LA FLAMME D'OR DE LA FOI
Saint Denis apôtre de Paris.
Linfîdélité est une nuit mortelle pour les âmes, car elles s'y égarent dans le péché et ne peuvent reconnaître le chemin de la vie éternelle. La foi est comme cette colonne de feu qui guidait Israël à travers les ténèbres dans le désert. C'est la flamme d'or qui nous conduit à la terre promise.
Or la ville de Paris était assise dans ces ténèbres de l'infidélité quand saint Denis y vint porter la lumière de l'Évangile. La Gaule celtique avait adopté la brillante civilisation romaine, mais elle gardait la férocité de sa vieille religion. Elle croyait honorer et apaiser la divinité, en lui offrant des sacrifices humains. Dans la profondeur de ses forêts, les druides couronnés de feuilles de chêne, après avoir coupé le gui avec la faucille d'or, égorgeaient des enfants et des jeunes filles, si bien que l'empereur Claude dut sévir contre cet usage barbare et réprimer le fanatisme des druides.
Avec la cruauté, les autres vices qu'engendre le paganisme se donnaient libre carrière dans Lutèce. Le perfide ennemi des âmes avait fait de la triste cité son repaire :
Lutetiarn Quam tenebat siibdoliis Hostis velut propriani.
Mais saint Denis apprend à nos pères que seul le sang d'un Dieu mort pour notre amour peut apaiser
PATRIOTISME DE SAINT DENIS Io3
la justice divine et expier les crimes de la terre. Il leur annonce les douces vérités de l'Évangile. Il est venu le temps prédit par les druides vénérables des temps passés. Elle est venue la Vierge bénie qui devait enfanter et que leurs pères honoraient depuis des siècles. Il est venu le divin Enfant qui devait sauver la Gaule et l'humanité. Elle est venue la sainte victime qui efface les péchés du monde et que son ministre Denis immole chaque matin sous la forme d'une petite hostie. La ville de Lutèce, émue par la parole et la vertu de son apôtre, ouvre les yeux à la flamme d'or ; et demande le baptême.
Mais le démon furieux de voir sa proie lui échapper se venge. Le gouverneur Fescennius fait mourir le saint évéque avec ses compagnons Rustique et Eleuthère sur la colline de Montmartre. Les fidèles inhument ses restes sacrés dans là plaine de Gatulliacum, qui s'appela plus tard, de son nom, la plaine de Saint- Denis.
Le persécuteur croyait avoir éteint la flamme d'or ; elle jeta bientôt au contraire autour des saints tombeaux de gigantesques lueurs qui embrasèrent l'horizon et illuminèrent toute la Gaule. D'autres apôtres avaient évangéhsé notre pays, d'autres martyrs l'avaient arrosé de leur sang. Mais saint Denis avait été l'un des premiers, et, en raison de son mérite et de l'importance que prit la ville de Paris, il devint bientôt l'un des plus célèbres et des plus populaires.
La foi a été pour cette ville une source de beauté. Humble bourgade à peine remarquée par César, elle devait devenir après sa conversion la plus grande de nos cités. Elle peut dire de la foi ce que le Sage a dit de la sagesse : « Tous les biens me sont venus avec elle. »
Reconnaissance de Paris.
Or la ville de Paris n'a pas été ingrate envers son illuminateur. De bonne heure, elle s'habitua à le regarder comme son patron. Elle aimait à se porter en foule à son tombeau aux jours du danger.
Au V® siècle, sainte Geneviève lui élève un modeste oratoire. Elle y prie pour sa patrie, pour la Gaule déjà entièrement chrétienne, et pour la jeune nation franque encore barbare, encore païenne et qui descend lentement vers Paris, mais dont elle devine les destinées grandioses.
Au siècle suivant, le roi Dagobert, le plus illustre des Mérovingiens après Glovis, dédie à saint Denis une abbaye qui deviendra célèbre et une basilique tout éclatante de marbre, d'or et de pierreries, que son orfèvre, saint Éloi, orne de reliquaires et de vases précieux.
Dagobert veut être inhumé dans cette basilique, et son exemple suivi par ses successeurs en fait la nécropole royale de la France. Il y a là un beau symbolisme que je veux vous signaler.
Le roi était pour nos pères l'image sensible de la patrie. Il représentait si bien la France qu'il en portait le nom et qu'on l'appelait souvent, comme on le voit dans une pièce de Shakespeare, France, tout court. Ses enfants étaient les Enfants de France. Jeanne d'Arc, qui avait dans son âme si profondément française la compréhension la plus juste de tout ce qui touche à notre vie nationale, appelait Charles VII : l'Oriflamme, c'est-à-dire le drapeau vivant de la
France. Or, de même que l'oriflamme en soie flottait au-dessus de l'autel de saint Denis, de même il convenait que le roi, cette oriflamme de chair, reposât, après sa mort, aux pieds du ^and saint, les mains jointes dans la paix du dernier sommeil. C'était la France qui dormait sous le regard de son père.
Agrandie et embellie par Pépin et Gharlemagne, la célèbre basilique fut reconstruite sur des dimensions plus grandioses au xii® siècle, par le fameux abbé Suger, ministre de Louis VI et de Louis VIL Elle fut comme le premier grand essor de l'architecture gothique. Suger, qui en a raconté la construction, ne tarit pas d'admiration et de reconnaissance sur les secours merveilleux que saint Denis lui prodigua dans les moments difficiles. Mais il nous montre aussi l'enthousiasme avec lequel le peuple se dévoua et s'attela, c'est le mot, à cette œuvre nationale, tirant les blocs de pierre de la carrière et les amenant sur de lourds chariots à pied d'œuvre.
Cette église était fort belle, comme on peut en juger par ce qui en reste, une partie de la façade et du choeur. Cependant, quatre-vingts ans plus tard, en laSo, elle ne parut plus digne du patron de la monarchie française. Elle fut presque entièrement rebâtie et celui qui y mit la dernière main est l'abbé de Saint- Denis, Mathieu de Vendôme, ami de saint Louis, qui fut un des deux régents de France pendant la croisade de Tunis. C'est le monument que nous admirons encore et qui est resté le même dans ses lignes générales, sinon dans les motifs de son ornementation.
Le tombeau de saint Denis, entouré de ses tombes royales, devint un des centres religieux et patriotiques de la France. Les pèlerins y accouraient de toutes parts et priaient avec ferveur celui qu'ils appelaient
avec une solennité révérencieuse : Monseigneur saint Denis. Or Monseigneur saint Denis ne se laissa pas vaincre en générosité.
La foi, ainsi que la piété sa sœur, est utile à tout, comme le dit l'Apôtre, elle a les promesses de la vie future, mais aussi de la vie présente. Elle engendre la justice, comme l'infidélité engendre le péché. Or, nous dit l'Esprit-Saint, la justice élève les nations tandis que le péché les rend misérables. La France sera chrétienne ou elle ne sera pas. La piété et la victoire sont inséparables pour elle. Saint Denis nous le prouve : après avoir fait briller sur nous la flamme d'or de l'Evangile, il devait nous oflinr une autre flamme d'or qui fut longtemps le salut et la gloire de la patrie, comme nous Talions voir.