‹ Nos amis les canadiensChapitre 21 sur 109 · XXVI PREFACE · texte numérisé non relu

XXVI PREFACE

orpheline de tradition, et, dès son premier jour baptisée dans la réforme, en pratique à la rigueur la doctrine. Un culte dans lequel chaque fidèle, juge souverain de la foi, la fixe pour lui seul, ne peut avoir de symbole national. C'est pourquoi l'Amérique, se refusant à l'illogisme de l'Eglise anglicane, n'a voulu organiser aucune de ses sectes en Eglise américaine, en institution d'Etat. A l'idée catholique et traditionnelle que la religion est le lien le plus conservateur de la solidarité sociale, elle a opposé l'idée protestante que la religion est le plus solitaire des sentiments individuels. La multiplicité des sectes lui paraît la fécondité normale de la croyance, mais l'anarchie de leurs affirmations prépare les esprits à ne plus croire : et comme quiconque cherche souverainement la foi dans la Bible est maitre de n'y pas trouver la foi, nulle part autant d'hommes ne traversent les sectes adverses pour aboutir au repos d'une commune indifférence. Cette religion qui isole et exalte l'orgueil comme cette irréligion qui supprime le respect d'un maître et la crainte d'un juge, agissent ensemble pour fortifier en l'Américain l'idolâtrie de lui-même, et aucune autorité qu'il reconnaisse ne saurait l'élever de ce culte égoïste vers des autels plus hauts. Sa patrie est neuve. Les colonies qui la formèrent au

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