NOS AVOCATS ET NOS ALLIÉS AU CIEL
Aussi, réunis autour du trône de Dieu, ils ne cessent d'intercéder pour nous. Ce n'est pas là une imagination de mon patriotisme, ce n'est même pas seulement une déduction tirée des plus solides raisons, c'est un fait basé sur de très intéressants témoignages. En voici trois :
Raduin et saint Remy.
Au IX® siècle, sous Louis le Débonnaire, un abbé italien, nommé Raduin, fit un pèlerinage au tombeau de saint Remy. Or une nuit qu'il priait dans la basi-
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lique, il eut une vision : il vit la sainte Vierge entourée de saint Jean et do saint Remy, et Marie lui désignant le saint évoque de Reims lui dit : « Voici un des grands patrons de la France ; il ne cesse de prier Dieu pour elle. »
Sainte Brigitte et saint Denis.
Pendant la guerre de Cent ans, alors que la France était comme noyée dans le sang de ses fils, sainte Brigitte, c'est elle qui nous le raconte, eut une vision. Elle vit saint Denis en prière aux pieds de la Vierge et qui lui disait : « O Marie, ayez pitié de votre royaume de France qui est aussi le mien : Miserere regno tuo et meo. »
Jeanne d'Arc, Charlemagne et saint Louis.
Jeanne d'Arc nous apprend qu'elle vit un jour saint Louis et saint Charlemagne à genoux aux pieds du Sauveur et priant pour la France. Sur son étendard, elle fît représenter cette scène qui reproduisait sans doute une de ses extases : deux anges — probablement saint Michel et saint Gabriel — également à genoux devant le Christ et lui offrant un lys qui symbolisait la France.
Elle nous dit d'ailleurs : « Je suis venue en France de par Dieu, la Sainte Vierge Marie et tous les benoîts saints et saintes du ciel. »
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Le parti de la France.
Oserai-je dire que nos benoîts saints forment làhaut comme le parti de la France ? Et pourquoi ne l'oserais-je? Jeanne d'Arc n'a pas reculé devant ce mot en parlant du ciel. Gomme on lui demandait si sainte Marguerite parlait anglais, elle répondit : « Et comment le parlerait-elle ? Elle n'est pas du parti des Anglais. » Elle était donc du parti des Français. Et sans doute il ne faut pas entendre ce mot dans le sens mesquin des partis terrestres, qui implique toujours de misérables divisions. Nos patrons du ciel, quand ils demandent pour nous la victoire, sont d'accord avec tous les saints du ciel et même avec les saints allemands, je vous dirai bientôt pourquoi.
Évidemment ce qu'ils souhaitent avant tout pour nous, c'est notre bien spirituel, c'est le salut de nos âmes, mais ils ne se désintéressent pas plus que Dieu des événements humains, qui sont des moyens pour des fins divines ; ils savent que le triomphe d'une nation sur une autre, d'une cause sur une autre, n'est pas indifférent à la gloire de Dieu ; qu'une victoire comme celles de Constantin au pontMilvius, de Glovis à Tolbiac ou à Vouillé, de Charles Martel à Poitiers, de don Juan à Lépante, de Sobieski à Vienne, peut avoir pour l'Eglise et pour les âmes les plus gigantesques conséquences.
Ils suivent donc avec un intérêt immense les péripéties de cette guerre. Ils entrevoient la situation terrible que créerait à l'Eglise catholique le triomphe d'une nation hérétique, qui, après avoir vaincu à elle seule
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toutes les nations du monde, serait tentée de mettre sa puissance formidable, irrésistible, au service de sa culture, c'est-à-dire de l'hérésie et peut-ôtre de l'Islam, en recommençant son fameux Kulturkampf. Ils entrevoient au contraire les immenses avantages qui peuvent découler pour la religion de la victoire de la France, restée malgré tout si profondément chrétienne. Vous voyez donc de quel côté vont leurs vœux.
N'est-ce pas cette perspective qui les a toujours inclinés vers nous jusqu'à nos jours ? Je ne vous rapporterai pas ici les marques si nombreuses qu'ils nous ont données de leur protection dans le passé, car je me réserve de le faire en étudiant la vie et le rôle de chacun de nos grands patrons, saint Michel, saint Denis, saint Martin, saint Remy, saint Louis, sainte Geneviève, sainte Clotilde et les bienheureuses Jeanne d'Are et Marguerite-Marie.
Les Saints allemands
prient-ils pour l'Allemagne ?
Vous me direz peut-être : « Mais l'Allemagne elle aussi a ses saints, saint Boniface, son apôtre, saint Henri, sainte Gunégonde, sainte Hildegarde, saint Etienne de Hongrie, sainte Elisabeth de Hongrie, sainte Gertrude, sainte Mechtilde, saint Fidèle de Sigmaringen, et bien d'autres. Elle aussi peut invoquer ses patrons. Elle aussi peut dire qu'elle a son parti dans le ciel. »
Sans aucun doute, tous ces grands saints allemands
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aiment leur patrie, mais ils ne l'aiment pas au point de préférer sa cause à celle de la justice. Et comme leur patrie a violé tous les droits en attaquant la Belgique et la France, comme elle a été mue par l'orgueil et la cupidité, comme elle a commis les plus révoltantes atrocités, il leur est impossible de l'approuver, ils ne peuvent que prier pour sa conversion. Et, comme l'unique moyen d'obtenir cette conversion et en même temps de faire triompher la justice, c'est de la châtier, ils ne peuvent que demander pour elle le châtiment mérité : qui bene amat, hene castigat. Et remarquez bien que l'attitude de nos Saints à nous serait exactement la môme à l'égard de la France, si celle-ci avait commis les mêmes crimes ; ils prieraient Dieu de la punir pour la ramener au sentier du devoir. Ne doutez pas qu'il en soit ainsi des saints allemands. Lorsqu'ils voient que, au lieu de s'amender, la Germanie s'obstine dans son aveuglement, ils ne peuvent que souhaiter pour elle la foudre qui lui ouvrira les yeux ; lorsqu'ils entendent son souverain appeler Dieu à son aide, comme le complice de ses cruautés, ils ne peuvent que s'éloigner avec épouvante de celui qui conduit leur patrie à l'abîme.
« Sortons d'ici. »
Pendant le siège de Jérusalem par Titus, on entendit des voix lugubres qui s'écriaient au fond du temple : « Sortons d'ici ! Sortons d'ici ! » L'historien Josèphe ajoute que c'étaient les anges de sa patrie qui s'éloignaient d'elle, parce qu'elle était coupable et
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allait être châtiée. Eh bien, il me semble que les anges et les saints de l'Allemagne, indignés d'une guerre injuste et impie, s'éloignent de ses auteurs responsables et remontent vers le ciel en s'écriant : « Sortons d'ici ! Loin des Barbares ! »
Ainsi, loin d'avoir à redouter un conflit de vœux et de prières entre les saints de France et les saints d'Allemagne, nous pouvons être sûrs que les uns et les autres, unis à l'adorable volonté de Dieu, bénissent comme lui le parti de la justice et qu'ils sont tous nos alliés.
Mais nous avons évidemment des raisons spéciales pour invoquer nos saints à nous, puisque Dieu nous les a donnés pour patrons. Nous n'avons pas à craindre qu'ils nous abandonnent comme les anges d'Israël abandonnèrent le Temple de Jérusalem.
Mane nobiscum, Domine.
Vous resterez au contraire chez nous, Seigneur, avec tous vos saints : Mane nobiscum, Domine, quoniam advesperascit. Vous resterez avec nous, ô Notre- Dame de France, ô Notre-Dame de la Victoire, et vous tous, célestes vétérans, habitués de Tolbiac, de Bouvines, de Patay, et vous combattrez encore avec nous. Allons, levez-vous, saint Michel, pour punir de nouveau l'orgueil révolté contre Dieu. Saint Denis, déployez votre oriflamme. Saint Martin, couvrez-nous, comme les soldats de Glovis, de votre chape bleue. Saint Remv, sainte Geneviève, sainte Glotilde, invo-
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quez le Dieu de Tolbiac et de Reims. Saint Louis, reprenez votre épée de Saintes et de Taillebourg. Jeanne d'Arc, à l'étendard ! Bienheureuse Marguerite- Marie, sauvez-nous par le Sacré-Cœur, O nos Alliés du ciel, penchez-vous sur nos mourants pour recueillir leurs âmes et les porter au paradis ; sur nos blessés pour les consoler et les guérir ; sur nos drapeaux, enfin, pour leur donner le baiser de la victoire. Ainsi soit-il.
Mes bien chers Frères,
Au-dessus de tous nos chers alliés du ciel et de la terre, il y a Dieu lui-même, celui qui tient en mains les destinées de tous les peuples, qui les élève ou les abaisse, leur envoie la victoire ou la défaite selon les sublimes accords de sa justice et de sa miséricorde- 11 nous importe donc avant tout de savoir s'il est pour nous ou contre nous dans cette terrible guerre. S'il était contre nous, que pourrions-nous espérer ? A quoi nous serviraient les armes, les munitions et les alliances de la terre? S'il est pour nous au contraire, qu'avonsnous à craindre : Si Deiis pro nobis, quis contra nos?
Or, nous pouvons dire hardiment qu'il est avec nous. La première raison c'est que notre cause est juste ; or, il est le Dieu de la justice, il ne peut donc se faire le complice de la monstrueuse iniquité qui s'est déchaînée contre nous. La seconde raison, c'est qu'il a pour nous un amour tout particulier. Il est toujours, comme au temps de Glovis, le Christ qui aime les Francs, celui qui les a comblés de bienfaits et d'honneur, qui a fait de leur histoire un tissu de merveilles, le chef-d'œuvre de sa tendresse et de sa puissance ; celui dont Jeanne d'Arc disait : le roi du ciel est le vrai roi de France : rex caelorum, rex Galliae ; celui que François I'^'" appelait un bon Français ; celui
qui aime la France plus que vous et que moi ; celui en qui j'ose saluer avec autant de respect que d'amour le premier et le plus illustre des patriotes français.
Et non seulement il nous aime, mais il nous a montré une préférence, une prédilection parmi tous les peuples : non fecit taliter omni nationi. Ce n'est pas sans doute un article de foi; c'est un jugement humain, mais appuyé sur l'histoire, une persuasion qu'ont toujours eue nos pères et qu'ont souvent exprimée les personnes les plus graves. Le pape Pie X, en une circonstance solennelle, a parlé de cette prédilection du Christ pour notre pays (i).
Nos ennemis pai'lent avec fierté de leur vieux Dieu. S'ils entendent par là celui dont ils suivent l'esprit et les maximes dans cette guerre, ce n'est certes pas le Christ, car ce n'est pas le Christ qui leur a inspiré la violation d'un traité solennel, le massacre des femmes et des enfants et la destruction de ses églises. C'est le vieux Dieu qu'on honorait jadis dans les forêts germaniques par des sacrifices humains, c'est l'infâme idole d'Irmensul dont notre grand Charlemagne a brûlé le repaire. Notre Dieu à nous, le vieux Dieu de nos pères, c'est le Dieu de Clotilde, le Dieu de justice et d'amour, celui que nous adorons et que nous aimons depuis quinze siècles.
Sa prédilection pour nous a pour fondement et pour garantie le pacte de Reims, conclu entre le Cœur du
(i) Lors de la béatification du Curé d'Ars, Pie X, s'adressant aux Français présents à Rome, leur dit : « Puisque la béatification du Curé d'Ars prouve que Dieu garde sa prédilection pour la France, je vous prie de vous unir à moi dans cette conviction : bientôt Dieu opérera des prodiges qui nous donneront la preuve que la France ne cesse point d'être la fille aînée de l'Église, non plus seulement par des paroles, mais par des actes. »
Christ et le cœur de la France, au baptême de Gloyis, en la fête de Noël 496. Par ce pacte, le Christ et la France se promettaient un éternel amour, une fidélité et une assistance mutuelles dans tous les siècles. Or, pour Notre-Seigneur, un pacte n'est pas un « chiffon de papier ». C'est une chose sacrée, où il engage sa signature, son honneur de Dieu, source et archétype de tout honneur. Il y a toujours été fidèle dans le passé ; il le sera toujours dans l'avenir et en particulier dans cette terrible guerre, pourvu que nous-mêmes nous ne déchirions pas la convention divine.
Voyons d'abord quelle était la pensée surnaturelle et historique de ce pacte et ensuite comment il a été tenu de part et d'autre jusqu'ici. Une joyeuse espérance s'envolera de tous ces souvenirs.