‹ Nos Amis Les BêtesChapitre 6 sur 29 · URSUS HORRIBILIS · texte numérisé non relu

URSUS HORRIBILIS

L’ours grizzli, espéce en train de disparaitre aux Etats-Unis, ce qui lui a valu un intérét spécial de la part du public. <A l’état sauvage, le grizzli se nourrit de baies, toutes sortes de fruits, racines succulentes, vers, insectes et gibier sauvage. On l’appelle aussi le «silver-tip.»

Tous LES OURS NE SONT PAS MAL LECHES!

Les erreurs zoologiques sont nombreuses, autant que tenaces. ‘Telle, celle que perpétue l’expression d’ours mal léché, que notre langue permet d’employer a l’égard d’un personnage d’humeur baroque ou de caractére difficile. Elle aurait pour origine la légende qui veut qu’un ourson, 5 a sa naissance, soit une fagon de monstre, et qu’il ne prenne une forme présentable qu’aprés que la mére l’a léché pendant des jours et des semaines! Heureusement que ce n’est la qu’une légende, car la pauvre maman s’y userait la langue ! 10

Distribués en un grand nombre de genres, espéces et variétés, les ours sont répandus dans le monde entier, sauf

Tit

en Afrique et en Océanie. Nos ancétres eurent jadis a se défendre contre une espéce gigantesque, éteinte depuis plusieurs milliers d’années, et que nous connaissons autant par ses ossements fossiles que par les admirables dessins

5 que graverent sur les parois de nos cavernes du Périgord les artistes de VAge de la Pierre.

Tl existe encore quelques ours bruns en France. Par les hivers rigoureux, on en voit descendre des Pyrénées et s’aventurer dans le voisinage des hameaux; et des

ro chasseurs grenoblois en abattirent un dans les Alpes dauphinoises, il ya une douzaine d’années. S/ils sont devenus rares en Suisse, ils abondent encore dans les Carpathes et dans les Balkans; et la plupart des ours plus ou moins savants que proménent en Europe les bateleurs sont origirg naires des régions balkaniques.

La famille présente de nombreux écarts de dimensions entre ses membres. Le joli ours de Malaisie est a peine plus gros qu’un chien de chasse, tandis que l’ours blanc mesure jusqu’a trois métres, quand il se tient debout. Et

20 ce n’est pas la un record, car on a découvert récemment, dans la Presqu’ile d’Alaska et les iles qui la prolongent, une espéce colossale qui atteint quatre métres de longueur.

Mceurs, habitudes, caractéres, ne sont pas moins variés. Si tous les ours savent grimper lestement 4 un arbre pour

25y poursuivre les écureuils, piller les ruchers des abeilles sauvages ou vider de leurs ceufs les nids d’oiseaux, l’ours blanc fait exception — sans doute parce que les arbres brillent par leur absence dans ses domaines polaires ! — Par contre, c’est un nageur et un plongeur sans rival, qua- 30 lités refusées aux autres espéces.

Si les ours sont carnivores, ils ne le sont pas exclusivement. Ils ne dédaignent ni les fruits, ni les racines comestibles; et je viens d’indiquer qu’ils sont friands de miel. Toutes les proies vivantes (ils ne toucheraient pas 4 un

cadavre) leur sont bonnes, et ils excellent notamment a dénicher, sous les pierres qu’ils retournent d’une patte habile, d’aussi menu gibier que des lézards et des souris.

C’est un spectacle fort comique, dont je fus souvent le témoin attentif dans ’Ouest du Canada et des Etats- 5 Unis, que de voir un ours pécher dans une riviére, et sans ligne ni hamecon! II choisit l’époque out des hordes de saumons, venues de la mer, remontent les cours d’eau. Allongé a plat ventre sur l’herbe du rivage, la téte dirigée dans le sens contraire au courant, il plonge sa patte droite antérieure dans |’eau, et la tient préte pour l’action.

Sa patience est généralement récompensée. II a fait choix d’un endroit ov la riviére se rétrécit, ce qui oblige les poissons a4 cétoyer la rive. Brusquement, la patte se redresse, lancant en l’air un saumon qui retombe derriére Vadroit pécheur. Un animal moins sagace s’empresserait de croquer le butin. Maitre Martin, lui, sait profiter de Vaubaine, et, sans se redresser, continue son petit manége tant que le banc de poissons défile 4 portée de ses griffes. Alors seulement il se met a table, et je vous garantis que les 2 reliefs du festin sont inexistants, et que les dix ou quinze saumons capturés passent intégralement dans la panse du pécheur, arétes y comprises!

On a fait aux ours une réputation de férocité qu’ils ne méritent pas tous: les bons, hélas! paient souvent pour » les mauvais, chez les animaux comme chez les hommes! Mais il est incontestable que plusieurs espéces sont dangereuses a fréquenterde trop prés. Sur cechapitre, la palme appartient au grizsli, ours de grande taille répandu dans de nombreux massifs montagneux de l’Amérique du Nord, , depuis les régions arctiques jusqu’a l’intérieur du Mexique.

Il est digne de son nom scientifique: Ursus horribilis. Je crois que peu d’espéces animales ont autant de meurtres sur la conscience (j’entends par la des meurtres de créatures

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humaines). De grande taille (il pése jusqu’a 500 kilos), trés robuste, trés agile, et j’ajouterai trés intelligent, il est armé de griffes formidables, longues de prés de huit centimétres, incurvées comme des cimeterres, et tranchantes

scomme des rasoirs. Elles infligent des blessures toujours graves, et le plus souvent mortelles.

Les Peaux-Rouges, qui ne sont pourtant pas des mauviettes, ne se sont jamais habitués a la présence de ces formidables adversaires que personne n’osait attaquer

ro avant Vinvention des fusils 4 tir rapide. Confiants dans la terreur quils inspiraient, ils ne s’émotionnaient pas a Papparition d’un homme, et avaient plut6t tendance a se précipiter sur lui, sans provocation de sa part. Aussi, la possession d’un collier de griffes de grizzli était-elle

rs considérée parmi les Indiens comme un certificat d’héroisme.

Mais ces ours, dont je viens de vanter l’intelligence, ont fini par comprendre que la carabine avait cléturé leur régne, que leur humeur agressive devenait un anachronisme, et

20 qu’il convenait dela remplacer par une extréme prudence. Ils détalent, tout comme une biche craintive, au moindre bruit suspect. Mais cette radicale transformation de leur psychologie n’a fait que retarder leur extermination, et ils ont complétement disparu de plusieurs districts.

2s A linstar de la plupart de ses congénéres des régions froides ou tempérées, le grizzli dort durant le fort de Vhiver, au fond d’un trou qu’il creuse lui-méme ou d’une petite caverne cachée dans la montagne. C’est pendant ce long sommeil léthargique que les Indiens tentent de le sur-

3o prendre — et de venger sur lui les ancétres que les siens immolérent !

L’ours blanc fait bande a part, et se distingue des autres membres de la famille tant par ses moeurs que par son anatomie. Ila le cou plus long et la téte plus allongée que

tous ses congénéres, et la plante de ses pattes est recouverte dune épaisse toison.

Ila pour domaines les terres et les mers qui entourent le Péle Nord, et l’on pourrait presque le considérer comme un amphibie, car il passe une grande partie de son temps soit 5 dans l’eau, soit sur la banquise. A l’encontre des autres espéces qui habitent les pays froids, il n’hiverne pas dans un trou: les exigences de son appétit et la rareté du gibier lui imposent une activité ininterrompue en toutes saisons.

Il n’est redoutable pour Vhomme que durant l’hiver, alors que les phoques se cachent sous la glace qui recouvre la mer. Tenaillé par la faim, il s’éloigne du littoral et s’avance assez loin dans l’intérieur des terres. Et malheur a4 VEsquimau qu’il peut surprendre! Le colosse a tét fait de le mettre hors de combat, et, souvent, un seul coup de sa formidable patte suffit a la tache meurtriére.

En cette saison hivernale, l’ours polaire a toutes les audaces. On en voit qui pénétrent dans un village esquimau, grimpent sans bruit sur la votite d’une hutte de neige,

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qui s’effondre sous leur poids, et profitent du désarroi des 20

habitants pour s’emparer d’une femme ou d’un enfant, qu ils dévorent.

Tl en est méme qui ne se génent pas pour grimper dans le navire d’une expédition pris par les glaces, et pour y faire

patte basse sur les provisions ! 25

Leur saison de ripailles est ’éphémere été des régions arctiques, alors que la mer est débarrassée en grande partie de sa couverture de glace. Ils s’éloignent a des centaines de kilométres du littoral, guettant les phoques,

ui, décidément, sont leur mets préféré. 30 > } )

Bien qu’excellents nageurs, ils ne pourraient songer a devancer de vitesse ces agiles amphibies, mais savent triompher de leur méfiance 4 force d’astuce. Et voici comment ils procédent généralement :

ee NOS AMIS LES BETES

Ils commencent par grimper sur la pointe d’un rocher ou sur le sommet d’un iceberg, d’ou ils inspectent minutieusement l’horizon. Dés quw’ils ont découvert un phoque qui somnole au soleil sur le bord d’une ile ou d’un glacon, ils

splongent, et, nageant sous l’eau, ils décrivent une ligne droite exactement orientée sur le dormeur. Si la distance est longue, ils s’arréteront de temps en temps pour respirer en sortant tout juste le bout deleurmuseau. Arrivés enfin au but, ils se redressent brusquement, et, d’un coup de 10 patte, défoncent le crane de l’infortuné.

Je réserverai mes derniéres lignes au géant de la famille: a l’ours brun de |’Alaska, encore mal connu, mais dont on a tué des spécimens qui pesaient plus de 800 kilos, et mesuraient 4 metres de longueur. Ce sont les plus grands

15 carnivores de notre époque, et on peut les comparer aux gigantesques ours dits des cavernes qui terroriserent nos ancétres.

Ces monstres produisent la méme impression sur les Indiens de Alaska, et, tout récemment, un explorateur

zoaméricain, bien qu’armé d’un fusil 4 balles explosives, paya de sa vie la rencontre d’un de ces ours bruns.

QUESTIONS

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