‹ Nos Amis Les BêtesChapitre 20 sur 29 · partie découverte: visage, oreilles, mains, pieds. II a · texte numérisé non relu

partie découverte: visage, oreilles, mains, pieds. II a

pour les orteils un faible qui doit avoir ses raisons physiologiques: minimum de sensibilité? éloignement des centres Menveuxn . « .

nn

fo)

Durant cette inspection minutieuse, il n’a pas cessé de voler — de ce vol mou et silencieux des chauves-souris que Vouie dun homme évezl/é ne saurait entendre ou soupconner. Son choix fait, il se pose dans lair devant l’en-

s droit, et, continuant a battre des ailes, enveloppe le dormeur d’une brise bienfaisante qui rend son sommeil plus profond !

Alors, dun coup précis de ses incisives, tranchantes comme des lames de rasoir, il détache la languette de peau

ro et boit, en les léchant, les gouttelettes de sang qui suintent de la blessure, opérations qu’il accomplit sans interrompre son vol, sams se poser sur sa victime, sans s’accrocher a elle.

Autant que j’ale pu en juger, il est sans exemple qu’un

ts homme soit réveillé par le coup de dents, et je crois méme que le sommeil devient plus profond aprés la saignée. Celle-ci est généralement inoffensive, et c’est 4 croire que le «bistouri» du vampire est aseptisé! La minuscule plaie se cicatrise trés rapidement, et ses traces sont effacées zoapreés deux ou trois mois.

Jai bien entendu dire que le vampire mordait parfois derriére le lobe de Voreille et qu’il en résultait une hémorragie qui pouvait entrainer la mort. C’est possible ; mais je n’ai observé personnellement aucun cas de ce

25 genre.

Par contre, je sais qu’un jeune ingénieur frangais, terrassé par la fiévre, fut saigné plusieurs nuits de suite par les chauves-souris et succomba a la perte de sang, la coagulation ne s’étant pas produite assez rapidement. C’est

3ole seul cas de mort par attaque de vampire que je puisse citer avec conviction.

Voici une anecdote moins tragique. Une nuit, j’étais couché dans une maison de planches au village de Chépigana. J’avais escorté jusque la un jeune homme, fils

d’un directeur de notre compagnie miniére, venu de New- York en tournée d’inspection. Il avait une peur terrible des vampires, et, sur sa priére, nous avions fermé portes et fenétres malgré la chaleur — et malgré l’odeur que dégageait dans la piece une provision de viande boucanée. 5

Vers le matin, mon compagnon, dont le hamac cétoyait le mien, me réveilla :

— Je suis tout mouillé, me dit-il. Je dois me trouver sous une gouttiére! Vous ne pourriez pas allumer ?

A la lueur de la chandelle, nous vimes que le plastron de 10 sa chemise était imbibé de sang. C’était juste sur le bout du nez que le vampire avait taillé sa sanglante signature !

Vous aurez remarqué que cette petite tragédie se déroula dans un endroit clos. Pour pénétrer dans la maison, le vampire avait dt se faufiler sous la toiture en tole ondulée, rs soit par un espace qui ne pouvait pas avoir plus de quatre centimétres de largeur ou de profondeur. C’est donner une idée du volume de la béte.

Ces buveurs de sang s’attaquent probablement 4 tous les animaux, domestiques ou sauvages. J’ai relevé souvent 20 au matin des cicatrices sur la croupe de mes chevaux et mulets, qui n’en paraissaient nullement incommodeés. II n’en fut pas de méme pour mes volailles.

Javais organisé un poulailler avec une soixantaine de poules apportées des villages de la céte. Pour les défendre 25 contre les sarigues et autres petits carnassiers, que je supposais étre leurs seuls ennemis redoutables, je les avais logées dans une hutte au plancher surélevé, couverte de chaume et fermée de treillage aux barreaux suffisamment espacés pour assurer une bonne ventilation. 30

Je ne tardai pas 4 constater que mes pauvres pondeuses succombaient successivement 4 ce que je croyais étre une épidémie. Elles devenaient tristes, se trainaient misérablement ¢a et 14, et mouraient trois ou quatre jours plus tard.

Je finis par soupcgonner que les vampires n’étaient pas étrangers 4 ces morts répétées. Je fis reconstruire le poulailler en resserrant les lattes des treillages, et je n’eus plus de pertes a déplorer.

5 Les Indiens savent se défendre contre les sournoises attaques de ces petits monstres ailés, et le procédé quils appliquent est d’une simplicité admirable: ils suspendent dans leurs maisons, surtout pres des fenétres, des plantes semi-aquatiques dont les immenses feuilles en forme de

rocoeur sont hérissées de piquants microscopiques, comme le sont les orties des régions tempérées.

Les chauves-souris ne s’aventurent jamais dans le voisinage de ces plantes dont le contact produit une cuisson trés douloureuse. L’expérience m’a prouvé que ce reméde

15 préventif est d’une efficacité souveraine, et je crois que Vodeur seule de ce végétal éloigne d’une maison ces buveurs de sang.

J’ai méme des raisons d’admettre qu’ils se tiennent prudemment 4 lV’écart des villages indiens, puisque j’y ai vu

20des poules en parfaite santé, qui dormaient cependant en plein air. Je n’ai jamais entendu dire qu’un Indien ait été mordu, alors que les métis et les mulatres qui vivent dans les mémes régions le sont tres fréquemment.

Il est hors de doute, selon moi, que l’existence de ces

25 vampires rend impropres 4 la colonisation de vastes territoires de VAmérique équatoriale. Et je ne vous cacherai pas que je fais des voeux ardents pour que disparaisse un jour cette maudite engeance — qui me valut jadis d’inconfortables cauchemars !

QUESTIONS Toutes les chauves-souris sont-elles nos ennemis ? Quelle est celle que nous avons a redouter ?

Ou vivent les vampires ?

De quoi se nourrissent-ils ?

Na ed a

OP OABAH

Comment saignent-ils leurs victimes ?

A quelles créatures s’attaquent-ils de préférence ? De quelle curieuse faculté jouissent les vampires ? Un homme peut-il mourir de leurs morsures ?

Quelle taille ont ces bétes ?

Comment peut-on se protéger contre leurs attaques ?

MACROPUS GIGANTEUS

Le nom scientifique du kangourou signifie (le gros-pied gigantesque.) Il y a beaucoup d’espéces de kangourous, et le nom ci-dessus ne s’applique qu’au kangourou-géant. Ce n’est pas toute mére de famille qui peut porter sa famille dans sa poche!

Ce titre aux apparences fantaisistes est cependant bien approprié au sujet, puisqu’il s’agit des kangourous, animaux qui ne se déplacent qu’en sautant sur leurs pattes postérieures, et qui, lorsqu’ils font téte & un ennemi, se

s campent sur les jarrets, comme un boxeur, et tentent de se défendre 4 coups de « poing. »

Cette derniére expression n’est certes pas exacte. Mais on voit souvent dans les cirques de grands kangourous dressés a faire du pugilat avec leur maitre. Des gants con-

1o venablement rembourrés sont attachés aux pattes antérieures de animal, et c’est par conséquent a une véritable

Page 1