XXX PREFACE
sans la grâce souple et les jolies manières où nous étions maîtres, et où il y avait non seulement de l'élégance, mais comme de la sensibilité. Ce ne sont pas les formes seules qui changent. Les Canadiens avaient appris de l'Angleterre la hardiesse des affaires ; l'Amérique corrompt cette activité du travail en audace de spéculation. L'habileté frauduleuse de certains aventuriers à capter les affaires, à amorcer le public par les ressources qu'ils n'ont pas, à subtiliser celles qu'ils lui ont prises, l'élan fiévreux imprimé à l'achat et à la vente des terrains sont les débuts d'habitudes nouvelles et le recul du labeur ordonné et probe devant les impatiences sans scrupule du gain. L'argent essaie sa domination jusque sur la politique et joue un rôle corrupteur dans les luttes des partis. Il consolide son empire sur la société, grâce à la tolérance qu'on manifeste déjà pour l'origine des fortunes, grâce au respect qu'on ne refuse plus à leur importance. Les foj-^ers canadiens qu'envahit l'amour de la richesse demeurent exemplaires si on les compare à ceux de l'Amérique, mais doivent à l'Amérique de n'être plus ce qu'ils étaient : l'autorité du père décline, la solidarité établie entre les enfants se relâche, et le divorce, s'il répugne toujours à la dignité des mœurs, a déjà envahi les lois du pays et les secrets désirs de