‹ Nos alliés du cielChapitre 36 sur 47 · SAINT MARTIN DE NOS JOURS · texte numérisé non relu

SAINT MARTIN DE NOS JOURS

Mais pouvons-nous encore compter sur son généreux concours ? Oui, mes Frères, si nous sommes fidèles à i'esprit qu'il a cherché à inculquer à notre nation.

PATRIOTISME DE SAINT MARTIN l33

Première condition : La Justice.

Il fut l'homme sincère par excellence, ne craignant pas de dire la véi'ité aux peuples et même aux empereurs de son temps. Il fut l'homme de la justice, qui intercédait en faveur des prisonniers innocents. La France a hérité de lui cet esprit de rectitude, de respect du droit. Il est rare qu'elle ait déclaré une guerre sans avoir les raisons les plus légitimes de le faire. Ce qui l'inspire ce n'est ni l'ambition ni la cupidité, mais la justice, le souci de défendre ses intérêts menacés et souvent aussi ceux des autres. La première elle a inauguré dans le monde en faveur de la Papauté, puis de la Terre Sainte, ce que j'appellerai les guerres de charité, les guerres généreuses, chevaleresques.

Or, aujourd'hui, nous réalisons clairement cette première condition. Nous avons le droit pour nous. Une nation voisine annonce clairement depuis des années par la voix des écrivains militaires les plus autorisés qu'elle veut absolument s'emparer de nos plus belles provinces et de nos plus riches colonies, en même temps que de cinq ou six autres pays de l'Europe (i). En même temps elle pousse avec une

(i) Le général von Kiause^vitz écrivait : « Nous absorberons l'une après l'autre toutes les provinces (jui avoisinent la Prusse ; nous nous annexerons successivement le Danemark, la Hollande, la Belgique, la Franche-Comté, le nord de la Suisse, la Livonie, puis Trieste et Venise ; enfin le nord de la région gauloise, de la Somme à la Loire. »

Le général Bronsart von Schellendorf avouait les mêmes ambitions : « Nous annexerons le Danemark, la HoUande, la Suisse, la Livonie, Trieste et Venise, et le nord de la France, de la Somme à la Loire. Ce programme que nous exposons sans

l34 NOS ALLIÉS DU CIEL

activité fébrile ses préparatifs de guerre. Elle ne cesse de nous chercher querelle, de nous humilier par des exigences injurieuses pour faire naître l'occasion d'une rupture. Dans notre amour de la paix nous avons eu une patience que les anges n'auraient peut-être pas eue. car nous avons plusieurs fois cédé de nos droits pour éviter une conflagration dont nous devinions les horreurs.

Mais, un jour, la coupe des outrages a débordé. Attaqués, en même temps que plusieurs autres peuples inoffensifs, nous avons tiré le glaive. Le droit est pour nous.

L'ennemi a beau inventer des prétextes, ce sont d'odieux mensonges : le droit est pour nous. Des étrangers ont pu hésiter quelque temps en face des calomnies allemandes, mais ils se rallient aujourd'hui sympalhiquement à notre cause : ils comprennent que le droit est pour nous. Et quelle que soit d'ailleurs l'issue du conflit, l'histoire impartiale et sereine répétera éternellement que, le droit est pour nous. Montez au ciel : écoutez ce qui se dit là-haut entre les rangs des bienheureux : ce ne sont pas seulement les saints de France, mais certainement ceux d'Allemagne qui, dans la claire vision de la Justice divine, aperçoivent ce jietit coin de la Justice humaine, et déclarent que le droit est pour nous.

Mais si le droit est pour nous, le ciel est pour nous, saint Martin est pour nous.

peur n'est pas l'œuvre d'un fou ; cet empire que nous voulons fonder ne sera pas une utopie ; nous avons dès maintenant en main les moyens de réalisation. »

Le général Bernhardi, dans son livre sur V Allemagne et la prochaine guerre, s'occupe surtout des moyens de réalisation, et préconise la violation de la neutralité belge pour envaiiir et écraser la France.

PATRIOTISME DE SAINT MARTIN l35

Seconde condition : La Charité.

Il peut sembler étrange de faire intervenir la charité entre deux canons. Et cependant c'est là surtout qu'elle a sa place. C'est dans la fureur des excès de la guerre que l'homme est porté à devenir un fauve, à ne plus connaître la pitié et que, d'autre part, il y a le plus de misères à soulager.

Eh bien ! non, nous ne serons pas des fauves, nous, enfants de saint Martin. Car c'est lui, notre père, qui a donné la première leçon d'humanité à la guerre. C'est en passant à Tours, après avoir prié sur son tombeau, que Clovis rendit un décret où il prescrivait à ses soldats de respecter les biens et les personnes des pays qu'ils traversaient pour aller à la rencontre des Visigoths. « Mort aux ennemis sur le champ de bataille ! En dehors de là, pitié pour les inoffensifs et les désarmés ! » Voilà la grande règle de l'humanité en temps de guerre, et c'est une gloire poui' la France qu'elle soit née sur le tombeau de notre saint. Nos ennemis, eux, ont pillé et massacré nos malheureuses populations envahies. Ils ont élevé le brigandage et la cruauté à la hauteur d'une théorie, prétendant que le meilleur moyen de terminer la guerre était de terroriser par le fer et le feu les habitants du pays ennemi (i). N'imitons pas les fauves. Restons Français et chrétiens ! Soyons sans pitié sur le champ de bataille pour les beUigérants ! C'est le droit de la guerre. Qu'ils tombent par masses profondes, fauchés par notre

(i) Voir l'appendice à ce discours.

l36 NOS ALLIÉS DU CIEL

mitraille ou par nos baïonnettes ! Mais, en dehors de là, pitié pour les malheureux, les femmes, les enfants, les blessés ! C'était la conduite de saint Martin, quand il était soldat : il tuait Tennemi, il épargnait l'innocent. Mais c'est surtout envers notre chère patrie, envers nos blessés, nos malades, nos réfugiés, envers toutes les victimes de la guerre, que nous avons à exercer la charité. Ici le champ est immense. Et je vois saint Martin qui s'y promène en nous disant : « Donnez la moitié de votre manteau pour couvrir les membres de la France et de ses enfants malheureux. » Vous avez entendu sa voix, mes Frères. Il y aura deux histoires bien belles à écrire après la guerre : ce sera celle de l'héroïsme français et celle de la charité française. Quelles pages rayonnantes que la postérité lira les larmes aux yeux !

Troisième condition : La Religion.

Mais si nous respectons le droit des hommes, il nous faut aussi et tout d'abord respecter le droit de Dieu. Dieu premier servi ! comme disait Jeanne d'Arc. Il est regrettable que toute la nation, ses chefs en tête, ne s'unisse pas pour rendre au Seigneur l'hommage public qui lui est dû et des supplications nationales. Ce serait là l'Union sacrée, doublement sacrée, la plus désirable de toutes, la plus utile à la France, celle, qui, semble-t-il, hâterait la victoire définitive si impatiemment désirée. Mais, en attendant les jours meilleurs où elle sera possible, nous devons tous nous efforcer de vivre en bons et parfaits chrétiens. Disonsnous bien que les bons chrétiens sont les meilleurs Français, parce qu'ils attirent sur leur patrie les béné-

dictions de nos alliés du ciel. Saint Martin est tout prêt à nous venir en aide, il répète : non reciiso laborem, je ne refuse pas ce nouveau labeur pour la France, mais à toi, ô France, de commencer, en servant fidèlement ton Dieu.

Ainsi soit-il.

Appendice.

L'idée de terroriser la j)opulation civile par le massacre, sous prétexte de la réduire plus vite à implorer la paix, est très ancienne en Allemagne ; mais elle y est devenue ces dernières années une idée fixe, une théorie bien arrêtée, un délire maniaque universel. Nous en pourrions donner cent preuves. Il suffira de quelques-unes.

Bismarck disait : « La véritable philanthropie consiste bien souvent à savoir verser le sang. Dans une guerre nouvelle, chacun s'efforcera de saigner son ennemi à blanc. »

Le député Erzberger, l'un des leaders du Centre, publiait dans le Tag de Berlin, vers le milieu de février 1915, un article intitulé : « Surtout pas de sentimentalité ! » On y lit : « La guerre doit être aussi impitoyable que possible. C'est là d'ailleurs un principe de plus grande humanité. Si l'on trouvait le moyen d'anéantir Londres tout entier, ce serait plus humain que de laisser saigner un seul Allemand sur le champ de bataille, attendu qu'un moyen aussi radical amènerait une prompte paix... L'Allemagne est autorisée à user de tous les moyens de guerre existants pour abattre son adversaire... Semons à l'aide de nos dirigeables la terreur et la mort parmi les populations

l38 NOS ALLIÉS DU CIEL

britanniques. Tous les moyens doivent nous être bons et si même nous possédions le secret de déverser une pluie de feu sur le sol anglais, pourquoi ne nous en servirions-nous pas? »

Un général allemand, dans la Post du 20 décembre 1914» écrivait sans sourciller que, les succès militaires ne suffisant pas à forcer l'ennemi à demander la paix, il faut recourir à la terreur sur la population civile, moyen plus efficace que la victoire. « Nous avons, dit-il, occupé la Belgique et écrasé son armée ; pourtant l'armée et le peuple ne consentent pas à signer la paix. C'est une preuve que les succès militaii'es ne suffisent pas à atteindre le but véritable d'une guerre. De tout temps, les horreurs de la guerre, la destruction des villages, la perte des biens, la pression exercée involontairement ou à dessein sur la population ennemie, toutes ces calamités ont été un moyen aussi effectif d'imposer la paix que les victoires militaires. »

Mes bien ciiers Frères,

Dans nos vieilles légendes on voit souvent, autour d'un berceau, des fées bienfaisantes qui tirent l'horoscope de l'enfant nouveau-né, lui prédisent des jours tissés d'or et de soie et mettent entre ses petites mains des cadeaux mystérieux. Notre histoire nous présente un tableau encore plus gracieux et plus poétique que ces légendes.

Autour du berceau de la France, deux saintes, Geneviève et Glotilde, sont à genoux, les mains jointes, les yeux au ciel, qui appellent sur elle les bénédictions d'en haut. Ce ne sont pas des fées, elles ne sont pas païennes, elles ne disent pas l'horoscope de notre patrie, elles se contentent d'écouter avec émotion celui que j)rononce saint Remy et où il prédit la grandeur et l'immortalité de la fille aînée de l'Église. Ce sont plutôt les douces marraines de la France, puisqu'elles l'ont tenue sur les fonts baptismaux et qu'elles ont fait en son nom des promesses solennelles de fidélité au Seigneur Jésus.

Toutes deux sont les patronnes de notre patrie. Elles lont bercée au chant de leur prière. Elles l'ont beaucoup aimée. Nous pouvons être sûrs qu'elles l'aiment encore tendrement, qu'elles sont nos alliées dans la guerre actuelle et qu'elles plaident notre cause avec chaleur auprès du Dieu de la victoire.

l42 NOS ALLIÉS DU CIEL

Je viens vous parler aujourd'hui de sainte Geneviève et vous montrer comment elle a mérité pendant sa vie et après sa mort ces deux titres de libératrice de Paris et de patronne de la France.

Son enfance à Nanterre.

Née à Nanterre en 420, morte à Paris en 5i2, à l'âge de quatre-vingt-douze ans, Geneviève est la femme la plus illustre que la Gaule ait produite avant sa fusion avec les Francs ; c'est la Gauloise par excellence, la fleur la plus pure de la race celtique. Elle n'est pas née Française, puisque la France proprement dite n'existait pas encore en 420, mais elle appartient à la France, car elle l'a préparée, elle lui a fait son berceau, elle l'a vue naître et l'a accueillie et adoptée avec une tendresse maternelle. Je dirais qu'elle est sa mère, si ce titre n'était plus justement revendiqué par la Sainte Vierge. Elle est plus exactement, comme je vous l'ai dit, sa marraine, mais une marraine est toujours un peu une maman pour sa filleule.

Elle mérita ce rôle par la sainteté de sa vie dès son bas âge. Son nom en langue celtique signifiait « fille du ciel » et elle s'en montra vraiment digne. Saint Germain l'Auxerrois passant par Nanterre avec saint Loup de Troyes, pour aller en Grande-Bretagne combattre l'hérésie pélagienne, remarqua la candeur de cette enfant et la consacra au Seigneur. Ayant fait vœu de virginité, elle ne songea plus qu'à aimer et à servir Dieu dans l'humilité de sa condition, car elle était bergère.

Chose étrange ! Il a plu au Ciel de tirer les saintes les plus illustres de cette modeste profession. Geneviève est bergère, Jeanne d'Arc est bergère, Germaine

Cousin est bergère. Marie apparaît à de petits bergers à La Salette. Bernadette Soubirous a gardé les moutons sur les collines de Bartrès avant de voir la Sainte Vierge à Lourdes. A ces petits et à ces petites de la terre, Dieu confie des missions grandioses.

C'est ainsi que Geneviève est destinée à conduire un peuple. Elle se prépare à ce rôle par la pratique de toutes les vertus. Elle est douce comme ses agneaux. Un jour sa mère, dans un accès de vivacité, la frap]f)e rudement. Elle en est immédiatement châtiée, elle perd la vue. La sainte enfant redouble de tendresse envers la pauvre femme ; celle-ci, regrettant sa faute, dit à sa fille : « Va prendre de l'eau dans le puits ; fais sur elle le signe de la croix et applique-la à mes yeux. » Geneviève émue obéit, et, dès que l'eau, sanctifiée par sa bénédiction, a touché les yeux de l'aveugle, celle-ci est guérie.

La pieuse bergère se prépare aussi par la prière. Des versants du Mont-Valérien où elle mène paître ses brebis, elle voit à ses pieds la ville de Lutèce et la plaine de Saint-Denis ; elle supplie le Seigneur de garder dans les bons pâturages de la foi l'immense troupeau des générations qui devront vivre dans cette arrande vallée de la Seine.

La Gaule catholique.

La voilà fixée à Paris. Elle ne fait que changer de houlette. Le troupeau est plus nombreux, plus difficile à conduire, mais combien plus intéressant ! Bergère d'hommes ! Sa sollicitude pastorale s'étend d'abord sur la ville, puis sur tout le pays.

Evangélisée au siècle précédent par saint Hilaire et

l44 NOS ALLEES DU CIEL

saint Martin, la grande nation gallo-romaine était devenue entièrement catholique, car il ne faut pas compter comme Gaulois les Visigoths et les Burgondes, germains ariens qui font une tache hérétique sur son territoire et qui en occupent plusieurs provinces. Ce sont pour elle des étrangers jusqu'au jour où, en se convertissant, ils se dégermaniseront et deviendront dignes de s" unir à elle.

Cette Gaule catholique abonde en illustres personnages, particulièrement en prélats, qui continuent l'œuvre apostolique des saints évêques de Poitiers et de Tours. Elle compte sur ses sièges épiscopaux des hommes de haute culture intellectuelle, de grande valeur humaine et surhumaine, défenseurs de leurs cités, que la voix populaire, écho de la voix divine, élevait souvent sur les autels aussitôt après leur mort. Parmi eux brillaient Germain d'Auxerre, Loup de Troyes, Agnan d'Orléans, Mamert et Avit de Vienne, Sidoine Apollinaire de Clermont et Remy de Reims,

Les Barbares.

Mais la Gaule portait en elle-même une cause de grands maux. Elle était trop belle et trop fortunée, et, par là, elle attirait la convoitise des Barbares qui, las de se morfondre dans les stériles forêts de la Germanie, aspiraient à s'emparer de ses richesses. Bien souvent ils avaient franchi le Rhin et, après avoir ravagé le pays, ils en avaient été repoussés. Au temps de sainte Geneviève on se rappelait encore avec terreur l'invasion de 4o6. Les Huns et les Germains avaient mis à feu et à sang les villes d'Arras, d'Amiens, de Reims et de Strasbourg.

Remarquez ce dernier nom. La ville de Strasbourg,

comme toute la rive gauche du Rhin, était en eft'et gauloise et non germanique, et c'est justement pour cette raison qu'elle avait été dévastée par les Germains. Saint Jérôme s'écriait avec douleur qu'une partie de la Gaule était devenue germanique. Bien que cet illustre docteur ne fût pas Gaulois, la germanisation de notre pays lui paraissait un malheur et il en pleurait. Quelle ne serait pas aujourd'hui sa tristesse de voir notre sol déshonoré par les mêmes barbares ! Il pleurerait en répétant comme jadis : une partie de la Gaule est occupée par les Germains !

L'invasion d'Attila.

En 4^1 , nouvelle invasion, nouvelle épouvante. Ce sont encore les Huns et les Germains, mais conduits par Attila, sorte de démon à face humaine. Son armée, lisons-nous dans YHistoire de France, de Lavisse (i), est « une immense cohue de peuples tartares et germaniques ».

Le bloc de neiges et de rochers qui se détache du haut de la montagne s'accroît en tombant d'autres blocs et devient l'avalanche formidable : il en avait été de même des hordes barbares de 45 1. Partis de la Tartarie, les Huns étaient des Mongols, mais en roulant à travers l'Allemagne, l'avalanche s'était agglutiné de nombreuses tribus germaniques, heureuses d'aller elles aussi écraser et piller les belles contrées d'Occident.

Voici ce que l'historien Ammien Marcellin nous dit des Huns : « Ils dépassent tout ce qu'on peut imaginer en fait de barbarie. Semblables à des animaux sans raison, ils ignorent toute distinction du bien et du

(i) Tome II, partie I^e, p, 76.

j\08 ALLIÉS DU CIEL. — 12

l46 NOS ALLIÉS DU CIEL

mal ; ils sont fourbes ; aucune crainte religieuse ne les retient ; leur humeur est si changeante et si violente que, en une même journée, ils rompent et renouent leurs alliances et leurs amitiés. »

A côté de ce portrait des Iluns, voici celui des Saxons, brossé par saint Sidoine Appolinaire : « De tous les ennemis, dit-il, ce sont les plus cruels. C'est un jeu pour ces pirates de sillonner la mer sur des cuirs cousus. Ils se jouent de la tempête. Avant de remettre à la voile, ils égorgent le dixième des prisonniers. » On a fait des progrès depuis. Certain général badois doit trouver que les Saxons d'autrefois étaient d'une sensibilité ridicule, lui qui a donné l'ordre — officiel — de ne faire aucun prisonnier français, de tuer tous ceux qui se rendent, même s'ils sont en grand nombre, et d'achever tous les blessés.

Geneviève sauve Paris.

En face de ce fléau de Dieu ou du diable, les Parisiens ne songent qu'à fuir. Mais Geneviève ne partage pas l'affolement général. Elle a prié Notre-Seigneur, Notre-Dame, saint Denis dont elle visite souvent le tombeau, saint Martin qu'elle est allée vénérer à Tours, tous les saints patrons de la Gaule. Elle a reçu d'eux l'assurance que Paris sera épargné. Elle le dit aux habitants et les supplie de rester. Mais ceux-ci, en proie à la panique, la prennent pour une sorcière vendue à Satan ou une espionne vendue à l'ennemi et menacent de la lapider. Par l'énergie de son attitude et grâce à l'intervention d'un envoyé d'Auxerre, qui lui apporte des eulogies de saint Germain, elle finit par dominer la foule, qui regrette sa colère et lui

obéit. Et voici qu'Attila qui arrivait sur Paris s'en détourne tout à coup, descend sur Orléans que sauve saint Agnan, se dirige sur Troyes que délivre saint Loup et va enfin se faire écraser, dans la célèbre bataille des Champs Catalauniques, par les Gallo- Romains d'Aétius, les Visigoths de Théodoric et les Francs de Mérovée.

Sans doute ces guerriers ont été l'instrument dont Dieu s'est servi pour anéantir les hordes sanguinaires, mais c'est la prière des saints évêques et de la sainte de Paris qui, plus terrible qu'une armée rangée en bataille, leur a obtenu la victoire. C'est d'ailleurs Geneviève qui a déterminé le recul de l'ennemi et sauvé son troupeau de la dent du loup. Elle est donc bien la libératrice de Paris.

Les libératrices françaises.

Libératrice de Paris ! Ce nom fait penser à d'autres femmes illustres. Un pape, écho de plusieurs autres, Grégoire IX, disait que la France était dans les temps modernes, comme Israël dans l'Ancien Testament, le peuple élu du Seigneur, et il comparait les deux peuples. Mais l'une des ressemblances les plus glorieuses n'est-elle pas la mission de ces femmes appelées par Dieu à sauver leur patrie, mission qu'on chercherait en vain chez les autres nations ? Israël a Debora, Judith, Esther ; la France a Geneviève, Clotilde, Jeanne d'Arc.

Et il me semble que nos libératrices sont encore plus saintes et plus glorieuses que celles des Hébreux . Il n'y a pas de sang sur leurs mains. Leur regard a une pureté virginale. Elles incarnent la grâce du

l48 NOS ALLIÉS DU CIEL

Nouveau Testament, comme leurs sœurs juives incarnent la terrible austérité de l'Ancien.

Le peuple chantait jadis sur les pas de Judith : « Tu es la gloire de Jérusalem, la joie d'Israël, l'honneur de notre peuple. » Nous pouvons bien appliquer cet éloge à nos chères saintes. Geneviève, c'est notre gloire ! Clotilde, c'est notre gloire ! Jeanne d'Arc, c'est notre gloire !

Parfois, ô jeunes filles et femmes françaises, vous vous dites tout bas : « Que n'ai-je la puissance de Geneviève ou de Jeanne d'Arc ! » Mais vous l'avez, cette puissance. Que faut-il en effet pour relever un pays? L'aimer et avoir confiance en Dieu. Mais n'aimez-vous pas la France ? Si vos fils meurent pour elle, ô mères, n'est-ce pas vous qui avez mis la flamme sacrée dans leur cœur ? N'est-ce pas vous qui les avez formés? Un jeune officier, tué en 1870, écrivait en partant pour le front : « Ma mère a été mon premier colonel (i). )) Et la foi en Dieu ! Le cœur des femmes françaises en est aussi le réservoir inépuisable. C'est à vous que vos fils doivent ces sentiments chrétiens que les orages de la jeunesse ont parfois secoués, mais n'ont pas déracinés et qui, là-bas à la guerre, s'épanouissent souvent en des mots ou des traits sublimes. Soyez donc de plus en plus Françaises et chrétiennes. Soyez la prière et soyez la confiance, et vous serez vous aussi, à votre manière, des libératrices.

* Les Francs et les Gaulois.

Quelques années plus tard Geneviève secourut de nouveau Paris qu'assiégeait Ghildéric, fils de Mérovée.

(i) Antoine de Vesins.

PATRIOTISME DE SAINTE GENEVIÈVE l49

Par la part qu'ils avaient prise à la défaite des Huns, les Francs avaient rendu un grand service à la Gaule et à la civilisation. Ils ne devaient pas tarder à se fondre avec les Gaulois pour former avec eux une belle et puissante nation. Mais, en attendant, ils étaient encore païens et à demi barbares. Ils se comportaient parfois envers la Gaule en étrangers et en agresseurs. De la Belgique, leur premier habitat chez nous, car la Belgique était purement gauloise, ils descendaient peu à peu vers la Marne et vers la Seine et s'installaient de gré ou de force, plus souvent de force que de gré, chez les anciens occupants de ces riches contrées. C'est ainsi qu'ils voulurent s'emparer de Paris.

Puisqu'ils attaquaient, il fallait leur résister. Le patriotisme, le droit, l'honneur de la cité le demandaient. Gomme tous les esprits clairvoyants qui s'intéressaient à l'avenir de leur patrie, Geneviève prévoyait certainement le rôle que devaient jouer les Francs dans les destinées de la Gaule et l'union prochaine des deux races ; elle devait éprouver une secrète sympathie pour ces alliés et ces frères du lendemain. Mais comme ils étaient les ennemis du jour, elle encouragea ses concitoyens à leur résister. Les Parisiens étaient Gaulois et les Francs n'étaient pas encore la France.

Le siège de Paris.

Pendant ce siège, qui fut très long, la Sainte fit des prodiges de charité. Gomme le pain commençait à manquer, elle sortit de la ville assiégée, au risque de sa vie ; elle remonta en barque la Seine jusqu'à Troyes ; et. des différentes villes qu'elle visita, no-

l5o NOS ALLIÉS DU CIEL

tamment d'Arcis-sur-Aube, elle ramena des bateaux chargés de blé. Rien ne montre mieux que ce secours Tunion et l'esprit de sacrifice de ces pauvres cités gauloises, cherchant, dans un suprême etîort, à sauver ce qui restait d'indépendance à leur malheureuse patrie.

Geneviève apparaît ainsi sous un aspect qu'on n'a pas assez admiré, comme la dernière héroïne du patriotisme celtique. De même que le vieux Vercingétorix avait résisté jusqu'au bout aux attaques des Romains qui voulaient absorber la Gaule, de même la Vierge de Nanterre résista jusqu'au bout aux Francs qui voulaient conquérir son pays, avec cette différence toutefois qu'elle ne lutta peut-être que pour l'honneur, se consolant à l'avance d'une défaite inévitable qui devait être un bienfait pour les vaincus, comme pour les vainqueurs, et sympathisant secrètement avec des adversaires qui allaient devenir des sauveurs.

Quoi qu'il en soit, une simple femme, par sa courageuse charité, avait ravitaillé Paris, l'avait sauvé de la famine et s'était montrée pour la seconde fois sa libératrice. Malgré cela, la ville finit par se rendre. Le vainqueur fut clément. C'était un bon barbare. Geneviève ne fut certainement pas étrangère à cette attitude, car elle prit vite un grand ascendant sur Ghildéric. Ce roi païen avait pour elle un profond respect, il écoutait ses conseils et ses prières ; il lui accorda même un jour la grâce de plusieurs prisonniers qu'il avait condamnés à mort.

Charité ! O belle charité ! Vertu si chrétienne et si française ! C'est pendant un siège, pendant la guerre que Geneviève nous en donne l'exemple. Imitez-la, mes Frères. Je vous disais tout à l'heure : Soyez la prière ! Je vous dis maintenant : Soyez le dévouement ! Donnez aux pauvres le pain matériel ; donnez

PATRIOTISME DE SAINTE GENEVIEVE lOI

à tous le pain d'une bonne parole ou d'un bon exemple et, là où vous avez de l'influence, portez ou faites porter le pain de l'Eucharistie.

* La conversion des Francs .

Glovis succède à son père Childéric en 481. Il montre un profond respect pour la religion chrétienne et ses pasteurs. Il épouse bientôt une princesse catholique, Glotilde, nièce du roi des Burg-ondes.

Saint Remy et tous les évêques gaulois conçoivent une grande espérance de voir le jeune roi se convertir avec son peuple. Sainte Geneviève demande avec larmes cette conversion. L'autorité morale que lui donnent ses vertus et ses bienfaits envers la cité font de la bergère l'égale des plus grands de la terre. Elle se lie d'amitié avec la jeune reine, elle s'unit à elle dans un complot de prières pour gagner au Ghrist l'âme des Francs. Vous savez comment ce complot sacré réussit, comment Glovis, vainqueur à Tolbiac, fut baptisé à Reims.

La tradition nous dit que sainte Geneviève se rendit dans cette ville avec la reine pour assister à ce baptême. Oh ! comme elle dut tressaillir de joie envoyant le fier Sicambre adorer ce qu'il avait brûlé, et la France se donner au Ghrist en acclamant sa divine royauté. Il me semble la voir à genoux dans la basilique où s'accomplit ce grand mystère, le visage baigné de larmes, regardant l'eau qui coule sur le front de ces rudes guerriers adoucis par l'Evangile. Et je vois par la pensée dix siècles plus tard, dans la même ville, mais dans une basiUque plus belle, une autre scène semblable, un autre roi béni par le Ghrist, une autre

vierge française en extase, Jeanne d'Arc, sœur de Geneviève, priant aussi pour la France ! Souvenirs grandioses ! Il vous monte à l'àinc un flot d'attendrissement et de fierté à revivre ces heures historiques ! Quelle nation a vu ainsi se reproduire au même endi'oit, à mille ans de distance, des scènes aussi solennelles, et a fait battre d'un pareil amour les cœurs de pareilles héroïnes !

Mort de Geneviève.

La Sainte passa le reste de sa vie dans les bonnes œuvres, associée à toutes les charités et à toutes les dévotions de sa royale amie. Elle vit mourir Glovis à la fin de l'année 5ii, et elle-même expira cinq semaines plus tard, le 3 janvier 5x2. Sainte Glotilde la fit enterrer dans la basilique des Saints- Apôtres où elle avait, le mois précédent, déposé les restes de son époux et où elle devait être inhumée elle-même un jour. L'ancienne bergère était digne de cette sépulture royale. Est-ce que la houlette n'était pas devenue un sceptre entre ses mains ?

G'est là que les deux vénérables amies reposèrent côte à côte pendant des siècles dans un repos sacré, qui ne fut pas de l'inaction. Elles dormaient, mais leur cœur veillait sur la cité et sur le royaume. Elles étaient là comme deux reines silencieuses au milieu de leur peuple. Ghose étrange et où éclate bien l'esprit de l'Évangile, bien que la fille des rois fût très aimée, très honorée, la fille du peuple devint bientôt la plus populaire. L'église où reposaient leurs corps prit le nom de Sainte-Geneviève, et la colline où elle s'élève s'appelle encore Montagne de Sainte-Geneviève.

PATRIOTISME DE SAINTE GENEVIÈVE l53

Après sa mort.

Geneviève fut particulièrement invoquée comme la patronne de Paris. Toutes les fois qu'une guerre ou une épidémie menaçait la capitale, on portait la châsse de la Sainte dans les rues. On connaît soixante-dixsept de ces processions historiques.

Au dire de saint Grégoire de Tours, la France mérovingienne, rois et évêques en tête, se rendait en foules à son berceau à Nanterre.

En 1129, sous le roi Louis VI, une affreuse épidémie ravage le royaume et en particulier Paris. On l'appelle le feu sacré ou le mal des Ardents. Quatorze mille personnes périssent dans de grandes souffrances. L'évêque de Paris, Etienne de Senlis, ordonne une procession des reliques de la sainte et le mal cesse immédiatement.

Blanche de Gastille va demandera Nanterre la guérison de sa fille, sainte Isabelle de Longchamps.

Saint Louis s'y rend souvent et, mourant sur la rive africaine, il murmure le nom de sa chère sainte Geneviève. Louis XIII lui attribue sa guérison. Anne d'Autriche la remercie de la naissance de son fils Louis XIV et lui élève en reconnaissance de ce bienfait une belle église.

La fresque du Panthéon.

Vous connaissez tous la fresque superbe du Panthéon, souvent reproduite par la gravure, où Puvis de Ghavannes a représenté sainte Geneviève debout, à côté d'une petite lampe, veillant sur Paris du haut de

l54 NOS ALLIÉS DU CIEL

la terrasse de sa maison. De sa haute taille, elle domine les toits faiblement éclairés. La ville dort à ses pieds, mais la sainte veille. G'e.st la nuit, l'heure des alarmes et des craintes irraisonnées : elle veille. L'ennemi est peut-être là qui rôde : elle veille. L'épidémie et la mort guettent leur proie : elle veille. Dors, Paris, dors sous l'égide de ta céleste amie : elle veille ; voilà quinze siècles qu'elle veille sur toi.

1914 : Libératrice de Paris.

Elle veillait encore au commencement de septembre 1914 et sur la capitale et sur la France. Les Huns seprécipitaient vers Paris avec une vitesse de quarantecinq kilomètres par jour. Le jeudi, 3 septembre, ils occupent Gompiègne et Senlis. Le généralissime donne pour mot d'ordre le nom de Jeanne d'Arc : c'est le dernier jour où l'ennemi progresse.

Le vendredi 4» premier vendredi du mois, l'armée allemande peut apercevoir des environs du Bourget les dômes de la basilique de Montmartre. Mais on prie là-haut le Christ qui aime les Francs en ce jour particulièrement consacré à son divin Cœur, et l'ennemi au lieu d'avancer oblique vers le sud-est.

Le samedi 5, le mouvement de recul continue et porte les barbares au Grand et au Petit Morin.

Le dimanche 6, commence un triduum solennel à sainte Geneviève, et, pour la première fois depuis qu'ils ont pénétre en France après la bataille de Gharleroi, nous les battons près de Goulommiers.

Le lundi ;, nouvelle offensive qui les déconcerte.

Le mardi 8, fête de la Nativité de la Sainte Vierge, jour fixé pour la procession de la châsse de sainte

Geneviève, nous les refoulons de quarante kilomètres.

Les quatre jours suivants la bataille de la Marne se poursuit et s'achève, encadrée entre ces deux fêtes de Marie, la fête de la Nativité le 8 et la fête de son Saint Nom le 12. C'est ce jour-là que la victoire est achevée.

Sans doute, il faut attribuer cette victoire à la bravoure de nos soldats et à l'habileté de nos généraux. Mais il faut aussi y reconnaître l'intervention d'un autre Etat-Major, où figurent, â côté du Dieu des armées, de son Sacré-Cœur, de sa divine Mère, Geneviève et Jeanne d'Arc. On voit nettement parles coïncidences que j'ai indiquées la part qui revient à chacun de ces quatre alliés célestes : celle de Geneviève est particulièrement éclatante.

1914 : Libératrice de Nancy.

Or, la libératrice de Paris se montrait en même temps la hbératrice de Nancy. Cette ville était menacée comme Paris du côté du Nord et de l'Est.

Du côté du Nord, nos troupes occupaient le mont Sainte-Geneviève: remarquez ce nom. Elles voient arriver sur elles les corps allemands de Metz. Le combat commence le 4 septembre et dure trois jours. Après une résistance héroïque, nos hommes reçoivent l'ordre de se replier ; ils quittent Sainte-Geneviève le 7 au matin. Or, chose étrange, les Allemands au lieu de les poursuivre, comme ils semblaient devoir le faire, et d'arriver ainsi aux portes de Nancy, se repUent eux aussi. Pourquoi? On l'ignore. Le soir, nous étions rentrés à Sainte-Geneviève.

Du côté de l'Est, le combat fut plus rude, il dura du i^"^ au 12 septembre : ce jour-là, nos hommes

l56 NOS ALLEES DU CIEL

harassés s'apprêtaient à battre en retraite, lorsque les Allemands qui semblaient vainqueurs, au lieu de poursuivre leur avantage, s'éloignèrent de leur côté dans la région de l'Est. Pourquoi encore ? On l'ignore. En même temps que Paris, Nancy était sauvé.

Libératrice des âmes.

Mais la tâche de notre sainte serait incomplète si elle ne délivrait aussi les âmes et surtout l'âme de sa patrie. Je vous ai raconté comment elle guérit sa mère qui l'avait frappée et qui était devenue aveugle.

Notre mère à nous, c'est la France. Elle a souvent offensé le Seigneur et parfois même frappé les meilleurs de ses enfants. Elle en a été punie. Mais le plus terrible des châtiments c'est l'aveuglement où elle s'obstine. Elle ne voit pas et ne veut pas voir les étoiles. Elle ne reconnaît pas le bon chemin et côtoie les abîmes. A certains jours cependant, prise de remords, elle s'écrie : Domine, ut videam! Seigneur, faites-moi voir.

O France, nous sommes tes fils très aimants. C'est toi qui nous as baptisés et nous as fait voir la lumière du ciel, et tu es toi-même plongée dans les ténèbres. Donne-nous ta main, chère aveugle, laisse-toi conduire au Dieu de Clotilde et de Geneviève ; laisse-nous faire sur tes yeux le signe de la croix et les laver avec l'eau de ton baptême. Alors tu verras, ô France, comme il est doux d'aimer et de suivre le roi Jésus.

Ainsi soit-il.

vin

Mes bien chers Frères,

Le nom de saint Remy évoque pour nous les plus glorieux souvenirs : il nous fait toucher aux sources claires et chantantes de notre religion, de notre mission historique, de notre patriotisme. C'est toute la page d'or des origines chrétiennes de la France qui se déroule avec sa vie sous nos regards. C'est une épopée d'une grandeur biblique, qu'il nous faut lire à genoux, dans un profond sentiment de vénération et de reconnaissance.

Les origines de la France ! Elles font penser à celles des autres nations, et, vraiment, elles sont à part, non fecit taliter omni nationi ! Elles rappellent le fiât lux de la création qui fit éclater la lumière sur les grandes ténèbres et le chaos de la matière primitive. C'est en effet de la nuit du paganisme et du chaos de la barbarie, où était plongée la matière brute des nations modernes, que Dieu, par la voix de saint Remy, de sainte Geneviève et de sainte Glotilde, tira la France la première, alors que les tribus d'où devaient sortir les autres peuples de l'Europe, l'Espagne, l'Italie, l'Angleterre, l'Allemagne, la Russie, s'agitaient encore, larves confuses, païennes ou ariennes, attendant, pour éclore à la foi, les rayons que la France devait

l6o NOS ALLIÉS DU CIEL

leur envoyer, un ou deux siècles plus tard, avec ses reines et ses apôtres (i).

Les origines de la France ! Elles nous transportent en esprit vers la chère cathédrale que les barbares, par haine, par jalousie pour sa beauté, ont insultée et blessée de leurs canons criminels. C'est la revanche de Tolbiac qu'ils ont voulu prendre. Saint Remy pleure sur cette grande ruine ! Et c'est bien le moment pour nous d'aller errer en esprit dans la ville du baptême et du sacre, dans la cité endolorie, qui a vu naître la France chrétienne.

Les origines de la France ! Elles font penser à celles de la nation qui nous attaque aujourd'hui. Je ne parle pas ici de l'Allemagne tout entière, mais de la Prusse qui mène, le fouet à la main, toute la Confédération germanique.

La naissance de la Prusse fut un crime et un sacrilège, comme l'a proclamé un pape, ainsi que nous le verrons bientôt. Elle fut un défi jeté à la justice, à l'Église, à l'Europe. Il nous est impossible de ne pas établir ici entre ces deux naissances un parallèle qui a une grande importance pour notre thèse, car autant Dieu a de raisons de protéger la France catholique, la fille de ses saints, la fille aînée de son Cœur, autant il en a d'empêcher le triomphe de la Prusse, la fille de deux apostats, Luther et Albert de Brandebourg.

Voyons donc quel a été le rôle de saint Remy dans le développement de nos origines et la suite de notre histoire.

(i) Le rôle des princesses franques dans la conversion de l'Europe est beau et pas assez connu. Nous l'avons indiqué dans le panégyrique suivant de sainte Clotilde.

PATRIOTISME DE SAINT REMY l6l

Page 1