SAINT REMY ET LES ORIGINES DE LA FRANCE
Le problème barbare.
Lorsque saint Remy monta sur le siège de Reims, un grave problème se posait devant l'Eglise. L'empire romain ne subsistait plus qu'à l'état d'ombre, magni nominis iimbra, représenté chez nous par le gouverneur Syagrius. Les aigles ne battaient plus que d'une aile.
L'Église devait-elle s'attacher au vieil état de choses? C'eût été se lier à un cadavre. La monarchie césarienne, longtemps persécutrice avec Néron et ses successeurs, convertie avec Constantin et Théodose, retournait à ses errements ; elle oscillait entre la loi catholique et l'arianisme ou l'idolâtrie. Dieu l'avait condamnée.
LEgUse devait donc se tourner vers les Barbares, suivant le mot de saint Paul : convertimur ad gentes. Il n'y avait pas d'autre issue, et déjà Orose et Salvien, esprits hardis, avaient salué comme des sauveurs ces hommes hirsutes et farouches, dont ils espéraient que l'Évangile dompterait les passions.
Mais quels sont parmi eux les élus du Seigneur ?
Il y a les Visigoths, au sud de la Loire; mais ils sont ariens, inconvertissables. Il y a les Burgondes, dans les vallées de la Saône et du Rhône ; mais eux aussi sont hérétiques. Enfin, il y a les Francs, qui descendent peu à peu, du Nord et de l'Est, vers les riches vallées de la Seine et de la Loire ; mais ils sont païens
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et par conséquent plus éloignés en principe du christianisme.
Cependant c'est eux que le Ciel a prédestinés. Ils sont séparés du Christ, mais non pas irréductibles. Ils sont rudes, emportés ; la francisque leur brûle dans la main, la framée leur frémit dans les doigts devant une injure. Mais ils sont si braves, si loyaux ! Avec leurs cheveux couleur des blés et leurs yeux couleur du ciel, ce sont de grands et beaux enfants à l'âme naïve. La Providence les attend.
Ils ont déjà, sous la conduite de Mérovée, rendu un immense service à la civilisation, à la chrétienté future, en combattant contre Attila et ses bai'bares aux Champs Catalauniques. Il est vrai que, avec Ghildéric, ils se sont comportés en ennemis de la Gaule et ont assiégé Paris qui leur a résisté. Mais la Gaule leur a pardonné. Car, vainqueurs, ils se sont montrés bienveillants et tout prêts à fusionner fraternellement avec les vaincus.
L'Église et la Gaule
adoptent les Francs.
Sainte Geneviève, qui a encouragé les Parisiens à lutter contre les Francs, a vu Childéric lui-même s'incliner respectueusement devant elle et accéder à ses charitables demandes envers les pauvres et les prisonniers. Elle prévoit la destinée des nouveaux venus, elle les accueille avec bonté.
Les évêques de France et saint Remy comprennent eux aussi que l'Église est à un tournant de son his-
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toire : ils pourraient dire ce que Corneille chantera un jour :
Un grand destin finit ; un grand destin commence.
Glovis surtout, le jeune roi, successeur de Childéric, attire tous les regards : le sort du monde est suspendu à son épée. Saint Avit, évêque de Vienne, épie tous ses mouvements avec sympathie. Saint Melaine, évêque de Rennes, lui ouvrira bientôt les portes de la Bretagne. Saint Vast, d'Arras, et Solemnis, de Chartres, s'apprêtent à le catéchiser. Saint Remy surtout s'intéresse à lui. Il lui écrit une lettre où il recommande non seulement la justice, mais encore la bonté et la chasteté, à cet adolescent qui est roi et barbare ! Il lui souhaite tous les bonheurs et toutes les victoires.
L'adolescent se révèle bientôt un grand homme, grand guerrier et grand politique. Il bat les Romains à Soissons ; il étend son pouvoir autour de lui. C'est le maître de l'heure.
Victoire des Francs à Tolbiac.
Saint Remy, sainte Geneviève, toute la Gaule catholique tressaillent d'espérance en le voyant épouser sainte Clotilde. Mille prières montent de ces nobles cœurs vers le ciel. Elles en font tomber la grâce, la lumière. Un beau jour, c'est mieux encore, c'est l'aigle aux ailes de feu, la victoire, qui en descend, mais une victoire qui est la grâce, la lumière suprême, car elle éclaire et touche le cœur du vainqueur. C'est la victoire de Tolbiac,
Tolbiac ! Tolbiac ! Champ de bataille sacré où la
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France a poussé pour la première fois vers le Dieu de Clotilde un cri de foi et de confiance qui va se changer en un cri d'amour ! Champ vraiment divin et vraiment français, où le Christ a répondu à l'appel de nos pères et s'est montré leur ami, leur allié ! Champ patriotique où la France a remporté sur l'Allemand, sur l'ennemi héréditaire, sa première victoire, gage de beaucoup dautres ! Aucune victoire, si ce n'est celle de Constantin au pont Milvius, n'a eu d'aussi grandes conséquences. Le monde entier s'en ressent encore et s'en ressentira toujours.
Baptême des Francs à Reims.
Après Tolbiac, voici le baptême de Reims. La Noël du Christ, comme saint Avit l'écrit à Clovis dans une lettre triomphale, devient la Noël des Francs.
C'est Remy qui ouvre à la jeune nation les portes de l'Église que Clovis ébloui prend un instant pour les portes du ciel. Ce baptême est encore plus important que la victoire dont il a été le fruit. C'est vraiment à Reims qu'a été fondée la grandeur morale de la France, base de toutes ses autres grandeurs. Les Allemands ne l'oublieront pas, nous le verrons bientôt. C'est à Reims qu'a été conclu entre le Cœur du Christ et le cœur de la France le pacte sacré qui régit nos destinées et nous assure l'immortalité. C'est là que le Sauveur est devenu à jamais notre allié. C'est au pacte de Reims que nous renverra Pie X dans une apostrophe célèbre où il prédit la résurrection de notre pays.
Saint Remy n'est pas seulement le Patriarche des
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Francs ; il est leur Prophète. Il annonce à Glovis que son royaume sera immortel. Il bénit la chère nation qu'il offre au Seigneur et à l'Eglise. Sois béni à ton tour et dans tous les siècles, ô notre Père. La France ira, dans les jours de deuil, poser sa tête fatiguée sur ta tombe et elle y retrouvera la santé et la force ; elle ira, au sacre de ses rois, te demander une nouvelle bénédiction, et elle y renouvellera le pacte de son alliance avec le Christ qui aime les Francs.