SAINT REMY APRÈS SA MORT
Il protège la France.
Saint Remy depuis sa mort n'a cessé de donner à la France des preuves de sa tendre protection.
La ville de Reims prend autour de son tombeau une importance croissante. Elle devient la première capitale de l'Austrasie. Metz sera la seconde. C'est de là que les successeurs de Clovis étendent leur domination jusqu'au Rhin et par delà le Rhin.
C'est là que notre apôtre veille sur sa nation. C'est là qu'une nuit il apparaît au moine Raduin avec la Sainte Vierge et que Marie dit en le montrant : « Voilà un des grands patrons de la France. »
La ville du Sacre.
A partir des Capétiens, Reims devient régulièrement la ville du Sacre. C'est saint Remy, toujours Avivant dans la personne de ses successeurs, qui donne au roi l'onction divine, qui lui recommande de faire toujours à son peuple équité et miséricorde , qui lui rappelle le pacte conclu entre le Christ et la fille aînée de l'Église.
Ce sacre est comme un renouvellement périodique de nos promesses baptismales, une renaissance spirituelle, et c'est pourquoi le vieux cri de joie de nos aïeux y retentit si allègrement : Noël ! Noël ! La France y retrouve à chaque génération comme une vie nouvelle.
Jeanne d'Arc à Reims.
C'était bien la pensée qui poussait Jeanne d'Arc à aller à Reims et à y conduire Charles VII. Dieu a voulu que la sainte jeune fille qui représentait la France eût des accointances mystiques avec tous nos grands patrons du ciel.
Elle déploie sa bannière au tombeau de saint Martin. Elle s'agenouille à Saint-Denis devant le tombeau du grand martyr.
Mais elle est née à Domremy, c'est-à-dire dans un fief de saint Remy : elle n'aura de repos qu'après avoir été prier sur son tombeau.
Rien n'égale sa joie le jour où elle peut enfin pénétrer, son étendard à la main, dans l'illustre cathédrale.
Avec quelle ferveur elle y prie pour la France ! Elle comprend que là est le cœur de la patrie.
Voyez-la au pied de l'autel, la figure irradiée par l'extase ; elle renouvelle les promesses baptismales de sa patrie ; elle médite sur le pacte conclu jadis entre le Christ et les Francs. Personne n'en a mieux compris le sens mystique. Elle sait que le vrai roi de France, c'est le Christ, le roi des cieux, et que Charles n'est que son lieutenant, elle l'a dit un jour à ce prince : rex coeloriiin qui est rex Galliae. Elle sait que le sacre est l'investiture qui fait descendre l'autorité du Christ sur son vice-roi de la terre. Elle médite le conseil que l'Eglise, par la voix du Pontife consécrateur, donne au souverain : Equité et miséricorde; devise admirable qui contient le secret de la grandeur des peuples. Et son âme s'envole vers le ciel pour aller là-haut avec nos anges et nos saints offrir à Dieu la nation des lis.
Haine teutonne contre le berceau de la France.
Les Teutons ont compris eux aussi ce que Reims est pour la France, et c'est pourquoi, semble-t-il, ils ont voué à la ville sainte une haine inextinguible qui éclate périodiquement au cours de notre histoire.
Il y a longtemps qu'ils auraient oublié Tolbiac, si cette bataille n'avait été suivie du baptême de Reims. Mais ils savent que le baptême a complété l'œuvre de Tolbiac et plus fait pour notre puissance que la victoire elle-même. Ils voudraient en détruisant notre baptistère prendre la revanche de leur vieille défaite.
Peut-on expliquer autrement ce mot que Goerrès écrivait, il y a cent ans : « Détruisez cette cathédrale de Reims où a été sacré Clovis et où est née la nation des Francs. »
En ii24> l'empereur allemand Henri V, excommunié par le pape français Galixte II au concile de Reims, a juré de se venger en détruisant cette ville et ses églises. Mais Louis VI et ses barons déploient l'oriflamme de saint Denis et se réunissent autour du tombeau de saint Remy ; ils allaient de là s'élancer vers la Meuse où se trouvait l'armée du Kaiser, lorsque celui-ci jugea prudent de se retirer au delà du Rhin.
A la fin du même siècle, saint Albert, nommé évêque de Liège, poursuivi par la haine de Henri VI de Hohenstaufen le Cruel, se réfugie à Reims : il est tendrement accueilli et sacré évêque par le successeur de saint Remy, Guillaume aux Blanches Mains. Henri le Cruel furieux jura de se venger et il recourut à l'espionnage, à la trahison et à l'assassinat, méthodes qui sont toujours en honneur parmi ses successeurs. Des chevaliers allemands arrivent à Reims, s'introduisent dans les bonnes grâces du saint prélat et, l'ayant un jour conduit dans un lieu solitaire, ils l'assassinent lâchement (24 novembre 1192). L'historien de saint Albert, parlant des Teutons, auteurs de ce crime, s'écrie : « Bn aucun siècle, en aucun pays, la barbarie n'a produit de pareils traîtres (i). »
Les traîtres devaient revenir à Reims. François I*"" apprit pendant sa guerre avec Charles-Quint que cette ville regorgeait d'espions qui s'étaient fait naturaUser. Déjà ! Il rendit donc, le 4 septembre i543, à Reims,
(i) Nullis seculis, nulla provincia, nulla barbaries taies prO' tulit proditores.
un décret où il disait : « Il est bien vraisemblable que la plus grande partie des dessus dicts ne résident en notre royaume par affection quils aient à nous et au bien de nos affaires, mais pour, en faisant leur prouffit particulier, donner avis au dit empereur et ses ministres de tout ce qu'ils entendent de Testât et dispositions de nos dites affaires, ainsi que sommes très bien avertis qu'il a été fait depuis l'ouverture de la guerre. » Par ce même décret, il faisait expulser tous les Allemands suspects et confisquer tous leurs biens.
La Cathédrale.
De nos jours, nous savons que la haine germanique est plus ardente que jamais envers la plus belle cathédrale du monde. Il s'agit de prendre la revanche de Tolbiac et de détruire, suivant le conseil de Gœrrès, le baptistère de la France, comme si le canon pouvait atteindre un baptême, comme si un obus pouvait tuer l'âme qui s'est un jour élancée de ce berceau.
Les Barbares ont beau dire : Ce n'est pas une église, c'est une forteresse, que nous voulons abattre. Pur mensonge ! Ils n'ont aucune raison stratégique qui les excuse : la jalousie seule les inspire, jalousie contre un chef-d'œuvre de l'esprit latin qu'ils n'ont jamais pu égaler ; jalousie contre les souvenirs de la France qu'évoquent ces pierres merveilleuses ; jalousie contre sa puissance, née de sa religion et si intimement liée au siège de saint Remy.
Et cependant, oui, ils ont raison, quoique ce ne soit pas au sens où ils le prétendent, cette église est une
forteresse, mais c'est la forteresse spirituelle de la France. Oui, il y a là-haut dans ses tours et sur son portail des guerriers qui veillent, ce sont nos anges, nos saints et surtout saint Remy. Ils défendent notre patrie par leurs prières. Le feu a pu calciner la pierre de leurs statues ; mais, sous la morsure des flammes, nos amis célestes n'ontcessé d'intercéder pour nous. Le canon a pu tonner ; il n'a pas étouffé la grande voix qui crie vers le ciel : « Sauvez la France et châtiez les Vandales ! »
La sainte, l'admirable cathédrale sortira, nous l'espérons, couverte de glorieuses cicatrices, plus belle encore dans sa douleur que dans sa splendeur passée : mais alors même qu'elle périrait, vous n'auriez pas tué l'âme de la France, ô démolisseurs stupides. Non seulement, elle ne mourra pas, cette âme qui est née à Reims, mais elle retournera à son berceau; elle y concevra une sainte haine contre le crime et le vandalisme qui ont voulu anéantir sa foi et son Dieu, mais aussi elle y puisera une vie religieuse plus profonde ; elle y renouvellera avec le Christ le pacte qui est le fondement de son immortalité. Elle en sortira plus chrétienne et par conséquent plus puissante. Saint Remy la bénira et l'abritera sous son manteau tandis que saint Boniface rougira de vous, ô iconoclastes, qui avez renié ses enseignements.
Mes bien chers Frères,
L'histoire nous montre peu de femmes d'une physionomie aussi vénérable et qui aient joué un rôle aussi important que sainte Glotilde. Chrétienne incomparable, elle s'efforce de christianiser tout ce qui l'approche. Elle chxnstianise son mari, elle christianise ses enfants, elle christianise son peuple. Elle leur fait connaître et aimer son Dieu. Son Dieu ! Elle peut donner ce nom à Jésus-Christ. On dit le Dieu de Clotilde, à la suite de Clovis, comme on dit, avec la Bible, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob.
Epouse chrétienne, elle gagne par sa douceur et sa tendresse le cœur de son époux ; elle fait du fier Sicambre le doux Sicambre qui adore ce qu'il a brûlé et brûle ce qu'il a adoré. Mère chrétienne, elle souffre cruellement dans ses fils pour avoir le droit de les enfanter à Jésus-Christ ; l'un expire entre ses bras ; plusieurs sont égorgés sous ses yeux ; les autres se montrent indignes d'elle par leurs violences. Reine chrétienne, elle amène sa nation aux pieds du Sauveur ; elle fonde la France catholique et, par elle, cette chose immense et splendide, la chrétienté. Durant sa vie, elle veille à genoux auprès du berceau
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de sa patrie ; après sa mort, elle continue à prier pour elle et à la bénir.
Elle est pour vous, Mesdames, un idéal sublime, mais non inaccessible ; vous pouvez et vous devez l'imiter dans ses trois rôles d'épouse, de mère et de Française. Mais comme ces rôles ne forment pas trois actions successives dans sa vie, comme ils se mêlent dans une magnifique unité, reliés par leur but commun, la christianisation de la France, nous allons les étudier tout simplement suivant l'ordre historique où ils se présentent dans la complexité de sa belle vie.
Rome et les Barbares.
A la fin du v^ siècle, la Civilisation romaine décline terriblement. Elle a perdu ses fières légions dont il ne reste plus dans notre pays que quelques débris commandés par le faible Syagrius. Elle a perdu sa puissance politique, dont il ne reste plus qu'une ombre dans des fantômes de gouverneurs. Elle a perdu sa suprématie intellectuelle et littéraire dont il ne reste plus qu'une flamme pâle et mourante.
Au contraire la Barbarie monte et grandit. Elle a pour elle la force des armes, le fer de sa framée, mais aussi, avec le fer, trop souvent le feu, trop souvent la torche incendiaire, trop souvent la violence, trop souvent le crime sanglant. Elle est plongée dans l'erreur ; tous les peuples qui la composent sont hérétiques ou idolâtres ; les Burgondes, les Visigoths et les Ostrogoths sont ariens ; tous les autres, y compris les Francs, sont païens.
Glotilde est la fille des rois barbares. Princesse
burgonde, elle devrait être arienne, mais, par une grâce singulière du Christ qui a des vues sur elle, elle possède la vérité chrétienne pure et intégrale, elle est catholique. Elle gémit de voir sa race dans l'erreur, elle fait des rêves généreux pour l'illumination de ces pauvres infidèles. Hélas ! ce ne sont que des rêves. L'horizon reste noir et fermé devant elle.
Clotilde épouse Clovis.
Mais voici qu'un grand événement vient changer l'axe de sa vie et lui ouvrir deux perspectives inespérées. Clovis, le jeune roi de l'illustre nation des Francs, a demandé sa main. C'est la puissance qui vient à elle. Oh ! la puissance ! Elle ne la désire pas par un sentiment de vanité ou d'orgueil, mais elle l'accueille avec joie pour la faire servir aux desseins de Dieu.
La voilà reine des Francs ! Elle commence par gagner le cœur de son époux. Trop souvent, la femme pieuse, désirant convertir son mari, n'en prend pas le chemin; elle le prêche, elle le critique ; sa piété est morose, parfois maussade et acariâtre. L'homme est choqué, scandalisé, et il s'obstine de plus en plus dans ses égarements. Il rend la religion responsable des défauts qu'elle ne corrige pas. Il dit à sa femme : Uhi est Deus tiius? Où est ton Dieu? Il est sur tes lèvres, mais il devrait être dans ta conduite et dans ton cœur et je ne l'y vois pas !
C'est vrai. Mesdames, votre vie doit montrer Dieu et le prouver par sa bonté. Le cœur d'un chrétien doit être un ostensoir. Tel est le cœur de sainte Clotilde.
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Par sa douceur, sa gaieté, son affection tendre et délicate, elle s'empare du cœur de Clovis. Il admire ses vertus, il la vénère, il l'aime ; il craint de lui faire de la peine et ne veut rien lui refuser. Quand il la quitte pour aller à la guerre, il emporte la douce image de sa chère Glotilde dans son cœur.
Le Complot sacré.
Un seul point les sépare, la religion. Il est païen, il ne la suit pas dans l'oratoire où elle adore son Dieu. Il continue à honorer ses faux dieux, à écouter leurs prêtres, à consulter leurs oracles. Mais Glotilde bat doucement en brèche ses superstitions. Avec un tact infini, elle lui parle de son Dieu. Oh ! ce Dieu n'est pas dur et méchant comme les dieux germaniques ! Il ne fait pas couler le sang des hommes, puisqu'il a donné son propre sang pour les sauver. Il est le Dieu fort et puissant ; mais il est surtout le Dieu de la miséricorde. Clovis est ému en entendant ces mystères si nouveaux pour lui, mais il ne se rend pas encore.
Glotilde patiente, elle prie, elle fait prier. Elle a rencontré autour d'elle deux grandes âmes qui font écho à ses sentiments : Geneviève la Gauloise, l'ancienne bergère, celle qui a sauvé Paris de la fureur d'Attila en45i, et Remy, l'évêque de Reims, le saint patriarche de la Gaule, qui tous deux désirent ardemment la fusion de leur race avec les Francs. Ges trois grandes âmes forment un complot sacré, pour gagner l'âme de Clovis. Oh ! que de prières ardentes montent de leurs cœurs pour obtenir cette grâce ! La prière, mes Frères, la prière, voilà l'instrument de
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toutes les conversions, voilà l'arme miraculeuse, plus forte que la francisque, qui vaincra le fier Sicambre.
L'épreuve de la Foi.
Et voici qu'une grande espérance luit à leurs yeux. Clotilde est devenue mère. Le petit Ingomir est là dans un berceau. Oh ! cet enfant bien-aimé, de quels yeux sa mère le contemple ! Ce n'est pas seulement son fils, le fruit de ses entrailles, c'est son allié dans la grande œuvre de sa vie, c'est par lui qu elle espère gagner Glovis et les Francs. L'enfant n'est pas seulement l'amour de sa mère, pas seulement sa fierté et son orgueil, c'est sa puissance. C'est lui qui la rehausse et la rend plus vénérable, plus aimable aux yeux de son époux. Il est le trait d'union bien-aimé, le ciment de leurs âmes qui vont désormais se fondre pour se mieux concentrer sur lui, pour mieux édifier son bonheur. Le rôle de l'enfant est silencieux, inconscient ; il est immense.
Il l'est surtout dans la pensée de Clotilde. Celle-ci demande à Clovis de laisser baptiser Ingomir. C'est un sacrifice pour lui, il va mécontenter ses guerriers, ses prêtres, ses dieux. Mais il ne peut rien refuser à la jeune mère qui présente un si bel enfant à ses baisers. Soit, le petit prince, le futur roi des Francs, appartiendra au Dieu de Clotilde.
Mais hélas ! le pauvre enfant tombe malade et meurt ! Quelle angoisse pour sa sainte mère ! Son fils, son premier-né, son amour, son espérance, est là, inerte, glacé, devant elle. Et le père est là, lui aussi, lui le païen, lui le barbare ; il est triste, farouche.
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désespéré, révolté contre ce Dieu des chrétiens qui lui a pris son fils. Et voilà ce qui torture par-dessus tout le cœur de la chrétienne.
« Où est-il ton Dieu, ô Clotilde ? Ubi estDeiis tuus ? Tu le disais puissant, tu le disais bon et compatissant ! Sur ta foi je lui ai donné mon enfant, et il n'a pas su me le garder. J'ai eu tort de ne pas écouter mes prêtres, j'ai irrité mes dieux et ils se sont vengés ! »
Mais la foi de Clotilde reste inébranlable. A force de bonté et de douceur elle finit par apaiser le roi. Elle l'apaise si bien que lorsqu'elle a un second fils, le petit Glodomir, après bien des hésitations, Glovis consent à le laisser baptiser.
Mais, hélas ! l'enfant tombe malade à son tour, il est aux portes de la mort. Ah ! cette fois, c'est horrible ! Où est ton Dieu, ô Clotilde ? Va-t-il t'abandonner de nouveau? Va-t-il se retourner contre toi, que dis-je se retourner contre lui-même et perdre à jamais sa cause ? Mais non, la reine ne perd pas confiance. Elle prie avec Geneviève, elle prie avec Remy, et l'enfant ressuscite, et les angoisses de son père et de sa mère sont calmées. Glovis presse cet enfant sur son cœur ; il ne demande plus où est le Dieu de Clotilde. Ce Dieu est là pour lui dans le miracle de cette guérison, dans le sourire, dans la vie de cet enfant chéri.
La victoire de Tolbiac.
Mais cette victoire de la foi est le prélude d'une autre plus éclatante encore. Voici la guerre. Voici le combat. Les Alamans, jaloux des Francs, viennent leur disputer le sol béni de la Gaule. Ils sont forts. Ils sont
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féroces ! Et voici, hélas ! que les Francs commencent à fléchir. En vain Glovis, sur son cheval de bataille, accomplit des prodiges de valeur, en vain il invoque ses dieux : il faut céder, s'enfuir, ou bien se faire massacrer.
Et voici que la douce image de Glotilde passe devant ses yeux. Il se souvient de ses conseils, de ses promesses. Il ne voit plus que son Dieu qui puisse le sauver. Et tout à coup, illuminé par la grâce, il s'écrie : « Dieu de Glotilde, si tu me donnes la victoire, je me fais baptiser. » Et le courage renaît en son cœur, et la panique se met parmi ses ennemis. Ils fléchissent à leur tour. Grand Dieu ! les voilà en fuite. En fuite les hordes teutonnes ! En fuite les dieux de la Germanie ! En fuite tout le Walhalla ! Dieu de Glotilde, que tu es puissant ! Dieu de Glotilde, les Francs reconnaissants sont à toi avec leur roi ! Tu es leur sauveur : tu seras leur Dieu !
Je vous ai déjà dit dans la vie de saint Remy l'importance de cette bataille de Tolbiac qui a changé l'axe du monde, en orientant la France et par elle l'Europe dans les voies catholiques. Mais qui dira la joie et la reconnaissance de sainte Glotilde ! Que de fois elle dut faire, au moins en esprit, le pieux pèlerinage de ce champ de bataille ! Avec quelle avidité elle a dû écouter le récit que son époux lui fit de l'heure émouvante, psychologique, où son cœur avait été changé.
Le baptême de Reims.
Après la bataille, saint Remy donne le baptême à Clovis et à ses Francs, le jour de Noël 496. L'Eglise
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tout entière tressaille de joie. Saint Avit tressaille et écrit à Clovis : « Une nouvelle lumière s'est levée sur le monde ! Votre joie est notre joie, votre victoire est notre victoire. La Noël du Christ est la Noël des Francs. » Saint Remy tressaille : il annonce la grandeur et l'immortalité de la France ! Sainte Geneviève tressaille : elle peut chanter son Niinc dimittis et mourir en paix, elle a vu l'aurore se lever sur la Gaule et sur le monde après la nuit du paganisme ! Mais que dire de Clotilde ! O femme illustre, ce baptême est ton œuvre. C'est toi, qui, par tes vertus et tes prières, as enfanté au Christ cette belle nation chrétienne ! Où est-il ton Dieu, ô Clotilde ? Aujourd'hui, il est à l'honneur; il reçoit les hommages d'un peuple nouveau qui va bientôt amener à ses pieds vingt autres peuples ! Le Dieu de Clotilde sera le Dieu de l'Europe renouvelée.
La vie de Clovis converti.
Mais l'œuvre de la reine n'est pas terminée. Clovis est baptisé, mais il faut achever de christianiser son âme. C'est pour elle un bonheur de voir les progrès qu'il fait dans sa foi.
On a dit que Clovis resta barbare après son baptême et qu'il rougit ses mains de crimes odieux. On cite les meurtres de princes germains dont plusieurs étaient de race franque comme lui et même de sa famille. Mais il faudrait prouver que ce furent des crimes. Ces princes teutons étaient pour la plupart des hommes fourbes, cruels, souvent coupables de crimes nombreux et qui voulaient détruire la France. Clovis les exécuta d'une manière sommaire, mais il
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faut se rappeler que c'était là un pouvoir reconnu aux rois barbares. En mettant à mort des bandits qui attaquaient sa nation, il faisait œuvre de justice et de patriotisme et non pas de barbarie.
Nous savons qu'il écoutait les conseils de Glotilde, qu'il aimait à s'associer à ses œuvres de miséricorde et à toutes celles qu'elle faisait éclore autour d'elle. Il y avait un cousin et un filleul du roi, nommé Léonard, qui, touché par la gi'àce, consacra sa vie à la piété et à la charité et que Dieu récompensa par le don des miracles. L'Église l'a canonisé et de nombreuses paroisses s'honorent de son vocable. Un jour il obtient par ses prières l'heureuse délivrance de la reine qui, sur le point de devenir mère, était tombée malade. Il demande pour récompense et, par l'intervention de Glotilde reconnaissante, il obtient de Glo^^s le privilège de visiter les prisons et de délivrer tous les captifs qu'il trouvera innocents. Il en libère ainsi un grand nombre, et c'est pour cela qu'on le vénère comme le patron des prisonniers.
Il y en a parmi vous, mes bien chers Frères, plusieurs qui ont des enfants, des parents, des amis prisonniers en Allemagne. Vous pensez souvent avec inquiétude à ces chers absents. Combien vous souhaiteriez d'être auprès d'eux pour adoucir leur sort ! Eh bien, invoquez pour eux saint Léonard ; demandez-lui de les consoler, de les soutenir et de hâter bientôt leur délivrance en hâtant la victoire de la France.
Glovis s'associait aussi aux œuvres religieuses et aux pieuses fondations de la reine.
Il était heureux d'enrichir les églises qu'elle faisait construire de concert avec sa vénérable amie sainte Geneviève. G'est sans doute grâce aux largesses du roi et de la reine que Geneviève éleva le petit oratoire
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de saint Denis, que fut ornée splendidement la basilique de saint Martin à Tours, que fut construit le tombeau de saint Germain à Auxerre.
C'est avec joie que Clotilde voit la Gaule et la France se fondre dans une puissante unité et former la nation très chrétienne. C'est avec joie qu'elle voit la loi salique modifiée et corrigée dans le sens chrétien et qu'elle s'unit au grand cri de nos pères : « Vive le Christ qui aime les Francs ! » C'est avec joie qu'elle voit Clovis vaincre l'arianisme avec les Visigoths et Alaric à Vouillé. C'est avec joie qu'elle voit les Burgondes ses compatriotes se rapprocher peu à peu de la foi catholique. C'est avec joie qu'elle voit Clovis, étendant son pouvoir jusqu'au Rhin, assurer à la France ses limites naturelles, celles qu'elle a toujours eues en temps normal, qu'elle doit s'efforcer de reconquérir quand elle les a perdues, et qu'elle va bientôt, nous en avons la certitude, refleurir de ses drapeaux victorieux.
Mort de Clovis et de Geneviève.
Un jour, d'une fenêtre de leur palais des Thermes, Clotilde et Clovis contemplaient la colline de Lutèce, où s'élève aujourd'hui le dôme majestueux du Panthéon. C'était alors une solitude inhabitée. Sur la demande de son épouse, le roi promit d'y élever, en l'honneur des Saints Apôtres Pierre et Paul, une vaste et belle église qm devait leur servir de sépulture. L'édifice n'était pas complètement achevé quand Clovis mourut à la fin de l'an on. Le grand conquérant n'avait que quarante-cinq ans. Mais son œuvre était immense et splendide. Il avait, sur les ruines de la
barbarie et de l'arianisme germaniques, assis à jamais la puissance de l'Eglise catholique et celle de la France chrétienne. Il se dresse noblement entre Constantin et Gharlemagne et fait grande figure auprès de ces deux géants.
Cinq semaines après lui, le 3 janvier 012, sainte Geneviève mourait à son tour. Glotilde voulut que sa sainte amie reposât comme une reine aux côtés de Glovis.
Les douleurs de la veuve.
Glotilde, veuve avant d'avoir quarante ans, vécut encore trente-trois ans et mourut plus que septuagénaire en 545. Elle connut toutes les doulem-s. Elle vit les crimes se multipUer autour d'elle jusque parmi ses enfants. Elle vit son fils Glodomir tué dans une bataille ; les deux enfants de Glodomir égorgés par leurs oncles ; sa fille Glotilde mourir de tristesse et des traitements infligés par le roi visigoth son époux. Elle but le calice jusqu'à la lie, mais avec une foi et un courage indomptables. Mère douloureuse, elle resta debout comme Marie au Calvaire : Stabat Mater dolorosa.
Elle alla puiser la force auprès du tombeau de saint Martin à Tours, son douaire royal, où elle passa ses dernières années dans la prière et l'exercice des plus héroïques vertus. Elle otfrit toutes ses souffrances poui' la nation bien-aimée qu'elle avait introduite dans l'Eglise. Après sa mort, son corps fut porté à Paris et inhumé à côté de celui de Geneviève dans sa chère église de la colline de Lutèce. C'est là qu'elles
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ont dormi pendant plus de douze siècles, entourées de la vénération de leur peuple, jusqu'au jour où la Révolution brûla leurs restes sacrés. Toutes deux avaient bien mérité d'être invoquées comme les patronnes de Paris et de la France.
Les reines de France.
Sainte Clotilde devait revivre dans son illustre belle-fîUe sainte Radegonde, épouse de son fils Clotaire P"", elle aussi reine des Francs, et qui finit ses jours à Poitiers, dans les exercices de la pénitence et de la piété.
Elle devait revivre dans la personne de Glotsinde, sa petite-fille, fille de Clotaire P'', qui jeta les premiers germes de la foi catholique dans la nation des Lombards dont elle avait épousé le roi Alboin. Elle avait hérité du zèle de sa pieuse grand'mère, qui l'avait sans doute bercée dans ses bras. Saint Nizier, évéque de Trêves, lui écrivit une lettre précieuse où il lui donnait Clotilde pour modèle. « Vous avez, lui disait-il, entendu dire comment votre aïeule Clotilde, d'heureuse mémoire, est venue au pays des Francs et comment elle a amené le seigneur Clovis à la foi catholique. » Clotsinde n'eut pas la joie de voir sa nation adoptive se convertir, car elle mourut à la fleur de 1 âge, mais le germe qu elle avait jeté leva bientôt, grâce à une autre j^rincesse franque, Théodelinde, devenue elle aussi reine des Lombards.
Elle devait revivre dans son arrière -petite -fille, Berthe, fille de Garibert, roi de Paris, qui, devenue reine du Kent, dans la Grande-Bretagne, amena son
époux, le roi Ethelbert, à la foi catholique, en 697, exactement comme elle-même y avait amené Glovis cent ans plus tôt. La fille de la reine Berthe, la princesse Ethelberge, joua le même rôle apostolique auprès d'Edwin, roi de Northumbrie, son époux. Encouragée par le pape Boniface IV, elle travailla avec succès à la conversion de son peuple. C'est ainsi que la France eut la gloire d'être, en la personne de deux princesses du sang de sainte G'otilde, l'introductrice de l'Angleterre dans la chrétienté.
Clotilde devait revivre dans une autre reine des Francs, sainte Bathilde, épouse de Clovis II, qui finit sa vie dans l'humilité et la prière au monastère de Chelles fondé par sa sainte aïeule.
C'est ainsi que la sainteté fleurit dans la famille royale, autour du berceau de la France, sous les traits de ces femmes admirables, refoulant peu à peu la barbarie qui persistait, elle aussi, dans les sanglantes querelles de Brunehaut et de Frédégonde, derniers rugissements, spasmes suprêmes de la bête vaincue.
Toutes ces illustres reines de la race mérovingienne nous apparaissent comme le prolongement de leur aïeule Clotilde : elles continuent et amplifient son rôle, en faisant rayonner l'Evangile non seulement sur la France, mais sur les nations voisines.
Le modèle des femmes françaises.
Clotilde continua à veiller sur la France après sa mort. Dans les calamités publiques, on portait à Paris à travers les rues la châsse de sainte Geneviève, mais
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on y joignait celle de sainte Clotilde. Ces deux saintes ont toujours protégé notre patrie. Elles ne l'abandonneront pas. Mais c'est par votre moyen, ô femmes françaises, qu'elles agiront.
A vous de christianiser vos maris et vos fils. L'œuvre est parfois difficile, vous rencontrerez des résistances dans la tête, dans le cœur de ces êtres bien-aimés. Ils vous feront des objections; ils vous diront : « Ubi est Deiis tiiiis ? Où est votre Dieu? » Laissez-les dire, patientez, priez, répondez par vos actes : « Mon Dieu, il est dans mon cœur qui pardonne, qui bénit, qui aime, qui se dévoue. » Votre cœur, ah ! voilà le sanctuaire où vos maris et vos fils veulent voir leur Dieu et, quand ils l'y reconnaissent, ils finissent par se rendre à lui et à vous. Imitez sainte Clotilde.
Vous me direz peut-être : « Nous ne sommes pas des reines ! » Pardon ! Vous avez un petit royaume, celui de votre foyer, où vous tenez le sceptre et où vous pouvez vous faire obéir, si vous savez commander.
Vous me direz encore : « Nos maris ne sont pas des rois ! » Pardon ! Ils ont une parcelle infinitésimale de la royauté qu'ils exercent par leur participation à la vie nationale et surtout par leurs votes. Et puis, plusieurs d'entre eux, par leur talent, leur parole, leurs écrits, leur position sociale, exercent une royauté intellectuelle et morale. Il est donc souverainement important que vous ameniez tous ces chers Clovis à la pratique de la religion.
Il nous faut un nouveau Tolbiac.
La victoire de Tolbiac est la première que la France ait remportée sur l'Allemagne. C'est aussi la plus importante, car elle sauva la jeune nation qui allait périr dans son berceau, et la délivra pour des siècles de la terreur des incursions germaniques. Non seulement la France ne fut plus sérieusement inquiétée sur la rive gauche du Rhin qui lui appartenait tout entière, mais elle s'étendit au loin sur la rive droite jusqu'au delà de la Bavière et de la Thuringe. Les rois d'Austrasie, purs mérovingiens, qui avaient leur capitale à Reims d'abord, puis à Metz, firent trembler l'Allemagne : c'était absolument nécessaire pour empêcher ces tribus turbulentes de venir infester nos terres et pour assurer à notre pays une paix durable.
C'est cette victoire complète que Clotilde avait demandée à Dieu. Or c'est la même qu'il nous faut, car nous sommes dans la même situation qu'autrefois. Les mêmes barbares veulent non seulement nous vaincre, mais nous anéantir. C'est la fin de la France, si nous sommes vaincus et, même, si notre victoire ne va pas jusqu'à la destruction complète de la force militaire de nos ennemis, car, autrement, il est certain qu'ils se relèveront et que, dans quelques années, ils seront bien plus puissants qu'ils ne le sont aujourd'hui et nous feront une guerre bien plus terrible. Ne craignons pas d'être ambitieux ou inhumains en désirant l'anéantissement, non pas de la race barbare qui nous menace, mais de la puissance politique dont
jga NOS ALLIES DU CIEL
elle fait un si déplorable usage. Soyons aussi hardis que sainte Glotilde et demandons-lui un nouveau Tolbiac dont l'effet soit, comme celui de l'ancien, la suprématie de la France sur l'Allemagne pour des siècles.
Nouveau baptême de Reims.
Mais il faut que ce nouveau Tolbiac soit suivi d'un nouveau baptême et d'un nouveau pacte de Reims, d'une renaissance de notre pays. Irons-nous dans la chère cité martyre, dans sa cathédrale mutilée mais encore debout, pour brûler comme nos pères les vaines idoles d'erreur et de péché que nous avons adorées et pour adorer ce Dieu dont nous avons trop longtemps brûlé le pacte? Verrons-nous un splendide renouveau de foi et de piété éclater dans le printemps de nos victoires? C'est le désir du ciel, c'est le vôtre, mes Frères ; mais il dépend tout particulièrement de vous qu'il se réalise, ô pieuses Clotildes de nos jours, dont les époux et les fils combattent à cette heure aussi vaillamment que les Francs de Glovis.
Ainsi soit-il.
SOS ALLIES DU CIEL. — l3
Mes bien chers Frères,
Vers le milieu du xiii® siècle, le khan des Tartares demanda un jour à un missionnaire quel était le plus grand prince du monde. Le religieux, hanté sans doute par le souvenir de Gharlemagne, le fondateur de l'empire d'Occident, répondit : « C'est l'empereur d'Allemagne. » — « Tu te trompes, reprit le barbare, le plus grand prince du monde, c'est le roi de France. »
Or, le roi de France s'appelait alors Louis IX, notre saint Louis, et l'empereur d'Allemagne s'appelait Frédéric IL L'un était le chevalier sans peur et sans reproche, le héros de la croisade ; l'autre était le comédien de la croisade, le traître qui s'était allié avec les Sarrasins contre les chrétiens d'Orient et avait mérité plusieurs fois d'être excommunié pour ses violences et ses impiétés. C'est ainsi que la France et l'Allemagne étaient respectivement représentées au xiii*^ siècle : l'une incarnait l'honneui' en la personne de saint Louis ; l'autre incarnait l'astuce et la cruauté en la personne de Frédéric II.
Saint Louis, par ses exploits, avait porté jusqu'au fond de la Tartarie la réputation de la France ; il l'avait élevée bien au-dessus de la Germanie, même dans l'esprit d'un barbare. Va-t-il aujourd'hui l'abandonner ?
Je crois que le meilleur moyen de répondre à cette question est de nous rappeler ce qu'a été le patriotisme de Louis IX dans ses sentiments et dans ses actes, comment il a aimé et comment il a servi la France. La conclusion en sortira en un vol de joyeux pronostics : le saint roi nous apparaîtra comme notre allié tout dévoué dans le ciel à la patrie qu'il a tant aimée sur la terre.