RAISONS DE SON AMOUR POUR LA FRANCE
Première raison :
Affinité des caractères.
La première raison de l'amour que saint Michel a voué à la France, c'est l'affinitc qui existe entre leurs caractères.
Saint !\Iicliel a le caractère chevaleresque, c'est-àdire fait de loyauté et de dévouement. Non seulement il est lui-même toujours féal à Dieu, mais il ne peut souffrir qu'on l'outrage. Il s'indigne contre les coupables et se jette dans la mêlée pour soutenir les droits divins. C'est toute l'histoire de son élévation.
Emportés par l'orgueil, les mauvais anges se révoltent contre Dieu. Leur chef Lucifer veut usurper la place du Verbe incarné et s'écrie : « Je n'obéirai pas, Non serviani ! » Saint Michel, indigné de cet orgueil, répond au cri de la révolte par le cri de la loyauté, au cri de la haine par celui de l'amour et du dévouement : « Qiiis lit Deus ? » Il lève l'étendard du Seigneur, terrasse les rebelles et les précipite dans l'abîme.
Quelle ardente et généreuse nature que la sienne ! On peut dire de lui qu'il est un pur frémissement, frémissement d'amour pour le Dieu dont il contemple la beauté face à face, frémissement d'enthousiasme pour la cause divine et pour toutes les saintes croisades, frémissement de confiance irrésistible, dont les ondes
SAINT MICHEL, ANGE GARDIEN DE LA FRANCE 8l
de force ont passé de son cœur au cœur de tous les célestes guerriers.
On peut aussi l'appeler un cri. Jeanne d'Arc, dans une image hardie, disait de saint Denis : C'est le cri de France. A plus forte raison peut-on dire de saint Michel qu'il est le cri de Dieu ou du ciel, puisque son nom lui-même, Mi-ka-el, n'est pas autre chose que la sublime clameur dont il poursuivit Satan. Cri héroïque que le glorieux fils de l'aurore jeta avant la création de ce bas-monde, et dont l'écho retentit de cime en cime à travers les collines éternelles et d'abîme en abîme jusqu'au fond des enfers. Cri de l'éternité, mais qui se prolonge dans le temps et jusque dans nos combats éphémères dont il est la force et la beauté. Cri des anges, mais cri de la France aussi dont il remplit l'histoire de ses augustes sonorités.
Le brillant exploit de saint Michel et la générosité de ses sentiments avaient le don d'enthousiasmer nos pères. Comme ils étaient très férus de chevalerie et d'ailleurs très bons juges en la matière, ils déclaraient que saint Michel était un vrai chevalier, le prince de la chevalerie céleste.
Mais tel est aussi le caractère de la France et c'est la raison pour laquelle l'Archange a pour elle une particulière sympathie. Elle est certes parfois légère, mais elle n'est ni orgueilleuse ni obstinée dans le mal. Elle proclame le droit de Dieu qui prime tous les autres : Quis ut Deiis ? Elle s'indigne contre ceux qui le nient, et, en général, contre tous les contempteurs du droit. Elle a devant l'iniquité ces frémissements angéliques qui poussèrent l'Archange contre Satan ; elle éprouve le besoin d'intervenir en faveur de toutes les faiblesses opprimées et sui'tout des augustes faiblesses de la cause divine ici-bas. Ah ! le système
de la non-intervention et de l'indifTérentisine, tant prôné de nos jours, n'a jamais été français, car il a pour elTet de laisser les mains libres et d'assurer l'impunité à toutes les violences ; c'est le système des lâches.
Aussi A'oyez-la, notre France, qui frémit avec Clovis contre les bourreaux de la Passion et qui regrette de n'avoir pas été là pour intervenir ! Elle frémit et intervient avec Gharlemag-ne contre les ennemis de la Papauté. Elle frémit et intervient avec saint Louis contre les Sarrasins, égorgeurs de la chrétienté. Elle frémit et intervient avec Simon de Montfort contre les Albigeois corrompus et corrupteurs. Elle frémit et intervient avec les héros de Mentana et de Gastelfidardo contre les imitateurs des vieux Lombards. N'est-ce pas toujours l'esprit de saint Michel qui la soulève et lui fait mettre la main à l'épée en criant à travers les siècles : Qiiis ut Deiis ?
Aussi l'Archange se reconnaît lui-même dans cette nature chevaleresque, toute frémissante de colère contre ce qui est injuste, toute vibrante d'amour pour ce qui est noble et divin. Il lui a voué un amour sans bornes. Quand il la voit s'agiter et frémir contre le mal, il lui sourit, il l'applaudit, il l'encourage : « France, c'est bien, c'est très bien, courage ! Je suis avec toi et Dieu est pour nous, puisque nous sommes pour lui : Qiiis ut Dens ? »
Seconde raison :
La volonté de Dieu.
Et voici une seconde raison qu'a le céleste Chevalier d'être avec nous : c'est la volonté divine qui lui a confié notre garde.
Après avoir été, par l'initiative de son noble eœur, le champion des droits divins contre l'audace de Lucifer, il l'est devenu d'office dans la suite des siècles. « Toutes les fois que Dieu veut faire quelque chose de grand dans le monde, nous dit saint Grégoire, c'est à Michel qu'il confie l'entreprise » ; ou plutôt, il la confie à un peuple élu, mais avec mission pour l'Archange de diriger et de soutenir ce peuple.
Dans l'antiquité le peuple élu, chargé de garder le culte du Seigneur, c'était Israël. Les autres nations avaient apostasie ; elles adoraient Satan et les démons sous la figure des faux dieux : dii gentiiim daemonia. Elles faisaient chorus avec Satan en répétant le cri de la révolte : Non serviam. Et Israël au contraire répétait le cri de l'Archange : Quis ut Deiis?
Aussi Dieu avait-il donné saint Michel comme ange gardien au peuple hébreu et en particulier à la Synagogue et au Temple. C'est ce que nous enseignent et les Prophètes, et les Rabbins, et l'Eglise catholique. Daniel l'appelle le grand prince, protecteur des fils d'Israël : Michaèl, princeps inagnus, qui stat pro filiis popiili tui. C'est lui qui extermine l'armée de Sennachérib ; c'est lui qu'Elie voit à la tête des cavaliers de feu qui défendent Dothaïm ; c'est lui qui assiste Judas Machabée ; c'est lui qui flagelle l'impie Héliodore dans le Temple.
Mais un jour Israël prévarique. Il s'écrie à son tour : Non serviam. Saint Michel l'abandonne. Je vous ai dit, dans notre première conférence, comment il se retira du Temple pendant le siège de Jérusalem, en ci'iant : Sortons d'ici ! II s'envole et prend son essor vers l'Occident. Où va-t-il? Il va en France.
Dieu, en effet, avait choisi notre peuple pour succéder au peuple apostat comme champion de ses droits.
C'est le pape Grégoire IX qui l'affirme dans une lettre fameuse à saint Louis. Aussi saint Michel est-il préposé par Dieu à la garde de notre pays. L'Église ne cesse de le répéter au cours des âges ; nos pères le proclament bien haut. Et saint Michel nous le prouve par la protection dont il nous entoure, comme nous Talions voir.