PREFACE XIX
depuis Henri VIII, et qui, par une tentative de despotisme nouveau, prétendait alors reprendre à ses colonies d'Amérique l'indépendance autrefois concédée. Les vaincus, obligés à commencer leur vie de sujets par des revendications, étaient des paysans religieux et vaillants, mais plus prêts à souffrir pour leur cause qu'à la défendre par des paroles. Tous les fonctionnaires du roi et la plupart des gentilshommes, chefs naturels de cette foule et capables de traiter de ses intérêts avec le vainqueur, avaient quitté le pays. Seul restait, retenu par le devoir près des fidèles dont il avait la charge, le clergé, supérieur à eux par la culture et voisin d'eux par la naissance. Que les privilégiés partissent et qu'il restât, fut la bénédiction de cette heure. Les légèretés de cour, le scepticisme d'esprit, les vanités de caste, tout ce qui faisait contraste avec notre condition nouvelle, tout ce qui eût amoindri nos malheurs aux ^''eux hautains des Anglais, tout ce qui risquait de diviser les Français avait disparu. A leur place, une seule classe d'hommes, celle qui rend la terre fertile et que la terre conserve saine, celle qui est énergique, parce qu'elle travaille chaque jour, celle qui est grave, parce que la vie est dure, celle qui est croyante, parce que, où il y a moins de joie, il faut plus d'espérance. Et ce peuple a pour uniques guides des prêtres sortis