XXXVIII PREFACE
et précipitent les foules furent choisies ou plutôt accumulées, mais seulement où l'on avait espoir de trouver les colons qu'on voulait, dans les Iles Britanniques. Et par contre, dans les Iles Britanniques, tout homme découvert par les recruteurs, fût-ce dans la rue, fût-ce dans les maisons pauvres, fût-ce à la porte des prisons, devenait « désirable » au Canada. Le succès répondit aux moyens. L'Angleterre se vida non seulement de sa surabondance, mais de sa lie. Et comme les Etats-Unis commençaient alors à se repentir d'avoir eu longtemps l'hospitalité trop facile, et, désormais certains que l'essentiel pour la prospérité d'un peuple laborieux n'est pas le nombre de ses habitants mais leurs vertus sociales, subordonnaient à des enquêtes fort rigoureuses l'admission des nouveaux venus, — les refusés de l'Amérique accrurent la masse suspecte qui se précipitait sur le Canada. Il suffit de quelques années pour qu'elle réduisit à une faible minorité les Canadiens français. Mais en même temps, les désordres que portait avec elle cette masse partout où elle se répandit, amoindrissaient jusqu'au scandale, la sécurité, la décence, la bonne réputation du pays. Déplus, leur poussée avait été si forte que la multitude de ces arrivants est en voie de l'emporter non seulement sur les Canadiens français, mais sur
PRÉFACE XXIIX
l'ensemble des anciens Canadiens. Demain une immense cohue de débarqués, sans rapport entre eux, sans lien avec le pays où ils s'abattent, sans connaissance de son histoire, sans respect de ses traditions, sans souci de son avenir, y seront plus puissants que les fondateurs de sa prospérité, que les fils de son passé, que les héritiers de ses espérances, et imposant silence à la protestation anglaise ou française de l'ancien peuple, sacrifieront le Canada lui-même 1 aux égoïstes cupidités du présent. Ce péril apparaît dès aujourd'hui, il permet aux Canadiens français de reprendre crédit. Leur faute a été de ne pas prévoir ni prévenir ce mal, mais ce ne sont pas eux qui l'ont voulu et restent le plus discrédités par lui, c'est pour les frapper que l'on a atteint la nation elle-même. L'occasion s'offre à eux de parer au mal qui leur a été fait, et cela en mettant fin à un abus funeste pour leur pays. A eux d'obtenir que le Canada, pour ne pas devenir la victime de son hospitalité, s'informe des hôtes à qui il la donne. A eux d'emprunter aux Etats-Unis, — dont enfin l'exemple sera bienfaisant, — la vigilance qui y garde les frontières contre les vagabonds sans ressources et sans aveu, et d'égaliser la sévérité des deux pays, afin que la différence d'étiage ne contribue pas à déverser au Canada ceux sur qui se ferme