PREUVES QU'IL NOUS A DONNÉES DE SON AMOUR
Le Mont Saint-Michel.
En l'an 708, l'Archange apparaît à saint Aubert, évêque d'Avranches, et lui demande un sanctuaire sur le Mont Tombe. Auparavant c'était Satan qui y avait un temple et qui de là répandait la terreur sur l'Océan immense : immensi tremor Oceani. Mais saint Michel l'en chasse, comme il l'avait jadis chassé du Paradis, au cri de Quis ut Deiis ? Désormais le Mont Saint-Michel, c'est le trône d'où le séraphin étend ses ailes d'or sur la France. C'est la citadelle d'où il surveille et disperse les pirates et nos ennemis du Nord et c'est lui qui devient la terreur de l'Océan immense.
C'est la Merveille que les pèlerins viennent vénérer de tous les points du monde. C'est le refuge où vont les dernières prières de Roland et des paladins qui meurent au loin pour la France en invoquant saint Michel au péril de la mort. C'est le sanctuaire où nos pères viennent prier quand la patrie est en danger, comme il arriva souvent au moyen âge.
Il faut croire que, dès l'origine, saint Michel combla
la France de ses bienfaits, car on trouve partout les gages de la reconnaissance nationale à son égard. Childebert III commence le défilé des rois qui vont s'agenouiller à ses pieds ; presque tous ses successeurs l'ont suivi.
Duguesclin vient au Mont faire bénir la noble épée qu'il va mettre au service de son pays. Lorsque la guerre de Cent Ans multiplie ses ravages, le peuple met sa confiance en Monseigneur saint Michel. De tous côtés, même des villes les plus éloignées du Midi, accourent de nombreux pèlerinages et parfois même des milliers d'enfants.
Aussi il ne convenait pas que le Mont Saint-Michel tombât lui-même aux mains de nos ennemis ni que l'Archange devînt leur prisonnier. Et ce malheur n'est jamais arrivé. Bien des fois, pendant la guerre de Cent Ans, les Anglais ont assiégé la forteresse et ils ont toujours échoué. Bien des fois les huguenots lui ont donné l'assaut au xvi'^ siècle, et ils n'ont jamais pu s'en emparer.
Ceux qui l'ont visitée se rappellent avoir vu près de la porte de la petite cité deux énormes boulets qu'on a appelés les Michelettes, du nom de saint Michel, et qu'on a retrouvés dans le sable, où ils étaient venus se perdre, symbole de la fureur impuissante de nos ennemis venant expirer aux pieds de notre gardien. Le mont angélique est resté vierge de l'occupation étrangère et de l'occupation hérétique. Comme saint Michel, il a été « catholique et français toujours ».
Jeanne d'Arc.
Mais le plus grand signe d'amour que notre Ange gardien nous ait donné, c'est le rôle qu'il a rempli
auprès de Jeanne d'Arc. En vérité, je ne sais rien de plus touchant pour notre patriotisme. La France est plongée dans le deuil. Un ennemi puissant lui a infligé les plus cruelles défaites. Un roi étranger a ceint la couronne des lis et ne laisse au petit-fils de saint Louis qu'un titre dérisoire. La France est perdue. Qui donc pense à elle et va s'armer pour sa délivrance ?
Ses enfants eux-mêmes sont divisés. Les uns, égarés dans leur patriotisme par les prétentions du souverain anglais qui a, lui aussi, du sang français dans les veines, s'unissent à lui contre Charles VII. Les autres sont découragés : ils ont été trop souvent vaincus. Ils n'ont plus qu'un fantôme d'armée et à sa tête un roi minuscule et léger qui succède à un roi dément. La France est perdue. Qui donc pense à elle ?
Le ciel, mes Frères, qui ne veut pas qu'elle périsse. Dieu lui envoie le prince des milices célestes pour la relever. C'est bien saint Michel en eflet qui suscite Jeanne d'Arc et qui arme son bras. Il la soutient, il l'inspire. Il exalte son patriotisme. Il lui raconte la grande pitié du royaume. Il lui révèle sa mission ; il lui dit : « Va, fille de Dieu, va, fille au grand cœur, va sauver la France. .Je serai avec toi pour te donner la victoire. »
En eflet la prise d'Orléans a lieu le 8 mai, en la fête de saint Michel. Coïncidence ! La bataille de Patay a lieu le i8 juin, autre jour qui lui est consacré, puisque, ce jour-là, on célèbre en grande pompe dans sa basilique la translation des reliques de son serviteur saint Aubert : nouvelle coïncidence ! Pures coïncidences ! diront certains esprits ; d'autres répéteront le mot de Montaigne : Espiègleries du hasard ! Mais les croyants diront : Coïncidences providentielles ! Attentions délicates du Christ qui aime les Francs ! Notre
SAINT MICHEL, ANGE GARDIEN DE LA FRANCE Sj
histoire est remplie de ces coïncidences extraordinaires. Un homme qui ne partage qu'à moitié nos croyances et dont le cœur est avec nous disait un jour que l'histoire de France est un tissu de miracles. Ah! que Dieu nous donne souvent de ces coïncidences miraculeuses ! Qu'il fasse coïncider une belle victoire comme celles de Patay et d'Orléans avec chacune des fêtes de nos saints patrons !
Jeanne d'Arc, reconnaissante des bienfaits de son divin Conseil, l'avait fait peindre sur son étendard sous les traits d'un ange offrant à Jésus-Christ une fleur de lis qui représentait la France.
Voilà, mes Frères, le gracieux symbole sous lequel l'Archange veut voir notre patrie, blanche et pure comme un lis, exhalant son âme de prière comme un parfum aux pieds du Sauveur. O France, reste toujours blanche et pure dans ta foi, blanche et pure dans tes mœurs et dans ton amour pour le Christ, si tu veux que ton ange gardien continue à t'aimer et à prier pour toi ; il ne voudrait jamais offrir un lis flétri au Seigneur.
Cette intervention de saint Michel dans la délivrance de notre pays par le bras de Jeanne d'Arc était si évidente que Charles VII, qui fut le premier à en bénéficier, voulut la reconnaître publiquement en faisant peindre l'image de l'angélique Libérateur sur ses étendards, plus clairement, plus visiblement encore que n'avait fait la Pucelle. Il y ajouta deux devises tirées du prophète Daniel : «Voici que Michel, l'un des grands princes du ciel, est venu à mon secours » ; et « Nul ne m'a assisté en tous ces événements si ce n'est Michel, votre prince. »
L'Ordre de Saint-Michel
et la Légion d'honneur.
Mû par le même sentiment de gratitude patriotique, le fils de Charles VII, Louis XI, fonda l'ordre de Saint- Michel, le plus illustre de France, et qui a été, avant la Grande Révolution, ce qu'a été, depuis, la Légion d'honneur.
La Légion d'honneur ! il me semble que ce mot s'applique justement à toutes les milices que saint Michel a commandées. Légion d'honneur, celle des anges qu'il conduisait au combat, au cri de Quis ut Deus ? Légion d'honneur, celle de Jeanne d'Arc qui délivra Orléans et sauva notre pays! Légion d'honneur, cette sainte Ligue catholique qu'il opposa à l'hérésie au xvi^ siècle ! Mais la grande Légion d'honneur par excellence, la plus belle d'ici-bas, c'est la France elle-même, lorsque, fidèle à la devise de son Archange, elle accomplit les gestes de Dieu !