‹ Nos alliés du cielChapitre 35 sur 47 · SAINT MARTIN APRÈS SA MORT · texte numérisé non relu

SAINT MARTIN APRÈS SA MORT

Son culte.

Rien ne prouve mieux Tamour que notre glorieux patriarche a gardé à la France après sa mort que la popularité qui s'est attachée à son nom et à son tombeau. Les peuples n'aiment que leurs amis. Ils n'honorent que leurs bienfaiteurs. Combien faut-il supposer de bienfaits répandus par saint Martin sur notre pays pour expliquer la célébrité de son culte ! Nul saint, dit-on, n'a un aussi grand nombre de villes et de villages qui portent son nom : on en a compté 485. Il faut y ajouter 3.672 paroisses qui se sont placées sous son vocable.

Sa popularité.

Tout ce qui touche à lui est devenu populaire : l'été de la Saint-Martin, aux environs de sa fête, dernier sourire du soleil à la terre avant les tristesses de l'hiver ; le martin-pécheur, l'oiseau bleu, au vol rapide, dont il tira un jour une comparaison ; le bâton sur lequel il s'appuyait et l'âne sur lequel il voyageait, et que le bon peuple, avec une familiarité qui n'exclut pas le respect, a appelés de son nom.

Son tombeau.

Son tombeau devint bientôt le plus illustre de la chrétienté après le Saint-Sépulcre, avec ceux de saint

PATRIOTISME DE SAINT MARTIN l3l

Pierre et saint Paul et de saint Jacques de Compostelle. On y accourait de tous les points de la France et du monde, surtout lorsque la piété du moyen âge y eut élevé une immense et splendide basilique.

C'est auprès de ses restes vénérés à Tours que se sont agenouillés les plus saints personnages de notre pays. Sainte Geneviève y prie pour la conversion des Francs. Clovis s'y décide, comme nous l'avons vu, pour la foi catholique contre l'arianisme. Sainte Glotilde y passe les douloureuses armées de son veuvage dans les exercices de la piété et des bonnes œuvres. Toutes les reines et tous les rois de France, presque sans exception, viennent y recommander leiu' royaume à sa protection. Cinq papes s'y sont prosternés, entre autres le grand promoteur des croisades, Urbain II. Jeanne d'Arc y vient implorer son secours et y déploie sa bannière.

Le rôle de l'aïeul.

C'est le saint qui ne refuse rien, car c'est le père ou plutôt l'aïeul de la nation. Vous savez tous quelle est la place de l'aïeul dans la famille. Tandis que le père travaille, que la mère vaque aux soins du ménage, l'aïeul, assis au coin du foyer ou sur le seuil de la maison, représente la bonté et l'indulgence. Il regarde avec attendrissement tous ces êtres bien-aimés issus de lui qui l'entourent et surtout les tout petits pour qui il n'a que des caresses et des sourires.

Et voilà un peu quel est le rôle de saint Martin dans la grande famille française. C'est le saint patriarcal et doux que tous vénèrent et qui comble ses petitsenfants des marques de sa tendresse. Il étend sur

iSa NOS ALLIÉS DU CIEL

eux les plis de ce manteau dont il donna la moitié à

un pauvre d'Amiens.

La chape bleue.

Il lui en est resté, en effet, une partie. Or, cette partie, religieusement conservée par ses disciples, fut déposée sur son tombeau à Tours. Elle était bleue, on l'appela capa, la cape ou la chape de saint Martin.

Clovis s'en empara et en fit sa bannière dans sa guerre contre Alaric, roi des Visigoths. Elle lui donna la victoire et fut, dès lors, considérée comme une relique et une défense nationale. Les rois la gardaient dans leur oratoire qui prit d'elle le nom de capella ou chapelle : ils pouvaient aussi l'emporter avec eux dans leurs expéditions militaires.

La chape bleue flotta pendant des siècles sur nos plus illustres champs de bataille. Sous Philippe- Auguste elle cessa de paraître à la guerre. Mais elle fut remplacée par la bannière royale qui était, à l'origine, non pas blanche, comme on le croit d'ordinaire, mais bleue, avec un semis de lis d'or. Et n'est-ce pas elle dont nous pouvons voir un vestige dans la bande bleue de notre drapeau tricolore ? Sur cette bande bleue il me semble lire, visible pour notre cœur seulement, le nom de notre cher saint Martin.

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