UN CHEVAL (CAMOUFLE) EN TIGRE
soleil briller sur des zebres de facon a les rendre invisibles, ou méme indistincts, sur une plaine dénudée. Et, cependant, cest par milliers et millers que j’ai vu des ZEDTES) (=)
D’autres auteurs, notamment le regretté Théodore Roosevelt, qui fut un grand chasseur et un naturaliste de haute réputation avant et apres son avénement a la présidence des Etats-Unis, affirment comme Selous que ces fameuses bandes ne protegent en rien le zebre.
Les mouches pullulent dans les régions chaudes de V Afrique, et notre cheval-tigre se bat sans cesse les flancs a coups vigoureux de sa longue queue — infaillible moyen pour attirer l’attention sur lui, méme au clair de lune!
Et je noterai encore que le lion, son ennemi héréditaire, se sert beaucoup plus de son odorat que de sa vue pour chasser, qu'il n’opere généralement que la nuit, 4 moins qu il ne s’embusque prés d’une source ou d’une mare.
Me reprochera-t-on de m’étre étendu outre mesure sur ce chapitre de la « coloration protectrice )»? Il est bon, de temps en temps, de faire (exploser » en science des dogmes sacro-saints !
Le genre que nous étudions ici est répandu dans une grande partie de l’Afrique, depuis les régions montagneuses de l’Abyssinie jusqu’au Cap de Bonne-Espérance, et de la rive du Grand Océan jusqu’au fleuve Congo.
Ainsi dispersé sur un immense territoire, il devait donner naissance 4 plusieurs races; et c’est bien ce qui s’est produit. Je me garderai d’énumérer les treize espéces que la zoologie a décrites et baptisées. Qu’il suffise de dire que
Von raméne ce chiffre 4 quatre groupes: le Zébre de Mon- 30
tagne, le Quagga, le Zebre de Burchell et le Zébre de Grévy.
Le premier vit par petites bandes dans les régions montagneuses de la Colonie du Cap. Chaque troupeau est soumis a l’autorité d’un chef, étalon qui désigne une
sentinelle pour veiller au salut commun pendant que les autres membres de la tribu paissent sur une pente abrupte.
Dés que le factionnaire, posté sur un rocher, fait entendre le signal d’alarme, en langant un hennissement qui se
5 termine en coup de sifflet, toute la bande galope vers lui, regarde dans la direction du danger (d’un chasseur qui s’approche, par exemple) puis, convaincue qu’il ne s’agit pas d’une fausse alerte, s’enfuit 4 travers crevasses et précipices avec lagilité et la vitesse du chamois.
1o Grace autant a sa vigilance et 4 sa rapidité de mouvement qu’aux refuges inaccessibles qu’elle trouve dans les montagnes de |’Afrique Australe, cette espéce a échappé a Vextermination dont nous allons parler, et elle jouit maintenant de la protection du gouvernement sud-africain qui
ts en interdit la chasse.
La deuxiéme espéce n’a pas eu le méme sort, et nous résumerons en quelques mots ses lamentables destinées : il ne reste plus wn quagga vivant, alors que l’on aurait pu en compter des centaines de milliers, sinon des millions,
20il y a moins d’un siecle!
Les quaggas, qui doivent leur nom 4a la langue des Hottentots (onomatopée imitant leur cri perg¢ant couaha-ha), vivaient dans les immenses plaines entourant les massifs montagneux ow a survécu l’espéce que nous venons
25 de décrire.
Ils partageaient ces domaines avec des hordes d’antilopes et des troupeaux d’autruches, et n’avaient d’autre moyen de défense que leurs jarrets rapides. Les Hottentots, armés de leurs arcs et de leurs javelots, éprouvaient des
30 difhcultés quasi insurmontables pour les atteindre.
La colonisation de Afrique Australe par des paysans hollandais changea la situation. Dieu me garde de médire des cultivateurs! Mais c’est une vérité vieille comme le monde quils portent au gibier une haine féroce, en l’accu-
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sant de dévaster leurs champs et de brouter Vherbe des prairies ou paissent leurs bestiaux.
Armés de gros fusils qu’ils appelaient « fusils a éléphants,» les Boérs entreprirent le « nettoyage » de ces plaines, et l’ceuvre d’extermination se poursuivit sans arrét. En 1870, elle était 4 peu prés terminée: les quaggas devenaient si rares que le monde scientifique s’en inquiéta et que de nombreux muséums d’Europe dépéchérent des agents pour se procurer des peaux destinées a leurs collections.
Mais il était trop tard! Tous les quaggas avaient disparu!— Pardon! J’exagére! Il en restait wn sur la terre: un vieux pensionnaire du Jardin Zoologique de Londres, qui vivait en captivité depuis 1858, et qui s éteignit en 1873.
Cette extinction totale est d’autant plus lamentable que le quagga se différenciait trés nettement des autres espeéces de zébres, car il n’était rayé que sur la téte et sur Vavant-corps.
L’espéce dite de Burchell, qui comprend de nombreuses variétés ou sous-races, est la plus répandue. Ces beaux équidés, entiérement couverts de larges bandes, vivent par troupeaux de vingt 4 cent tétes commandés chacun par un étalon.
Ils ne sont pas d’humeur farouche, et leur curiosité les pousse a s’approcher d’une caravane en marche et a gambader autour d’elle, lorsqu’ils n’ont pas encore appris a leurs dépens la mauvaise béte qu’est le chasseur armé d’un fusil a longue portée !
On les rencontre toujours en compagnie de gnous, de gazelles et autres antilopes, ou méme d’autruches. Mais ces moeurs débonnaires ne les empéchent pas, a l’occasion, de faire preuve de qualités guerriéres, comme nous allons
voir, ; WINGATE JUNIOR R COE
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Dés qu’ils voient des hyénes ou des chiens sauvages réder autour de leur bande dans l’espoir de s’emparer d’un poulain, tous les males adultes, conduits par l’étalon-chef, se précipitent férocement sur l’ennemi, qu’ils terrassent en
sse servant de leurs sabots antérieurs, et qu’ils piétinent a mort. Leurs dents infligent des blessures terribles.
Il me reste a parler de la quatriéme espéce, la seule que connurent les Romains, qui l’exhibérent au Colysée vers le milieu du IIT® siécle de notre ere. Cependant, elle ne
tofut « redécouverte » qu’en 1882 par le naturaliste francais Custalet, qui la baptisa en V’honneur du Président Grévy.
Le zébre de Grévy, répandu en Abyssinie, dans le Somaliland et dans quelques districts désertiques de |’Afrique Orientale Britannique, est un magnifique animal qui
rsatteint la taille d’un cheval, et dont la robe est ornée d’étroites bandes qui étendent sur tout le corps (sans en excepter ni les Jambes ni la queue) un gracieux réseau de dessins symétriques.
Les oreilles sont plus grandes et plus larges que chez
20l’ane. L’espéce vivant dans des régions arides couvertes de buissons et hantées par de véritables meutes de lions, la finesse de l’ouie est pour elle d’importance vitale: d’ot le développement, en apparence anormal, de ses oreilles externes.
25 Elle se distingue encore des autres zébres par ses sabots tres larges. Et, la aussi, nous trouvons une explication dans la nature sablonneuse du terrain ot le zébre de Grévy peut galoper a une vitesse considérable grace a ces larges sabots qui ont une ( surface portante » plus grande.
30 Souhaitons que ces beaux zébres, que les amateurs de grandes chasses poursuivent implacablement depuis le début de ce siécle, n’aient pas le sort des infortunés quaggas. Pendant qu’il en est encore temps, protégeons les derniers survivants de la grande faune africaine! Ména-
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geons-leur, par des lois sévéres, d’inviolables asiles dans ces régions impropres & la colonisation ot ils se sont réfugiés !
QUESTIONS