PREFACE
prétendent par cette langue chasser la française, toujours hospitalière à leur malheur et à leur foi. Nombre d'entre eux imposent comme la langue de leur ministère l'anglais, même là où le français est la langue des fidèles. Outre l'ingratitude, l'inintelligence d'une telle contrainte est dénoncée par M. Louis Arnould comme un grave abus, comme un abus fait pour fixer l'attention de l'autorité suprême. C'est de Rome qu'il attend le remède, car il appartient à Rome de fixer la proportion dans laquelle le clergé de chaque langue participera à l'œuvre commune, et Rome finit toujours, quand elle est informée, par prendre le parti le plus juste, donc le plus utile à l'Eglise.
Si des prêtres de langue anglaise ont cette excuse qu'elle est leur langue, quelle excuse reste à des Canadiens de pure race française, et qui parlent d'ordinaire anglais ? D'après la loi, les deux langues ont un égal accès au Parlement et dans les tribunaux ; en fait, l'anglais est la seule langue de la politique et de la justice. A Montréal la moitié des habitants, à Québec presque tous, sont des Canadiens français : Montréal semble une ville tout anglaise, et à Québec l'enfant des rues lui-même parle anglais. L'avantage de comprendre le peuple qui a le pouvoir, les grandes affaires, d'obtenir des emplois dont il
dispose pousse le Canadien français à connaître l'anglais ? Soit. Qu'il l'emploie comme un gagnepain et ne s'en pare pas comme d'une élégance. Si le député élu par des Canadiens français pour soutenir contre une majorité anglaise les droits de sa race, rougit de leur langue au moment de les défendre ; si l'homme d'affaires se traduit lui-même en anglais pour discuter la valeur de ses conceptions françaises et l'emploi de son argent français ; si la femme élevée dans la plénitude de la culture française adopte un dialecte dont elle connaît moins la littérature et les ressources, ni les uns ni les autres n'obéissent à un devoir, ni même à une convenance, mais à une vanité. Ils sont poussés parle désir de se confondre avec les maîtres des grosses fortunes, des plaisirs mondains, des élégances sportives, des originalités qui deviennent des modes. La preuve est que dans les villages, où ces mauvaises raisons sont inconnues, les paysans demeurent fidèles au français, et en cela leur simplicité a plus de sens que le calcul des autres. L'étrange dédain que de délaisser la langue entre toutes belle, claire, faite pour les joies de l'intelligence, féconde en chefs-d'œuvre, illustre en cette plénitude au point d'être choisie partout ailleurs comme un svmbole de la civilisation !
PRÉFACE XXXVn
L'étrange modestie de n'être pas assez ambitieux pour obtenir à cette langue le même privilège au Canada où elle est chez elle, et imposer aux Anglais le respect de sa primauté au nom même de leur culture. Sans doute, les transfuges de la langue française ne se rendent pas compte qu'ils trahissent la cause de leur race. M. Louis Arnould éclaire leur patriotisme sur lequel il compte pour obtenir d'eux une fidélité consciente à la voix de la France. La langue anglaise doit être réduite à la prépondérance que lui donne l'immigration des Anglo-Saxons.
Cet afflux lui-même, depuis qu'il est si fort, n'a pas porté au Canada le cours naturel et durable d'une population surabondante, mais la prodigalité factice et malsaine de foules artificiellement recrutées. Les Canadiens anglais avaient de tout temps redouté les Canadiens français. Quand il fut prouvé que leur commun pays était riche, ils furent assez habiles pour y répandre l'idée que ses solitudes ne pouvaient être peuplées trop vite. La fièvre qu'ils avaient allumée, les acceptant pour médecins, leur sut gré, comme de services rendus à tous, de combinaisons faites pour substituer à l'équilibre des deux races l'écrasement de l'une par l'autre. Agences, publicités, primes, réduction des passages, toutes les tentatives qui attirent soudain