LA FLAMME D'OR DE LA VICTOIRE
Saint Denis protège la France.
Sainte Brigitte raconte qu'elle vit un jour en extase saint Denis suppliant Notre-Dame de mettre fin aux horreurs de la guerre de Cent Ans qui désolait notre pays. Il lui disait : « Miserere regno tuo et meo : Ayez pitié de votre royaume de France qui est aussi le mien. »
Saint Denis regarde donc la France comme son pays, comme son royaume. Il est notre compatriote par adoption, notre patron, j'allais dire notre roi : regno tuo et meo. L'Église j)roclame dans l'hymne de sa fête que notre Patrie lui doit sa joie et sa puissance :
PATRIOTIS>rE DE SAINT DENIS IO7
Quorum patrocinio, Tota gaudet regio, Regni stat potentia.
Mais naturellement la ville de Lutèce a bénéficié la première du patronage de son premier évêque.
Lorsqu' Attila menaçait Paris en 45 1, ce fut sainte Geneviève qui détourna le fléau de Dieu. Dieu me garde de diminuer la gloire de la chère Sainte ! Mais ce n'est pas la diminuer, me semble-t-il, que d'y associer saint Denis. Nous savons qu'elle avait pour lui une grande dévotion. Mais si elle le priait constamment pour sa patrie, combien n'a-t-elle pas dû redoubler de ferveur en ces jours d'angoisse où Paris était menacé d'un effroyable massacre. Nous savons qu'elle lui éleva un petit oratoire, ébauche de la future basiliqpie : qui sait si cet oratoire n'était pas un ex-voto pour la délivrance de la ville ?
Il se passa sous Pépin le Bref un événement important qui montre la grande place que saint Denis avait dans le cœur et dans la vie de notre nation. Le pape Etienne II. menacé par les Lombards qui voulaient s'emparer de Rome, était venu en France et avait été royalement reçu par Pépin. Celui-ci lui promit de le secourir et partit en effet bientôt après pour l'Italie, Mais auparavant il offrit au pape une généreuse hospitalité à Saint-Denis. Etienne II y tomba malade et il a raconté lui-même sa maladie et sa guérison miraculeuse dans une lettre très curieuse, très intéressante, très honorable pour notre pays et son illustre patron. Voici ses paroles :
« L'oppression que souffrait la sainte Eglise de la part d'un roi impie, m'ayant obligé de me réfugier en France auprès de Pépin, roi très chrétien, je fis un
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séjour dans le monastère de Saint-Denis, au territoire de Paris, et j'y tombai dangereusement malade. Me voyant abandonné des médecins, j'eus recours à Dieu etjeluifisma prière dans l'église du saint martyr, sous les cloches.
« Pendant que je priais, je vis devant l'autel le bon pasteur saint Pierre et le maître des nations saint Paul ; je les reconnus à la manière dont on les peint sur leurs images. A la droite de saint Pierre était saint Denis, d'une taille plus haute et plus grêle. Son visage me parut d'une rare beauté. Sa tunique était blanche avec des bandes de pourpre, et son manteau de pourpre parsemé d'étoiles d'or.
« Saint Pierre dit : « Voici notre frère qui demande « la santé. » Puis, s'adressant à saint Denis, il ajouta : « C'est à vous de le bénir. » Aussitôt saint Denis, s'approchant de moi, me dit : « Mon frère, la paix soit « avec vous ! Ne craignez pas, vous ne mourrez pas « que vous ne soyez retourné heureusement à votre « siège. Levez-vous plein de santé, célébrez la messe, et « dédiez cet autel en l'honneur de Dieu et de ses « apôtres Pierre et Paul. »
« Une clarté et une odeur célestes remplirent l'église. A l'instant, je me trouvai guéri, et je me mis en devoir d'exécuter ce qui m'avait été commandé (i). »
N'y a-t-il pas, dans ce récit, le symbole du rôle de la France auprès de la Papauté ? C'est saint Denis qui est chargé par saint Pierre et par Dieu de guérir Etienne II. Mais saint Denis représente la France, comme Etienne II représente la Papauté. C'est donc à la France qu'est dévolue la glorieuse mission de soutenir et de défendre le Saint-Siège.
(i) Labbb, t. VI, p. 1649. — Dom Bouquet, t. V, p. Sgi.
C'est précisément ce qu'elle faisait alors. Pépin, après avoir vaincu Astolf, roi des Lombards, le contraignit à rendre au Pape les villes qu'il lui avait enlevées. Et c'est un abbé de Saint-Denis, Fulrad, son ami, son conseiller, son ministre, qu'il chargea de l'exécution du traité. Fulrad visita Ravenne et les villes de la Pentapole et de l'Emilie et en reçut les clefs qu'il déposa à Rome avec la donation de Pépin sur la confession de saint Pierre (i).
Charlemagne montra, comme son père, une grande dévotion envers saint Denis : il déposa sa couronne et son sceptre en hommage aux pieds du patron de la France.
L'abbaye fondée par Dagobert devint de plus en plus pour la France un foyer de lumières. Plusieurs de ses abbés furent, comme Fulrad, les conseillers et les ambassadeurs de nos rois. Le plus illustre fut Suger, ardent et fier patriote, ami de saint Bernard, digne prédécesseur de Richelieu et de Mazarin, un des plus grands hommes d'Etat de notre pays. Nommé régent du royaume pendant la seconde croisade, il y maintint l'ordre par son sage et ferme gouvernement. On l'a appelé le père de la Patrie. Mais le vrai père de la patrie n'était-ce pas saint Denis lui-même qui, en la personne de son abbé, veillait sur elle avec amour?
Les origines de l'oriflamme.
L'instrument ordinaire et le plus populaire de la protection de saint Denis sur la France, ce fut son
(1) Anastase lb Bibliothécaire. Sur le pape Etienne IL
oriflamme. C'était à l'origine l'enseigne particulière de l'abbaye. Les comtes de Vexin, avoués, c'est-à-dire défenseurs temporels de Saint-Denis, la déployaient dans les combats qu'ils avaient à livrer pour défendre l'abbaye contre les pillards du voisinage.
Quand les rois de France devinrent comtes de Vexin, la garde de l'oriflamme leur échut et devint peu à peu entre leurs mains l'enseigne royale et nationale par excellence, l'image matérielle et le palladium de la patrie. On disait qu'elle valait une armée. En eflet, elle doublait le courage de nos soldats. Rien n'arrêtait leur élan, quand ils s'élançaient autour d'elle en s'écriant : Montjoie Saint Denis !
Nos chansons de geste retentissent de ce cri et nous montrent le glorieux fanion déployé sur la tête des compagnons de Charlemagne. On a prétendu que c'est là un anachronisme et que les trouvères du xii^ siècle ont attribué à leurs pères un usage qui ne datait que de leur temps. C'est bien invraisemblable et je crois qu'il y a là une confusion. S'il est vi'ai que l'oriflamme ne devint la bannière nationale que sous PhiUppe P"", elle avait certainement déjà paru bien plus tôt sur nos champs de bataille comme bannière abbatiale. Il est très vraisemblable que le brave Turpin de la Chanson de Roland, qui avait été abbé de Saint- Denis, quoique un terrible ferrailleur, l'a emportée dans ses expéditions guerrières, et qu'il a plus d'une fois crié en fonçant sur l'ennemi : Mont/oie Saint Denis !
L'oriflamme
met les Allemands en fuite en 1124.
C'est en 1124 que l'oriflamme apparaît pour la première fois comme notre bannière nationale, et, chose intéressante, c'est dans une guerre contre les Germains. L'empereur d' Allemagne Henri V, prince violent et vindicatif, furieux d'avoir été excommunié par le pape français Calixte II au Concile de Reims, avait juré de se venger, et savez-vous comment ? Tout simplement en détruisant de fond en comble la ville et la cathédrale de Reims. Décidément, l'atavisme n'est pas un vain mot : grâce à lui, l'histoire est bien un perpétuel recommencement, et le César teuton du xii^ siècle a un successeur fidèle à ses méthodes.
Déjà Henri V aA ait traversé la Lorraine et menaçait la Champagne. Mais le roi Louis le Gros a mis sa confiance en Dieu et en son peuple. Il s'en va en grande pompe chercher à Saint-Denis l'oriflamme que son ami, le célèbre abbé Suger, lui remet entre les mains.
De toutes parts la France s'ébranle pour repousser l'envahisseur. Et remarquez ici encore comme l'histoire se répète : la veille, la nation était divisée ; les seigneurs se faisaient la guerre ; le roi les assiégeait dans leurs châteaux, devenus de vrais repaires de brigands. Mais tous ces hommes ont eu l'idée d'un péril commun, la vision d'une France qu'il faut défendre contre le barbare d'outre-Rhin. Ils donnent au monde le spectacle d'une réconciliation nationale, d'une magnifique unité autour du roi, généralissime
de l'armée, autour de l'oriflamme, image sensible de la Patrie.
Suger nous raconte que les barons réunis à Reims s'écriaient dans une belle explosion d'enthousiasme patriotique : « Marchons contre les Germains ; châtions-les d'avoir osé attaquer la France, la maîtresse de la terre. » D'autres disaient : « Laissons-les venir, coupons-leur la retraite, égorgeons-les sans pitié, abandonnons leurs corps sans sépulture aux loups et aux corbeaux. Nous avons bien le droit de massacrer ces barbares qui viennent pour nous massacrer ; nous avons le droit de défendre notre pays. »
Vous voyez que le patriotisme n'a point commencé à la Grande Révolution, ni avec Jeanne d'Arc, comme le disait Michelet, ni à Bouvines, comme on l'a aussi prétendu, mais qu'on le trouve vivant et frémissant en II 24; on pourrait même le faire remonter bien plus haut, jusqu'à Tolbiac et au delà.
Vous voyez aussi que l'antigermanisme, forme du patriotisme que nous n'avons pas cherchée, dont nous ne sommes pas responsables, mais qui nous a été imposée par des agressions brutales, ne date pas non plus d'hier et que nos pères l'exprimaient avec une verdeur qui ne laisse rien à désirer.
Henri V, voyant l'oriflamme et l'armée française s'avancer vers lui, n'osa les attendre. « L'empereur, disent les Grandes Chroniques de France, par faute de cœur se retira en sa terre, luy et ses grands osts, et fit semblant d'aller ailleurs pour sa honte couvrir. » Plaise à Dieu que l'histoire de demain soit le recommencement de celle d'hier !
L'oriflamme écrase les Allemands
à Bouvines, en 1214.
L'oriflamme paraît de nouveau avec plus d'éclat au siècle suivant, à Bouvines, et c'est toujours contre les Allemands qu'elle marche. L'empereur Othon IV a juré, lui aussi, de détruire et de démembrer la France. Déjà il s'en est partagé les provinces avec ses alliés, et il se réserve naturellement la part du lion. N'est-ce pas encore l'histoire d'hier et de certaines cartes géographiques impudentes où nos plus riches provinces étaient attribuées aux puissances de la Triplice? Or, en 1214, plus heureuse qu'en 1914» l'Allemagne avait su entraîner contre nous l'.Ajigleterre, la Belgique, la Hollande et un grand nombre de comtes et de princes. Chacun d'eux devait avoir \in lambeau de notre pays. C'était donc une formidable coalition et la France semblait à deux doigts de sa perte.
Mais jamais nation n'eut de pareilles énergies de rebondissement. Philippe-Auguste, qui la connaît bien, fait appel à ses barons, à ses braves milices communales, et à Monseigneur saint Denis, le patron du royaume. Il va chercher lui aussi l'oriflamme dans son abbaye. Et voici qu'autour d'elle se groupent les grands seigneurs féodaux, le duc de Bourgogne, Mathieu de Montmorency, Enguerrand de Coucy, et les bourgeois des communes conduits et enflammés par leurs curés, car les curés de 1214 sont aussi ardents patriotes que le seront ceux de 1914-
Tous s'élancent au combat au cri national de
NOS ALLIÉS DU CIEL. — lO
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Montjoie Saint Denis. Othon IV, écrasé à Bouvines avec ses Allemands, est forcé de tourner le dos. Lui aussi va cacher sa honte au fond de la Germanie, où il meurt dans son château de Harzbourg, humilié devant l'Europe et exécré de son peuple lui-même. Ici encore, plaise à Dieu que l'histoire se recommence et que Monseigneur saint Denis remporte une nouvelle victoire, celle-ci définitive, sur l'ennemi héréditaire qui a osé attaquer son cher peuple de France !
L'oriflamme au XIIP et au XIV' siècle.
L'oriflamme est souvent à l'honneur au xiii^ siècle. Elle triomphe avec saint Louis, le vainqueur de Saintes et de Taillebourg. La brise de mer chante dans ses plis sur les nefs qui emportent les croisés en Terre Sainte. Elle flotte sur les remparts de Damiette. En i3o4, elle guide à la victoire les combattants de Mons-en-Puelle .
Cependant elle n'est pas un fétiche dont la seule présence matérielle mette en fuite l'ennemi. Elle n'empêche pas la défaite des Français, quand ils sont coupables et que Dieu les veut châtier. C'est ce qui arrive pendant la guerre de Cent Ans. Elle assiste impuissante aux désastres de Crécy, Poitiers et Azincourt. Guillaume Martel, sire de Brocque ville, qui la portait et qui fut tué à Azincourt, est le dernier porte-oriflamme connu.
PATRIOTISME DE SAINT DENIS Il5
L'oriflamme au temps de Jeanne d'Arc.
L'oriflamme disparaît pendant la vie de la Pucelle. On ne la voit flotter ni à Orléans ni à Patay. Nous supposons donc qu'elle n'était plus aux mains des Français, sans quoi Jeanne se serait lait un pieux devoir et une joie de l'arborer. Elle était sans doute au pouvoir des Anglais qui, maîtres de Paris, ont dû la saisir à Saint-Denis et la mettre sous séquestre. Nous ne voyons pas du moins qu'ils aient osé l'arborer eux-mêmes. Ils devaient comprendre que c'était une relique purement française et que saint Denis n'eût jamais voulu marcher contre sa France bien-aimée.
D'ailleurs, à la place de l'oriflamme, Dieu lui-même donna à la Pucelle une bannière tout aussi sainte et qui représentait son programme religieux et patriotique.
Enfin ne peut-on pas dire que Jeanne elle-même était une oriflamme vivante ? N'était-elle pas le signe de ralliement de nos soldats ? Ne portait-elle pas saint Denis dans son cœur ? Venue pour assiéger Paris, elle alla prier le saint dans sa basilique. De là, elle s'avança vers la Chapelle qui porte le nom du saint martyr et lui fit une nouvelle prière.
Saint-Denis delà Chapelle, aujourd'hui englobé dans la capitale, était alors en dehors des remparts et c'est la seule église de Paris où la Pucelle se soit agenouillée. On dirait que c'est saint Denis qui a ainsi voulu la présenter à sa ville.
Quand, trahie par des jaloux, elle dut, sur un ordre regrettable de Charles VII, se retirer, elle pleura, la pauvre fille, et cest encore à saint Denis qu'elle vint
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confier sa douleur patriotique. Elle suspendit à l'autel de la basilique sa blanche armure et une épée conquise sur un ennemi. Plus tard, quand les Anglais lui en demandèrent la raison, elle répondit : « J'ofTris mes armes à saint Denis, parce que c'est le cri de France. » Elle identifiait ainsi, par une image hardie et originale, le saint avec le cri de guerre : Montjoie Saint Denis. En effet, saint Denis n'était-il pas comme la voix de la France, sa prière vivante, le cri de son cœur ?
Jeanne, avons-nous dit, donnait à Charles VII le nom d'Oriflamme. Mais il me semble qu'elle le méritait elle-même mieux encore. Chose curieuse, l'idée en vint naturellement à ses contemporains. Dans le Mistère du Siège d'Orléans, qui fut joué sous sa forme primitive deux ou trois ans après la mort de la Pucelle, il est dit qu'elle est l'oriflamme de France, celle en laquelle le roi a le plus de confiance (i).
L'oriflamme reparaît après la guerre de Cent Ans, mais pour peu de temps. Elle est portée par Louis XI allant combattre Charles le Téméraire. Depuis lors, il n'est plus question d'elle.
Saint Denis continua à veiller sur le plus cher trésor de la France, sur sa foi. C'est lui qui reçut le dernier soupir d'Anne de Montmorency mourant pour défendre l'unité religieuse du royaume contre les Huguenots. C'est lui qui reçut l'abjuration de Henri IV et épargna ainsi à la France le malheur d'avoir un roi calviniste.
(i) « Dame Jehanne, vous êtes son oriflamme (de Charles VII) et celle en qui mieux y se fie. » (Mistère du siège d'Orléans. p. 720.)
Saint-Denis pendant la Révolution.
Hélas ! un jour vint où la France sembla oublier ce qu'elle devait à son glorieux protecteur. La Révolution changea le nom de la ville de Saint-Denis en celui de Franciade. L'appellation peut paraître ridicule, elle n'en est pas moins un hommage inconscient et involontaire rendu au saint martyr : les fanatiques de la libre pensée reconnaissaient indirectement que Saint-Denis était devenu, grâce à son patron, une ville française par excellence et comme le cœur de la France.
Le 3i juillet 1793, Barrère fit adopter par la Convention la destruction des tombeaux de la nécropole royale. L'exécution commença le 6 août et fut achevée en quelques jours. Les Vandales se présentèrent à l'Assemblée nationale et lui offrirent, comme des trophées glorieux, la tête de saint Denis et de merveilleux bustes de saints en vermeil. L'orateur prononça alors ces paroles que l'on trouva sf)irituelles :
« Un miracle, dit-on, fit voyager la tête du saint que nous vous apportons, de Montmartre à Saint- Denis. Un autre miracle, plus gi'and, plus authentique, le miracle de la régénération des opinions, vous amène cette tête à Paris. Une seule différence existe dans cette translation. Le saint, dit la légende, baisait respectueusement sa tête à chaque pas, et nous n'avons point été tentés de baiser cette relique puante. Son voyage ne sera point marqué dans les martyrologes, mais dans les annales de la raison et sera doublement utile à l'espèce humaine. Ce crâne et les guenilles sacrées qui l'accompagnent vont enfin cesser d'être le ridicule objet de la vénération du
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peuple et l'aliment de la superstition, du fanatisme et du mensonge. L'or et l'argent qui les enveloppent vont contribuer à affermir l'empire de la raison et de la liberté. Les trésors, amassés depuis plusieurs siècles par l'orgueil des rois, la stupide crédulité des dévots et le charlatanisme des prêtres trompeurs, semblent avoir été réservés par la Providence pour cette glorieuse époque. On dira bientôt des rois, des prêtres et des saints : ils ont été. Voilà enfin la raison à l'ordre du jour, ou, pour parler le langage mystique, voilà le jugement dernier qui va séparer les bons d'avec les mauvais.
« Vous, jadis les instruments du fanatisme, saints, saintes, bienheureux de toute espèce, montrez-vous enfin patriotes : levez-vous en masse, marchez au secours de la patrie, partez pour la Monnaie... et puissions-nous, par votre secours, obtenir dans cette vie le bonheur que vous nous promettiez pour une autre ! »
De pareils blasphèmes seraient terribles si la France en était responsable. Mais non, ce n'est pas elle qui les a proférés. Ce sont de malheureux déments en proie à une fièvre d'impiété passagère. La vraie France n'était pas avec les Vandales. Elle pleurait, elle priait, elle offrait son sang avec ses larmes, et saint Denis pouvait lui dire : « Rassure-toi, je sais que tu m'aimes toujours et moi aussi je t'aime et je continuerai à te prouver mon amour comme par le passé. »
Aujourd'hui.
Elle pleure et prie encore. Mais aujourd'hui au lieu d'être avec les Vandales, elle les combat ; au lieu d'outrager nos alliés du ciel, elle les invoque ; elle est
revenue de tout son cœur au Dieu que prêchait saint Denis.
Oui, Père, nous l'aimons ce Dieu de notre patrie et nous vous aimons vous aussi : nous mettons en vous notre confiance comme autrefois. Autrefois, vous disiez à Notre-Dame que la France son royaume était aussi le vôtre. Eh bien, puisqu'elle est à vous, sauvez-la.
Votre oriflamme de soie a disparu, mais vous serez vous-même la flamme dor qui guidera nos âmes vers Dieu et nos armées vers la victoire.
Votre nom ne retentira peut-être plus officiellement sur les champs de bataille, mais il sera dans nos cœurs ; et, pour les bons Français de nos jours, comme pour Jeanne d'Arc, il restera toujours le cri de France !
Mont/oie Saint Denis ! Qu'il monte du fond de nos âmes, ce beau cri de France qui a si souvent touché votre cœur.
Montjoie Saint Denis ! Qu il vole sur les lèvres de nos chers soldats, de tranchées en tranchées, jusqu'à la frontière et au delà !
Montjoie Saint Denis ! Qu'il chasse au loin l'envahissetir comme aux joui^s de Louis VI et de Philippe- Auguste, et qu'il soit à jamais le cri de la foi, du patriotisme et de la victoire !
Ainsi soit-il.
Mes bien chers Frères,
Le patron de la France dont nous avons aujourd'hui à nous entretenir, saint Martin, est un des saints les plus populaires de notre pays.
Est-ce parce qu'il fut soldat avant d'être prêtre et que ce titre devait plaire naturellement à une race éminemment guerrière et chevaleresque ?
Est-ce parce qu'il fut le grand apôtre de la Gaule et l'un de nos plus illustres pères dans une foi que la France regarde comme son plus cher trésor ?
Est-ce parce qu'il pratiqua au plus haut degré cette vertu de charité, qui ne pouvait manquer de toucher une nation foncièrement généreuse ?
Est-ce parce qu'il eut, plus que beaucoup d'autres saints, ce don des miracles qui fait tant d'impression sur les foules ?
Est-ce parce que, dès l'origine de notre histoire, il fit sentir sa protection à notre pays par des bienfaits particuliers ?
Je crois plus juste de dire que sa popularité tient à toutes ces causes à la fois. C'est un saint de chez nous, un ami de notre race, en qui nous aimons à retrouver nos traits et les qualités que nous estimons le plus.
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Etudions sa vénérable et sympathique physionomie . Nous verrons ce qu'il a été pour nous de son vivant ; puis ce qu'il a été après sa mort jusqu'à nos jours ; et enfin comment nous devons nous assurer son concours dans la crise actuelle.