LUTHER ET LES ORIGINES DE LA PRUSSE
Mais nous ne comprendrons bien la beauté de nos origines et surtout le titre qu'elles constituent à la protection divine que si nous mettons en regard les origines de la puissance qui voudrait nous anéantir. On verra si Dieu peut se détourner de la fille de saint Remy pour se tourner vers la fille de Luther.
La puissance qui se dresse aujourd'hui contre le monde, c'est la Prusse, qui s'est placée à la tête de toutes les principautés germaniques et qui a entraîné dans son orbite l'Autriche et la Turquie. Or, voici son acte de naissance en regard du nôtre.
Apostasie d'Albert de Brandebourg.
La France est née d'une victoire et d'un baptême : c'est propre, c'est brillant, c'est beau. La Prusse est
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née d'une apostasie, d'une trahison et d'un brigandage : c'est malpropre et odieux.
L'Ordre des Chevaliers Teutoniques était à la fois religieux et militaire. Religieux, il faisait les trois vœux monastiques de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Militaire, il avait reçu, de l'Église et de l'Europe chrétienne, la garde de la marche de Brandebourg et du duché de Prusse qu'il devait conserver à la foi catholique et défendre contre les barbares du Nord. Il avait accepté ce mandat et y avait engagé son honneur.
Or, en iSaS, il plut à Albert de Brandebourg, ancêtre des Hohenzollern, grand maître de l'Ordre Teutonique, moine et chevalier, de renier avec ses compagnons la religion catholique pour embrasser l'hérésie de Luther, de violer ses vœux monastiques pour contracter à Kœnigsberg un mariage sacrilège, de faire main basse sur les biens de son Ordre et sur les biens des églises et des couvents. C'est ainsi qu'il est devenu duc de Prusse.
Je cherche vainement une victoire comme celle de Tolbiac : je ne vois que la victoire d'un reître sur des religieuses et sur des bedeaux. Je cherche un baptême : tandis que la France a été baptisée dans le sang du Christ, la Prusse a été baptisée dans l'orgie, avec des calices et des ciboires d'or volés où s'enivraient les moines renégats de Prusse et de Brandebourg. Je cherche la vénérable figure et le sourire d'un saint Remy : je ne vois que la grimace de Luther envoyant ses félicitations et ses bénédictions sacrilèges à des apostats, apostat lui-même. A Reims, berceau de la France, tout est beauté, lumière, loyauté. A Kœnigsberg, berceau de la Prusse, tout est félonie.
Cet Albert de Brandebourg est l'ancêtre des Hohen-
zollern actuels. Le duché de Prusse est né sous lui en iSaS, c'est-à-dire qu'il n'a pas encore 4oo ans d'existence.
En 1700, l'électeur Frédéric III de Brandebourg, descendant d'Albert, se fait reconnaître roi de Prusse : le royaume de Prusse n'a donc que 200 ans environ jusqu'ici. La France a derrière elle un passé de i5oo ans, c'est-à-dire plus d'un millénaire de plus que la Prusse, sans parler de i5oo autres ans qu'elle a traversés sous le titre de Gaule. Au regard de ces 3ooo ans de gloire que pèsent les 200 ans du royaume de Prusse et les 400 ^ns du duché de Prusse ! C'est une bien courte noblesse.
Un pape condamne la royauté prussienne.
Si les papes excommunièrent l'apostasie d'où naquit la Prusse, ils protestèrent contre la faiblesse de l'Europe qui la laissa ceindre la couronne royale.
Le pape Clément XI s'indigna de cette félonie : il comprenait que la monarchie naissante serait un fléau pour les nations voisines et pour le monde entier.
Dans le Consistoire du 18 avril 1701, il informe le Collège apostolique qu'il a appris et qu'il est notoire que Frédéric, marquis de Brandebourg, « vient de se faire décerner publiquement la dignité et les insignes de la royauté par une investiture profane et jusque-là peut-être sans exemple chez les peuples chrétiens, au mépris de toute autorité de l'Église de Dieu et par la violation sacrilège de l'ancien droit appartenant à l'Ordre sacré et militaire des Chevaliers Teutoniques de cette province ; que par là il s'est mis dans la
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catégorie de ceux dont le Seigneur a dit : « Ils ont régné et ce n'a pas été en mon nom ; ils ont été princes et je ne les ai point connus. »
Le Pape observe combien ce fait est injurieux au Siège apostolique, combien il est contraire aux Sacrés Canons en vertu desquels un prince hérétique devrait déchoir de sa dignité plutôt que d'en recevoir une nouvelle. Et il ajoute que, pour satisfaire autant qu'il est en lui au devoir de sa charge, il a dénoncé à tous les princes catholiques cet attentat irréligieux, les avertissant de ne ratifier en aucune manière le titre usurpé par ledit marquis et de ne pas permettre que la vénérable et sacrée dignité des rois, qui doit être envisagée comme un bienfait singulier de Dieu et qui doit servir au soutien et à lorneraent de la vraie religion, vienne s'égarer et se poser, à son grand détriment, sur la tête d'un prince non catholique.
En effet, on trouve dans la collection des Brefs de l'infatigable Pontife neuf lettres adressées à l'empereur très chrétien, au roi de Pologne, au duc de Bavière et aux autres électeurs du saint empire romain, au Sénat des huit cantons catholiques de la Suisse, où il dénonce ce scandale qui doit attirer les châtiments divins. Le vaillant Pontife renouvela ses protestations dans le Consistoire du 21 janvier 1716, après le Congrès de Bade, où avait été confirmée la reconnaissance officielle de la royauté de la Prusse.
La Prusse, péché de l'Europe.
Ce pape avait du flair. Pourquoi l'Europe ne l'a-t-elle pas écouté ! Elle se fût épargné bien des
malheurs. L'Autriche n'aurait pas eu Sadowa ; la France n'aurait pas eu Sedan ; le monde n'eût pas eu les horreurs de cette guerre.
Joseph de Maistre a dit : « La Prusse est le péché de l'Europe. » Aujourd'hui elle en est le châtiment. L'Europe l'a laissée naître et vivre, alors qu'elle aurait dû l'écraser comme une vipère. La vipère l'a mordue, lui a distillé le venin de ses erreurs et cherche aujourd'hui à la tuer.
Heureusement les nations ont enfin compris qu'elle est leur ennemie. En vain la vipère dresse sa tête et siffle de rage : elle est blessée, elle se tord en des convulsions qui sont encore redoutables, mais qui seront les dernières, car la France lui broiera la tête sous son talon : ipsa conteret caput tuum.