LES LITANIES DE LA SAINTE FRANCE
L'Eglise fait passer sous nos yeux, dans ses grandes Litanies, une splendide théorie de saints et de saintes qu'elle distingue en plusieurs groupes : les anges, les apôtres, les martyrs, les pontifes, les docteurs, les moines, les vierges et les saintes femmes. Or, on peut composer des Litanies semblables ne comprenant que des saints français ou ayant des attaches spéciales avecla France, des Litanies exclusivement françaises. C'est ce que nous allons faire.
Le Christ.
L'Église commence par invoquer Dieu lui-même et particulièrement le Christ. Mais Dieu n'est-il pas notre bienfaiteur, notre roi, et selon le mot de François P"", ne s'est-il pas toujours montré « bon Français » ?
Certes, nous l'avons offensé, mais nous pleurons aujourd'hui nos fautes, mais de tous les points de notre pays des millions de mains s'élèvent suppliantes vers lui, et des millions de voix lui crient ; « Kyrie, eleison, Seigneur, ayez pitié de nous. » Soyez sûrs qu'il ne se détourne pas de notre patrie. Il me semble au contraire qu'il lui ouvre ses bras, qu'il l'attire sur son Cœur et lui redit comme autrefois : « Caritate perpétua dilexi te, je t'aime d'un amour immortel. »
Notre-Dame.
Après le Fils, la Mère. N'est-elle pas aussi notre Mère à un titre particulier? N'est-ce pas un vieux proverbe que le royaume de France est le royaume de Mai'ie ? Nos pères ne l'ont-ils pas honorée avant l'ère chrétienne d'un culte mystérieux et prophétique? Ne lui ont-ils pas plus tard consacré des milliers de pèlerinag-es ? N'ont-ils pas placé sous son vocable trente-six de leurs plus magnifiques cathédrales ? Puisque, ô Marie, la France est votre fille bien-aimée, étendez sur elle votre manteau étoile : Regina Galliae, Oî^a pT'o nobîs.
Saint Michel.
C'est une pieuse croyance que chaque pays a un ange gardien principal, et beaucoup d'auti^es préposés à ses villes et à ses villages. Saint Michel, prince de la milice céleste, est noire protecteur et il veille sur nous du haut du mont qui porte son nom.
Aux jours de crise nationale, nos pères invoquaient saint Michel au péril de la mer. C'est lui qui a inspiré et guidé Jeanne d'Arc dans l'œuvre de notre délivrance. Du haut de son trône, terreur de l'Océan immense, immensi tremor oceani, il a repoussé tou3 les efforts de nos ennemis. O saint Michel, o anges de la France, déUvrez-la d'envahisseurs plus tei'ribles que ceux d'autrefois : Sancti Angeli et Archangeli Galliae, orate pro nohis.
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Nos apôtres.
Voici maintenant nos Apôtres, ceux qui, d'après les vénérables traditions de nos Églises, ont évangélisé la Gaule dès l'âge apostolique (i).
Parmi eux brille au premier rang saint Denis, évêque de Paris et martyr, l'un de nos plus illustres patrons, dont l'oriflamme a été longtemps le palladium de notre patrie. Ils ont prêché la foi à nos pères : ils ne veulent pas qu'elle s'éteigne dans le cœur des fils. Vous ne permettez donc pas, ô saints apôtres de la Gaule, que la patrie de Jean Huss et de Luther, la mère de tant d'hérésies, la maîtresse de tant d'erreurs, l'emporte sur la nation que vous avez aimée : Sancti Apostoli Galliae, orate pro nobis.
Nos martyrs.
Non moins glorieuse est la phalange de nos martyrs. C'est avec enthousiasme que la France a donné son sang au Christ à toutes les époques. Pendant plus de trois siècles, les empereurs romains, de Néron à Julien l'Apostat, armés de chevalets et d'ongles de fer, lui répètent : « Renie ton Dieu pour nos idoles »,
(i) Les saints évêques Lazare de Marseille, MaximLa d'Aix, ïrophime d'Arles, Paul de Narbonne, Saturnin ou Serntn de Toulouse, Martial d'Aquitaine, Zachée de Rocamadour, Front de Périgueux, Flour et Austremoine d'Auvergne, Ursin de Bourges, Gatien de Tours, Denis de Paris ; plus tard, Pothin et Irénéc de Lyon.
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et, pendant plus de trois siècles, elle répond par la voix de milliers de martyrs : Credo (i). Plus tard ce sont les hérésies, celle des Albigeois et celle de Calvin, qui par le fer et le feu veulent arracher la foi de son cœur, et elle continue son sublime cantique. Pendant la Révolution, elle monte sur l'échafaud en chantant le jour de gloire comme les Carmélites de Compiègne. Pendant la Commune, avec le P. Olivaint et ses compagnons, elle se réjouit de souffrir pour le nom de Jésus : ibant gaudentes. Depuis cent ans, comme si elle regrettait de ne plus trouver chez elle la palme sanglante, elle envoie ses missionnaires la cueillir chez les infidèles, et ces héroïques jeunes gens tressaillent de joie quand ils entrevoient la mort pour le Christ, comme ceux à qui leur évêque remettait un célébret, le passe-port apostolique, surchargé de ces mots : bon pour le martyre!
Les Actes des premiers chrétiens n'olTrent rien de plus beau que les martyrs des bienheureux Perboyre, Chanel, Théophane Vénard. Celui-ci surtout salue le supplice avec enthousiasme, et rien n'égale la poésie et le lyrisme des lettres où cet enfant de la Vendée exprime à ses amis de France sa joie de mourir pour le Christ.
O héros de la foi, c'était le sang de France qui coulait par vos blessures. Or, il coule encore aujourd'hui ce noble sang, des veines de nos chers soldats. Ils ne le versent pas comme vous pour la foi, il est vrai, mais pour la Patrie, pour la liberté du monde, c'est-à-
(i) Un grand nombre des apôtres qui ont semé la foi dans les Gaules l'ont arrosée de leur sang, tels saint Denis, saint Sernin de Toulouse, saint Pothin, saint Irénée et les 20.000 Lyonnais, martyrisés au second siècle. Il faut ajouter à cette liste saint Symphorien d'Autun, saint Ferréol et saint Fergeux de Franche- Comté, etc.
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dire pour de belles et saintes causes, intimement liées à celle de Dieu. Leur mort n'est pas un martyre proprement dit, mais elle s'en rapproche, car ils se sacrifient par obéissance à la loi divine. OfFrez-le ce sang de nos braves avec le vôtre au Seigneur. Criez avec eux : çindica sanguinem sanctorum tuorum : qu'il fasse lever dans nos champs une moisson de vertus et de gloire, une génération de héros encore plus belle que celle d'hier; que nous puissions chanter : Demain, sur nos tombeaux, les blés seront plus beaux. Sancti Martyres Galliae, orate pro nobis.
Nos pontifes.
Mais quels sont ces hommes vénérables dont la main gauche porte la crosse et la main droite ne cesse de bénir les peuples ? Ce sont nos saints pontifes. Les uns, comme saint Hilaire et saint Martin, ont achevé de convertir la Gaule. Les autres, comme saint Loup et saint Agnan, ont été les défenseurs de leurs cités durant les invasions des Barbares (i). Ceux-ci ont paternellement accueilli les Francs, comme saint Remy qui les baptise, et saint Avit, qui chante la Noël de leur baptême. Ceux-là ont formé la France, suivant le mot de Gibbon, comme les abeilles leur ruche (2).
(i) A saint Loup de Troyes et saint Agnan d'Orléans, il faut joindre saint Germain d'Auxerre, saint Sulpice Sévère, saint Sidoine Apollinaire de Clermont, saint Patient de Lyon, saint Mamert de Vienne, saint Honorât de Provence, etc.
(2) A saint Remy de Reims et à saint Avit de Vienne il faut joindre saint Waast d'Arras, saint Grégoire de Tours, saint Fortunat de Poitiers, saint Prétextât de Rouen, saint Eloi de Noyon, etc.
Mais il en est deux qui dominent tous les autres par la grandeur de leur rôle et qui comptent parmi les patrons particuliers de notre pays : l'un est le grand patriarche des Gaulois, saint Martin de Tours, et l'autre le grand patriarche des Francs, saint Remy de Reims.
O Pontifes, vous qui étiez la lumière et la force de vos diocèses, éclairez nos chefs et fortifiez nos soldats pour qu'ils soient comme vous les défenseurs de nos cités et les sauveurs de la patrie : Sancti Pontifices Galliae, orate pro nohis.
Nos docteurs.
Parmi ces pontifes quelques-uns ont l'auréole des docteurs. Dante les a comparés au soleil et il a eu raison, car ils sont pour nous des foyers de lumière et de chaleur. Saint Irénée réfute le gnosticisme et les hérésies d'Orient; saint Hilaire confond l'arianisme; saint Bernard laisse tomber de ses lèvres de miel des paroles suaves en l'honneur de Marie. Il en est d'autres qui, nés à l'étranger, ont longtemps vécu dans notre pays et l'ont illustré par leur enseignement, comme saint Anselme, saint Thomas et saint Bonaventure. Nous pouvons leur adjoindre saint François de Sales, si Français par son esprit, sa langue et son cœur, et que Pie IX a déclaré docteur de l'Eglise universelle — et enfin Bossuet qu'on a souvent appelé un Père de l'Église.
O saints Docteurs, ne permettez pas que votre clair génie latin soit obscurci par les épais nuages kantistes,
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idéalistes, matérialistes, qui montent des bords de l'Elbe, de la Sprée ou de l'Oder : Sancti Doctores Galliae, orate pro nobis.
Nos moines.
Montalembert a raconté les immenses services que les Moines d'Occident ont rendus à la civilisation. La France en possède toute une pléiade. Notre terre s'embaume du parfum de leurs vertus. Nos villages vivent heureux sous la crosse de leurs abbés. L'enfant du peuple apprend à lire et à écrire dans leurs écoles. Les grands moines de Gluny, de Gîteaux, de Glairvaux mêlent leurs robes blanches aux robes noires de leurs frères aînés, les premiers Bénédictins. Leurs chefs ne sont pas seulement des hommes de prière, mais souvent des hommes d'action et parfois des hommes d'Etat que les rois appellent à leurs conseils (i).
C'est en France que saint Bruno fonda la Grande Chartreuse. C'est en France que saint Norbert fonda les Prémontrés.
Nous avons encore saint Pierre de Valois et saint Jean de Matha, fondateurs de l'Ordre de la Trinité ; et saint Pierre Nolasque, fondateur de Notre-Dame de la Merci pour la rédemption des captifs.
Toutes ces saintetés, toutes ces gloires monastiqiies sont vraiment françaises : Sancti Monachi et Eremitae Galliae, orate pro nobis.
(i) Parmi eux brillent saint Bemon, saint Odon, saint Odilon, saint Mayeul, saint Hugues, saint Pierre le Vénérable, saint Robert de Molesme, saint Etienne, et enfin, le plus grand de tous, saint Bernard, le prédicateur de la deuxième croisade, une des gloires les plus pures de notre pays.
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Nos confesseurs.
L'ordre des confesseurs n'est pas moins bien représenté. On y voit figurer des rois et des bergers, des chevaliers et des artisans. Tout a été sanctifié dans notre pays, le sceptre et la houlette, l'endume et la charrue, la plume et le rabot. Saint Léonard, parent de Clovis, est l'ami et le libérateur des prisonniers ; saint Gloud se console dans la solitude d'avoir perdu le trône de son père Glodomir ; Charlemagne est fêté par plusieurs Eglises et Jeanne d'Arc l'a canonisé ; saint Louis est le plus parfait des rois ; saint Vincent Ferrier, Français d'adoption, tient les populations de nos villes et de nos villages suspendues à ses lèvres ; saint Pierre Fourier, saint Jean-Baptiste de la Salle sont les amis et les éducateurs des petits enfants ; saint François Régis évangélise le Velay et le Vivarais ; saint Vincent de Paul est le bienfaiteur des pauvres ; puis viennent les bienheureux Eudes, Grignion de Montfort, Benoît Labre et l'admirable Curé d'Ars. Sancti Confessores Galliae, orate pro nobis.
Nos vierges.
Avec leurs robes de neige, les vierges forment le cortège de l'Agneau dans le paradis. La France y est noblement représentée. Parmi ses filles, les unes, comme sainte Blandine de Lyon, sainte Foy et sainte Colombe, ajoutent la pourpre du martyre à la robe blanche de la virginité. Les autres, comme sainte Geneviève, la bienheureuse Jeanne d'Arc et sainte
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Germaine Cousin, sont bergères, mais leur houlette se change en sceptre entre leurs mains, et, après avoir conduit des brebis, elles conduisent des peuples. 11 en est qui se sanctifient dans le cloître. Sainte Odile, la gracieuse patronne de l'Alsace, refuse la main des princes d'Allemagne pour se consacrer au Seigneur. Sainte Isabelle de Longchamps, fille de Blanche de Gastille, porte dans le cloître les vertus que son illustre frère saint Louis fait fleurir sur le trône. Sainte Colette de Gorbie étend son influence, non seulement sur les monastères où elle fait refleurir l'esprit de sainte Claire, mais sur les peuples qui la vénèrent. La bienheureuse Marguerite-Marie reçoit les révélations du Sacré-Cœur où la France a une place si glorieuse. Après les orages de la Révolution la bienheureuse Mère Barat et la bienheureuse Julie Postel fondent deux grands instituts pour l'éducation des jeunes filles. Sanctae Virgines Galliae, orate pro nobis.
Nos saintes femmes.
A la tête du chœur des saintes femmes, saluons trois reines de la famille mérovingienne : sainte Clotilde, qui joua un si grand rôle dès la conversion des Francs ; sainte Radegonde, son illustre belle-fille, et sainte Bathilde, son arrière-petite-fille, qui, après avoir sanctifié le trône, finissent leurs jours dans la paix du cloître ; deux princesses du sang royal : sainte Jeanne de Valois, fille de Louis XI, duchesse d'Orléans, et sainte Françoise d'Amboise, duchesse de Bretagne, qui échangent les fleurs de lys et l'hermine contre la
bure ; sainte Chantai, fondatrice de la Visitation ; la vénérable M"® Lcgras, fondatrice des Sœurs de la Charité. Sanctae Viduae Galliae, orate pro nobis.
Nos élus non canonisés.
A ces illustres saints que l'Eglise a canonisés nous devons joindre les innombrables élus qui n'ont pas eu cet honneur, mais qui n'en sont pas moins au ciel : ces paladins du moyen âge qui invoquent Dieu, Notre-Dame, Mgr saint Michel et Mgr saint Denis, en mourant, et dont les âmes montent sur les ailes des anges es fleurs du paradis ; ces croisés qui arrosent de leur sang la terre consacrée par le sang du Sauveur, et dont les papes ont souvent assimilé la mort à un martyre ; ces prêtres ou ces évêques admirables, Olier, de Bérulle, Fénelon, Belzunce, le héros de la peste de Marseille ; ces grands catholiques écrivains ou orateurs du xix'' siècle, Ozanam, Melun, Veuillot, Montalembert, Ravignan, Lacordaire, qui défendent si brillamment la cause catholique ; nos jeunes missionnaires qui étonnent le monde par leur charité et leur héroïsme ; ces millions de vierges du Seigneur qui suivent l'Agneau divin, depuis nos origines jusqu'à l'humble Bernadette, la confidente de l'Immaculée Conception, et la miraculeuse petite Sœur Thérèse de Lisieux : Omnes Sancti et Sanctae Galliae, orate pro
nobis.
La Sainte France.
Voilà, mes Frères, nos gloi'ieux ancêtres. Ceux que l'Éghse a élevés sur nos autels, pour ne parler que de
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ceux-là, sont déjà innombrables. L'hagiographie de la France est une des plus riches de l'Eglise. Vraiment la France est un jardin de sainteté, une pépinière d'élus, et nous pouvons dire : Filii sanctorwn sumiis, nous sommes les fils des saints.
Ces héros forment aujourd'hui une France triomphante qui se penche avec tendresse sur son berceau de la terre. Oh! qu'elle est belle cette France de làhaut! Elle est encore plus glorieuse que celle d'ici-bas. Elle est toute-puissante auprès du bon Dieu. Elle fait l'admiration des anges et des autres bienheureux. S'il est un nom de peuple bien porté au Ciel, il me semble que c'est celui de France!
Et il me semble aussi que la France de la terre ellemême a le droit de s'appeler sainte, car elle est le sol sacré où ce grand arbre de sainteté plonge ses racines. Nous donnons ce titre à l'Eglise notre mère, unam sanctanii catholicam et apostolicara Ecclesiam, et l'une des raisons est qu'elle a produit et produit toujoui's des saints. La même raison milite, proportion gardée, en faveur de notre pays.
Jeanne d'Arc n'a pas hésité à le canoniser. Elle parlait avec un profond respect « du saint roj'aurne de France ».
Dieu lui-même a appelé son peuple gens sancta. Certes, la France où ont fleuri tant de héros chrétiens y a plus de droits qu'Israël (i).
Jérusalem était appelée civitas sancta, la cité sainte, parce que Dieu résidait dans son Temple : mais la
(i) Les Russes appellent leur patrie la Sainte Russie et les Polonais parlent avec émotion de la Sainte Pologne. La France mérite bien plus cette épithète puisqu'elle a enfanté beaucoup plus de saints que la Pologne et surtout que la Russie qui n'en a plus depuis qu'elle est schismatique.
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France tout entière est un temple immense où des milliers de saints sont à genoux depuis des siècles. Un pape à qui un ambassadeur demandait des reliques se baissa, ramassa de la poussière du Golisée et dit : « Tenez, voici une terre qui a été imbibée du sang des martyrs : c'est une terre sainte. » O France, toi que tant de saints ont arrosée de leurs larmes et de leur sang, je baise ton sol avec respect : toi aussi, tu es une terre sainte.
Le patriotisme est un devoir. Son exercice est une vertu. La loi naturelle écrite au fond de nos cœurs nous le prescrit. L'Esprit-Saint nous le recommande, puisqu'il loue les Machabées d'avoir lutté jusqu'à la mort pour défendre leur pays. Jésus a aimé sa patrie, puisqu'il a pleuré sur ses malheurs et a fait de suprêmes efforts pour les lui épargner. S'il est mort pour tous les hommes, il a eu du haut de la croix, comme le dit Bossuet, un regard particulier pour sa patrie.
Bons patriotôs sur la terre.
Aussi nos saints français ont-ils tous été de bons patriotes pendant leur vie. Les uns ont évangélisé notre nation, ils ont été ses pères dans la foi, ses initiateurs dans les voies de la civilisation ; ils ont
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formé son cerveau et son cœur. D'autres furent ses maîtres d'école, ses illuminateurs, comme saint Hilaire et saint Martin. Ceux-ci soutinrent noblement au v° siècle le choc des Barbares et en délivrèrent leur cité, defensores civitatis. Ceux-là ont défriché son sol. D'autres furent pour ses souverains de précieux conseils et se montrèrent de grands hommes d'État, comme Suger et saint Bernard.
C'étaient de grands patriotes ces paladins de Charlemagne, les Roland et les Olivier qui murmuraient doucement en mourant le nom de « doulce France ». Grand patriote le moine Guibert de Nogent qui écrivit sur la première croisade ce beau livre : Gesta Dei per Francos, tout vibrant de fierté et d'amour pour la France, tout frémissant d'indignation contre les Teutons qui l'insultaient. Grand patriote saint Louis qui, apprenant que Frédéric II d'Allemagne avait jeté en prison des pèlerins français, le somma de les délivrer en lui écrivant : « Sachez que le royaume de France n'est pas si faible qu'il se laisse outrager impunément par des étrangers. » Et n'est-elle pas délicieusement patriotique la devise qu'il avait fait graver sur son anneau d'or : « Dieu, France et Marguerite, hors cet annel nay point d'amour. »
Qui a plus aimé la France que Jeanne d'Arc ? qui a plus gémi sur ses malheurs ? qui a eu une idée plus haute de sa dignité ? qui s'est plus dévoué pour elle et lui a rendu de plus grands services ? qui a été plus économe du sang de France et plus prodigue de son propre sang pour la France?
C'était aussi un grand patriote ce Vincent de Paul qui semblait avoir adopté tous les pauvres de France et qu'on appelait le père de la patrie.
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Bons patriotes dans le ciel.
Mais, me direz-vous, est-ce que ces bons saints s'intéressent encore aux choses de la terre? Est-ce que le patriotisme n'est pas mort dans ces grands cœurs frappés d'un plus sublime amour? Et non, mes Frères, les amours légitimes de la terre ne s'éteignent pas au ciel ; ils y sont épurés, divinisés, mais plus vifs encore et plus tendres.
Il n'y a que deux vertus qui n'entrent pas au ciel : la foi, qui s'évanouit dans la vision béatifique, et l'espérance qui fait place à la possession du bien suprême. Mais les autres subsistent, et surtout la charité qui est leur reine. Or le patriotisme est une vertu tributaire de la charité. Saint Thomas disait en eflet que nous avons trois grandes dettes de reconnaissance et d'amour : envers Dieu, envers nos parents et envers notre Patrie.
Gomment nos saints nous oublieraient-ils ? Est-ce que des hommt^s de cœur, arrivés à la fortune ou à la gloire, oublient leurs amis qu'ils ont laissés dans la souffrance ? Ce serait égoïsme de parvenus, ce serait lâcheté, et le ciel est chevaleresque.
Est-ce que des hommes de cœur oublient leurs bienfaiteurs et surtout leurs parents ? Mais la France a été pour nos saints une bienfaitrice et une mcre. C'est en France qu'ils ont reçu le baptême ; c'est là qu'ils ont appris sur les genoux de leurs mères, de vaillantes Françaises, à prier Jésus et Marie ; là qu'ils se sont agenouillés pour recevoir la sainte Hostie ; là qu'ils ont travaillé, aimé et souffert ; là, en un mot, qu'ils
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ont semé dans les larmes les lauriers qu'ils récoltent dans l'exultation de la gloire. Ils lui doivent donc beaucoup, et, comme la reconnaissance est la vertu des cœurs délicats et comme leur cœur est tout pétri de délicatesse, ils aiment la France encore plus qu'ils ne l'aimaient sur la terre.
D'ailleurs, s'ils avaient besoin d'être stimulés, ils n'auraient qu'à jeter un regard sur leur roi Jésus et leur reine Marie. Ils verraient, comme je vous l'ai dit, que Notre-Seigneur et Notre-Dame ont toujours eu une prédilection pour la France et lui en ont donné d'innombrables preuves. Si l'expression n'était pas un peu familière, je dirais presque que, rien que pour faire leur cour à Jésus et à Marie, ils doivent montrer un grand amour pour notre patrie.