PREFACE XXIX
de monter toujours plus haut — est la richesse. Elle est devenue le but suprême des existences. Pourvu qu'elle soit acquise, de quelque manière quelle ait été obtenue, elle porte en elle une force absolutrice, une gloire, elle en revêt son possesseur, elle lui assure l'estime publique. Un nouvel idéal a été proposé au monde : bonnes ou mauvaises, toutes nos passions créent leur idéal et il les juge. Tandis que dans la vieille France la foi ardente à une vie future avait discipliné l'égoïsme, enseigné la bonté envers les autres, un certain désintéressement des biens terrestres, et réservé la plus haute estime aux héroïques les plus élevés au-dessus d'eux-mêmes par leurs générosités, dans la jeune Amérique la préoccupation obsédante de la vie terrestre, la logique d'énergies exclusivement employées à asservir la matière, aboutissent au culte de la puissance la plus brutale et la moins noble, à l'idolâtrie de l'argent.
Voilà les influences dont M. Louis Arnould redoute la contagion. La moins dangereuse est l'amour immodéré des sports, même un peu brutaux et féroces, qui, importés par les voisins, volent trop aux jeunes Canadiens le temps et le goût des plaisirs intellectuels, ou encore la brièveté utilitaire des paroles et des gestes chez les gens qui s'abordent et prennent congé