nul ne pouvait être mis en possession de la bourse qu'après avoir satisfait aux règles communes de l'enquêle, de l'examen et des scrutins. Plutôt que d'y laisser manquer, la Société aurait refusé le bénéfice de la donation*. D'autre part, ainsi que nous l'avons dit, suivant l'ingénieux procédé de Robert, les associés favorisés par la fortune payaient à la communauté une somme égale à celle que la Maison donnait pour vivre aux associés pauvres ''. La bourse, ainsi constituée, n'était attribuée qu'à ceux qui en avaient besoin*. Quiconque possédait un revenu de quarante livres n'y
' (( Derechief li sainz rois fesoit donner rliascune semaine deniers à moult de poures clers por leur bourse, lesquex il pourveoit aus escoles ; ccst à savoir à aucuns deux sous, à aucuns trois sous, et à aucuns douze deniers et à aucuns dix-huit ; et croit len que ces poures que li benoicz rois pourveoit einsi estoient bien cent ; et en ceste manière il porveoit à aucunes beg^iiines. » {Vie de saint Louis par le confesseur de la reine Marguerite, Recueil des Histoires des Gaules et de la France, t. XX, p. Hô.
- Liber Prior. Sorbonae, déjà cit., 4 octobre 1-iGO, f' 8().
■■ Doniini Sorhonœ primiis auctor ita inslituil ut sine delectu communis esset divitibus egentibusque.... Quia tamen isti sportulam habebant. pauperuni doinum voluit nuncupari. (Héméré, Miscellanées, déjà cit.,^5ô-2.)
* Jean Major, qui vivait en 1430, parlant des boursiers, dit (p. 24. n° 0) : Dico istas bursas communes non esse bénéficia. Beneficium enim est aliquis reditus assignatus in titulum perpetuum pro officia divine celebrando. Non est de ralionc bursarum quod sint perpétua, liani quam primuni magisterium in Tlieologia assequuntur Bursarii in JSavarra, suas Bursas amittunt et aliis studentibus cedunt. Similiter deSorbona. Post paucos habitos reditus Bursse vacant. Insuper dantur intuitu inopiœ. (Mémoire pour tes doyen et bacheliers en théologie de la Faculté de Paris de la présente licence (1721) contre les Prieur. Docteurs et Bacheliers de la .Maison de Sorbonne, déjà cité, p. 14. note A.)
54 ^OS ADIEUX A LA VIEILLE SORBO>'i\"E.
pouvait prétendre*; quiconque acquérait ce revenu au cours de ses études, devait y renoncer ^ Dans tous les cas, la jouissance prenait fin rigoureusement dès que le bénéficiaire était pourvu du grade pour la préparation duquel elle lui avait été concédée et elle passait à d'autres. Cette mobilité avait paru d'autant plus nécessaire dans le principe que les ressources provenant tant des cotisations que des fondations étaient fort restreintes : au cours du xv" siècle, il y eut des périodes pendant lesquelles on ne coin])tait guère plus de quatre ou cinq bourses dont le revenu simultané fût garanti. Hôtes, associés boursiers et associés payants étaient tenus aux mêmes exercices, avaient les mêmes droits, vivaient de la môme \ie'\ Les hôtes ne participaient pas à l'administration de la communauté : c'était l'unique diflerence. Pour tons, le bénéfice des avantages de la Maison avait le même terme. La licence obtenue, l'hôte cédait la place, à moins qu'il ne devînt associé. Aux associés boursiers (|u'il s'était tout d'abord agrégés, le bon Robert disait : « Qu'ils se hâtent de se rendre aptes à professer ou à prêcher; je les en avertis par charité, ne pouvant les garder longtemps >-<. Pour ceux (jui devaient leur succéder, il ajoutait : « Si au bout de sept ans ils ne sont pas en mesure de se pourvoir d'une cliarge, leur déchéance sera prononcée* ». En
* Liber Prior., déjà cit., octobre 1305, f^ 139.
* Ibid., août iiô'i, p. 24. — Cf. juin 1430, f° 40; septembre 1455, f°46; septembre 1455, f"48; août 1430, f" 32 ; janvier 1400, f° 101; janvier 1473, f" 123; avril 1475, f" 124; oclol)re 1477, f° 152; octobre 1479, f" 142.
^ Gaudent Jiospiles Sovbomv nom'inc^ mensa, scoht, libris, jilensilibus ; priclectioncs, dispuladones, cotUdiones liabcnt excipinntque. Soivunl nihilominus sportulam, suffvacjiuin nusquani ferunl, unusque csl illis et idem terminus sludiorum ac liospilii. (liéinéré, Misccllanées, déjà cit., P 553.)
* Chart. Univers. Paris., t. I, n° 448, p. 307.
l.A SORBONXE DE ROBERT. 35
aucun temps, les associés payants ne semblent avoir prolongé leur séjour au delà de dix ans. Une inscription gravée sur la porte de la salle commune rappelait à chacun qu'il n'était que de passage dans la Maison : transi, Iwspea^ Le titre seul de sochis, une fois acquis, était inaliénable : on le portail avec soi })artout et toute la vie.
Cependant il pouvait ariivcr qu'un liùte ou qu'un associé fut disciplinairement rayé des cadres. Le cas avait dû èlie prévu. On invitait celui que ce jugement louchait à se retirer jusqu'à ce qu'il se fût amendé". Telle était la formule. Elle n'interdisait pas absolument l'espoir d'un retour. Elle n'excluait pas non plus la pensée d'une séparation définitive, et c'était la véritable conclusion. Un hôte ayant été jugé indigne pour une cause particulièrement grave, on avait pendant plusieurs années fait jurer à chaque associé nouveau qu'il ne provoquerait ni n'admettrait sa réintégration ^ En revanche, il n'était pas rare de voir la Société conserver respectueusement le souvenir d'un de ses anciens membres tombé en disgrâce : le nom de Guillaume de Saint- Amour ne cessa jamais d'être honoré dans la Maison.
Les charges, les conseils permanents et les assemblées constituaient les trois grands organes de vie.
Le principe de l'élection qui présidait au recrutement de la Société réglait aussi l'attribution des charges. Les associés choisissaient eux-mêmes, parmi les associés, bacheliers ou docteurs, ceux qui devaient avoir
« lléméré, YIII.
- Hanc piiniendi viam... Chvisliana caritatc (emperatani. secuti snnt antecessores iiostri. (Iléinéré. VIII.)
5 Id., ibid — Cf. liegislrum Prior. Sorbonse, ab anno 1540 ad annum 1G61. (Arcliiv. nat., Ms. MM. 268); décembre 1576, f 252.
part au gouvernement ou au service de la communauté : le Proviseur, qui embrassait l'ensemble des intérêts généraux, traitait les affaires du dehors, délivrait aux associés leur lettre d'admission, recevait leur serment, prononçait en dernier ressort sur les questions de discipline ; — le Prieur, qui gardait les clefs de la Maison, procédait à la réception des associés*, veillait à la régularité des études et des examens, assurait le respect des droits de la Société par les autres collèges et présidait les assemblées^; — le Procureur, qui avait le soin du temporel, administrait le budget, présentait les comptes^; — le Bibliothécaire; — le Conscripteur ou greffier qui préparait la rédaction des Procès-verbaux^; — divers officiers secondaires appelés « les petits Procureurs » qui étaient préposés l'un au service de la chapelle, l'autre à l'acquisition et à l'entretien du vin, d'autres à la garde des titres, à la surveillance des procès % etc. Toutes ces fonctions n'avaient qu'une dui'ée annuelle — celles de Procureur général avaient même commencé par être semestrielles, — sauf le Provisorat qui était viager. Essentiellement gratuites — ce n'est qu'ultérieurement que le Procureur général et le Bibliothécaire fuient appointés, — elles étaient toutes aussi et restèrent toujours obligatoires. Quelques-unes avaient leurs risques. Le Procureur, en fin d'exercice,
* Voir aux Pièces justificatives, pièce n° 5, p. 273, la formule de la lettre d'admission et celle de l'acte de réception.
■' Registr. Prior. Sorbonaî, déjà cit., MM. 268, {"' 1 et 2. — Cf. Bibliolh. nat., fonds latin, Ms. 15441. — Voir aussi Disciplina domus, p. 55 à 40; 50 et 55-55, 59. Quelques-uns des articles qui déterminent ces fonctions sont de Robert.
* Disciplina domus, déjà cit., p. 101-106.
* Id., p. 50-54.
s Chart. Univers. Paris., déjà cit., 1. 1, n" 448, p. 508. — Cf. Disciplina domus, déjà cit., p. 115-14.
LA SORBOINNE DE ROBEUT. 37
pouvait être constitué débiteur de la caisse, et la Société poursuivait ces sortes de créance, comme les autres, avec rigueur'. Mais pas [)lus pour cette fonction que pour les autres, la récusation n'était admise". Il n'était personne qui ne dût s'intéresser à la conduite de la Maison. Un manuscrit latin de la fin du xui" siècle, contenant la copie des premiers statuts, porte comme recommandation générale : « Souviens-toi du précepte de saint Augustin : sois prêt à faire ce qu'on te demandera dans toute la mesure de ton pouvoir et de ton devoir S). Ce qu'au commencement du xvn'' siècle un Prieur familier avec Pline le jeune commentait par celte phrase tirée du panégyrique de Trajan : Ilœc disciplina, hic mos a majoi'ibus tracliliis, (juodcunpie miiniis injunfjilur xquo animo paratoque subeundum, « c'est notre tradition, notie règle, de se prêter de gaîté de cœur à toutes les charges^ ».
Les conseils permanents comprenaient : une sorte de conseil de famille, où siégeaient des membres, représentant autant que possible les quatre nations% pris parmi les plus anciens associés résidants, et dont la fonction consistait, chaque jour, h assurer l'application des coutumes, quatre fois par an, à rendre compte de l'état moral de la Maison'' ; — un comité de finances, chargé de la vérification des comptes ; — enfin une commission de surveillance spéciale pour les clercs ^
• Liber Prior. Sorbonœ, déjà cit., 1455, f° 44; 1476, f° 126; 1477, f 129; 1479, fM56; 1485, f" 177.
^ Voir aux l'ièces justificatives, pièce n" 5, p. 271, les décisions des années 1545 et 1597.
5 Sorbonœ constitulio (Biblioth. nat., fonds latin, Ms. in-12, 10985).
* Arch. nat., MM. 269, en tète du volume.
^ Liber Prior. Sorbonœ, déjà cit., janvier 1579, f" 156.
*= Disciplina domus, déjà cit., p. 617.
' Clerici et servi domus stricla lege coerciti, si ab officiis aberrarent,
3S r^OS ADIEUX A LA VIEILLE SORBOISiNE.
De même que les associés en charge, ces divers conseils n'étaient investis de leur pouvoir que pour un an.
C'est dans les assemblées qu'étaient traités les intérêts communs ' : — assemblées particulières aux associés résidants, qui se tenaient dans la salle à manger après le repas de midi ; — assemblées générales des associés, résidants ou non résidants, qui avaient lieu dans la chapelle après la première messe. Les affaires d'administration intérieure se réglaient dans les unes : le Procureur avait seul le droit d'introduire les délibérations; le membre le plus ancien, le sénieur ou doyen d'âge, qui présidait la table, présidait aussi le débat. Dans les autres, dirigées par le Prieur, se discutaient les questions relatives à la discipline ou aux études, les élections, tout ce qui touchait aux intérêts d'ordre spirituel; en outre, dès qu'il se produisait quelque difficulté d'administration temporelle, elle était déférée à l'assemblée générale comme à un degré de juridiction supérieur.
Il n'existait pas de jour fixe pour les assemblées intérieures. Les assemblées générales étaient régulièrement convoquées quatre fois par an, à des dates déterminées, la veille des vigiks de l'Annonciation, de la Pentecôte, de l'Assomption, de la Fête des morts, pour entendre le rapport sur la situation morale. C'étaient
pœnis casticjali; de quibus quiim fundator niJiil slatuisset, ita est paulo post ordinaiinn, anno nempe ISO'J, ut ad qiiinqiie viros magislerium istud allinerct, hchdomndarium saccrdotem, clericum capellœ, ledorem in incnsa, pra'positum hitrsœ et qtiinium a Socictate clectum et ad kl spccialiler deputatum; idoncos illi rclincrent, incplos et discolos repelleicnl et in mores sinçiulovum inquirerent qiialer in simjulos annos. (Héint'iv, VIII, f" 4G.) — Cf. Disciplina domus, déjà cit., p. 171. — Voir aux Pièces justificatives, pièce n° 6, p. 274, le règlement relatif au choix et à la surveillance des clercs.
» Disciplina domus, déjà cit., p. MO.
les séances dites ordinaires'. Les séances extraordinaires étaient aussi multipliées que l'exigeaient les alïaires. Chacun recevait à l'avance l'ordre du jour\ Pour les assemblées intérieures comme pour les assemblées générales, un {)rocès-verbal était tenu de chaque séance. Lu et corrigé, s'il y avait lieu, à la séance suivante, il n'avait de valeur qu'après avoir été adopté. Rien ne se décidait qu'à la pluralité des voix. Lorsque la majorité n'était pas atteinte, on remettait la question. Nos délibérations ne sont pas plus correctes.
Afin de mieux assurer la liberté de la discussion, les ditïerences d'appellation, comme celles de costume, étaient proscrites. On ne reconnaissait pas les noms de maître et de disciple. Tous les membres de la communauté étaient égaux : Omnes sumus sicut socii xqualef\ Cet esprit d'égalité avait pour emblème le cachet, ou, comme on disait, les armes de la Sorbonne, lequel consistait en une roue à dents égales, engrenées les unes dans les autres et mues par un même ressort '*. Pour en maiY|uer nettement le caractère aux yeux de tous, il était d'usage de prendre parmi les plus jeunes associés le Prieur, c'est-à-dire celui qui occupait la magistrature la plus active, sinon la plus en vue.
1 Plus tard on ajouta trois autres jours de séances ordinaires : la veille Je la Purification, celle de l'Ascension, et celle de la Consécration de la chapelle.
- Disciplina domus, déjà cit., p. H0-I20.
•"> L'abbé Velh , qui n'est pas t;ivoral)le à la Société, ne peut s'empêcher de louer « ses statuts dont le premier est l'é:;alité et une entière indépendance, et qui est peut-être ce que l'on peut inspirer de plus parfait en ce genre i^ (t. VI, p. 22). — Cf. Oratio habita in aula Sorbonica in laudcni Sorbonœ, par A. Du Breton, 1650, Biblioth. Wazarine, 10517.
'* Mémoire pour éclairer le droit de M. Vincent comme plus ancien professeur contre M. Bouvrel nouvellement nommé. (Biblioth. nat., 144' F/5, 1092, n° 24577.) — Voir la reproduction de ce cachet au-dessous du titre de ce livre.
Mais plus les membres de la Société se tenaient pour libres dans leurs délibérations les uns à l'égard des autres, moins ils acceptaient que leur commune indépendance pût recevoir quelque atteinte. Respectueusement soumis à l'autorité du pape et à celle du Roi, ils n'admettaient aucune autre subordination temporelle ou spirituelle, en dehors de celle qu'ils se créaient entre eux. La règle était, règle formelle, qu'avertissements, blâmes ou châtiments, chacun devait les accepter de ses pairs investis par le libre choix de tous d'une autorité temporaire, mais souveraine, avec obéissance, componction et bonne humeur'. Si un différend grave s'élevait, l'une des assemblées, selon le cas, l'évoquait et le jugeait. Appel du jugement de l'assemblée pouvait être fait au Proviseur, mais au Proviseur seul. Réclamer l'intervention d'un juge étranger, c'était signer sa propre déchéance ^ On n'était point digne de rester dans une Maison dont on n'acceptait pas pleinement la tutelle.
Aux principes de celte organisation générale répondaient des prescriptions d'administration domestique, qui en faisaient passer l'esprit, pour ainsi dire, dans le menu détail de la vie de chaque jour. Ce sont ces prescriptions qui avaient été rédigées par Robert ; et
' Sorbonœ conslitutio, déjà cit.
- Voir aux Pièces juslilicalivcs une délibération du 1" oclobre 1557, pièce n" 4, p. 272.
en raison du premier mol qui en indiquait le caraelère impératif, on les appelait son Volo. Elles sont au nombre de trenlc-huil et visent, les unes le bien-èlre, les autres la vie morale de la Société.
Les premières ne sont que des instructions d'ordre. Chaque membre de la Société, est-il dit, a sa chambre, ses effets marqués d'un numéro, son mobilier; il est chez lui et il y peut recevoir à ses frais un ou deux clercs \ Indication naïve, mais qui fait entrer d'autant mieux dans la pensée de Hoberl. Que l'on se rappelle les difficultés que rencontraient les maîtres et les étudiants pour se procurer le plus mauvais abri, et l'on comprendra l'impoi-tance attachée à ce bienfait. « Fada est pulclterrima dormis, nous avons une maison superbe », s'écrie avec enthousiasme un associé des premières générations ^
C'est dans le même esprit qu'il faut lire toutes les précautions de ménage édictées par Robert. La table fut pendant quelque temps absolument commune, en ce sens que la Maison assurait la nourriture générale avec le fonds des contributions personnelles et le produit des bourses \ La difficulté de donner satisfaction
* Mensa una, una sella et stsebades dux, altéra rnagistri, altéra clerici convidoris.... Supellc.r socio comparanda qua caméra instrueretur. Ille sibi et 6;i.Q/.â-vt|j clerico fociiin ea i)i mansione aluit impcnsis suis, Dixi vero clericum convictorem, nam quilibet Socius uniim aut allerum (iscivisse potiiit, beneficiis usuriim quse Socielas eqenis laryirclur, ex qno appellati Sorbonœ beneficiarii. (Iléniéré, MI, f' 51.) — Cf. Disciplina domus, déjà cit., p. 10-11. — En 1454 on vendit le mobilier de la chambre d'un associé. Le produit de la vente fut de dix-sept livres neuf sols (Liber Priorum Sorbonœ, déjà cit., f° 54). — Cf. Id., 1465, f° 101.
- Ladvocut doime l'an 1258 comme date de celte leUre. >'ous serions porté à la reculer de quelques années ; elle nous paraît s'appliquer à la reconstruction partielle faite soixante-dix ans après la mort de Robert. Voir plus bas, p. 70.
' Bursa... primo fuit uUmenlum quo, nullavidus quotidiani sollici-
à tout le monde à la fois fit peu après adopter le parti de laisser à chacun le soin de pourvoir à sa subsistance. La communauté conservait à sa charge la préparation des mets; de plus elle fournissait le vin gratuitement. La bourse qui devait aider le boursier à se suffire pour le reste fut à l'origine de deux ou trois sous par semaine'. Progressivement, au fur et à mesure que renchérissaient les denrées alimentaires, elle s'éleva à cinq sous et demi, puis à six, maximum qu'elle ne dépassa point*. Celte sorte de comptabilité des bourses s'était si bien accommodée aux mœurs% qu'on en avait fait la base du régime disciplinaire\ Payer une bourse, payer une ration de vin — tel était le nom donné aux amendes, — voulait dire verser dans le trésor commun une somme égale à celle (|ui était remise aux bour-
ludinc suspensus, in studiis lilterarum sodalis Sorbonicus placide conquievil. Poslea vevo est illanummis wstimatn. (Iléinéré, VIII, f" 59.)
* Disciplina domus, déjà cit., p. 15.5.
- Sudali cuiqite in singulos scptinmnas alinienli sumplns Iriiirn Uinliun assiiun (uisse conslat. (lli'iiK'ir, VIII.) C'est en 1.38G que la somme, audo rerum prelio, fut portée à cinq sous six deniers. Elle atteignit peu après six sous. Au temps de Ladvocat, c'est-à-dire vei's le milieu du xviu" siècle, elle était revenue à cinq sous et demi, ce qu'il évalue à un peu plus de six francs de notre monnaie.
^ On en retrouve l'usage an collège de xNavarre, expliqué comme il suit : In collegio Navarrw triplex ordo est juvenuni qui lillcris incunibunt, uni GranimaticT, nonniilli l'hilosophiu', nlii Tlieoloqiœ : quibus pro qualibet seplimana cerlinn quoddani stipendii genus assignatnr. Slipendium dicilur bursn, nomine tune communi iis omnibus qui pecuniœ summani nliquani pro laboris merccde velpro victii acciperenl: quare slipcndiarii, seu qui slipendium, seu pecuniam illam accipiunt, dicuntur Bursarii. Bursa et bursarii, non anliquœ, sed recenlioris latinitatis snnt nomina quœ ad vitia sermonis pertinent, sed quibus posterior assuefacta est œlas. Qui dicuntur Bursarii, dicuntur quoquc Socii, quod societatem inviceni habeant, simul versentur, simul vivant, siniul mancant. (Launoy, Reyiœ Navarrœ Gijmnasii Parisiensis historia, prim. pars, lilj. I, cap. v, p. hl.)
* /(/ voluere tanlum majores noslri ut bursa una liebdomadaria, duoruni ncmpe vel trium assium, vcl illa vini mensura quœ in singulos sodales in aula quotidie dividebatur sibi subtracla, crrorem vel peccatum transgressor expiaret. (Héméré, VllI, f° 47.)
LA SORBONxNE DE ROBEUT. 43
sicrs, OU être privé de sa ration de vin au bénéfice de In Maison, qui en faisait économie. Chacun au surplus se traitait comme il l'entendait'. Point de luxe, c'était alTaire au procureur de l'empêcher; point de privations non plus'. Point de mauvais sentiments surtout les uns à l'égard des autres. Et il n'en existait pas ; Iléméré l'affirme, on peut le croire : tel qui n'avait qu'une rave regardait sans envie l'assiette voisine mieux remplie'.
1 Iiiducta ilUi forma qiiam adliuc relhuniius, quû quisijue tali ferculo vicliluvit qualc api)eliissel,...pru'bcnle tautiim Sorietatesalem et ligna.... Cidera peciitio sihi quisque coinparavit. (ll(''iiii''it'', VIII, 1' 41.) — Cf. Disciplina doiiius, dc'Jà cit., p. 14") sqi{.
- Roberlus inslilido suo probaril cuiris litteraloruni Socielali videri convcnienliorem cum conviclum, qui provenlu ctsi teniti perexiyuoqtie, certo lamen annuoque sustincretur, voliva quacumque inendicitale, (jiiw viclum qiiotidianum ab aliéna niensa, eventu pleriimque dubio, repeicret et e conlenlione diuturnilatcqite sludiorum famesccnlem sœpe frustraretnr.Nani qui rehcmenlissiinc omnium adversus mendicam sodaliliorum eorum indiqentiamscriptis, concionibuspiiblicis,perilla lempora decertarunt, Sorbona penè omncs pepererat.... Porro collegium dotavii Sorbonensis provenlu mediocri qui prœberel lamcn alimenlum sociis n)nnibus, non illud quidem laulum, copiosumel lit.ru difflueiis, sedquois saliarelur qui libres sine molcslia sacjinœ qravioris evolvcre voluisset; el quanquam isle poslea redilus pluribus eleemosijnis auclus sil, noslri lamcn, ne abcrrarenl ab inslitulo (undaloris, ea lantum mensura atque incremento Sorbonam dilcscere pulaveruni oporlere que et turpis ntendicilas el desidiosus lu.rus utrumque curstis sludiorum abrumpens, a condila ttcola summoverelur. (lléiiiéré, VII, f" 2y.) Et ailleurs : Cui {Clirislianœ pietali), cum duo pr;t'sertim extrema nocerc maxime vidcanlur, mendica pauperlas et lautior conviclus, illa forte subditura lanlarum reruin Iraclalorem volis et obscquio corum a quibus durioris vita' levamcntum expeclarclur, hic recle olio lorporcque depravaturus animos — et proventus fundator qupesiisset et vilam sociorum ordinassel eo temperamento ut nec fundus locupletior nec fœcula redilus abundanlior sagina noccret collcgiali, nec ille ab incerla liberalilale et expectalo beneficio quotidiano pendens gravem ac moleslam faceret sludiorum jacturam, et in illo cursu omnium moderato Sorbona cum aliqua parcitate dires cl cum aliquo fundo proventus pauper opulcntiam intérêt inendicilatem média consistercl. (lléaiéré, Mi, f" 75.)
^ Teiiuissimus omnium viclus fuit ac prope similis, qualem visum œconomis obsonasse, el cum lauliores cibos in mensani crebrius i7ilulisse inusitalum fuit, lum ctiam habitum est indecorum gcnium flagellasse
Mais, pour tout le monde, la règle était de se réunir dans la salle à manger. Chacun devait exactement s'y rendre au coup de cloche, à moins d'avoir été relardé par un cours, un sermon, ou quelque affaire d'intérêt général — sous peine de ne trouver à sa place qu'un morceau de pain. Dans certaines circonstances on pouvait être autorisé à prendre ses repas dans sa chambre, si l'on était malade, par exemple, ou pour recevoir un ami, ce qui, ajoute finement Robert, était une occasion de donner le goût de la Maison et d'en préparer la clientèle. Encore ne fallait-il pas trop multiplier les occasions de ces petits soupers'. Dans tous les cas la communauté n'en devait pas souffrir. Nul n'avait droit qu'à sa part; celle des invités se payait, et le Procureur faisait recueillir les restes. Pour les petites bourses il n'y a pas de petites économies. On comptait presque sur les changements de saison et sur les indispositions qu'elles produisent : parmi les gens de la communauté qui étaient nourris gratuitement, les malades, ceux qui avaient été saignés, ne recevaient qu'une moitié, qu'un quart de la portion*. Robert insiste sur ces calculs en administrateur qui n'a rien à perdre; mais il les relève par le sentiment qu'il y attache. Le bénéfice fait sur chaque journée représente la part des pauvres, de ces écoliers, de ces bons enfants, qu'il a entendus crier par les rues :
Les Bons enfants orrez crier
Du pain! mes vueil pas oublier'',
pmrimoiiia frugaliori. Manducans tamen olus non invidil largius epulunti. (Iléinén'', Vlll, 1"44.) — Cf. Disciplina domus, déjà cit., p. 145-160.
1 Exlra aulam sa-pius esse pransum cœnaiumve collegialem, aliénas privatis coiiviviolis crcepisse, visa rcs aliéna ah instilulo. (llérnéré, VII, P55.)
-Liber Prior. Sorbonœ, déjà cit., juillet 1451, f-' 17.
3 Guillaume de la Villeneuve, les Crieries de Paris (im° siècle).
et la part des pauvres, c'est une des raisons d'être, c'est l'honneur de la Maison.
Un sentiment non moins touchant pénètre les recommandations sur les relations journalières des membres de la Société. Ici encore Robert ne s'épargne pas au détail modeste et familier. Comment il convient de se traiter les uns les autres, de s'aborder ou de se quitter, de converser à table, Robert insiste sur chacune de ces prescriptions avec une bonhomie aimable : la commensalité ne représentait pas seulement à ses yeux une nécessité économique de la vie commune, c'était un moyen d'éducation. Il répudiait les habitudes du cloître, mais il ne redoutait pas moins les dangers que pouvait produire l'exemple des relâchements de la vie du dehors. Les étrangers ne devaient pas séjourner dans le collège'. Les femmes n'y avaient })oint accès^
C'était assez d'avoir à surveiller les clercs. Les procèsverbaux des assemblées nous entretiennent souvent de leurs querelles : tels se sont injuriés brutalement, en sont venus aux coups, ont tiré le couteau l'un contre l'autre ^ On prenait toutes les précautions pour les bien choisir*; on ne négligeait rien pour les éduquer :
• XnUiis sœculavis moraiis in villa, scriptor, corrcctor, vel quicunque alius sine magna causa comedat vel jaceat in caméra, nec rcmaneal Sociis comedcntibus, nec in pralello, vel aula, vel aliis Sociis domus fréquenter conversetur. (Héinéré, Vit, P 55.)
- Item nullx mulieres cujuscunque conditionis comedani in cameris ; si oppositum quis fecerit, solvat pœnani ta.ratam, scilicet sex denariorum. Addidere posteri severilatem slatulo qua inqressus in domum ontnino sexui insidiatori negaretur, vel eliam mairi consanguinewve opem etsi infirma allaturis. (Id., ibid., f" 55.) — Cf. Disciplina domus, déjà cit., p. 68, 119.
3 Liber Prior. Sorbonre, déjà cit., janvier 1475, f" l'22. et décembre 1479, P 1.59. — Cf. janvier 1450, > 7; avril 1451, P 14; mars 1457, f° 58; septembre 1458, f' 81 ; mars 1485, f 166, etc.
* Voir aux Pièces justificatives, pièce n" 6, p. 274. le règlement déjà cité.
ils devaient donner une part de leur temps h l'élude. Les hôtes et les associés s'efforçaient de les rapprocher d'eux, et les défendaient parfois avec plus d'humanité que de sagesse^ Pour solidariser les membres de la Maison, Robert avait voulu que, le jour de leur élection, les hôtes nouveaux fissent parmi les anciens choix d'un patron qui les suivît au cours de leurs travaux et leur fût comme un direcleur de conscience \ Dans le même esprit, il avait établi pour les résidants l'obligation de veiller fraternellement sur les serviteurs qui partageaient leur vie, et au Prieur incombait la charge spéciale de réunir de temps à autre tous les clercs en conférence pour les entretenir de leurs devoirs.
Mais trop souvent la grossièreté des mœurs du temps était la plus forte. Les maîtres eux-mêmes n'étaient pas toujours impeccables dans leurs proJ)os^ La passion les emportait, les discussions dégénéraient en violences. Robert s'était attaché à prévenir, à réprimer ces désordres. Manquer d'égards au Proviseur, au Prieur, c'était manquer à la communauté tout entière*, en compromettre la dignité, surtout en troubler l'harmonie. Or il n'était pas de sacrifice qu'il ne fallût faire à la paix^ Pour créer, pour entretenir ces sentiments, des fêtes avaient été instituées : la réception d'un hôte ou d'un
* Liber l'rior. Sorbonse, déjîi cit., avril 1455, f" 14; mai 1451, f" 14, elc. ' Baccalaiirei stalim admissi cligatit studionim modcralores qui eos
edoccant tum qttod ad doctvinmn, lum quod ad mores Jiorumque nomina Priori tradant. Registr. Prior., MM. '271, 1671, f" 160; 1687, f" 410.
3 Liber Prior. Sorbonse, déjà cit., octobre 1430, f° 4; août 1479, f" 141 ; mars 1485, f 109 ; juillet 1485, {" 175.
* Fuit informatus provisor qualiter quidam Sociorum alteri injurias dixcral in mensa et quantum ad hoc provisor ordinavil ex more ut injurias repararet injuriam non pcrsoucv injurialse, sed toti eommujiilati quam communiter offenderat. Liber Prior. Sorbonœ, déjà cit., décembre 1478, f° 156. — Cf. 17 mai 1455, f' 46.
5 Id., août 1470, f" 1 l'i : considcrata honitale pacis Ualcndœ.
LA SORBONNE DE ROBEnT. 47
associé élail l'occasion d'un repas de bienvenue qu'offrait le nouvel admis; certains examens, la Sorbonique notamment, étaient suivis d'une agape générale. Banquets sérieux, mais que l'on s'ingéniait à rendre agréables ^ Robert aurait volontiers gravé sur le frontispice du collège la règle que ses successeurs définissaient en ces quatre mots : Vivere wcialiter et coUegialitcr et moraliler et scholariter^; c ici l'on s'est réuni pour vivre dans une communauté aimable et irréprochable, en travaillant ». N'est-ce pas l'idée (|iii avait inspiré à un de ses premiers disciples celle exhortai ion rythmée que nous avons relrouvée en tète du Volo et dont l'effusion témoigne d'une activité reconnaissanle? « Sorbonne la bonne donne à goûter à ses élus trois biens précieux : les livres, la table et le logement qu'elle leur offre libéralement. Une société pleine de charme, une règle bienfaisante, la paix de la béatitude : voilà ce que tu dois fortifier et glorifier par ton exemple, pour que Dieu te pardonne tes péchés et par surci'oît se donne à toi, lui et tout ce qu'il apporte avec lui". »
//cTC bona Sorboua dut nosae
Sma tria dona :
Libros et victum tjratis
lit Jwspitiiim. Hic que cohora g rata. Bonus
Or do. Paxqm beat a Hsec confortare debes et
Magnificare, Ut tibi perdonet Deus omnia,
Se, sua donet.
' Jiicunda trislibus, amaris dulcia, scveris lenia in innocciilc lempcramenfo permiscehant. (Hôméré, Yll, f° 53.)
- Liber l'rior. Sorbonœ, déjà cit., avril 1459, f° 84. ^ Sorbonx constitutio, déjà cit.
î\OS ADIEUX A LA VIEILLE SORBO>^NE.
YI
L'objet de cette activité était de préparer des recrues à la prédication et à renseignement, et (rois moyens d'éducation devaient particulièrement y contribuer : la lecture commentée de la Bible et des Sentences extraites des Pères par Pierre Lombard, la dispute et le sermon'.
La lecture commentée avait lieu tous les jours et deux fois par jour. Une affiche qui en indiquait l'heure était placardée dans la salle des cours. La Maison avait deux sortes d'écoles, les écoles extérieures et les écoles intérieures*. Les écoles extérieures étaient publiques, et, quand on les réparait, les écoles intérieures, qui servaient proprement aux hôtes et aux associés, étaient mises à la disposition commune". Les auditeurs du dehors ne manquaient pas*, et la Société se faisait un devoir d'assurer à tous l'assistance qu'ils venaient chercher : certains maîtres ayant pris l'habi-
« Uéméré. XIV. — Cf. XIII.
- In Sorbona scholse duœ thcologicis cxercilalionibiis dical:e, allern inierior, (tltcra extcrior; liivc sita in vicinin (jiiotidinnis professoruvi lecluris dkpulationihusque licentiarum omnibi(s praHcr illam famosissimam... qux dicilur Sorhonka. (Iléinéré, XIII, f" 8i.)
5 ... Lpctonbus ordinariis concessum est vt hahcrenl Iccliones in scholis inlerioribns, donec instaurai cniiirexteriores, ita tamen ntmoneantur scliolastici tic déambulent in pralido, aut prope sacellum, ne impcdirent studia mayislvorum noslrorum et baccalaureormn. (Disciplina domus, déjà cit., p. '250.)
* Callicdras ascendevesuis Itoris singuli [magistri] tanla frequentia discipulorum quanlam sedulilas eruditioque doctoris ac tradandx quœslionis anipliludo dignitasque ad audiendum pellexisset. (Héméré, XIII, f°79.)
lude (le réunir les élèves dans leur chambre, une défense sous peine d'amende intervint'.
Pour la dispute et le sermon, les maîtres et les étudiants de la Maison s'y livraient plus particulièrement entre eux. On s'exerç^'ait au sermon à des jours indéterminés; sur les procédés par lesquels les esprits s'y façonnaient, les documents de la Sorbonne ne nous apprennent rien. 11 n'en est pas de même de la ciispiile. Il y avait dispute chaque semaine, tous les samedis-, même pendant les vacances, et, si un jour férié tombait le samedi, la séance était avancée ou ajournée. On ne connaissait pas de préparation plus d'ipm ni plus el'licace: les règles en étaient minutieusement déterminées\
Le Prieur présidait les séances de la Saint-Pierre (29 juin) à la Nativité de la Yicj'i^e (8 septembre); ce n'était qu'une sorte de mise en tiuin. A partir du 8 septembre, la présidence passait à un associé élu pour l'année et qui prenait le titre de maître des étudiants. Aucun associé ne pouvait se dérober à cette charge pendant les six premières années de son institution, à moins qu'il ne fût devenu professeur. Le maître des étudiants n'était rien moins qu'un directeur général des études. 11 devait, pendant les vacances, faire choix des questions empruntées aux Sentences, questions de fond et questions de forme, qu'il proposerait à la discussion, en ayant soin de ne pas reprendre les mêmes que celles des années précédentes; et, pour qu'il n'y eût pas erreur ou fraude, inscription était faite sur un registre spécial des thèses choisies.
Quinze jours à l'avance, le président faisait connaître
* Disciplina doimis, déjà cit., p. 95-9i.
- Voir dans liéniéré (XiV) le portrait qu'il trace des divers tciiipéiaments de disputeurs.
' Statuts du M novembre 1544. (Chart. l'nivers. Paris., t. Il, secl. I, p. 554, n" l(l9t).)— Cf. Biblioth. nat., fonds latin, Mss, n° JG574.
aux deux argumentants le sujet qui leur était échu. Au cas où l'opposant venait à manquer, il devait pourvoir à son remplacement ou le remplacer lui-même. C'était lui qui conduisait les débats, dissipait les malentendus, ramenait la discussion. Si l'un des deux adversaires se laissait entraîner aux subtilités ou s'opiniâtrait par amour-propre, il l'avertissait deux fois, à la troisième récidive lui imposait silence, à la quatrième le frappait d'une amende. Le nombre des arguments et des répliques à échanger par les deux adversaires était fixé à huit au plus, celui des conclusions à trois. Après les passes des argumentants, chacun des membres de l'assemblée, qui comprenait toute la Maison, avait son tour de parole : le maître des étudiants d'abord, puis le Prieur, les professeurs, s'ils avaient quelque chose à dire, les bacheliers en cours de licence, les autres associés par ordre d'ancienneté — et tous, ainsi que partout ailleurs, dans des conditions absolues d'égalité' ; — enfin les étrangers ou invités de marque, pourvu que leur participation n'empêchât point les membres du collège de suivre la discussion spécialement destinée à les instruire.
Dans ces exercices comme dans les autres, tout était rapporté à la Maison. Tout en émanait aussi. Pendant deux siècles, l'enseignement fut fourni ])ar des hôtes ou des associés, sans intervention d'aucun maître du dehors ni fondation d'aucune ressource spéciale. Des amis de Robert, Guillaume de Saint-Amour, Odon de Douai, Gérard de Reims, Laurent l'Anglais, Guéroud d'Abbeville, s'étaient, à l'origine, chargés gratuitement
1 Slaluls du 14 novembre 1544, déjà cit.... Quod inler domiis Socios est lequalitus per omnia obscrvanda, quum in domo oinnes siiit ut socii et nliidcnles, non ut majores et minores, magistri et scolares, et similia.
des cours'. Plus tard, on reconnut nécessaire de rétribuer tant mal que bien les professeurs* : il fallait leur assurer le moyen de vivre. Mais chaque génération continua à faire sorlir d'elle-même les maîtres dont elle avait besoin : c'était un des emplois qu'en entrant dans la Société on s'obligeait à remplir. La première chaire créée fut celle dite d'Ulric Gering; elle date de 1552^
Que valait cet enseignement? C'est à tour de rôle que chaque maître était chargé de la lecture des textes avant la fondation des chaires; et, chacun écrivant ses notes pour les laisser à ses successeurs, il en était résulté un recueil de commentaires qui représentait, paraît-il, une richesse théologique assez considérable. Nous n'en pouvons juger, le recueil ayant été perdu. Selon toute apparence, nous n'y trouverions généralement que des interprétations en rapport avec les habitudes de la scolastique du temps. A la Sorbonne comme dans toutes les écoles du moyen âge, pour les Biblici et les Sentenliarii, c'est-à-dire pour les maîtres dont les leçons portaient sur la Bible ou sur les Sentences, le grand et presque l'unique effort était d'appliquer aux textes la dialectique formelle que Pétrarque qualifiait de fléau. Cependant Robert se faisait de la théologie une autre idée.
* ... Pro Icge familiœ mililarnnt in caslris illis voluntariis œlatc noslra antc fundatas leduras regins. (Héniéré, XIII, f" 70.)
- Induslria quisqne sua lahoveque sno viclitavil. (Héméré, XIII. f" 79.) ■' Voici quels étaient les termes de la fondation : « ... à la charge d'entretenir à toujours au Collège de Sorhonne deux docteurs ou licenciés en théologie qui seraient tenus chaque jour ordinairement lire publiquement aux écoles du Collège, savoir l'un du Vieil Testament au matin, l'autre du Nouveau Testament et de la Grande liible l'après-midi ». (Archiv. nat., Mss, MM. 27'J, déjà cit., f° 90.) — La rémunération était de trente-six livres par an (Héméré, XIII, f" 79).
52 NUS ADIEIX A LA VIEILLE SORBÛ>>"E.
« Il y a des écoliers, écrivait-il, qui travaillent sans cesse à aiguiser le glaive de la parole de Dieu, et, à force de l'affiler, ils l'usent. D'autres amassent d'épais volumes d'arguties qu'ils recouvrent d'un magnifique parchemin teinté de rouge, et rentrent chez eux tout fiers de ce hutin, le sac plein, l'esprit vide. » Ce n'est point ainsi que Rohert concevait l'étude. Il n'en attendait le profit que du travail de l'esprit sur lui-même, d'un travail approfondi et prolongé. 11 avait sur ce point une série de prescriptions qu'il déduisait ;iinsi : faire chaque jour pendant une heure une lecture choisie; en résumer par écrit l'idée générale, à la manière de Sénèque; l'emporter en soi, matin et soir, dans ses promenades, sur les bords de la Seine, au Pré-aux-Clercs, pour s'en pénétrer et s'en nourrir; discuter, le maître avec ses confrères, l'écolier avec ses condisciples ; pardessus tout prier; car, s'il n'est rien qu'on puisse se flatter de posséder, lorsque la dent delà discussion ne l'a point fait entrer dans l'àme, il n'est rien non plus qui vaille la peine d'être possédé, si l'effet n'est point d'élever l'àme à Dieu*. Robert veut, en d'autres termes, qu'on aille aux choses, non aux mots, qu'on étudie en chrétien, non en sophiste, qu'on se préoccupe non d'amuser l'esprit, mais d'éclairer la conscience.
Ces préceptes sont ceux qu'Héméré défend à son tour en s'aidant de Jamblique et de Platon. Qu'ils ne fussent pas toujours suivis, le plaidoyer d'IIéméré, qui y attache l'honneur de la Maison, le prouve avec une surabondance de raisonnements qui n'est que trop convaincante. 11
* Bihliolh. nat., fonds Lit., Mss, 15 971. — Voir La Chaire française au 7I10IJCII â(jc, spécialement au xiii" siècle, d'après les ntamtscrils contemporains, par A. Lccoy de h Marclio, archiviste aux Archives nationales, nicmhre de la Société des antiquaires de France, 2" éd., 1886, 5" part., chaj). V.
serait injuste toutefois de méconnaître qu'on travaillait dans cet esprit et non sans fruit.
D'une note sur les maîtres en théologie qui exerçaient au xv" siècle, il résulte que plus des deux tiers appartenaient à la Sorbonne'. Le nombre ici n'est, il est vrai, qu'une présomption de la valeur. Mais le progrès dans la valeur avait suivi celui du nombre, et au commencement du xvi" siècle il n'y avait ni invraisemblance ni llalferie à écrire que « c'était le collège de Sorbonne (|ui par ses doctes leçons avait remis la théologie scolastique dans son élévation, la controverse dans sa fermeté* ».
Nul doute, en effet, (|ue l'enseignement eut peu à peu acquis une variété intéressante et pris une certaine portée. En moins de cinquante ans, de 1577 à iOt^j, six chaires avaient été fondées, dont trois au moins s'appliquaient à des matières autres que les matières théologiques proprement dites, la philosophie grecque notamment et les cas de conscience \ Mais cette supériorité s'explique mieux encore peut-être par les éludes préparatoires exigées de ceux qui voulaient entrer dans la Maison.
Nous l'avons vu, un stage d'enseignement philoso-
» Bihliolh. nat., fonds lat., Mss, 5494 A.
* La Sorbonne en joie et en deuil, déjà cit.
' Juillet 1577, fondation par Henri III « pour une chaire de philosophie grecque » ; — juin 1597, fondation par Uenri IV de deux chaires « de lecture, l'une, au matin, de théologie contemplative, l'aulre, après midi, de théologie positive » ; — 1606, fondation par Claude Pellejay d'une chaire « pour lire le Vieux et le Nouveau Testament et les intei'préter selon le sens et l'exposition des Pères et Saints Docleurs de l'Église, tant hébreux que grecs » ; — 161 '2, fondation par Rouen d'une chaire « pour traiter dos cas de conscience )) ; — 1615 (janvier), fondation de Michel Aubry; — (octobre), fondation de Louis XIII d'une chaire « pour faii-e les leçons des matières controversées et des résolutions sur ces matières o ; — 16!25.
phique était imposé à quiconque prétendait au titre d'associé. Au témoignage de Ladvocat, c'est une erreur de croire qu'en aucun temps on ait pu suppléer à cette garantie en prêchant un carême ou en composant un livre. « Il n'y a point d'exemple de cette tolérance, dit-il, excepté pour quelques grands personnages que l'on recevait de la Société en même temps que de la Maison'. » On ne concevait pas un cours de théologie qui n'eût pour base la connaissance de la philosophie et d'une philosophie particulièrement tournée vers la morale". On n'en concevait pas surtout qui ne reposât sur un fonds solide d'éducation littéraire. C'était presque un article de foi : Sancte observatum est ut^ nisi sexennio stiidiorum completo, tlieologix curriculum ingrederenlur'\ L'œuvre qui couronna l'eiilreprise de Robert lut la fondation du Collège de Galvi, la j)elite Sorbonne, comme on disait plus tard, où se préj)araient de longue main les jeunes artiens parmi lesquels devait se recruter la Société théologique \ Ce n'étaient point les Sorbo-
fondation do Philippe de Gamache. — La dernière cliaire fondée fut celle du duc d'Orléans (1751) (Arcliiv. nat., MM. )>V^, déjà cit., r 90 à 104).
* Dictionnaire, déjà cit. — Cf. Disciplina domus, déjà cit., p. 87.
- Liber l'rior. Snrbona?, déjà cit., 1450, f" ft. — « L'ne des recoinmandalions de Robert, dit Ladvocat, avait été qu'il y eût toujours dans son collège des docteurs attachés à l'étude de la inorale pratique et à l'examen des cas de conscience. »
5 lléinéré, Misccllanées, déjà cit., f° 5.w.
* Robcrtus, ut quo porrigeret ftimlossuos laliiis, Udius quoqiie cliaritalis opcra sun pwferrcl, plurcsqiic in rivos bénéficia dividerel,... in vico Purrctarum.... domuni a Guillelmo Camherincenni acquisivil ciim
qnibusdani jardinis etquadam gronchia adjaccnttbus (1^271)... In Itis
r.ulon ledihux artes hiananiores et pliilosophicas esse tradilas, vcl ipso virenle Roberto, aiisim ego ipse affirmarc ex eo quud anjus atibsecniis venditœ illa' dislractœquc semel alque ilerum, uhi tandem ad aniiquos dominos primum anno 1.")")"), dcin anno 1485 rediissent, rcpetitus sd in iis eoriundem slitdiorum cursus cum laude comniendationcque non mcdiocri Sorbome genitvicis quem forlunalis auspiciis Robeiius inclioassct
nistes qui y professaient, mais ils y avaient, aux termes (les règlements, une action souveraine \
Parmi les docteurs de Sorbonne, plus d'un possédait, en même temps que les diplômes de la théologie, ceux du droit et de la médecine; Robert était docteur en droit* et la plupart de ceux qui s'étaient distingués dans la Société avaient le même titre. Les Sorbonistes estimaient qu'il n'était pas sans avantage qu'un théologien connût les éléments des diverses sciences de son temps. Mais c'était là une opinion commune à d'autres maisons. L'éducation littéraire, c'est-à-dire l'éducation générale, n'était nulle part aussi prisée que chez eux. Même au collège de Navarre, au xvi" siècle, elle ne trouvait plus de clientèle '. Elle était restée la marque proj)re de la Serez percnnem esse anlcnlcr expetiisset (Ilt-inéré. XVII, t' l'J"2.) Et
ailleurs (Id., ibid., f° 121) : Paiva Sorboitn fuit cflllcijiinn (jrcnnmaticis rlu'loricisque in Acadciiiia Parisiensi.... (illrihtilutn, ainbitiis quidcm poxiœriiqne mediocris, scd fama.... inler ilhislrcs Universitatis scolas ninncralutti^. Proptcrea parvam Sorbonam appeltai'iniiis srminariiim majuris, e qua velul surcnli peterenlur qui longa tcnlalionc ville doctrina'quc probati et coynili in famosani tandem schohun insiti adolescerent.... Inscisiim in epistijlium portse colley ii leqebalur :
Sorbona pana vocor ; mater mi/ti Sorbona major.
* Voici quelques-uns des articles du règlement arrêté en 1555 : Art. 5. Ejus (le Collège) ordinis, methodi, disciplinœque collctiinlis suprema ratio dictaturaque ad Sorboniitas referatiir. — Art. 9. Duo c Societate nominati doctores bis in annos singulos collecjium viaitent prandio schoUixtico in aida mensaque cummuni cxcipiendi, accurata inquisilione pcrcunctaliiri quœ ad lecturas philosophicas ( t grammalicales, ad mores conditioncmque puerorwn... institutioiieinque (,hrisiianam attinebunt, sintne in conlubernio aliqui contumaces, protervi, pétulantes, dijscoli, perversi et distortis ingeniis, co'itnijione praviluleque moruni universo collegio nocituri. — Art. 10. Solemnibus festis commensales omnes cujuscumque pœdagogii divino oflicio in sacello
Sorbonœ intcrsint, classicis magistris cingentibus — Art. 12. Domeslici
et alumni Sorbonœ nulli salario minermlive inslituanlur litteris. (Héméré, XVII. f' 127.)
- lléniéré, VI.
^ Grammalici et artisliv pauci numéro, dit Launoy, déj.î cit.. pars
5« >0S ADIELX A LA VIEILLE SURBONNE.
bonne. I/espril de la Renaissance avait profondément pénétré la Maison. « L'exercice et la profession des lettres sont la principale cause de la grandeur et de la conservation de la Société, écrira plus tard le Prieur suppliant Richelieu de remplacer le collège de Calvi supprimé pour faire place à l'Église : c'est par la profession des lettres humaines et de la philosophie que nous avons trouvé des hommes capables de remplir les chaires de théologie'. » Iléméré appelle le collège de Calvi l'école des bonnes lettres et des nobles exercices, litteraturx moUioris et arthim oplimarum^. On n'appréciait pas seulement l'utilité supérieure de la connaissance de l'antiquité, on en goûtait le charme. Certains procès-verbaux l'attestent : les Sorbonistes tournaient agréablement le vers la lin, se piquaient dans leur prose d'élégance classique', et citaient couramment Virgile, Ovide, Sénèque*. A la table commune, ils devisaient de littérature profane. Elle contribuait à entretenir les bons rapports et la gaieté^
priin., lil). lit, cap. ix, p. 5'J9. — Le Collège avait élé fondé pour recevoir 70 boursiers : 20 grammairiens, 50 artistes et 20 théologiens. — Sur réducation littéraire des étudiants en théologie, voir Thurof, déjà cit., chap. Il, p. l.îG.
* Voir aux Pièces justificatives, pièce a" 4, p. 290.
* VII. - Cf. XllI.
^ ... Erat pura> tersœque lalinilalis amantissima...; venuslalcm eloquentiœ prosequchatur [Sorbona].... Vêtus illa burbavies latineqiie loquendi fœdilas qtiain Guilclmus Fiche tus e Socielatc Sorbonica doctor cl post eitm Jacohus Fabcr Stnpuleusis aliiquc innuiiieri depuleraiit.... procul obérât. (Uéuiéré, XllI. f" 82.)
* Liber IVior. Sorbonic, déjà cit., 1571, f" 200; 157t), P 257 ; 1585, f^ 27i.elc.
s Colloquia e litleris prœserlim sinnpla sacris et profanis. (Iléméré. VII.)
LA SOUBONNE DE UOBEUT. 57
On ne s'étonnera pas dès lors de la place qne la bibliothèque tenait dans la Maison. Chaque année, la première assemblée était consacrée à l'élection du bibliothécaire; on la faisait passer même parfois avant celle du Prieur'. Et nous savons que le service de la bibliothèque était avec la vie intérieure le seul intérêt de la communauté qu'il eût paru nécessaire tout d'abord de soumettre à un règlement. L'importance de son rôle, autant que la rareté et le prix des livres, explique cette exception.
Le 6 novembre 1547, un jeune voyageur chevauchait sur la route de Nevers à Paris, rentrant de vacances. Le soir, à quelque distance de la porte du petit village de Cercanceaux on le trouvait mort — mort d'un accident resté mystérieux. C'était, d'après l'acte dressé par la prévôté, « un estudiant de Paris es bourses de Sorbone ». Il portait sur lui toute sa fortune : sa garde-robe, ses livres, son testament. Les livres se composaient d'un bréviaire « enfermé en un estui de cuir noir fermant à bouclettes » et de six manuscrits sur papier ou sur parchemin rangés « dans une malette », dont les titres, relevés au procès-verbal, indiquent exclusivement des ouvrages de piété ou de
* Liber Prior. Sorbonœ, déjà cit., mais 1454, P 21; avril 14.")5, f° d'J, etc.
théologie élémentaire*. 11 ne faudrait pas juger d'après cet inventaire des ressources que possédait la Maison. C'est Robert qui avait créé le premier fonds*. 11 existe encore aujourd'hui à la Bibliothèque nationale trente-neuf manuscrits portant sa marque^ On ne les touche qu'avec respect. Dès 1290, la Bibliothèque comprenait 1017 volumes, et, deux ans après, la valeur de la collection était estimée à 5 812 livres 10 sous 8 deniers \ Un ami du fondateur, Guéroud d'Abbeville, n'avait pas, à lui seul, fourni moins de 118 Yolumes^ Tous les dons n'étaient pas aussi considérables. Mais chacun offrait, en mourant ou en quittant la Maison, ce qu'il possédait de plus précieux : celui-ci une Bible, celui-là un Missel, tel une Somme de saint Thomas ou les Sentences de Pierre Lombard, tel autre un recueil de textes qui lui avait servi à préparer ses examens ou à faire son cours^ Pour toute récompense, le bibliothécaire inscrivait à la fin du volume, sur la page de garde, le nom et le lieu de naissance du donateur, la date du don et son objet. On donnait par reconnaissance, on donnait pour faire part aux autres du bien dont on availjoui. Certaines libéralités visaient, comme les fondations de bourse, un besoin déterminé, les étu-
* Voir le Bagage d'un étudiant en 1540, par A. Lecoy de la Marctic, cxlrait des Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France, I.L, Paris, 1890.
- Ab ipsis primoidiis collefiii libraria jam constilutn. (llcméré, XV,) 5 Voir la liste dans L. Delisle, le Cabinet des manuscrils de la bibliothèque, 11, p. 175.
* Bihlioth. Arsen., Mss, n° IS-iS, p. 2^25. — Cf. llénim-, XV.
5 lléniéré, .\V. — CI'. L. Delisle, le Cabinet des manuscrits, déjà cit., II, p. U.S.
6 Iléméré, \V. — Pour le détail des dons, voir le Registre des prêts (1402 à tol'J), Diarium bibliothecae Sorbonx, manuscrit du xv' ou du xvi° siècle, Bibliolh. .Maz., 5525, 11. 57G, 2" partie, à partir du f" 227..— Cf. .\lfred Franklin, la Sorbonne, ses origines, sa bibliothèque, etc., chap. n.
diants d'une ville ou d'une nation. En 1358, un des membres les plus humbles de la Société — c'est ainsi qu'il s'intitule, unns de minimis, — n'ayant pas d'autre moyen d'acquitter sa dette, lemit en état le premier catalogue — celui de 1290 — et classa les livres dans un ordre plus méthodique. Les Pères de l'Église, Ambroise, Anselme, Athanase, Basile, Jean Chrysostomc, Cyrille, Grégoire, Jérôme, Origènc, tenaient la première place; venaient ensuite les docteurs modernes, Bède, Boèce, Alcuin, puis des traités de médecine, de droit, de morale, notamment de morale païenne : Socrate, Platon, Aristote, Cicéron, Sénè<juc, Pline, Valère Maxime. Il ne s'y trouvait que quatre ouvrages en français, parmi lesquels le Roman de la Rose.
Il existait une grande et une petite librairie. La petite servait de réserve, la grande de salle de travail ou de consultation. A l'origine, la consultation était libre. Des négligences s'étaient produites, peut-être des abus, qui avaient obligé à prendre des mesures de sûreté'. Le long des murs, sur des tablettes, étaient disposés les livres, attachés à une chaîne assez longue pour que l'ouvrage pût être transporté et ouvert sur un pupitre. C'était d'ailleurs le meilleur ouvrage en chaque matière qui était mis dans les rayons de la grande salle à la portée de chacun, « le bien, dans la pensée de Dieu, devant être partagé entre tous et non réservé à un seul" ».
* L'établissement des cliaînes date de t289. Tion cœpere vincuUs astringi libri , dit Héméré (XV, f" 100), locoque laliori ciistodiri, ne périrent f'urto.
* De omni scientia et de libri.s omnibus in domo existcntibus saltem îinum volumen, qiiod melius est, ponatur ad cathenas in libraria conivmni, ut onines possini videre. etiamsi unum tanluin sit volumen, quia bonum commune divinius est qucim bonum unius. Règlement de 1521. (Bibliofh. nat.. fonds latin, Mss, n" Ki 574, f" 9.)
60 >"0S ADIEUX A LA VIEII.IE SUMJONNE.
Nul n'entrait dans la salle qu'en robe et en bonnet, comme en un lieu sacré, sacer et augustus locusWn silence religieux était prescrit. De peur d'accident, il était défendu d'apporter du feu ou de la lumière. Les associés seuls avaient la clef^; les hôtes n'élaient admis à travailler qu'aux heures de consultation. Les étrangers de marque devaient s'assurer, pour pénétrer, le patronage d'un titulaire. Les serviteurs qui les accompagnaient restaient dehors. Défense était faite, sous peine d'amende, d'annoter, de souligner, de corner, de superposer les livres, de les laisser ouverts quand on ne s'en servait plus, de les emporter. Chacun devait remettre à sa place l'ouvrage qu'il avait pris. Le bibliothécaire était responsable. A quoi bon un conservateur, disait le règlement, s'il ne garde ce qui lui est confié^?
Les prêts étaient autorisés pour les associés non résidants ou pour les anciens associés*; mais on n'empruntait que sur gages, or, argent ou livre de valeur, et moyennant une rétribution qui était une des petites ressources du budget de la Société. Un évêque, ancien associé, insistant pour obtenir une communication à domicile, il fut averti qu'elle ne lui serait accordée qu'après qu'il aurait déposé un volume d'un prix double au moins de celui dont il avait besoin et que le livre
* Voir pour ces prescriptions le Règlement, déjà cilé, de 1Ô21. — Cf. le Hègletnenl de li'2(3. (Franklin, déjà cit.)
- Singuli sucii et soli clarem huhcaut. Qui longe ah urhe hahllanl nul diuturni fcmparis iler itujrediuntur, reddanl eam D. BibliolJiecœ prtcfeclo, ileriim ab illo acceptiiri, cum venerint. Socius clavem Bibliothecœ alleii 7ion commodet, sive e.viraueo, sive etiain Hospili : si Socius fucrit, jure clavis excidat. (Règlement de 1521, art. VI.)
^ Item... qund aliqiiam rationem reddcrent de libris lempore suœ cuslodise perditis : aliter frustra dicuntur custodes. (Règlement de 1521.)
* Liber Prier. Sorbonse, déjà cit., février 1450, f° 9.
LA SORBONNE DE ROHERT. Cl
garant resterait enchaîné à la place de l'autre jusqu'au jour (le la restitution : il refusa le dépôt, on lui refusa le livre ^ Le Prieur lui-même, qui habitait nécessairement la Maison, ne pouvait emprunter sans gage un recueil qu'il n'avait le loisir de consulter que chez lui *. Il était tenu note, non seulement du titre de l'ouvrage prêté, mais des premiers mots du second feuillet, pour prévenir les erreurs ou les fraudes. Par un des articles du serment d'entrée, hôtes et associés juraient de ne rien détourner eux-mêmes de la bibliothèque et de révéler les détournements qu'ils auraient surpris. Les amendes étaient rigoureuses pour les membres de la Maison. Pour les autres, la peine pouvait aller jusqu'à l'interdiction défmitive ou temporaire. Certains visiteurs, il est vrai, ne se montraient pas très scrupuleux^ : un médecin ayant clandestinement emporté de la petite librairie un traité d'astronomie, la porte de la petite librairie fut pendant plusieurs années fermée à
^ Liber Prior. Sorbonrc, déjà cit., T» oclobre 14Ô1, f° 5. — Eadem die deliberatuin fuit quod episcopo Belvaceusi conccdevelur liber Ecclesiœ heali Dionysii si iii magna lihraria duplalus rcpevireluv, liahilo prius consensu domini Provisoris, tali paclo quod pra'falus Episcopus dabit aliquem libvuni mcliorem ad minus i/t duplo qui incalhenabilur in dicta libraria loco illius quousque pra'falum librum deposuevit tempnre sibi assig)iato per collcgiuin. solutissolvendis in tali casu consuelis. Non pevsecutus est Episcopus ad habcndumpra'fatum librum et idconon liabuil.
- Liber Prior. Sorbonje, déjà cit., avril 1472, f° 120. — Cf. mars 14Ô4, f^ 56.
5 On peut en juger par la demande adressée par la Maison au pape Clément VI pour être autorisée à imposer des amendes : Iletn cum sivpius libres et alia bona domus contingat dislralii et débita maliciose rctineri per homines diversarum nationum ad dictam domutn concurrentiiim, placeat concedere privilégia et privilegiorum conservalores Decanum et Cancellarium Parisienses, eliam quemlibet in solidum coram qtiibus talcs sic domum maliciose lœdentes a sex dietis si de regno fiierint, si vero dé extra, a duodecim valeant conveniri. Uabeant conservalores in forma Concilii Viennensis ad quinquennium. (Arch. Vat. Clem. VI. Regest. Supp., anno secundo pontificatus, f' 246.)
tous les médecins*. On ne craignait pas d'être sévère. Il s'agissait du bien commun'.
Pour multiplier les moyens de travail, Robert avait commencé à faire faire des copies de manuscrits, et l'usage s'en était développé. On sait d'autre part que les caves de la Sorbonne ont été, à Paris, les premiers ateliers d'imprimerie^. Peu à peu les richesses s'étaient tellement accrues que le local où elles étaient accumulées ne pouvait plus les contenir. Déjà trop étroit en 1^289 \ il était devenu absolument insuffisant en 1457 ^ Malgré la diligence des bibliothécaires, les ouvrages étaient entassés, confondus ; la Société ne savait pas au juste ce qu'elle possédait. Un édifice spécial fut construit, composé de deux salles : la petite et la grande librairie, communiquant entre elles, mais ayant chacune leur destination spéciale, comme le local primitif (1480). La grande était une galerie de quarante pas de long sur douze de large, éclairée par trente-huit petites fenêtres dont les vitraux portaient le nom et le portrait des principaux bienfaiteurs de la Maison*. Vingt-huit pupitres garnis de sièges et distingués les uns des autres par une lettre de l'alphabet occupaient le milieu de la salle. Une galerie couverte courant tout autour de l'édifice permettait de se promener à l'abri après la lecture faite et de poursuivre la méditation commencée.
* Liber Prior. Sorhons, déjà cil., septembre 1475, f° 126.
- Fuit lihrarium instiluliim al comimniem Sociorum ulilitalcm. (Héméré. XV, f^ 100.) — Cf. Liber Prior. Sorbonœ, déjii cit., février 1450, P 9.
* Hcméré, XV.
° Liber Prior. SorlioDre, déjà cit., avril 1457, f° 59. — Voir aux Pièces justificatives, pièce n" 7, p. 276.
s Uémérc, XY. — Voir le Registre des prêts, déjà cit.
A partir de ce moment les livres avaient afflué. Un judicieux choix d'échanges, de nouveaux dons habilement préparés, avaient fait de ce dépôt, lentement formé, un trésor incomparable pour le temps. 11 excitait l'admiration de Pétrarque. Un de ses contemporains, Richard de Bury, l'appelait un verdoyant verger de toutes sortes de livres, virens riridarium loiivcraonim lihrorum. Au xvf siècle, Sébastien Munster lui rend le même témoignage*. D'après les calculs d'Héméré, à la veille de la reconstruction de Richelieu, la Ribliothèque ne comptait pas moins de 5000 volumes ([ui passaient assidûment de main en maiuM.evœu de son fondateur était rempli.
Dans le testament par lequel il léguait sa bibliothèque au Chapitre de l'église Notre-Dame, en 1271, l'archidiacre de Canterbury, Etienne, écrivait : « Je veux et je prescris que mes livres soient remis au chancelier de Paris, lequel les prêtera aux écoliers pauvres qui manqueraient des livres nécessaires à leurs travaux; je veux que le chancelier en exercice réclame ces livres à la lin de cha({ue année et que, les ayant recouvrés, il les prête de nouveau pour l'année suivante aux écoliers pauvres qui lui sembleront en avoir besoin. » On dirait que ces lignes émues sont delà main de Robert, tant elles expriment fidèlement la pensée qui était au fond de l'œuvre dont, en 1271, le bienfait avait déjà commencé à se répandre!
* Cosmotrraphic universelle, 1575, in-l", t. I, p. 194.
- Héméré, XV. — Cf. le Registre des prêts déjà cit. — Voir aussi le catalogue méthodique conservé à la Bibliothèque Mazarine, in-f°, Mss, 4250 (5!227), qui paraît dater de la même époque, aucun des ouvrages dont les titres y sont portes ne remontant au delà de 1640.
VHI
Nul ne faisait d'ailleurs difficulté de le reconnaître : la maison de Sorbonne, famomnmum coUegium, son cadre, ses principes, sa vie avait servi de modèle à tous les collèges'. Mariana renchérit en ce point sur Estienne Pasquier. L'ablié Morellet, exilé en Angleterre, déclare qu'en entrant à Oxford et à Cambridge, il crut se retrouver dans le premier asile de sa jeunesse ^ A Paris même, les écoles rivales s'honoraient de saluer la Soibonne comme leur aînée. Du xiii' au xv^ siècle, cinquante collèges s'étaient fondés à son exemple. Ils devaient recevoir six cent quatre-vingts boursiers. Après quelques années d'essor, la plupart n'avaient pas tardé à décliner. En 1555, le collège du Plessis, qui avait possédé quarante bourses, n'en comptait plus que vingt-quatre. En 1465, les trente-six bourses du collège de Lisieux étaient réduites à neuf \ lorsqu'au commencement du xvf siècle, les collèges de Boncourt et de Tournay furent incorporés au collège de Navarre, voici la description qui était jointe au procès-verbal d'annexion : « Au premier n'y a exercices que de logique et de physique, et au dernier n'y en a point du tout: les classes et autres lieux de l'un et
1 Mémoire pour les Docteurs et Cachelicrs en théologie contre le Prieur de SorLounc, déjà cité, p. 16 et suiv. - Mémoires, déjà cil., chap. i.
5 Féliljien. Ilisl. de Paris, 1, 'M. ~ Cf. Tliurot, déjà cit.. p. l'iS.
LA SORBONiNE DE ROBERT. 65
l'autre collège sont convertis en saleltcs, chambres et boutiques louées et occupées par diverses familles d'imprimeurs, menuisiers, armuriers, matons et autres ouvriers ' . »
La fortune de la Sorbonne, au contraire, n'avait cessé de grandir, bien que les épreuves ne lui eussent pas été épargnées. Elle s'était tout d'abord signalée par sa large hospitalité. Certaines Maisons ne recevaient des écoliers que de certaines provinces : c'est ainsi (jue le collège des Trésoriers appartenait exclusivement à la nation de Normandie ^ La fondation de Robert était ouverte au monde entier. Les Papes appelaient l'Lniversilé de Paris un océan oii se réunissaient tous les grands courants des lettres et des sciences ; on disait de la Sorbonne qu'elle était un abrégé de l'univers. Les étrangers y étaient au délnit en plus grand nombre que les Français : Allemands, Bohémiens, Ruthènes, Italiens, Espagnols, Portugais, Grecs, Écossais, Anglais. Ouiconque était en renom de savoir et de sagesse obtenait place à son foyer \ Ces sentiments généreux avaient
1 Lettres patentes du 19 mars 1CÔ8.
2 Chart. Univers. Paris., n° 423, f" 476.
^ Paiiiit ingressus in eam vilœ domiciliique communitatem erudito cuiqiie, nullo discviviine nalionum et oricfinis, ita inslituente Roberto fundalorey ut, (jucmadinodiDii Acadcinia Ptirisiensis illo œvo (juœdam epitome videbatiir nniversî orbis, quod de Romann ol'nn civitate dixerat Himevius Sophista..., ita Sorboiut compcndiiim quoddam cssct Academise, in qiia Hispanum et Balaviim, Gallum et Aiujlum, Germanum. et Italtim, Bohemium elGneciim, ut dissitos nativilalis locis, ita patviis moribus discordes, arctior tamen nexus communis mensx et liabitationis una societate contineret, e qua pleiii alvei per varias liabitabilis terne parles manarent erudiiionis et sapicnliœ Cltristianœ.... (Ilémété, X, f° 57.) PJt plus bas : Fuit illa Roberti, fuit et successorum Prorisoruin et Sociorum humanitas Cliristiana charitate inflammala ut unicuique pio et litteralo domicilium et convictum candide commiinicarint, Sorbonse foribus assidente relut hospitali quodam numine quo... in Societatem admitteretur quovis sub cœlo nains peregrinus quem probitatis
môme tourné contre elle. Pendant la guerre de Cent Ans, les Anglais s'étaient rendus les maîtres absolus de la Maison. Honte et confusion ! s'écrie Réméré, on trouvait suspendues dans toutes les salles les armes des vainqueurs de Poitiers : la Sorbonne avait subi, elle aussi, l'ignominie de la défaite'. Mais le sentiment du patriotisme s'était éveillé chez elle en même temps que dans la France entière. A partir du xv'' siècle elle avait pris un caractère exclusivement national. Accessible à tous les « étudiants » de France, sans distinction de province, mais à eux seuls, elle se refusait à toute autre clientèle, et son autorité dans le pays s'en était accrue : c'est le Prieur de la Sorbonne qui, en 1479, fut envoyé comme représentant de l'Université de Paris à l'assemblée générale de l'Eglise française".
Sa prospérité n'y avait pas perdu non plus. Sous le provisorat de Robert, la liste des membres était de soixante-six. Le tableau dressé par Lhuilier, grand aumônier de Louis XI et proviseur de 1460 à 1500, ne comprend pas moins de cent quarante noms. Les chambres réservées aux membres de la communauté étaient fort convoitées"'. On prenait rang pour les ob-
flc doclrinœ fama commendasscl, Iiac raliouc persuasi quod spernrent fore ni qiio plures quam formam vilœ inculpatœ Iraduccndœ in Sorbonensi sodalilio didicisscnt et quam sapicnliam sacrasqiie lilleras in suo fronlislcrio a perfeclis maqislris accepissent, eain in qenliles suos opère sermoneqne refundcrent... cl Chrislimuv rcliqionis deciis aucjcrelitr. (Itéinéré, X, f" (31.) — Cf. XI. — Voir Crcvior, t. I, p. 499.
* CUiiidninus siiperiora capiln de non nsciscendis in Sorbonam quibuslihct alicnis, hoc. monito argumcnlum subjicicnlc ca nalione... quœ in collcqio Sorbonœ prœdoniinala ciclcris, Ednardu ncmpc nique Hcnrico rcyibus Anylorum Gallias opprimcntibus iniqua posscssione, Sorbonam pêne omncm fccissct Anylicanam et, offixis passim hac el illa parle sculis Anqlicis, subactœ schoLv iijnominiam publicassct. Iléméré, XI, f" 68. — Cf. X.
* Liber l'rior. Sorl)ona% déjà cit., mars 1479, f' 137.
'' Registrum Conclusionum Prior., MM. 268, octob. 13G5, f" 179.
LA SORBOxNNE DE ROBERT. 67
tenir, et tout logement inoccupé pendant plus de trois mois était déclaré vacant '. Le litre seul d'associé excitait l'ambition de ceux qui ne pouvaient, faute de place, prétendre à la résidence. Parfois enlin on était admis à partager certains avantages de la Société, sans en être ou sans en avoir jamais été. Tel fut le cas de maître Louis, le médecin de saint Louis'; tel celui d'Llric Gering à qui le titre d'associé avait été déféré par reconnaissance et qui pendant plusieurs années, « bien que laïque », vint tous les jours de son logis du Soleil-d'Or, situé dans la rue de la Sorbonne, s'asseoir à la table commune et prendre part aux entretiens''.
• ColU'iiidliiiin iiiinisioncs otnnes, iniiKjiKtin siio v(ich,t posscssorc, alleri iieinpe allero succède nie qiiem prieroyalivn sodalis anliquioris aliis aille posuissel — Sodfdis domo absens qitani velis diulissiine liluhun suœ inausionis 7ion (nuisit, commoddvil Inmen eam non liabcnli, indignala Societntc si vacua hahitalorc ac deserla melala rema-
nerent. (Uéméré, Vil, f" 51.) Sociorum enim alii nondum adepti jus
cnmcrœ; nam fncre monsioncs numéro sociorum pandores et in villa hahitare coacti communi mensa niliilominus ulcbanlur seholseque disciplina subjaccbanl (Id., VU, f" 55.) — Cf. Liber Priorum Sor-
bon.x', déjà cit., août 1452, f^ 22; juillet 1459, f" 80; février 1478, r° 155, etc. — Cf. Disciplina domus, déjà cit., p. 80-81.
- Sous le provisorat de Guillaume de Moutmorency (1274-1284), maître Louis le Médecin olitint ut ab ca domo in qua, ex conccssione Lndovici régis, habilabal, sita in vico Latomorum, liber aditns in vicum Sorbonensem, quamdiu viveret, sibi panderetur ad usu)n nempe quotidiani convictus in sodalitio Sorboiiœ et pro beneficio sibi prœslito vi(iinli libellas Tnroncnses Sociclali numeravit anno 1277. (lléméré, vin, f 58.)
^ Et Ulriclius Gnarinus, celebris tijpoqrapitus Acadcmiiv Parisiensis, cœlcbs ipse et plus, impetravit ab ea Societate sibi ut eadem uti mensa sodalium Sorbonicorum quamvis laico liceret, non solum ut corpus apud eos aleretur, sed prœserlim ut haberet animus quo et sacra lectione et eruditis sacrisque colloquiis Sorbonistarum expleretur, ineunte sœculo decimo quinto. Itaque ab officina quam in vico Sorbonœ erexerat sub horam cibi capiendi in aulam quotidie bonus Guarinus laico habitu venlitabat, exceptus serena fronte Sociorum et acceptum beneficium allero coque locupletc Sorbouam allricem est rcmuneratus. (Héniéré, VIII, f> 58.)
C'était un honneur d'avoir droit d'entrée dans la chapelle et dans la hihliolhèque de la Maison', une grâce d'état de jouir de son commerce et de recevoir ses directions.
Saint Louis avait établi un certain nombre de familles ramenées par ses soins du pays des Albigeois, tout près du premier établissement de son docte et cher chapelain, pour les confirmer dans leur conversion par l'exemple du savoir et de la piété de ces bons maîtres ^ De tous les points de l'Europe, on venait chercher cet exemple; déjeunes clercs séculiers étaient envoyés par leurs évèques : ce sont les bénéficiaires dont nous avons parlé plus haut^ La Société n'admettait ellemême dans son voisinage, comme locataires des maisons dont elle était propriétaire, que des hommes d'étude et d'une vertu éprouvée \ Aussi étaient-elles recherchées par les avocats au Chàtelet, les magistrats, les pédagogues, les savants ^ Dès la fin du xiv^ siècle, le fondateur de la célèbre abbaye du Becq, illustrée par Lanfranc et saint Anselme, était venu prendre domicile rue Saint-Jacques à l'ombre de la Maison ^
• Liber Piior. Sorbonoc, déjà cit., mai liôi, f° 40.
- Pr.vter cas (lo})ws (que saint Louis avait données à Holx'rt dans la rue des Maçons) clericis atlribuUis, erant et nonnulltv alix eodem in vico in quibus conversas et conversas vel a Mahuvictismi vel Albigcnsium erroribus habilnluros, (juanidin virèrent, Ludovicus ipse collocabal, in vicinia nenipe curialiuni clericorum virorum... ul ab Jiac innocenti consuetudine iantorum hominum et quolidianis c.riini.v pielatis e.vemplis... scmina Catholicw religionis, animis impUmlata conversoruin, optnlo in rlies incrcmenlo amjescerent. (Héinéré, III, f° 13.)
5 Perduravit illa ratio communicandi alicujus hospitii ab a?i7ns primis instituta' Societalis ad swculum usque dechniim quintnm. (liéméré, VIll, f' 38.)
* Liber Prior. Sorbon.-c, déjà cit., mai 1431, f" 16. Viris honcstisbene moriqeralis et scholaslicis soliti sumus dotnos vici nostri locare.
^ id., avril 1479, f» 140, etc.
6 Arclliv. nat., S. 62t>0.
Toiil coiili'iljuait à assurer aux Sorbonistes ce crédit, et par-dessus tout leur caractère. Sans prétention aux honneurs ni aux bénéfices ecclésiastir{ues, sans jalousie entre eux, ils n'avaient d'autre passion que celle de faire mieux que les écoles rivales'. Ils se sentaient protégés par le respect public en même temps que par les services de toute sorle qu'on leur demandait. De bonne heure on a dit Messieurs de Sorbonne, comme on devait dire Messieurs de Port -Royal. La simplicité originelle de riiislitulion, dont ils ne s'élaient jamais départis, permellait de leur confier les Ibnctions d'aumônerie les plus humbles, et la généreuse gravité de leurs sentiments rendait dans les questions de l'ordre le plus élevé leur intervention naturelle ou désirable. <^< C'est dans la Sorbonne seule, pouvait écrire justement un des leurs, qu'il est permis de dire que la science n'enfle point pour ce que la modestie y préside dans les chaires et que la charité est encore plus grande que la foi". » En vertu de fondations spéciales, ils catéchisaient les pauvres dans les paroisses^ ils visitaient les prison-
' Episcopalus legiiniis a noniiullis réfutâtes, et opimn snrenlulia
neyleda Eavero fuit concordia animuruni, nuUa ut eos invidia divi-
deret. Mmulalio cxarsii inter Sorhonistas et eos pncscrtim qui in eodcm circo liceniiœ deeurrerent. (Héniéié, VIII, f" 45.) . . . Spoule abdicato heneficiorum Ecclesiaslicorum rcddu, ut melius intimiusque dilectse theologiœ (Socielus) odh.Trerel. (Id., XIII.)
- La Sorbonne en joie et en deuil, déjà cit.
^ Hcnrici III, Franciœ et Pohmiœ recjis, conjux fundavit in coUecjio Sorbome, honorario sufficienii, très catecliistas anno 1600, qui Dominicis, solcnnibus diebus aliis, custodiis incluses regiis et episcopalibus tirbis Parisioruni, Clirislian,v religionis arcana populari sermone edocerent et pro statu pevsonarum coudiliuneque temporis prudenti dictione apud eosdcm perorarent de providentia sapicntiaque Dei, de rerum temporalium inconstaniin, de miseriis humame viliv et similibus argumentis, quri' locis, pcrsonls, tctupovi consentanea viderentur. (IJëiiiéié, M, 1° 25.)
niers, ils assistaient les condamnés', et les rois les consultaient ^
De bonne heure aussi, la place du futur édifice de Richelieu était déterminée. Nous avons voulu tout d'abord essayer de pénétrer dans l'àme de la Maison. Mais l'histoire de ses murs fait partie des souvenirs que nous cherchons à fixer.
Dans un relevé topographique du commencement du xm" siècle, on voit qu'à celte époque la région qui a pris depuis le nom de quartier latin, et qui s'étendait du mur d'enceinte de Philippe Auguste à l'ancienne rue Mathelin ou des Mathurins, était encore presque inhabitée. Des cloîtres ou, comme il est écrit sur le plan, des clos — le clos Sainte-Geneviève, le clos Bruneau, le clos Garlande, le clos Saint-Benoist, — en occupaient la surface, séparés les uns des autres par des champs, des prairies et des vignes ^ Ce n'est qu'en descendant vers le petit bras de la Seine, autour du palais des Thermes, que les maisons commençaient à se grouper. Devant les ruines des bains de Julien* s'ouvraient deux petites rues, l'une (jui dès ce moment
• Foiulalion de I:i lieine Louise de Lorraine (i avril 1580). - La Sorboniie en joie et en deuil, déjà cil.
•■> Voir, ci-coulre, le plan tiré de Vliisloirc (jcnérale de Paris. Allas des anciens plans, pi. 1.
* Uéiuéré (111) décrit ces ruines avec une heureuse précision, il semble
Plan yciiéial de la région de la Sorbonnc avant rélablissement de la Maison de llobert
(xiii° siècle).
poilait le nom de rue des Maçons, qu'elle a retenu jusqu'en ces dernières années', l'autre appelée rue Coupe-Gorge ou Coupe-Gueule, en raison des violences dont jour et nuit elle était le théâtre. C'est là que Robert avait pris pied. Lieu prédestiné, disait-on, et où devaient se former les générations des docteurs appelés à étrangler les hérésies meurtrières des âmes-.
La médiocre valeur d'un certain nombre de masures qui s'y étaient accumulées fut-elle la seule raison qui détermina les premières acquisitions de Robert"? Il est vraisemblable qu'il n'avait pas sans dessein choisi
que la description date de nos jours : Thennnnim appellalioui nunc desilx siiccessit nomen Uospilii Cluiiincensis,... earumquc reliquiœ in ricinia ciiammim superfucrunt, lacerali fornices œterno opère coagmenlalioneque coluvrentes (f" 9).
• C'est aujourd'hui la rue Cliampollion.
2 ... In quo doclores dodovihus perpeluo succédèrent per quos animarum jiKjidatrices hwrescs cxstiuquerenliir. (Iléniéré, 111, f" 8,)
3 Au dire de quel(jues historiens, le nom de Coupe-Gueule ou de Coupe- Gorge appartiendrait à une ruelle située entre la rue des Maçons et la rue dite plus tard de Sorbonnc et dont le développement s'arrêtait au tiers environ de la longueur de ces deux rues qui aboutissaient l'une et l'autre à la rue des Poirées. Cette indicalion se retrouve reproduite dans les plans du cadastre dressé en 1779. Mais elle ne repose sur aucune preuve. La question a été élucidée dans un procès soulevé par la famille de Ferrières contre la Sorhonne au wn" siècle. Il y est établi par une discussion très serrée et par la production de documents originaux que la rue Coupe-Gueule est la rue qui s'étendait de la rue des Mathurins à la rue des Poirées parallèlement à la rue des Maçons dans toute sa longueur, c'est-à-dire à la rue devenue rue de Sorbonne. (Voir Biblioth. nat., PF/5, 570, pièces 15829 et 15850. — Cf. Arch. nat., MM. 279, déjà cit., f" 007 à 020.) Nous donnons aux Pièces justificatives, n° 8, p. 277, un extrait des pièces.
Citons également le témoignage d'un contemporain, du confesseur delà Reine Marguerite, dont l'assertion ne semble laisser aucun doute. « De rechief, li henoiet rois fist acheter mesons qui sont en deux rues assisses à Paris devant le paies de Termes, esqueles il fist fere mesons bonnes et granz, pource que escoliers estudianz à Paris demorassent ilccques à tozjors ; esqueles escoliers demeurent, qui a ce sont rcceu par
un emplacement situé presque à mi -dislance du cloître Notre-Dame et de la Montagne Sainte-Geneviève et où régnaient les couvents de réguliers auxquels il se proposait de disputer la jeunesse. Sans doute aussi, il entra dans ses calculs de se placer à côté, presque au milieu d'un groupe de maisons appartenant au Roi*. Louis IX possédait, en eflfet, rue des Mathelins et rue des Maçons deux ou trois édifices spacieux où il aimait à donner l'hospitalité à ses familiers et aux savants dont le commerce lui était cher; nous avons cité tout à l'heure le nom de son médecin; nous aurions pu relever également celui de Robert de Douai. Il avait acquis en môme temps dans la rue Coupe-Gueule quelques vieilles bâtisses, la maison de Jean d'Orléans, la grange de Jean des Bains, les écuries de Poinll'Asnc. Ces bâtisses furent notre premier et modeste berceau ^
On avait dû d'aboi'd, paraît-il, y installer un couvent de filles de Dieu. Sur les observations de la Reine, on reconnut sans peine que la place était mal choisie pour des femmes. C'est alors (1257) que le local échut pai" échange à Robert qui était déjà maître d'une partie des bâtiments circonvoisins^ Deux ans après*,
cels qui ont lautorité dcls recevoir; el encores de ces niesons sont aucunes loees a austres escolicrs desqueles le pris ou le louag^c est converti eu proufit des poures escoliers devant diz; Icsquoles inesons couslerent au lienoiet Roy, si comme len croit, quatre mile livres de tornois. » ( Vie de sahil Louis par le confesseur de la Reine Marguerite, Recueil des ilisloriens des Ciaules el de la France, t. XX, p. il").)
* Erant xdihus Hoberti Sorbonensis alia- adjacentes Ludovici régis, solum solo fundiguc fundis incurrcntes, ampliando scholœ poniœrio pcropportuni. (lléméré, 111, 1^ 9.)
- Initia fuerunt ista nasccntis perexigua guideni. (lléméré, 111.) •"' Cliarl. 1 nivers. l'aris., t. I, n" '2i'i, p. '271. — Cf. lléméré, 111 : aliquol anles... possidebal pretio cocmptas janidiu.
* Chart. Univers. Paris., t. I, n" ÔU'i, p. 5-49.
le Uoi, par un nouvel échange, lui cédait tout ce qui lui appartenait dans la môme rue avec les maisons de la rue voisine contre celles que Robert possédait rue de la Bretonnerie et que saint Louis destinait aux frères de la Sainte-Croix (i^oO)^ Du môme coup, Robert était autorisé à se fermer aux deux extrémités de la rue, de façon à protéger la retraite des pauvres maîties contre les entreprises ou le tapage des mauvais garçons qui infestaient la cité; et la rue Coupe -Gueule prenait le nom de rue des Deux- Portes*.
De négociation en négociation % Robert s'était étendu peu à peu autour de son premier abri. Nul doute que, de 1265 à 1:271, il ne se soit transporté de l'autre côté de la rue des Deux-Portes, au-dessus de l'enceinte du cloître Saint-Benoît qui occupait sur ce versant tout l'espace compris entre la rue Saint-Jacques et la rue des Mathurins. En l^ôo, en effet, il achetait, « audessus de la Sorbonne » , dit Iléméré, le fief des Rosiers dont les dépendances embrassaient quelques vignes hors Paris, et dont le domaine central était, par delà la rue des Poirées, l'emplacement que nous avons connu sous le nom d'annexé de la rue Gerson^
• Chart. Univers. Paris., t. I, n" 529, p. 577. — Voir Félibien, déjà cit., liv. VII, p. 529.
- La rue des Maçons, pour complément de sécurité, avait été fermée en même temps. Plus tard les clôtures en furent supprimées, tandis que celles de la rue de Sorbonne subsistèrent jusqu'à la Révolution. Mais on voyait encore les supports des portes de la rue des Maçons à la fin du xvii° siècle.
^ Ita Roberlus procuratione collalionequc G. Carnolcusis vicum illum
pœne omnem scholx acquïsivil suœ fecitque propriiim. (Iléméré, IV,
— Cf. V.) — Philippe le Bel, en 1295, consacra la communauté avec ses
agrandissements, domum cum suis ampliationibus hnclcnus acquisitis.
Id ..IV.)
* Imminehal... Sorbonœ fcudiim Rosarioruin, lia appcllabanl cl
Enfin, en 1271, il prenait possession, sur la rue des Poirées elle-même, des locaux où il devait jeter les fondements du collège de Calvi*. La rue perdait alors une seconde fois son nom, et de rue des Deux-Portes devenait rue des Écoles de Maître Robert Sorbon, ou rue de Sorbonne*.
Une pièce d'un procès intervenu en 1281 entre le cloître de Saint-Benoît et les Sorbonistes décrit ainsi l'ensemble des bâtiments tels qu'ils existaient alors : la maison de Robert, maison en pierre de taille, percée de trente-six fenêtres étroites comme des meurtrières qu'IIéméré déclarait avoir vues encore avant la reconstruction de Ricbelieu, puis, le long de la rue, montant jusqu'au collège de Calvi, les chambres des hôtes et des associés^ Le règlement de taxation des loyers de l'année 1282 parle également de la maison
rcmansH etiamnum nomcn c re horlensï ut alia pleraquc eodem in
monte deduclum lllud aulem lalinshne per urbem ipsnm svbur-
hanaque Parisiorum prolendilur, rcdcs ibidem passitu sitas (ujrosque complexum. Cujus scdcm privdominalam clicnlelaribus fiindis ejus omnibus — ila nempe qui feudum inslilueial princeps imperaral — posilam eu planilic..., ubi domus sclioUe cxtcriores non ila pvidem l'isebantur, a majovibus accepta Iraditio est : ob id di.ii feudum incubuisse Sorbonw. (Uoincir, V, f" 19.)
' Il(''iiiéié, Ml.
- Unde viens Sorbonw vel ab ipso cliam revo nuncupatus, invaluitquc nomenclatura. (Iléniéré, VU.)
^ llcm omnes camerw sitœ in curia pauperum magistrurum usque ad aulam eornm, scilicel eapella, coquina et alix camenc a coquina situe contigue ad domum in qua mansil cantor Noviomensis, cum curia dietorum inaqistrorum et jardiniis silis rétro capellam eorum usque ad magnam dotnum quondam magistri Pétri de Clianiberiaco, Canonici sancli Àudemari. (Cliarlul. Univers. Paris., t. I, n° 422, note f" 476. — Cf. Corlulain! de la Soibonne. Bihliolh. nat., Mss, fonds lat., 16 069, fol. 96. — Voir aussi Héméré, XVI.) L'acte de fondation du collège de Navarre comprend la description des mêmes locaux et il semble (|ue le plan en ait été emprunté à la maison de Sorbonne. (Launoy, déjà cit., pars prim., lih. 1, cap. i, p. 10.)
nouvelle dès Sorbonisles allant du cloître Saint-Benoît à leur maison plus nouvelle, c'est-à-dire à la petite Sorbonne ou collège de Gaivi, et il la distingue de leur asile primitif qui était devenu la demeure quasi gratuite des écoliers, depuis que les maîtres l'avaient quittéc^ Enfin les prescriptions statutaires de 1274, que nous avons analysées plus haut, parlent expressément et de la cour qui s'étendait au pied de la maison de Robert, et des jardins ou petits prés qui touchaient aux derrières des maisons de la rue Saint-Jacques*. On peut donc dire qu'avant sa mort Robert avait mis la Société de Sorbonne en possession du domaine (ju'elle devait occuper. Héméré ne craint pas de l'affirmer. Les diverses parties dont il se composait, dit-il, portaient encore le nom de leurs anciens maîtres, mais elles avaient leur enceinte commune et composaient une seule et même maison \
Pauvre maison, ajoute-t-il,joaw/?er,/M?//?ernm« domiis. Dans les premiers registres des Prieurs, il n'est question que de réparations à faire aux bâtiments\ Moins de soixante-dix ans après la mort de Robert, il avait fallu reprendre de fond en comble les masures qui avaient servi de chambres aux premiers fondateurs. Mal couvertes, mal closes, éparses çà et là ou à cheval les unes sur les autres, sans air ni soleil, elles ne se soutenaient plus". Dans l'aile construite par Robert, on avait dû faire
• Chart. Univers. Paris., t. I, n° 511, p. 597-8. - Id., t. I, n° US, p. 505.
5 ... Qiiœ partes, iti luiiits etsi sclioLv pomerium stih Roherto coauissent, sua lamen adhuc nomiua relinebanl. (Héméré, Vit.) — Voir le plan de la page 84.
* Inventaire général, déjà cit. (Archiv. nation., MM. !27'J, f' 158 à 168.)
^ Ul fuit meiatuin proprium Rohcrli fundatoris, sic distinctie colle-
entrer tout ce qui pouvait y tenir, les écoles, la salle des examens, la salle à manger qui servait en môme temps aux délibérations des résidants, la chapelle, la bibliothèque'. La chapelle fut la première construite à part (1522). Vinrent ensuite les écoles extérieures (1470), érigées à l'angle de la rue de la Sorbonne et de la rue desPoirées, et enfin la bibliothèque (i480)^ Tout cela lentement, modestement \ Dix ans après qu'elle avait été ouverte, la chapelle n'avait pas encore de cloche. On ne se montrait pas bien exigeant : on ne demandait qu'une seule cloche, une toute petite cloche\ Si simple qu'il fût, le régime de la Maison ne laissait pas d'être onéreux. Une part, en outre, était faite régulièrement aux pauvres de la paroisse Saint-Ik'noît et de la paroisse Saint-André-des-Arls. La Société faisait face à toutes ses charges. Elle n'avait pas de dettes;
gialium mansioues oriincs, ... .tpnliis illœ quidcm iniquioribus, si cum la.vis et mafpiificis hodieina' Sorboinv domiciliiscomparenlur,... ul anachoresim piofitenl'nim homininn, praHer conl'Kjnalionca aliis olias imposiUis ;vdif\ciorum(\uc coliocvcndam.... Ad rililatem nique hnmililatcm carum xdium visi siirit swpius cricri obslupitisse atque admirari e paiipercnlis illis et lucermirum fuiujine sordidis Icclis prodiissc eos olim qui unirersum orbem sapienliœ fuma complcrinl. (Iléméré, VII, P' 50-52.) — Cf. Sorbona iuslaurala, seu Illustrissimo cardimdi D. Joanni Armando de Richelieu, Provisori Sorbonœ, aclio qraliarum Joannis Filesaci, doctnris Uieologici, Sorbonici, Parisiis, 1029. (liiljliolli. Mazar., Université do Paris et de Tou'ousc, XI, 15750.)
' lléiiiéit"', XV.
- Fuilque meluium fundaloris pars illa intcrior, ad quam Sorbonicarum aula perlinebat, quadralo lapide cl anliquo opère, solido lamcn adhuc et firino, paucis cl anquslis feneslellis, quic una reslabal ex ils quas Roberlus ipse consliluissel. Cujus melali aula inferior fuil sacellum sacris perjiclendis : nam allerum ocloqinla prope posl annns xdi- (icalum. (llémcro, Vil, f' 50.) — Cf. XVI.
' Non est locus commuuiset oportunus et aplus ubi libri conserventur, nec capella decens in qua sludcnles et alii possinl audire divina.... et ad coiistruendum locuin et capellam non suppetunl facultates. (Bulle du pape Jean XXU, 1522.)
* Una, nec magna. (Bulle de 1544.)
les rapports annuels des Procureurs en lémoignenl. Elle s'était môme oblif;ée tout de suite à constituer un fonds de reserve, si l'on j)eut appeler de ce nom quelques écus qu'on mettait de côté dans le trésor déposé à la chapelle, et qui servaient à répondre aux besoins imprévus, notamment à couvrir les frais des affaires portées en justice; car la Sorbonne ayant des voisins — des voisins remuants et puissants, les réguliers de Saint-Benoît et de Cluny — eut de bonne heure des procès et dut entretenir des avocats '. Mais les fonds courants lui fournissaient bien juste assez pour paier aux dépenses (piotidiennes. Les procès-verbaux relatent à ce sujet des incidents de ménage naïvement expressifs. On ne donnait pas seulement des livres à la Société, on lui faisait des cadeaux de mobilier. Un jour M'^Minart offre une grande pièce de toile qu'il a reçue des Flandres et vile on y taille deux nappes : depuis longtemps on ne mangeait plus que sur le bois qui, malgré tous les soins du jiclit procureur chargé du service, s'était imprégné de l'odeur des mets. Un autre jour, M" Palefroy apporte dix-huit couteaux de table dans leur gaine ; on leur fait fête, et aussitôt défense intervient de s'en servir pour couper le pain d'ordinaire, les os, les noix, tous les corps durs, sous peine, dit le Prieur en souriant, de les rempIacer^ Les amendes qui, pour la moindre négligence, frappaient indistinctement tout le monde, les maîtres comme les serviteurs, les contributions qui servaient de garantie aux prêts de livres, formaient un article de recette dont on
» Archiv. nat., M. 74. — Olim, t. IV, X*'4., P 586. — Cf. Boutaric, Actes du Parlement, t. II.
* Liber l'rlor. Sorbona% déjà cit., 1450. f» 10. Cf. 1482, f°' 159-161.
n'aurait pu se passer'. Dans les premiers temps, sans la munificence des étrangers, il eût été presque impossible au Collège de subsister'. Héméré ne le cache point, et c'est ce qui explique, indépendamment des coutumes hospitalières de la Maison, pourquoi, jusqu'à l'avertissement de l'invasion anglaise, elle se montrait si facile dans le choix des associés \
Aussi, dès que quelque grosse entreprise venait à s'imposer, il fallait se mettre en instance auprès des personnages. C'est Philippe V qui fournit les bois pour l'édification do la nouvelle chapelle*. D'anciens boursiers envoyèrent leurs contributions en nature : l'un, six stalles en chêne et cent florins, un autre les ornements du culte et deux cents livres tournois, d'autres des dons plus modestes et « qui no valaient qu'on s'ajoutant ». Les matériaux de la bibliothèque furent de même recueillis jour à jour, comme l'avaient été les ouvrages qui la composaient^ Le cardinal d'Autun fit les premiers fonds : cent francs. Puis vinrent les quarante écus d'un ancien bibliothécaire, Luc Desmoulins, les cinquante livres d'Ulric Gering, dont la bourse était toujours ouverte. Le principal du Collège de Bourgogne, un associé, donna les poutres, qui furent reçues en grand honneur, avec inscription au procès-verbal. D'autres enfin, de même que pour la chapelle, mirent en commun leurs ressources , afin de payer les peintures des vitraux
» Liber Prior. Sorbonœ. Voir notamment les années 1450 à
- Liber Condusionum Procuratoris, f° 174 (Arcbiv. nat., MM. 274).
'' Héméré, XI.
♦ Id., VII. — Cf. XVI,
3 Id., XV.
OÙ étaient représentés les bienfaiteurs de la Maison'. Cette pénurie que trahissait tout projet d'amélioration importante s'accusait plus sensiblement encore peut-être dans le train de la vie de chaque jour. Le moindre trouble dans l'ordre social ou dans les saisons, un édit changeant la valeur des monnaies, un hiver froid, un été pluvieux et qui faisait hausser le prix du blé devenait une cause de gène extrême;, presque de misère. On commençait par faire rentrer tous les loyers en retard, « on battait les buissons »; puis on se tournait vers le Proviseur, qui promettait son aide, mais qui, après toute sorte de démarches, était réduit le plus souvent à répondre qu'il n'y pouvait rien, qu'il fallait supprimer les repas de bienvenue et de fête, renoncer au payement des obils, suspendre celui des bourses, diminuer le nombre des boursiers, renvoyer quelques serviteurs, se passer de bois, rationner le pain*. Et l'on s'exécutait vaillamment. La Société ne se sentait touchée que par les mesures qui pouvaient porter atteinte à sa dignité ou aux études qu'elle soutenait. Et alors elle ne se résignait point. Au cours de la guerre de Cent Ans — c'est cette crise qu'Héméré signale avec une émotion si touchante, — un jour vint où, en raison du petit nombre des associés, la question se posa de savoir si la Maison pourrait vivre sans recevoir des étrangers : les étrangers furent exclus ^ Deux fois, pressée par la gêne ou écrasée par l'impôt, elle avait
« Liber Piior. Sorbomc, déjà cit., mai, juin et juillet 1481, f^" 148 et 149.
3 Id., septembre 14.)0, f" 12; janvier 1452, f" 17; octobre 1459, {"82 ; décembre 1465, 1° 91 ; juin 14(35, f" 95; octobre et novembre 1470, f"' 113 et 114; août 1475, f' 124; octobre 1477, f" 152, etc.
3 Id., septembre 1455, f' 48 : ut remanerent ipsi ad conservaudunt collcgium et ne extranei introducerentiir.
dû louer, puis vendre le Collège de Calvi : elle n'eut pas de cesse qu'elle n'en recouvrât la possession*.
Cependant, au milieu de ces détresses, la Sorbonne faisait figure. Elle a sa place dans un plan de 1530 — le premier que nous possédions de Paris — au nombre des vingt établissements dont il est fait mention\ Le plan dit de Bàle^, celui qui porte la date de 1552, représente le périmètre des bâtiments, irrégulièrement et grossièrement formé, mais déjà bien dessiné dans son ensemble : sur la rue de la Sorbonne, la maison de Robert d'un aspect monumental, une sorte de forteresse, la série des maisons des hôtes et des sociétaires reliées tant mal que bien les unes aux autres, la chapelle avec ses trois tours octogones et l'entrée du Collège de Calvi; à l'intérieur, deux cours séparées l'une de l'autre par des degrés et, dans la partie supérieure, un jardin; au delà, d'une part les deux bibliothèques dans un bâtiment isolé et entourées de leur portique, d'autre part, se rattachant à l'extrémité
* Trcdecimo sxculo inennte, Sorbonist,r , seu domcstica oppressi egestate,... scu vccligalis anuui pensiottc... domum primo locav ère, tum distraxerc... ad fnimim lôôô quo rcddila est familiic Sorbonensi.... lilse aulem ades postea tiescio quo sidcre Miisis inimico ilcrum Sorboiiœ dominio avulsa', ad Natalem Vassoriiim tandem pervcnerunl vilisshnx conditionis homincvi, el ab eodem igiwbili manqone alise ils adjectx.... ncylectu fnm tel veluslale in maceriam resoliiliv, 1444. Quo anno divisœ in heredes et a Cornelio de Waltis.... comparaiie.... novisque fundis auctiores, ad ilhun u.sum quem Robcrlus inlendisset Sorbonx parenti yloriosissimum, e.rcolendœ Utteraturœ mollioris et arlium oplimarum felicissime revocalœ sunt nnno I48G. (Iléniéié, XVII, f' lt>5 v".)
s Franklin, les Anciens Plans de Paris, Notices historiques et lopo- (jraphiques.
5 Histoire générale de Paris, déjà cit., pi. IX. — Voir p. 84 el 85 : I" le Plan de la Sorbonne cl de ses environs, plan de Bàle, lire de l'Histoire générale de Paris, Atlas des anciens plans, pi. X; 2" le Plan des bàlimenls de la Sorbonne au xvi° siècle, reconslilué d'après les documents.
Aoy v^tfvs^ aTH3
du collège de Calvi, le logis des bénéficiaires, des clercs ou des étudiants hospitalisés dans la Maison ; par derrière et fermant l'enceinte, un autre jardin plus étendu'.
Cette ampleur d'installation, jointe à l'autorité des maîtres, avait fait de la Sorbonne comme le chef-lieu de l'enseignement théologique.
La Faculté de théologie, qui se composait de la fédération des communautés régulières — les Bernardins et les Mendiants — et des collèges séculiers — Navarre et la Sorbonne, — avait longtemps continué de se réunir, pour l'attribution des grades et la discussion des intérêts communs, dans la salle du chapitre de Notre-Dame*. Cependant, dès le milieu du xiv' siècle, parmi les épreuves d'argumentation qu'avaient à soutenir les bacheliers pour la licence, l'une d'elles, la troisième, se passait en Sorbonne' et était appelée de ce nom la Sorbonique. Quant aux séances de délibération générale, transférées d'abord rue des Noyers où la
* Voici comment Héméré décrit les bâtiments qu'il avait vus : Illa quidem [Sorbona major], quanlam ipxi vidimus, conutilit hahilaculis quaternis, disparis et di/ferentis acdificationis. alio nernpc inlro projectiori, alio minus produclo, ut crstructoribus et possessoribus singulorum laxior aut anqustior habilatio arrisit. Primiim appclletur illud quod vico ad diias portas claudehatur patesccnle iiigressn in eumdem vicum. Secundum, lertium et quartum sita fucrunt in vico Porretarum. Primum istud appendix fuit pomœrii Sorbonensis atlributum benepciariis.... Altéra domus sita fuit in vico Porretarum adjacens habiiaculo beneficiariorum ad liobertumque pertinuit numerata inter Sorbonœ possessiones. Tertia fuit magistri Guilletmi de Camberiaco, quarla Canonicorum sancti Stepliani de Gressibus ;... qua fuit Sorbona minor. (Héméré, XVII, f" 122.)
- Anciens statuts de la Faculté de théologie (statuts antérieurs à 1570; on ne peut davantage préciser la date). \)\i Boulay, IV, p. 427. — Cf. Héméré, Historia Academiœ Parisiensis, cap. V.
^ Anciens statuts, etc., déjà cit. — Cf. Kicher, Histoire de l'Académie de Paris, t. III, p. 25.
88 NOS ADIEUX A Ik. VIEILLE SORBON>'E.
Faculté aurait voulu établir son siège', puis, faute de l'espace nécessaire, à l'église des Mathurins, elles avaient été finalement, à partir de 1554, installées à la Sorbonne*. La suprématie que la Sorbonne avait acquise s'était attacbée à ses murs comme à son enseignement \ On donnait aux théologiens de Paris —
' L'emphicement atlrilnié à la Facullé de théologie était d'une exijriiïté misérable. Voici ce que nous relevons dans la déclaration faite en 1010 au cours de l'enquête générale ouverte sur les revenus de l'Université. Une maison size nie des loyers, où pend pour ensei(jne la Madeleine, consistant en deux petits corps de locjis, court et jardin, en laquelle se font ordinairement les congréijations et assemblées des députez de la dicte Faculté et sont en icellc logez les deulx bcdeaulx d'icelle Faculté, sans qii'ilz en payent aucun loyer. (Déclaration du revenu annuel des théologiens de Paris, 8 février 1(310, .\rchiv. nat., P. 775'.) L'indication relative aux assemblées n'est qu'une satisfaction d'amour-propre que la Faculté se donne : tous les textes la contredisent formellement.
* Tuin vero (1554) missas Facullatis theolo<ii:v et congreyationes
translatas esse in collegiunt Sorboniv co quod Maturinenses récusassent admittere doctores tlieologi;e ad operandum sacris in suam ecclesiam, quoniani datas esset postremus locus licentiœ F. Gulielmo Manorry, ordinis ejusdon Maturincnsium. (Hiclicr, Hist. de V Académie de Paris, déjà cit., t. 111. f" 21(5.) — es. Archiv. nat., M. 7'2, n°' 19, 20, 26, etc. ; Hibl. Mazar., Uecueil de 15 titres, in-4% I) 10, 552; Launoy, déjà cit., p. 152. Dix ans auiiar.ivanl, en 1544, l'assemblée générale s'était encore tenue aux .Maihurins (Aichiv. nat., ibid., n° 1), La date de 1554 ne doit pas être considérée d'ailleurs comme absolument incontestable. D'Argentré cite des assemblées tenues en Sorbonne en 1521. Ce qui paraît plus exact, c'est que. de 1521 à 1554, les réunions curent lieu tantôt aux Mathurins, tantôt à la Sorbonne. (Quelquefois l'assemblée se tient en Sorbonne après que la messe a été célébrée aux Mathurins ou dans l'église des frères Prêcheurs. A i>artir de 1550, la Sorbonne devient le siège le jilns général et tend à devenir le siège uni(|ue.
Voici la formule du protocole placé, à partir de 1554. en tête des délibérations : Anno Domini..., die..., sacratissima Tlieologipe Facultas Parisiensis, post missam de Sancto Spiritu apud Colleqiwn Sorbonx ex more celebratam, in eodem collegio congregata est.... (D'Aigentré, t. II, pars prim., p. 502.)
' (( Le collège de Sorbonne ainsi institué était adoncques le seul de l'Université : les leçons de théologie y furent de là en avant transférées et cessèrent en la maison épiscopale : vrav que tout aussi que d'ancienneté, ainsi on continue d'y prendre le bonnet, honneur et laurier de la doctorande. » (El. Pusquier, les Recherches de la France, déjà cit., IX, 15.)
Launoy, l'historien de la Maison de Navarre, le déclare — le nom commun de théologiens de la Sorbonne*. Dès 1516, le nom de la Sorbonne est pris publiquement pour celui de la Faculté'. « C'est à Paris, écrivait Luther vers 1555, que se trouve la plus célèbre et la plus excellente école : on l'appelle la Sorbonne. » Dans un excès d'enthousiasme, tempéré d'ailleurs par son zèle de réformation religieuse, il déclare qu'il y a vu « une foule d'étudiants, dans les vingt mille et au delà ». Il ajoute plus exactement : « Les théologiens y ont à eux une rue particulière, fermée de portes aux deux bouts, et le lieu le plus agréable de la ville'' ». Qu'aurait-il dit cent ans après?
* Launoy, déjà cit., pars prim., lib. III, cap. vi, p. 227.
* Sorbona, scii Snrbon.T collegium, Francisco primo rege, cœpil pro iola FacuUate. usurintri. I.aiinov, ibid., p. 452.
' Voir J. Michclel, Mémoires de Luther, t. II, p. 108. — Cf. Journal d'un voyage à Paris pur un jeune Hollandais, 1057-1658, pul)lié par A. -P. Faugère (janvier 1057). — Voir aussi la Sorbonne en joie et en deuil, déjà cité : (( Bref, tout l'univers, qui venait puiser dans cette fontaine du savoir, chercbait dans la ville autre cliose que la ville même, à savoii' la Sorbonne dans Paris. »