LE PACTE DE REIMS
Les prédilections divines.
Jésus-Christ aime tous les hommes et il est mort pour tous. On peut dire également qu'il aime tous les peuples sans exception ; il est prêt à les bénir et à les combler de bienfaits, pourvu qu'ils soient fidèles à ses lois et, avant tout, à la loi naturelle, aux principes éternels de la justice et de l'honnêteté, sans quoi il n'a pour eux que de la colère et des châtiments.
Cependant, il peut avoir une prédilection pour un peuple déterminé, sans pour cela faire de tort aux autres et sans que ceux-ci aient le droit de se plaindre.
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Un homme doit être juste envers tous ses semblables, mais il peut avoir des amis et leur montrer une affection et une générosité particulières. De même, et à plus forte raison, Dieu est-il libre de ses dons et de ses faveurs.
C'est ainsi que, dans l'Ancien Testament, il avait une préférence pour Israël. C'était le peuple élu, le gardien de la vraie foi et l'héritier des promesses messianiques. Il veillait sur lui avec une sollicitude paternelle et il intervint souvent miraculeusement en sa faveur. Mais un jour Israël prévariqua en rejetant le Messie et il fut rejeté à son tour.
Il lui fallait un successeur pour soutenir la vérité et les droits divins dans le monde. Il plut à Dieu de choisir une nation qui s'appelait la Gaule et devait un jour, après sa fusion avec les Francs, s'appeler la France.
Pendant plusieurs siècles, Dieu la prépare à sa mission. Il lui envoie des apôtres, des martyrs, des pontifes, des vierges qui la convertissent, entre autres saint Denis, saint Martin et sainte Geneviève.
L'élection de la France.
Enfin voici les Francs. Vainqueurs à Tolbiac, grâce à un miracle du Dieu de Glotilde, ils reçoivent à Reims le baptême des mains de saint Remy. C'est là qu'a lieu l'élection de la France, preuve et gage de la prédilection du Christ.
On avait pu croire pendant quelque temps que l'empire romain, après sa conversion, serait l'élu du Seigneur et le champion de sa cause. Il avait jeté un
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vif éclat et donné de grandes espérances à l'Eglise avec Constantin et Théodose. Mais les successeurs de ces princes trompèrent toutes ces espérances par leur corruption et leurs apostasies. La monarchie césarienne fut rejetée à son tour.
En face d'elle se dressaient les Barbares. Mais ils étaient, à la fin du v° siècle, tous païens ou ariens, lorsque la France reçut le baptême. Elle se trouva être ainsi la fille aînée de l'Église, la première des nations catholiques, le noyau de la future chrétienté, la réserve humaine de la Religion.
Fille aînée de l'Eglise ! Beaucoup d'hommes ne voient là qu'un titre rappelant un fait historique. Mais ce titre avait une portée plus haute, il impliquait une mission, des charges et des prérogatives, il présageait un splendide avenir. Voici pourquoi :
Le droit d'aînesse de la France.
Le droit d'aînesse dans l'Ancien Testament emportait de grands privilèges. Le premier-né était le béni et le favori de son père, l'héritier de ses biens et de ses droits, l'orgueil et l'espoir de la famille ; il avait une autorité morale sur ses frères et, à la mort ou en l'absence du père, il devenait leur tuteur.
Le peuple d'Israël eut lui-même ce rôle dans la famille humaine. Il fut appelé le premier-né du Seigneur : Israël primo genitiis, l'héritier des promesses divines. Il exerça une suprématie, une sorte de magistrature spirituelle sur les autres peuples.
Il en a été de même de la France. Première-née des nations chrétiennes, elle fut chargée par Dieu de sou-
tenir l'Eglise et toutes les belles causes de la justice, de la liberté, de l'ordre qui sont la vie de la société. Elle fut sacrée le champion du droit et le soldat de Dieu. Vous le voyez, cette superbe vocation découle de son droit d'aînesse et par conséquent de son baptême de Reims.
Beaucoup d'hommes, de nos jours, admirent cette mission de la France, mais n'en voient que les côtés brillants et extérieurs : le côté surnaturel leur échappe. Ils exaltent les qualités de notre race, son culte de la justice et de l'honneur, son caractère chevaleresque, son dévouement et sa générosité pour les malheureux. C'est très bien. Mais, pour être complet, il faut remonter à la source de ces vertus et de ces beautés.
Mission surnaturelle de la France.
Or, cette source c'est le Cœur du Christ, c'est son amour pour la France. C'est parce qu'il l'a aimée, qu'il l'a appelée la première à l'admirable lumière de son Evangile, in admirabile lumen suuin, qu'il lui a confié une mission exceptionnelle et conféré tous les dons nécessaires pour qu'elle ^ùt s'en acquitter.
Mais, comme tout grand amour, cet amour du Christ est jaloux et veut être payé de retour. Notre-Seigneur demande à la France son cœur : Filia, praehe cor tuiim mihi.
« O France, lui a-t-il dit en ce grand jour de Noël 496, je t'ai aimée de toute éternité : Caritate perpétua dilexi te. Je t'ai préparé dans le plus beau des pays un théâtre digne de tes destinées. Tu seras bénie entre toutes les nations. Je serai ton roi et ton
bienfaiteur. Mais je te demande ton amour, je veux régner sur ton cœur et par toi sur le monde. »
Et la France lui répondit en l'acclamant : « Oui, Seigneur, je vous aime et je vous aimerai jusqu'à la fin des temps. Vous régnerez sur mes lois et mes institutions, sur mon cœur et sur toute ma vie. Je serai votre soldat et votre apôtre. Je vous ferai, avec mon sang s'il le faut, un tapis de pourpre, pour que vous puissiez poser votre pied sur la terre et marcher en triomphateur jusqu'aux extrémités du monde. »
Et se tournant vers les autres nations et, dans un geste magnifique, frappant la terre de sa lance, de sa bonne lance de Tolbiac, la France, reprenant le mot de saint Paul, s'écria : Oportet illum regnareUl faut que le Christ règne! Dieu le veut! Et la France le veut, elle aussi! »
Voilà, mes Frères, le pacte conclu entre le Christ et notre pays. Voilà notre mission mystique et surnaturelle, aimer et faire aimer Notre-Seigneur. Mais ne voyez-vous pas que le rôle historique si brillant de la France, rôle admiré par les incroyants eux-mêmes, découle de celui-là. Faire régner le Christ, n'est-ce pas faire régner l'ordre, le droit, la liberté et le bonheur môme sur la terre ?
La loi salique.
A ce pacte il fallait un texte officiel, un instrument diplomatique. Nous l'avons, c'est la loi salique. Cette loi, c'est le joyau de notre histoire. Une phrase y étincelle comme un diamant : Vive le Christ qui aime les Francs!
Cette phrase, tout le monde la connaît, mais bien
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peu l'ont approfondie Essayons d'en pénétrer le sens intime : il est merveilleux et il en jaillit une lumière imprévue.
Quel est donc ce Christ que nos pères acclament? Est-ce le Christ docteur, illuminateur? Non. Est-ce le Christ thaumaturge, qui commande à la tempête, à la vie et à la mort? Non. Est-ce le Christ justicier, celui qui terrasse les méchants? Non.
C'est le Christ qui aime! Le Christ avec son amour et, par conséquent, avec son Coeur, puisque le cœur est le symbole de l'amour. C'est donc au fond le Sacré- Cœur de Jésus. C'est comme si nos pères avaient dit : « Vive le Sacré-Cœur qui aime la France ! » Oh ! sans doute le mot n'y est pas, il n'était même pas connu alors. Mais la réalité divine y est. Nos pères, sans connaître encore le Sacré-Cœur, avaient, semble-t-il, le pressentiment mystérieux du rôle qu'il devait jouer dans notre histoii'e.
L'amour était réciproque, car si le Christ aimait les Francs, les Francs acclamaient le Christ comme leur Maître ; ils relevaient sur le pavois, comme ils y élevaient leurs rois chevelus. Et cet amour devait durer et se manifester par une réciprocité de services jusqu'à la fin des siècles.
Prédiction de saint Remy.
Dieu voulut bien expliquer et déclarer cette perpétuité de son pacte par la bouche de saint Remy. Le grand évêque de Reims dit en effet à Clovis dans une exhortation célèbre : « Apprenez, mon fils, que le royaume de France est prédestiné par Dieu à la
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défense de l'Église romaine qui est la seule véritable Eglise de Jésus-Christ. Ce royaume sera un jour grand entre tous les royaumes de la terre : il embrassera toutes les limites de l'empire romain et soumettra tous les autres royaumes à son sceptre. 11 durera jusqu'à la fin des temps. Il sera victorieux et prospère tant qu'il restera fidèle à la foi romaine, mais il sera rudement châtié toutes les fois qu'il sera infidèle à sa vocation. »
Il y a là les éléments d'un splendide argument pour l'immortalité de la France. Elle sera châtiée quand elle sera coupable. Mais si elle accepte le châtiment comme une expiation, si elle revient à Dieu de tout son cœur, elle sera pardonnée, et Dieu, comme il l'avait promis à Israël, ne lui retirera pas sa miséricorde, ni par conséquent sa vocation, fruit de cette miséricorde : misericordiam autem meam non auferam a vohis. Or, que la France doive se repentir ainsi de toutes ses fautes et par conséquent se relever de toutes ses chutes, c'est ce qui ressort de cette parole de saint Remy : « Le royaume de France durera jusqu'à la fin des temps. »
Caractère patriotique
de la loi salique.
Une autre vérité consolante et glorieuse pour notre pays ressort du texte de la loi salique. On y voit la première éclosion du patriotisme français et comme elle est vigoureuse ! Nos pères y montrent la haute idée qu'ils ont de la France, la fierté et l'amour qu'elle leur inspire.
« C'est la nation illustre, ayant Dieu même pour auteur : auctore Deo condita. » Quelle origine ! « Cest la nation forte sous les armes, hardie, agile et rude au combat, noble et saine de corps, d'une blancheur et d'une beauté singulières. »
C'est là comme le corps de la patiûe. Mais son âme est encore plus belle. C'est la nation ferme dans les traités de paix, profonde en conseil, avide de science, assoiffée de justice, attachée à la foi catholique et à la piété, libre d'hérésie : c'est l'amie et la protégée du Christ. » Quels horizons s'entr'ouvrent ici ! A peine sortie du paganisme et de la barbarie, la nation franque affirme son respect pour ses engagements. Libre à d'autres de se déshonorer, en violant leurs promesses. Elle, elle a, avant tout, le culte de l'honneur !
Et, après la grande acclamation au Christ, la loi salique continue par une série de vœux qui sont une admirable prière pour la patrie bien-aimée. Que le Christ garde le royaume des Francs et remplisse leurs chefs de la lumière de la grâce ! Qu'il protège leurs armées ! Qu'il leur accorde la foi, la paix et la félicité ! Qu'il dirige leurs rois dans les voies de la piété !
Vous voyez que le patriotisme français ne date pas de la Révolution, comme l'a soutenu l'esprit sectaire, ni de Jeanne d'Arc, ainsi que l'a prétendu Michelet, croyant faire honneur à la Pucelle, comme si on pouvait l'honorer en diminuant le patrimoine de son pays, ni de la bataille de Bouvines où il se manifesta dans un délire d'enthousiasme, ni de la première croisade que le moine Guibert a racontée avec tant de fierté sous ce beau titre Gesta Dei per Francos, mais qu'il remonte jusqu'à nos origines, puisque nous surprenons ses vibrations étrangement sonores dans la loi salique.
Ce patriotisme est donc né avec la religion dans la race des Francs ; il a lui aussi pour source, comme notre vocation, le Cœur du Christ qui nous aime et il emprunte à sa source sa douceur et ses beaux caractères. Il est fait de fierté mais non d'orgueil, il ne prétend pas écraser les autres peuples. Le fils aîné du Seigneur aime ses frères cadets, tous les peuples chrétiens, et il souhaite de les voir grandir dans la paix et le bonheur.
Ames compatissantes,
mais non allemandes !
Notre Dieu est le Dieu qui aime, le Dieu tendre et compatissant, et il demande à ses disciples cette même vertu de bonté. Il a confié à la France une épée, qui ne doit sortir du fourreau que pour faire régner plus de joie sur la terre. Jamais la France n'a considéré cette épée comme un instrument d'ambition ; elle n'y a vu qu'un instrument de justice, de beauté morale et de bonté ; la compassion c'est une vertu chrétienne, c'est aussi une vertu éminemment française.
On ne peut malheureusement en dire autant de tous ses voisins. Tandis qu'elle s'éveillait ainsi à l'aurore de la civilisation chrétienne, dans l'ombre des forêts germaniques s'agitaient d'obscures peuplades, qui ne formaient pas encore une nation, larves d'une barbarie sauvage d'où devait éclore un jour une civilisation plus abominable. Ces peuplades ignoraient le Dieu d'amour, le Dieu qui a un cœur : c'était leur excuse. Elles ne connaissaient que le Dieu sans cœur, le Dieu de la violence et de la barbarie, le Dieu qui boit le
sang humain dans le crâne des prisonniers de guerre, sous les voûtes sombres du Walhalla.
Hélas ! après des siècles de christianisme, et voilà où il n'y a plus d'excuse, le Dieu sans cœur a toujours des temples, des fidèles et des pontifes là-bas.
L'un de ces pontifes, un général allemand, blâmait récemment dans une proclamation ceux de ses compatriotes qui montraient de la compassion aux prisonniers français et disait que ce n'était pas là « une conduite allemande ». « Ames compatissantes, s'écria- t-il, mazs non pas allemandes ! ï> Parole terrible d'un inconscient qui connaît bien sa race et qui la cloue au pilori mieux que ne l'eût fait un ennemi.
Un autre pontife du Dieu sans cœur, un autre général allemand, est allé plus loin : il a ordonné à ses soldats de ne plus faire de prisonniers, de tuer tous les blessés et de ne laisser aucun homme vivant derrière eux (i).
Le dieu Thor et nos Cathédrales.
Un célèbre écrivain d'Outre-Rhin, Henri Heine, nous avertissait en i834, dans son ouvrage sur l'Allemagne, de ne pas trop compter sur la civilisation et la philanthropie des disciples de Kant : « Ils ne voudront pas plus, disait-il, entendre parler de pitié dans le monde des faits que dans le monde des idées... Alors
(i) Le général badois Stenger, commandant la 58« brigade du i4^ corps badois, a commis cet ordre du jour (26 août 1914) : o A partir d'aujourd'hui il ne sera plus fait aucun prisonnier. Tous les prisonniers seront mis à mort. Les prisonniers, même en grandes unités constituées, seront mis à mort. Aucun homme vivant ue doit rester derrière nous. » (Publié par l'ambassade de France à Genève, et communiqué aux troupes françaises par ordre du Généralissime.)
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débordera la férocité des anciens combattants.,. Alors les vieilles divinités guerrières se lèçeront de leurs tombeaux fabuleux et essuieront la poussière séculaire : le dieu Thor se dressera avec son marteau gigantesque et détruira les cathédrales gothiques. »
Il ne croyait peut-être pas si bien dire et être si bon prophète. Mais nous l'avons vu le dieu Thor, avec sa bouche d'acier et ses lèvres de feu, vomir la mort contre une cathédrale qui n'était pas seulement une merveille de beauté, mais une merveille d'amour offerte par le cœur de la France au cœur de son Dieu.
C'est donc bien entre le Christ et le dieu Thor qu'a lieu ce gigantesque conflit, entre le Dieu clément et doux de la France et le vieux dieu de l'Allemagne. Ah! ce vieux dieu a beau se parer en Lucifer et prendre en main le flambeau de la kultur, il n'est pas autre chose que le vieux Satan. Et maintenant si vous demandez lequel des deux doit l'emporter, le ciel et la terre, la conscience humaine, la justice infinie et les glaives frémissants des anges vous répondront : C'est le Christ ! C'est le Christ ! C'est le Dieu de la France !