AMOUR DE MARIE POUR LA FRANCE
Mais si la France a beaucoup aimé Marie, Marie le lui a bien rendu, ou, plutôt, c'est elle qui a commencé et qui nous a prévenus des bénédictions de sa tendresse.
On peut dire qu'elle nous a témoigné une véritable prédilection, tant sont nombreux et éclatants les bienfaits dont elle nous a comblés.
Est-ce bien une prédilection ?
Oh ! je sais que plusieurs nations, la Pologne, l'Autriche, l'Italie et surtout l'Espagne, nous disputent cette prérogative, la prédilection de la Vierge. L'Espagne s'appelle la nation privilégiée de Marie (i). Il me
(i) La naciôn privilegiada de Maria. (Journal El Pilar, de Saragosse, 26 septembre 1908.) Le P. Oller, dans le livre Espana y la Inmaculada, écrit : « La Vierge fut toujours pour l'Espagne la plus caressante des mères, avec un amour si particulier, que nous pouvons bien dire qu'elle n'a rien fait de pareil pour les autres nations : non fecit taliter omni nationi. »
semble que cette pieuse rivalité des nations catholiques doit nous réjouir parce qu'elle prouve à quel point la Mère de Dieu est aimée dans l'univers. Mais elle ne peut nous empêcher de faire valoir nos droits à la primauté de son culte et de son amour. Ces droits ne sont-ils pas attestés par le dicton répandu dans toute la chrétienté : Regnum Galliae, regniim Mariae ? N'est-il pas mis surtout en évidence par les apparitions de la Vierge à la France au xix* siècle, celle de la Médaille miraculeuse, celles de La Salette, de Lourdes, de Pontmain, de Pellevoisin.
Un jour que les généraux grecs se demandaient qui avait le plus contribué à la victoire de Salamine, chacun d'eux s'attribuait le premier rang et donnait le second à Thémistocle. Le peuple en conclut que Thémistocle était le vrai héros de Salamine. Or, les nations catholiques s'accordent toutes à donner à la France le second prix de dévotion mariale, chacune d'elles s'adjugeant le premier, mais n'ayant que sa voix pour se l'adjuger : n'en faut-il pas conclure que le premier prix nous revient de plein droit ?
Quoi qu'il en soit, s'il faut parler des bienfaits de Marie à notre égard, que de fois elle s'est montrée, en notre faveur, terrible comme une armée rangée en bataille, selon une expression de l'Église !
Les Normands.
Terrible comme une armée rangée en bataille, elle délivre Paris assiégé par les Normands en 885. Appelée au secours de la ville par les habitants terrifiés, elle les protège si visiblement que l'historien du siège,
Abbon, lui en attribue la délivrance. Elle sauve de même Chartres de la fureur de Rollon. C'est le voile de Notre-Dame, porté au haut d'une lance, comme un drapeau, par l'évêque de la ville, qui épouvante l'ennemi. Une hymne du temps, dans une apostrophe au chef barbare, lui dit : « Ce n'est ni la France qui te met en fuite, ni la Bourgogne qui t'écrase, c'est la Vierge notre Reine : Nec te Franciafugat, nec te Burgundia caedit, sed Regina Virgo.
Bouvines.
Terrible comme une armée rangée en bataille, elle assiste Philippe-Auguste contre Othon IV et ses Allemands à la bataille de Bouvines. Nos pères furent unanimes à lui faire honneur de cette victoire, en même temps qu'à saint Denis dont ils portaient l'oriflamme.
Le roi, pour lui marquer sa reconnaissance, s'empressa de mettre la dernière pierre à la cathédrale de Notre-Dame de Paris. Le chancelier de France, Guarin, évéque de Senlis, lui éleva, près de cette ville, un sanctuaire qu'il baptisa du nom de Notre-Dame de la Victoire. Notre-Dame de la Victoire ! voilà un joli nom, qui tinte agréablement à des oreilles françaises et qui montre bien quelle auréole patriotique Marie avait aux yeux de nos pères.
Les Albigeois.
Terrible comme une armée rangée en bataille, elle délivre la France de l'hérésie albigeoise. « Impies
comme nos modernes et farouches comme des barbares », c'est Michelet qui les appelle ainsi, les Albigeois pillaient, brûlaient, torturaient les populations du Midi et menaçaient toute civilisation. Marie se sert de l'épée de Simon de Montfort pour les écraser à la journée de Muret, et du rosaire de saint Dominique pour convertir les malheureux qu'ils ont pervertis.
Guerre de Cent Ans.
Terrible comme une armée rangée en bataille, elle empêche la France d'être écrasée pendant la guerre de Cent Ans. Au xiV siècle, elle délivre Chartres menacée par une armée anglaise. Les habitants invoquent leur reine, et, aussitôt, au rapport des chroniques, éclate un orage épouvantable qui fauche les hommes comme les arbres, si bien que le roi Edouard III, tournant des yeux éplorés vers les flèches de la cathédrale, promet à la Vierge d'épargner la ville et de faire la paix avec la France, paix qu'il signa bientôt après à Brétigny.
Au xv*^ siècle, elle aide Jeanne d'Arc à chasser les envahisseurs. La Pucelle part de Notre-Dame de Bermond qui l'a inspirée ; elle nous assure que c'est la Vierge qui l'a envoyée à la France. Elle inscrit le nom de Marie à côté de celui de Jésus sur son étendard.
Marie et le calvinisme.
Terrible comme une armée rangée en bataille, elle sauve la France au xvi*' et au xvn^ siècle de l'hérésie
calviniste, comme elle l'avait sauvée jadis de la peste albigeoise. C'est aux pieds de Notre-Dame de Brebières, en 1076, que le maréchal d'Humières fonde la Sainte Ligue qui, quelles que soient les fautes de quelques-uns de ses membres, n'en est pas moins l'un des gestes les plus magnifiques de notre histoire, celui qui a sauvé la foi catholique parmi nous. Et de même que Marie est à la tête de ce grand mouvement de résistance pour le lancer, elle se retrouve à son terme pour le couronner. C'est elle, en ell'et, qui aide Louis XIII à enlever La Rochelle aux Huguenots et met fin par là aux guerres de religion qui depuis un siècle ensanglantaient la France. Son intervention parut alors si évidente que la Sorbonne, personne sage et prudente, n'hésita pas à déclarer que ce succès lui était dû avec la paix du royaume qui en fut la suite, et Louis XIII reconnaissant lui éleva en ex-voto, à Paris, le sanctuaire toujours si aimé de Notre-Dame des Victoires.
Ah ! Notre-Dame des Victoires, décidément voilà un nom bien français, ô Mairie, qui souriait à nos pères et que vous avez bien mérité dans le passé, mais il faut aussi le mériter dans le présent, il faut le rajeunir par de nouveaux exploits. L'hérésie revient nous attaquer et voudrait nous imposer sa culture luthérienne, ^'ous nous avez délivrés de Calvin, o Marie, délivrez-nous de Luther, qui ne vaut pas mieux.
Le mot de Benoît XIV.
Mais, hélas, voici qu'au xviii^ siècle la France, trop docile à la voix de ce mauvais Français de Voltaire,
outrage Dieu et Notre-Dame. Est-ce que Marie ne va pas la rejeter ? Non, mes Frères, elle ne confond pas le bon peuple de France avec cette France superficielle qui n'en est que l'écume. Elle affirme au contraire, par la bouche de Benoît XIV, que la France est immortelle. Reprenant le vieux dicton de saint Bernard que je vous ai cité, ce pape y ajoutait un mot bien consolant pour nous : « Reg-nuin Galliae, i^egniim Mariae, niimqiiam perihit : le royaume de France, royaume de Marie, ne périra jamais (i). » Je sais bien que les paroles des papes ne sont infaillibles que lorsqu'elles définissent une doctrine pour l'Église universelle ; mais elles sont toujours graves, et celle-ci semble, en plus, résumer la pensée de la Papauté, car elle revient sous différentes formes sur les lèvres de plusieurs pontifes.
La Révolution.
Mais la Révolution ne va-t-elle pas lui donner un démenti ? Elle détruit le sanctuaire de la Vierge et de son Fils. Elle fait monter une créature infâme, la déesse Raison, sur l'autel de Notre-Dame de Paris. N'est-ce pas la rupture avec le ciel ? Marie ne va-t-elle pas nous abandonner? Non, encore une fois, car cette folie criminelle n'est pas le fait de toute la France,
(i) Mgr Pie, dans son mandement sur l'Immaculée Conception de i85i, disait : « Un pape renommé par son immense savoir et par la gravité de ses paroles, Benoît XIV, a dit, il y a environ un siècle : « Le royaume de France est le royaume de Marie ; « il n'est point destiné à périr. » Le P. Ayroles cite également cette parole de Benoît XIV. (^Jeanne d'Arc sur les autels, Paris, Gaume, 1886, p. 28.)
mais d'une minorité qui l'opprime et la déshonore. Et c'est ici le cas de rappeler le mot de Léon XIII que je vous ai déjà cité et qui jette tant de lumière sur notre histoire : « La France ne s'égare jamais tout entière ni pour longtemps : nec clin nec toLa desipiiit. » Marie fait aussi cette distinction.
Ce qui montre jusqu'à l'évidence qu'elle ne nous abandonne pas, c'est que jamais, semble-t-il, elle ne nous a comblés de tant de faveurs qu'après la grande Révolution, jamais elle ne s'est manifestée à nous si souvent ni avec tant d'éclat qu'au xix*^ siècle.
Les cinq grandes apparitions
de Marie au XIX" siècle.
La preuve la plus extraordinaire de cette prédilection qu'elle nous garde, c'est cette série de cinq apparitions qui s'échelonnent de i83o à i8;76, si bien que, de ce seul fait, le xix- siècle mérite d'être appelé, en ce qui nous concerne, le siècle de Marie.
En i83o, elle apparaît à Paris, en la chapelle de la rue du Bac, à sœur Catherine Labouré, religieuse de la charité de Saint-Vincent de Paul, et lui donne la Médaille miraculeuse qui accomplit bientôt des prodiges dans tout l'univers par l'invocation de l'Immaculée Conception.
En 1846, elle apparaît à La Salette à deux bergers, Maximin et Mélanie, pleure sur les péchés de la France et nous prêche la pénitence.
En i858, elle apparaît dans la grotte de Lourdes à Bernadette Soubirous et lui révèle qu'elle est l'Immaculée Conception.
En iSji, elle apparaît dans le village de Pontmain à quatre petits enfants et, par eux, nous demande de prier et nous annonce la fin de la terrible guerre.
En 1876, elle apparaît à Pellevoisin à une pieuse fille, Eustelle Faguette, et nous recommande la dévotion au Sacré-Cœur qui doit nous sauver.
Leur signification.
Mais quel est le sens de ces apparitions ? Elles prouvent d'abord que Marie nous aime toujours.
C'est ici le cas de répéter d'elle ce qu'on a dit souvent de Notre-Seigneur par rapport à la France : Non fecit taliter omni nationi ! Non, Marie n'a ainsi honoré aucune autre nation. Un étranger disait un jour : « Oli ! si la Vierge avait daigné apparaître dans notre pays comme ici, notre joie et notre fierté seraient sans bornes ! » Eh oui, ce n'est ni en Prusse, ni en Allemagne, ni en Autriche, ni en Bavière que Marie s'est montrée avec cet éclat. Toutes les nations sont obligées de venir à Lourdes pour vénérer le trône magnifique de sa puissance et de sa miséricorde. Dans cet ordre de grâces, elles sont toutes tributaires de la France.
Ces apparitions prouvent encore que, loin de vouloir nous abandonner, la Madone ne veut pas nous laisser périr. Lorsqu'un malade est désespéré, le médecin serre tristement la mEÛn aux parents et se retire, car son ministère est devenu inutile. Eh bien, de même, si la France était condamnée à mort, Marie ne reviendrait plus la visiter. Mais puisqu'elle nous apporte des remèdes, nous parle du salut, c'est donc
qu'elle veut nous guérir et que le salut est certain. Je vous ai cité ce trait : Pendant le siège de Jérusalem, on entendit de tristes voix dans le Temple qui criaient : Sortons cVici, sortons d'ici ! C'étaient, nous explique l'historien juif Josèphe, les anges d'Israël qui abandonnaient ce peuple coupable, parce qu'il allait périr avec son Temple. Il me semble de même que, si la France était sur le point de succomber, Marie dirait aux anges : « Sortons d'ici ! sortons d'ici ! » Mais puisqu'elle y revient, au contraire, n'est-ce pas comme si elle disait à ses Anges ainsi qu'à Notre- Seigneur : Restons ici, restons ici !
La Médaille miraculeuse.
La première de ces apparitions, celle de la Médaille miraculeuse, se rapporte comme la troisième à l'Immaculée Conception. En effet, l'invocation gravée sur cette médaille affirme ce privilège de Marie : O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ! Cette prière a fait le tour du monde, au cou de la France, sur la poitrine de nos soldats, car des centaines de milliers d'entre eux ont porté la médaille miraculeuse dans toutes nos guerres du xix'' siècle, en Algérie, en Crimée, en Chine ou en Cochinchine.
Pélissier la portait à Sébastopol ; Saint-Arnaud à l'Aima ; La Moricière à Constantine. Bugeaud ne s'en sépara jamais durant ses dix-huit campagnes. L'ayant un jour oubliée sous sa tente, il envoya une estafette la chercher et ne voulut engager le combat qu'après l'avoir recou\Tée. Il attribuait à Marie sa brillante victoire de l'Isly. Comme on l'en félicitait un jour, il
répondit : « L'honneur en revient à la Sainte Vierge. Je fléchissais. Je l'invoquai. Je repris le dessus. » Ces trois mots sont plus humbles que la fameuse phrase de César : « Veni, vidi, vici, je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu », mais ils ne sont certes pas moins beaux.
La prise de Malakoff.
Le général Pélissier dut lui aussi une grande victoire à la Vierge. Il avait décidé de donner l'assaut à la tour de MalakofT, le 8 septembre, fête de la Nativité de Marie, pour l'honorer et pour s'attirer sa bénédiction. On lui fit remarquer que cette idée serait taxée de bigoterie : il répondit avec une verdeur toute militaire et passa outre. Au jour dit, la tour de Malakoff était enlevée et Sébastopol tombait immédiatement entre nos mains.
Le gouvernement impérial, répondant au sentiment public, fit don des canons de Sébastopol à Notre-Dame du Puy et, avec leur bronze glorieux, fut coulée la gigantesque statue qui domine la contrée et qu'on appelle Notre-Dame de France.
Sainte-Anne de Jérusalem.
De son côté, la Turquie reconnaissante envers la France qui l'avait sauvée voulut lui faire un don. Elle était prête, dit-on, à lui céder la Palestine ou, au moins, la ville de Jérusalem. Napoléon III, trop
modeste, se contenta de demander la maison de Sainte- Anne à Jérusalem. Il désirait, parait-il, gagner les Bretons en flattant leur piété envers leur patronne, il ne voyait que cela. Mais Marie voyait plus loin. La maison de sainte Anne était celle où s'était passé le mystère de son Immaculée Conception. Elle ne voulut pas que cet auguste sanctuaire appartînt à une autre nation qu'à la France.
Lourdes et l'Immaculée Conception.
En i858, ce sont les apparitions de Lourdes et Marie se présente elle-même à la France, représentée par une humble enfant, sous le titré qui lui est si cher, en disant : « Je suis l'Immaculée Conception. » C'était un grand honneur qu'elle nous faisait de venir ainsi confirmer chez nous la définition que Pie IX. avait promulguée quatre ans auparavant. Ainsi, mes Frères, le dogme de l'Immaculée Conception a été proclamé ou défini trois fois, une fois d'une manière ordinaire et canonique à Rome en i854 par le Pape, et deux fois en France, en i83o et en i858, d'une manière extraordinaire, par Marie elle-même.
La guerre de 1870.
Enfin voici la guerre de 1870. La Sainte Vierge l'avait prédite. En juillet i83o, elle avait dit à Sœur Gathei'ine Labouré que cette guerre aurait lieu dans quarante ans. Et, en effet, quarante ans après.
presque jour pour jour, la tempête éclatait. Une pauvre religieuse ne pouvait évidemment prévoir un pareil événement à une pareille distance : le diplomate le plus avisé en eût été incapable. C'est la preuve que le ciel s'occupe plus que l'on ne le croit des choses de la terre. Voilà donc la guerre déchaînée sur notre malheureux pays. Il était coupable. Malgré sa miséricorde, Marie ne pouvait plus, comme elle l'avait dit à La Salette, retenir le bras du Dieu de justice. Les désastres succèdent aux désastres. Cent mille hommes sont faits prisonniers le i^'" septembre à Sedan. Cent soixante-treize mille se rendent à Metz le 29 octobre. Nos plus belles provinces sont ravagées. Jamais la France n'avait subi pareille humiliation. Jamais elle n'avait versé pareilles larmes de sang.
Les départements qui n'ont pas encore été envahis tremblent, mais ils ont cependant confiance en Marie. Ils savent que, si elle permet l'épreuve, elle ne veut pas notre mort et que par conséquent elle Aa arrêter le fléau. De tous côtés, on fait des vœux à la Reine de France.
Pontmain.
Le 16 janvier, la ville de Laval adresse des prières solennelles à Notre-Dame d'Avesnières.
Le 17 au soir, la ville de Saint-Brieuc supplie Notre- Dame de l'Espérance d'arrêter l'envaliisseur au seuil de la Bretagne.
Le même jour, au même moment, on commence à Notre-Dame des Victoires à Paris une série de prières pour la délivrance de la capitale, et l'un des vicaires, M. Amodru, emporté par une inspiration subite
qu'il ne peut s'expliquer lui-même, s'écrie qu'à cette heure Marie est en train de sauver la France.
Or, à cette heure même, dans le village de Pontmain, au diocèse de Laval, deux petits garçons et deux petites filles voyaient apparaître dans le ciel une dame vêtue d'une robe bleue, semée d'étoiles, et tenant sur sa poitrine un crucifix sanglant. Sous ses pieds une banderole se développait sur laquelle ces mots apparurent en lettres lumineuses :
Mais priez, mes enfants.
Dieu vous exaucera en peu de temps.
Mon fils se laisse toucher.
C'est un sourire de miséricorde à la France, la prédiction de la fin de nos malheurs. Et cette prédiction ne tarde pas à se réaliser.
Ce jour-là même le général Schmidt avait reçu l'ordre de prendre Laval et de préparer ainsi les voies à l'envahissement des provinces de l'Ouest, L'opération était si facile que le commandant de corps, qui était resté au Mans, dit à l'évêque, Mgr Fillion, le soir de ce fameux jour, à l'heure même où Marie se montrait à Pontmain : « Mes troupes sont actuellement à Laval. »
Il se trompait. Schmidt s'était brusquement arrêté sans qu'on sût pourquoi. Le lendemain il reculait sans qu'on sût davantage pourquoi. Un officier français a écrit : « Pourquoi ce mouvement subit, incroyable ? Qui a empêché l'ennemi de marcher sur Laval et de s'en emparer le lendemain? Chanzy a sans doute pris toutes les précautions d'un habile capitaine. Mais que peut-il espérer? Que feraient ses troupes affaiblies? Que peut Laval qu'aucun fort ne protège? Encore une fois pourquoi l'ennemi a-t-il reculé? Pourquoi Laval a-t-il été sauvé ? »
Le général Schmidt lui-même ne peut donner de son attitude que cette explication étrange : « Une Madone garde ce pays et ne nous peivnet pas d'avancer. »
Mgr Freppel croyait à cette parole et l'a plus d'une fois citée. Or, il n'était guère crédule et ses adversaires eux-mêmes, à commencer par Gambetta, rendaient hommage à sa largeur de vues et à son esprit critique.
Lorsqu' Attila s'arrêta devant saint Léon aux portes de Rome, il avoua avoir vu au-dessus du vieillard désarmé un personnage armé d'une épée et qui le menaçait de l'en frapper, s'il ne cédait aux vœux du pontife romain. S'est-il passé quelque chose de semblable pour le général allemand ? A-t-il vu la dame de Pontmain le menaçant d'une épée s'il allait plus loin ? Ou bien est-ce une impression intérieure, une terreur secrète que Marie lui a envoyée ? On a parlé d'une panique qui se serait emparée de lui et de ses troupes. Mais une panique même a une cause, et l'on n'en voit pas d'autre qu'une action mystérieuse et très efficace de la Madone.
Ce n'était d'ailleurs là qu'un commencement. Bientôt les pourparlers s'engageaient entre l'Allemagne et la France. Onze jours après était signé l'armistice, préliminaire de la paix définitive.
Notre-Dame de la Résistance
et de la Victoire.
Une Madone garde ce pays ! C'est encore vrai pendant cette guerre, plus encore qu'en 1871. Elle gardait
•jO NOS ALLIÉS DU CIEL
ce pays en septembre 1914» lorsque, la veille de la Nativité, elle fit reculer l'armée qui menaçait Paris vers la Marne où elle allait être écrasée. Marie a été pour nous jusqu'ici la Madone de la défensive et de la résistance. Prions encore, prions beaucoup, et elle sera bientôt la Madone de l'ofTensive et de la victoire. Ainsi s oit-il.
Mes bien chers Frères,
Parmi nos alliés du Ciel, après Notre-Seigneur et Notre-Dame, celui qui se présente tout d'abord à notre esprit et qui, par son ancienneté comme par sa puissance, occupe le premier rang, c'est saint Michel. Il a toujours été considéré par nos pères comme l'Ange gardien spécial de la France.
Bien que nous l'appelions Archange, pour exprimer sa prééminence sur les autres esprits célestes, il fait partie de l'ordre des Séraphins, le premier de tous les ordres angéliques ; il en est même le prince.
Rien ne peut nous donner une idée de sa perfection. Flamme d'amour, lumière d'intelligence, il étonne le Ciel par sa beauté. C'est, parmi les esprits bienheureux, le plus pur diamant qui reflète la splendeur divine.
Aussi est-ce un immense honneur pour la France de l'avoir pour gardien. Rien ne montre mieux la suprématie que Dieu a conférée à notre patrie. A la première des nations, le premier des Anges gardiens. Voilà déjà pour notre patriotisme un titre dont il peut être fier.
Voyons donc tout d'abord la raison de l'amour que saint Michel a pour la France ; ensuite les preuves qu'il lui en a données dans le passé ; et enfin les motifs
que nous avons de compter sur sa protection dans la guerre actuelle et dans l'avenir.