XVIII PREFACE
Canada la moitié des troupes que l'Angleterre mettait en ligne pour le conquérir. La qualité des chefs était pour nous un dernier avantage, et capable de suppléer le nombre. Mais l'insouciance de Versailles laissait emmêlés les pouvoirs des généraux et du gouverneur ; la confusion des droits aggravait les rivalités de personnes. Même Montcalm et Bougainville réunis, mais en désaccord avecVaudreuil, ne valaient pas Wolfe, seul et obéi. Ce n'est donc pas l'armée de ^N'^olfe que le mauvais hasard devait surprendre et désorganiser, c'est l'armée la plus atteinte dans sa confiance par l'abandon de la métropole, la plus affaiblie dans sa discipline par les anarchies du commandement. Voilà les grandes causes qui préparent de loin le sommeil des sentinelles et les défections des officiers. Et nous eûmes à Québec la fortune que nous méritions .
Si des Français veulent la consolation d'une fierté légitime, ils la doivent chercher dans les jours qui suivirent la défaite. Après son chapitre de « l'année terrible », M. Louis Arnould en aurait pu écrire un sur «le siècle admirable ». Car notre race obtint une lente revanche par la paix. Il était trop tard pour garder le Canada à la France, restait à garder aux Canadiens leur foi, leur langue et leur liberté. Il fallait convaincre une Angleterre persécutrice des catholiques